Aliénations

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Sur le vaisseau Gemme, cinq membres de l'équipage ont été éveillés avant le terme du voyage vers Orion, un objectif prioritaire annulant leur mission initiale. Ordre leur est donné d'aborder l'objet inconnu vers lequel on les a redirigés, et de se préparer à ce qui serait le « premier contact extraterrestre » de l'histoire humaine. Dès l'abordage de ce qui ressemble à une épave à l'abandon, tout dérape. Pour quelles raisons accès de folie et morts subites se succèdent-ils depuis leur visite à bord ? S'agit-il d'un virus inconnu ? Leur a-t-on tout dit, en modifiant leur mission ? Privés du soutien de la Terre, qui ne répond plus, Jorge le géologue et les survivants vont s'efforcer de sauver leur peau et de venir à bout de l'entité invisible qui les harcèle, dans un huis-clos étouffant digne d'Alien I, le thriller de Ridley Scott. Pour cela, il leur faudra percer l'énigme que recèle l'épave.
Après STYx, Sphères et l'Arène des Géants, une autre variation saisissante de Jean-Michel Calvez sur le thème de la « rencontre ». Altérité et étrangeté sont poussées ici à leurs extrêmes physiques et biologiques, jusqu'aux frontières du virtuel. S'y profile aussi une autre forme d'altérité, qui concernera l'homme dans un futur incertain. Un futur menaçant à certains égards, dont ne peuvent être exclues altérations et aliénations de l'être humain, physiques ou mentales, accidentelles ou délibérées.
Publié le : lundi 2 mars 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093004747
Nombre de pages : 433
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Extrait




Eclosion


La ligne de séparation liquide/gaz du plasma tiède frôle mes joues, s’abaisse encore, jusqu’à dégager mon menton. Je referme alors mes yeux libérés, puis je tente de les rouvrir dans une brume verdâtre en ébullition froide. Éblouissement violent, insupportable, milliards de particules lumineuses en suspension, à faible distance de mon visage. Je pourrais, bien entendu, corriger l’indice de transmission lumineuse de mes cristallins ou, mieux encore, y interposer le masque de filtrage dynamique, mais je n’insiste pas. Je préfère goûter d’une autre façon cet instant intime entre tous, en obtenir une perception maximale, organique, sans me disperser, ni me laisser accaparer par un stupide menu biofonctionnel, au risque de passer à côté de l’événement, cette poignée de secondes cruciale, presque vitale.

Il est encore trop tôt pour penser, je dois juste fermer les yeux et, avant tout, ne pas m’inquiéter, surtout pas. La présence de lumière dans le caisson ne prouve qu’une seule chose : que tout se déroule comme prévu, normalement, conformément aux prévisions. Je sais ce qui m’arrive.

Je reviens à la vie.






* * *




En dehors de cette tiédeur intra-utérine, ma première sensation d’après fut l’odeur sucrée de ma cuve nourricière, fade dans l’absolu, et envahissante à la fois par sa présence discrètement chimique.

Je me souvenais, de tout. Moi, à l’orée du sommeil fœtal, pétri d’appréhension malgré l’arsenal de chimies compensatrices. Immersion lente dans le plasma de vapeur saturée, puis silence sensoriel absolu, bruit blanc immense, infini, mais aussi fugitif qu’une microcoupure d’énergie de mes circuits mémoriels, qui aurait été rattrapée in extremis par une unité-tampon électrostatique. J’avais l’impression, subjective, d’en être resté à un battement de paupières de distance dans le temps ou, moins que cela, à un cycle d’horloge du GemmNet. C’était faux, incommensurablement faux. Et je savais, très exactement, quelle serait l’étape suivante : réapprendre à parler. L’assistant vocal n’eut guère plus qu’une demi-seconde de retard sur ma propre re-mémorisation du processus en cours, et je ressentis la première impulsion pseudo-auditive éclore en moi, au plus profond de ma mémoire organique.

Docile, je forçai ma bouche pâteuse à prononcer les séquences de phonèmes que m’imposait le bioséquenceur, avec sa logique de progression dans le rythme et la difficulté. Yeux fermés d’instinct, pour me concentrer et pour qu’aucun rayon incident ne me détourne de cet effort mental, le premier depuis très longtemps !

Je m’embrouillai vite, bien avant d’aborder les niveaux suivants : diphtongues, triphtongues, devenues prononçables aussi, en théorie, une fois recraché le fluide qui m’emplissait la bouche. Malgré l’interférence entre mes pensées propres et ce signal pseudo-audio qui m’était imposé, un niveau décalé de ma conscience parvint à se remémorer le principe mis en œuvre, sans que je cesse pour autant de répondre aux sollicitations du bioséquenceur.
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