Altération

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 Mars 2020.
Comment June, jeune climatologue trentenaire, aurait-elle pu imaginer que le réchauffement planétaire, qu’elle étudiait, était bien loin d’être la menace la plus imminente à la survie de l’espèce humaine ?
Solitaire et dévastée par son passé, sa carapace pragmatique de scientifique avait scellé la porte de son imaginaire. Rien n’était inexplicable, toute hypothèse se devait de pouvoir être analysée et synthétisée.
Pourtant, ce vendredi soir, la conversation espiègle qu’elle eut avec Bradley, son collègue et complice paternaliste, fut son dernier échange avec un humain. Lorsque l’explosion souffla le mur du laboratoire, elle pulvérisa ses certitudes rationalistes en même temps que la tête de son seul ami, ouvrant une brèche sur un futur inconcevable.
Son réveil douloureux remettra en cause toutes ses convictions, la projetant dans une réalité bien plus effroyable que ses pires interrogations.
Sous la protection de Markus, mentor et initiateur d’une équipe de guerriers, elle n’aura d’autre choix que de participer à la genèse d’une nouvelle race d’hybrides, afin de protéger l’avenir de la Terre d’une funeste colonisation extraterrestre.
Publié le : lundi 4 juillet 2016
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EAN13 : 9791026206149
Nombre de pages : non-communiqué
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Thierry FENOT Altération
© Thierry FENOT, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0614-9
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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1. C’est par une nuit de mars que tout débuta. Une nuit comme tant d’autres, bien que particulièrement douce pour ces régions du Nord. Le ciel parsemé de myriades d’étoiles accueillait le disque pâle de la Lune. Presque pleine et déjà haute dans le ciel, sa lumière argentée blanchissait l’immense étendue verdoyante des forêts boréales de la Colombie-Britannique. L’air était parfumé des premiers souffles printaniers ; une forte odeur d’humus et de champignons se dégageait de la terre et se mélangeait à celle de la résine. Le chant des insectes nocturnes, le bruissement des courants d’air océaniques sur la cime des arbres et les clapotis d’une rivière gargouillant au loin entre les rochers, rendaient les chuchotements de la nuit apaisants. La clarté lunaire allongeait les ombres de majestueux conifères sur une clairière où un jeune cerf broutait une herbe abondante. Grégaire par nature, il s’était laissé néanmoins devancer par sa harde pour profiter de l’alléchant parterre végétal, une gourmandise qui pourrait bien lui être fatale.
Fuyant les zones illuminées, une forme sombre et sauvage s’était faufilée subrepticement dans les hautes fougères, à quelques mètres de l’animal.
Tapie dans l’obscurité, la mort le guettait.
Deux iris étincelants fixaient avidement la bête isolée. À l’affût, le loup solitaire attendait le moment opportun pour passer à l’attaque. Face au vent, il humait avec délectation l’odeur de sa proie. Malgré la faim qui le tiraillait, il devait faire preuve de patience, chasser seul exigeant plus de ruse qu’au sein d’une meute. L’effet de surprise devenait son principal atout contre le jeune hère déjà bien vigoureux. Le vieux prédateur se tenait d’autant plus sur ses gardes que rôdait dans les bois un redoutable concurrent, l'ours noir. Même si cette force de la nature chassait peu la nuit et affectionnait particulièrement la chair du saumon, la vigilance s’imposait.
Un ululement se superposa aux bruits des frondaisons. Dans les arbres, depuis une haute branche, un grand-duc les épiait. La vision exceptionnelle de ce rapace nocturne lui permettait de suivre cette traque en spectateur averti.
Alors que le loup s’apprêtait enfin à fondre sur le cervidé, la lente respiration de la nuit s’arrêta brusquement, comme figée sous la lumière glacée de la Lune.
Les bois se plongèrent dans un calme presque surnaturel.
Quelque chose approchait.
Un éclair flamboya momentanément dans le lointain.
Presque aussitôt, un grondement résonna tel un écho au signal lumineux et, subitement, la forêt tout entière fut prise d’un sursaut. Le vent s’intensifia comme à l’approche d’un violent orage, malgré un ciel parfaitement dégagé.
Les babines du prédateur se relevèrent, découvrant ses crocs jusqu’aux gencives. Les deux prunelles ambrées se renfoncèrent dans l’obscurité des buissons, d’où s’échappa un léger grognement. Le cerf, quant à lui, s’arrêta de brouter et se redressa, la tête pointée vers le ciel.
Un sifflement strident vint déchirer le silence pétrifié pour croître progressivement jusqu’à devenir assourdissant. Soudain, une ligne de flammes stria le ciel au-dessus des cimes, illuminant brièvement les ténèbres d’une lumière bleutée. Apeurés, les animaux détalèrent dans toutes les directions pour disparaître dans les profondeurs des sous-bois, l’instinct de survie faisant momentanément oublier la nécessité de se nourrir. L’onde de choc d’une violente explosion percuta les flancs des crêtes environnantes et s’éternisa en un roulement de tonnerre retentissant. Puis, le silence. Total.
**** La collision avait eu lieu sur un haut plateau surplombant la vallée. Un profond sillon dans la végétation débouchait sur un énorme cratère creusé par la puissance de l’impact. La terre et la roche avaient été projetées violemment de part et d’autre. Des fragments épars d’arbres arrachés et déchiquetés parsemaient le sol dans un large périmètre où certains débris terminaient de se consumer au milieu des herbes calcinées. Un épais nuage de poussière emplissait les lieux et s’élevait à travers les grands conifères qui avaient échappé au désastre. Un mouvement imperceptible se manifesta dans le chaos, déplaçant dans son sillage des volutes de fumée. Quelque chose s’animait au fond de la fosse. Une ombre effrayante et massive se déplia lentement et finit par se détacher des ténèbres suffocantes ; une réplique de la mort, dont les deux longs bras auraient remplacé les faux. La nature, figée face à cette violente intrusion, observait silencieusement la créature. Brusquement, deux éclats rouges transpercèrent l’obscurité enfumée,à l’endroit où auraient dû se trouver les yeux. Malgré une taille imposante, la forme à l’allure simiesque s’extirpa du cratère sans un bruit.
Sans qu’on puisse discerner la présence d’un cou, son torse puissant et musculeux était surmonté d’une tête sans visage d’où irradiaient les brasiers menaçants. La silhouette sombre et mate se dirigea lentement vers le bord de la falaise et s’y arrêta. Restant ainsi immobile un long moment, elle semblait se fondre dans le paysage. Les yeux d’un autre monde scrutaient le nouvel environnement puis se rétrécirent pour ne former plus que deux fentes, figées sur un bâtiment faiblement éclairé en contrebas dans la vallée.
Certainement une habitation, une forme de civilisation, enfin…
Les habitants de la forêt n’appréciaient guère cet intrus, mais son départ fut tout aussi furtif que son arrivée fut fracassante. Immobile au bord du vide, il disparut subitement comme s’il n’avait jamais existé.
La nature attendit un instant avant de reprendre prudemment ses droits, étendant peu à peu son voile d’obscurité sur cette blessure, sur ce nouveau secret... **** Au sud-est, à quatre cents kilomètres de là, une couche de brouillard ondulait à travers une vallée profonde. Deux lueurs jaunes serpentaient sur une route sinueuse ; les phares d’une voiture roulant à vive allure. Le bruit si particulier du V8 de la vieille Ford Mustang emplissait généreusement le paysage forestier. Superposé au doux ronronnement du moteur, un vieux morceau de hard rock des plus trépidants se déchaînait à l’intérieur de l’habitacle. Les guitares électriques livraient leur mélodie frénétique, tandis que le chanteur entamait une envolée tonitruante.
L’homme au volant appréciait de vadrouiller la nuit en poursuivant la lumière des phares sur les bandeaux d’asphalte déserts, avec pour seuls compagnons ces quatre cent cinquante chevaux. Son pied droit s’alourdissait plus facilement à l’écoute de ces débauches d’énergies sonores, un réflexe qui le faisait toujours sourire intérieurement. Il gardait néanmoins le contrôle de la bête, impatiente de montrer ce qu’elle savait faire.
Markus présentait un physique à l’allure athlétique. Des cheveux bruns coupés court et le tracé anguleux de son visage lui conféraient une impression de sévérité, inhabituelle chez une personne d’une petite trentaine d’années. Quant à ses yeux, ils étaient franchement dérangeants. L’extrême pâleur de ses iris verts gênait la majorité des personnes qui croisaient les deux prunelles, où seule la position des pupilles donnait une indication sur la direction du regard.
Le morceau suivant s’échappait des haut-parleurs, une douce mélodie sonnant les cloches
de l’enfer. L’enfer. Voilà une notion bien abstraite et discutable pour ce jeune conducteur. Dans son besoin insatiable d’obtenir des réponses, même à des questions n’en nécessitant aucune, l’Homme s’était mis à croire au surnaturel pour se protéger de sa hantise de l’inconnu. Exutoire d’angoisses séculaires, les religions apparurent. Rassuré, il abordait avec moins d’anxiété, entre autres, l’éternelle question fondamentale de la possibilité d’une existence après la mort qui n’était plus, alors, synonyme de fin.
Tout comme la lumière ne serait rien sans les ténèbres, certaines divinités héritèrent d’un alter ego maléfique, afin de respecter l’équilibre universel. Superstitions et autres croyances ne manquèrent pas de faire bouillonner l’imagination populaire.
Et pourtant, après avoir traversé des siècles de violence ponctués de conflits meurtriers à e l’échelle mondiale, les êtres humains entamèrent ce 21 siècle en continuant de guerroyer au nom de certaines convictions religieuses et autres idolâtries. Markus ne saisissait pas l’intérêt d’entretenir de telles croyances qui continuaient de les diviser plutôt que de les rassembler. Aveuglées par l’endoctrinement, les brebis égarées, dans leur perpétuelle recherche de réponses, auraient toujours besoin d’un berger et de monuments à son effigie.
Là d’où il venait, aucun ordre spirituel ne dictait de mode de conduite ; la loi du plus fort régnait en maître. De nombreux dictateurs se succédaient sur le trône, usant et abusant des technologies militaires, afin d’assouvir leur avidité de conquêtes. Néanmoins, il s’était volontiers accoutumé aux rites de cette terre d’accueil, car, exilé, il devait passer incognito et se fondre dans la masse après avoir fui un monde qui l’avait condamné, un monde régi essentiellement par l’art de la guerre. Les années avaient défilé si vite depuis cette nuit particulière où son vaisseau avait atterri sur ce petit satellite du Soleil ; un refuge avec les caractéristiques idéales pour sa survie. Mais c’était surtout parce qu’il était suffisamment éloigné de ses ennemis, pour ne pas être encore répertorié dans le tableau de chasse des Colonisateurs, qu’il ne l’avait plus quitté. Dorénavant, sa pire crainte était le temps, la seule variable qu’il ne maîtrisait pas. Le temps qu’il lui restait avant qu’un de leurs éclaireurs ne surgisse sur la Terre, signe avant-coureur du processus de purge. Venant d’univers infiniment lointains, une civilisation belliqueuse et malfaisante épuisait les ressources des planètes visitées par son armada. Après son passage, elle ne laissait que désolation et terres pillées qui, dans le meilleur des cas, restaient asservies. Dans sa fuite désespérée, le hasard et un soupçon de chance avaient voulu que Markus croise cet astre bleuté. Les similitudes biologiques avec ses habitants facilitèrent son intégration. Durant toutes ces années, il suivit avec intérêt l’évolution technologique humaine sans jamais interférer ou presque…
Les conséquences du réchauffement climatique s’observaient depuis la fin des années 1980, et se manifestaient par la multiplication de phénomènes météorologiques de forte amplitude, rappelant aux humains qu’ils n’étaient pas les maîtres des lieux. Néanmoins, malgré ces alertes aux avant-goûts d’apocalypse, ils continuaient à épuiser généreusement les énergies mises à leur disposition, totalement indifférents aux conséquences à venir sur l’environnement. Une forme de suicide collectif à l’échelle mondiale, où la course incessante au progrès emportait avec elle chaque jour un peu de la Terre. Des scientifiques reconnus avaient dressé un bilan sur la hausse des températures moyennes à la surface du globe. La situation était si menaçante qu’ils avaient réussi à réveiller ce peuple et à lui faire prendre conscience de la nécessité de préserver son monde, plutôt que de continuer à le détruire et de déjà envisager la vie humaine sur d’autres planètes telluriques telles que Mars. Maintenant que l’Homme tentait de maîtriser au mieux l'impact de ses faits et gestes industriels sur la nature, l’avenir se chargerait de lui révéler s’il n’avait pas déjà atteint le terrible point de non-retour.
Alors, comment expliquer aux Terriens que dans un futur plus ou moins proche, une catastrophe encore plus dévastatrice les attendait. Un mal latent planait au-dessus de leurs
têtes, dans ce vide interstellaire qui était loin de l’être en fin de compte. Un mal puissant et bien décidé à exterminer tout ce qu’il rencontrait, et qui n’aurait aucun scrupule à engloutir à jamais la race humaine en un jugement dernier revisité.
Markus esquissa un regard vers ce magnifique ciel étoilé et eut un léger sourire en pensant à tous ces films de science-fiction où d’éternels extraterrestres agressifs débarquaient sur cette bonne vieille Terre, bien décidés à anéantir ses habitants. Armés d’un terrible rayon destructeur, les envahisseurs livraient des batailles acharnées avant d’être repoussés par une poignée de téméraires qui arrivaient toujours à s’en sortir, alors que tout semblait perdu. Le public hollywoodien aurait quelques sueurs froides s’il se doutait que la réalité risquait de rattraper, voire même dépasser, l’imagination fertile des scénaristes. Le stéréotype du héros de service, aux dents blanches, devrait accomplir des miracles pour venir à bout de ces destructeurs de monde.
Une sonnerie retentit, sortant Markus de ses pensées. Il baissa le son de l’autoradio et se saisit de son portable.
Le nom Tobias en lettres digitales clignotait sur l’écran.
— Oui Tobias ? lança-t-il en collant le téléphone à son oreille.
— Nous avons une nouvelle entrée dans l’atmosphère !
— Décidément, ce mois de mars se termine fort. Où est-ce arrivé ?
— Dans le massif montagneux, qui se situe à l’est de la ville de Stewart, près des côtes. Yuma étant déjà bien occupé, je viens d’envoyer les deux « W ». Le problème est que l’objet semble avoir modifié la courbure de sa trajectoire et décéléré avant de s’écraser.
Le cuir du volant grinça sous la main de Markus.
— C’est effectivement un problème. L’hypothèse naturelle est à exclure. J’arrive, je suis au Centre dans un quart d’heure, répliqua-t-il.
— OK, on t’attend.
Markus raccrocha et le téléphone retrouva la poche intérieure du blouson. Un rapide coup de volant à droite puis à gauche tout en freinant et la Mustang dérapa dans un demi-tour parfaitement contrôlé. Le pied droit écrasa la pédale d’accélération et les pneus hurlèrent sur l’asphalte dans un tonnerre mécanique, tandis que la horde sauvage révélait la pleine mesure de sa puissance. Le bolide s’élança dans un nuage de caoutchouc brûlé puis disparut dans le brouillard. **** Le plateau, qui avait été le théâtre de la collision, faisait partie d’une formation montagneuse surplombant une vaste vallée. Les forêts de conifères venaient s’y raréfier pour laisser place à de grandes prairies. Ce territoire, qui avait conservé son caractère sauvage, accueillait néanmoins, au milieu des hautes herbes, un complexe scientifique. De conception moderne, la construction en forme de H était un assemblage de nombreux modules reposant sur un système de pilotis. Son toit plat était équipé d’innombrables antennes paraboliques, panneaux solaires et capteurs en tout genre. Sur le mur, à gauche du sas d’entrée, un logo de trois lettres majuscules enchevêtrées était placardé en blanc sur un fond vert. Malgré l’heure tardive, un filet de lumière filtrait entre les lames d’un des volets roulants. Le bruit d’un moteur vint bousculer la douce quiétude de la nuit et s’amplifia progressivement. Deux faisceaux lumineux jaillirent d’un chemin forestier, éclairant le bâtiment d’un halo tremblotant. Un gros pick-up Chevrolet noir apparut à la lisière des sous-bois ; les trois mêmes lettres s’affichaient fièrement sur les portières. Fredonnant et battant la mesure sur le volant au rythme d’un vieux tube de Bowie, Bradley rentrait enfin de son tour de garde, achevant ainsi une journée bien remplie.
Les années avaient eu peu de prise sur ce quinquagénaire, à part peut-être un léger embonpoint installé au niveau du ventre et des tempes argentées qui lui ajoutaient plutôt un certain charme. Ceci dit, cet homme faisait bien dix ans de moins comme on le lui faisait souvent remarquer. De retour à la vie civile, l’ancien Marines avait choisi de retrouver sa terre maternelle, berceau de son enfance. Pourtant, il avait eu bien du mal à retrouver ses repères et sa modeste retraite militaire ne lui permettait pas de vivre décemment. Avant de prendre de grandes résolutions pour cette nouvelle vie, il avait donc dû se trouver un travail d’appoint, ce qui n’avait pas été chose aisée. Même si trop d’horreurs sur le terrain avaient eu raison de son dévouement patriotique, l’armée avait été comme une seconde famille qui lui avait appris à combattre aux quatre coins du globe, mais pas à vivre sans elle. Il ne savait donc rien faire d’autre. La facilité aurait été de devenir un de ces nombreux mercenaires, engagés par d’obscurs services secrets qui ne voulaient pas œuvrer officiellement dans les pays en conflit à travers le monde. Le recrutement d’anciens militaires pour assurer la protection de célébrités et autres personnages publics était également un marché porteur, seulement risquer de prendre une balle pour protéger un con prétentieux lui était devenu inenvisageable. Non, il ne voulait plus de toute cette violence.
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