Amants Stellaires

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Une jeune femme, Valina, revient à la vie après être restée en état de cryogénisation durant trois siècles. Une somptueuse société l'accueille mais pour faire d'elle une esclave encyclopédique vivante : une Cryo. Gwenn l'achète pour sa famille et constate qu'en plus d'une étrange beauté, la jeune Cryo est douée d'une surprenante intelligence. Lors d'une soirée, les idées, les concepts scientifiques qu'elle argumente, surprennent l'assemblée et signent sa condamnation à mort. Gwenn l'aide à fuir la cité mortelle qui se révèle imaginaire. C'est le début d'une fuite éperdue qui plongera ces deux êtres au cœur d'une effrayante manipulation à l'échelle cosmique.
Publié le : dimanche 19 juin 2011
Lecture(s) : 145
EAN13 : 9782304008401
Nombre de pages : 525
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2 Titre
Amants Stellaires

3Titre
Christian Rolland
Amants Stellaires
Cryo
Roman de science-fiction
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00840-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304008401 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00841-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304008418 (livre numérique)

6





De peur que les étoiles…
8
CRYO
Un léger bruit de moteur, un ronronnement
très doux parvenait au cerveau. Petit à petit les
pensées se reformaient, s’assemblaient. Un
immense puzzle de mémoire se reconstituait.
Comme si après de longues, très longues années
passées au fond d’un océan glacial, l’esprit de la
femme remontait lentement vers la surface pour
émerger vers la lumière de la vie. Son cortex
s’éveillait graduellement et doucement. Il
réapprenait à travailler après un sommeil abyssal.

Réanimation du cortex cérébral//
Réanimation des fonctions sensorielles// Reprise des
systèmes neuraux//Incohérence isolée
neuronique// Réponse incorrecte des membres//
Réponse incohérente synaptique// Tentative de
contact Epsilon//Contact négatif// Veille

A travers ses paupières mi-closes la jeune
femme percevait une vague lumière bleuâtre.
Puis ses pensées commençant à devenir quelque
peu cohérentes, ses yeux s’entrouvrirent. La
9 Amants Stellaires
mémoire revenait par vagues successives et
lentes. Elle était vivante ! Mais pourquoi ce
sentiment d’une longue, très longue nuit ? L’instant
lui semblait quelque peu immatériel, surnaturel.
Impossible de remuer la tête ! Il lui était
difficile de faire coïncider ses désirs et ses gestes.
Son corps ne répondait pas à ses volontés. Puis
dans son champ de vision se précisa un visage
aux contours flous, apparemment celui d’un
homme immobile.
Ses yeux s’ouvrirent pleinement, enfin !
Fabuleux regard profond tel un océan.
La silhouette lui souriait.
Lente adaptation de la vision…
L’individu portait une sorte de coiffe
transparente sur ses cheveux rasés de très près et une
blouse en tissus vert clair. Ses lèvres remuaient
mais aucun son n’en sortait. Les yeux d’océan
se froncèrent, visiblement désorientés. Devant
l’attitude, l’homme fit un signe de la main,
désignant son propre visage. Il montrait son oreille
et semblait lui signaler qu’elle ne pourrait
encore l’entendre. Il fallait être patiente !
Le sommeil l’envahit doucement.
Flocons de coton…
L’homme examinait le visage hors du
commun de la jeune femme endormie. Un front
assez dégagé et allongé, dont il semblait émaner
une vive intelligence. Une peau magnifique,
dorée et exempte de tout défaut. Sous des
paupiè10 Cryo
res légèrement bridées, deux perles marines
reposaient. Leur couleur indéfinissable aux reflets
changeants, l’avait sidéré. Ses cheveux très
noirs, brillants semblaient fins comme ceux
d’un nouveau-né. Bien étrange visage. Elle
ressemblait ainsi à une princesse endormie.
Elle tenta un mouvement de la tête, mais rien
ne bougea. Elle se trouvait toujours aussi rigide,
bloquée. Son corps ne réagissait absolument
pas, comme ankylosé, paralysé… Paralysée ?
Elle observa avec une certaine appréhension
l’inconnu qui attendait patiemment.
Se remémorer les instants précédents le
réveil… Se souvenir ! Il fallait se rappeler les
raisons de sa présence ici… Comprendre. Après
un épuisant effort de concentration, le passé
sembla remonter, doucement, péniblement. Un
accident de voiture ! Son véhicule allait trop
vite ! Ses pensés s’ordonnaient difficilement. La
voiture semblait glisser et il y avait ce camion
juste devant, si gros ! Si gros !
Instinctivement elle s’agita pour l’éviter.
Vision d’un énorme véhicule en travers de la route
qui grossissait vite, trop vite. Elle manœuvrait
pour s’en écarter mais la voiture ne répondait
pas assez rapidement. Monstrueuse image du
camion occupant tout le champ de vision ! Et
sa voiture, cette splendide voiture qu’elle
ressentait sous ses mains et qui ne lui obéissait
plus. Elle s’entendit crier, non de peur mais de
11 Amants Stellaires
colère ! Le poids lourd plongeait sur elle.
Etrange impression de flotter et non de
rouler… Beaucoup trop vite pour une voiture… Le
fracas de l’accident envahissait ses tympans !
Flash visuel infernal : pare brise explosé,
tôles déchirées, millier d’étincelles électriques,
fumées, énormes ballons d’air qui se déploient,
déchirement des objets et des chairs.
Le noir, soudain ! Silence infini du néant…
Elle se mit à crier. L’étranger lui passa
doucement une main sur son front en sueur. Sa
voix était chaleureuse :
– Allons, calmez-vous. Ce n’est que le retour
de votre mémoire. C’est très bien. C’est un
comportement normal. Cela signifie que vous
allez mieux. Vous retrouvez vos sens et vos
souvenirs.
La jeune femme tenta de lui renvoyer son
sourire. Seule une grimace s’échappa. Il
semblait bien jeune et sensible à sa détresse :
– Comment allez-vous maintenant ? Vous
m’entendez ?
– Oui…
Difficulté de parler. La bouche était raide. La
dernière fois qu’elle avait prononcé des mots…
C’était quand ? Cela semblait si loin, si loin…
Pourquoi un tel sentiment d’infini ?
Elle balbutia, faisant un effort d’articulation :
– Je me souviens… Je crois… Un grave
accident. Je le revois… Horrible !
12 Cryo
Seul le silence autour d’elle répondait à ses
paroles hachées :
– Vous êtes médecin ?
– Oui, en quelque sorte. Je vous aide à
revenir à la vie. Je ne savais pas que vous aviez eu
un accident. C’est rare dans votre cas.
D’habitude les personnes à ramener sont plus
âgées. Cela explique votre jeunesse.
– Plus âgées ?
Il ne lui répondit pas de suite, attentionné par
son travail :
– Reposez-vous maintenant. Je constate que
sur les indicateurs tout va bien. Vous avez
retrouvé l’essentiel de vos facultés. Je dois vous
laisser. A tout à l’heure.
– Attendez ! Ne partez pas tout de suite !
s’entendit-elle implorer.
Il lui fit un petit signe amical de la main et
s’esquiva, la laissant face à sa solitude.
– J’ai besoin d’explications. Que m’est-il
arrivé après cet accident ? Pourquoi ma tête est
immobilisée ? Cela doit être bien grave. Il n’a
pas voulu me le dire. Et pourquoi suis-je
jeune ?
Elle réfléchissait intensément tout en
essayant de se remémorer le moment juste avant
le néant. L’instant ultime. Difficile, embrouillé,
trop loin, si loin… Son cerveau paraissait
bloqué sous une chape de plomb. Elle conduisait,
13 Amants Stellaires
mais auparavant ? Que s’était-il passé ? La
fatigue s’empara de ses souvenirs…
Le regard d’océan se ferma sur un doux
sommeil réparateur.

Rêve étrange. La tête de la femme flotte au-dessus du
sol. Sans corps. Une foule où personne ne fait attention
à elle. Deux soleils d’or tournent lentement dans le ciel
grisâtre. Il en coule des larmes blondes. Un océan de
pleurs l’immerge. Eclair jaune !

Combien de temps avait-elle dormi ?
Un homme était penché sur son visage. Un
nouvel inconnu :
– Je vous souhaite la bienvenue en ce vingt
quatrième siècle ! Vous souvenez-vous de votre
cryo ?
Elle murmura :
– Non .
Que voulait-il dire ? Elle ne se rappelait que
vaguement son accident. Il poursuivait :

– Vous avez été cryogénisée il y a trois cents
ans. Pas de souvenir ? C’est curieux…
D’habitude ceux que nous ramenons s’en
souviennent. Ils étaient volontaires au moment de
leur mort. Ils ne se remémorent pas celle-ci,
bien sûr. Mais ils se rappellent avoir fait le choix
de leur vivant. Pas vous ?
14 Cryo
Elle ne comprenait rien, ses yeux d’azur
agrandis par la stupeur.

– Il est spécifié dans votre curriculum que
vous êtes professeur en histoire contemporaine.
Celle du vingtième siècle bien entendu, pas
l’actuel !
Il arborait un large sourire en la regardant,
heureux de son humour :
– Vous êtes également attachée de recherche
en cosmologie et professeur en mathématique
unificatrice. Eh bien dites-moi… Je vois
rarement un tel palmarès ! Félicitations, même si
vos diplômes remontent à quelques siècles.
C’est plutôt votre spécialité en histoire qui nous
intéresse aujourd’hui.
Le silence se fit dans la pièce. Elle ressentait
mieux les terminaisons nerveuses de son cou.
Elle eut envie de tourner la tête et la fit bouger
un peu, à gauche, puis lentement à droite. Pas
facile…
Il insistait :
– Vous pouvez me parler vous savez. Vos
fonctions sont très bien rétablies. Tout va
parfaitement. « Tout va parfaitement ! Comment
parler après ce qu’il vient de m’annoncer ? Je
reviens de la mort après trois cents années de
cryogénisation… Et tout va bien ! Que s’est-il
donc passé ? »
Elle fit un nouvel effort :
15 Amants Stellaires
– J’ai… Oublié… Mon nom… Qui suis-je ?
– Cela arrive. Ne vous inquiétez pas.
Il jeta rapidement un coup d’œil sur le visuel
du panneau mural :
– Vous vous appelez Valina Ouban. Joli
prénom.
Valina Ouban. Etrangement ce nom lui disait
quand même quelque chose. Il revenait en
mémoire, comme une musique connue. Sa
curiosité naturelle reprenait le dessus :
– Où suis-je ?
– Bonne question. Vous êtes dans un institut
de réactivation pour cryos. Ici on se charge de
faire revenir à la vie toutes ces personnes qui
ont par le passé fait le choix d’être cryogénisées
à leur mort. Vous avez été des milliers vous
savez. La seconde moitié du vingt et unième
siècle fut une période intense en cryogénisation.
Mais en ce qui vous concerne, vous êtes d’une
époque un peu plus reculée. C’était encore rare
et réservé aux grosses fortunes à la fin du
vingtième siècle ! Ainsi, pour vous aider à revenir
parmi nous, cet institut a été créé. Bienvenue
dans le monde des vivants.
Dans la pièce, seul était audible le
ronronnement très faible émis par une petite machine.
Cette information, ce siècle ne lui signifiaient
absolument rien. Il aurait annoncé dix mille ans
après Jésus Christ que la surprise n’aurait pas
été plus forte. Pour le moment Valina n’en
su16 Cryo
bissait pas de contre coup psychologique, ayant
oublié son passé, sa mémoire restant
désespérément vide.
Elle souffla :
– Je vous remercie. Tout ceci me semble
étrange… Ainsi je serais morte… Il y a trois
siècles ? Pourquoi m’avoir ramenée à la vie ?
La jeune femme commençait à retrouver ses
capacités mentales, intégrant rapidement les
conséquences de ce qu’elle venait d’entendre.
L’homme au regard sombre lui décocha un
sourire. Elle ne l’avait pas encore observé en détail.
Il était assez jeune, de peau claire. Elle le trouva
beau, malgré ses lèvres un peu trop fines. Il se
rapprocha un peu plus d’elle, semblant désireux
de converser :
– On ramène à la vie les cryos en fonction
des besoins. Il y en a tellement ! En ce qui vous
concerne, j’ai vu sur votre dossier qu’on
recherchait en priorité une personne ayant des
connaissances approfondies en histoire du
vingtième siècle et en cosmologie. On vous a donc
réanimée pour répondre à ce besoin.
– Sinon je serais toujours congelée ?
– Oui, sans doute. Mais ne vous inquiétez
pas. Tous les cryos auront leur retour parmi les
vivants. C’est une question de temps. Et pour
eux le temps ne compte pas !
17 Amants Stellaires
Il souriait largement, visiblement heureux de
son trait d’esprit. Elle se sentait maintenant
beaucoup mieux. Ses torpeurs avaient disparu :
– J’ai envie de me lever. Pouvez-vous
m’aider ?
L’homme la regarda, effaçant d’un coup son
sourire, semblant gêné :
– Je dois vous dire que c’est déjà fait ! Vous
êtes debout.
Valina le fixa, interloquée. La tournure que
prenait l’événement ne lui disait instinctivement
rien de bon :
– Expliquez-vous ! J’ai l’impression d’être
assise. Que se passe-t-il ?
Elle sut immédiatement que la réponse serait
atroce. Que ce retour à la vie se transformerait
en cauchemar :
– Vous n’avez plus de corps… Seule votre
tête a été cryogénisée lors de votre mort, il y a
trois siècles. Vous savez, à l’époque cela coûtait
très cher. Votre famille vous a donné la
possibilité de sauver votre conscience mais elle n’a
certainement pas pu payer pour le corps en entier.
Ils ont tout de même eu raison d’agir ainsi,
puisque la science actuelle permet de vous
ramener à la vie. Vous n’êtes pas la seule dans
cette situation… Si cela peut vous consoler !
Il se tut, visiblement embarrassé, la laissant
assimiler toutes les conséquences de ses lourdes
paroles.
18 Cryo
Le visage de Valina resta de marbre. Elle ne
voulait pas imaginer la réalité. Elle ne voulait
pas comprendre ! Alors il poursuivit lentement,
d’une voix faible, comme récitant une leçon
apprise par cœur :
– Notre merveilleuse technologie vous
donnera l’occasion de vivre heureuse. Votre tête est
implantée sur un boxvital. C’est un ensemble de
vie qui vous procure tout ce que votre corps
vous fournissait auparavant. Il mesure un peu
plus d’un mètre. Déplacement, respiration pour
la parole, alimentation en sang artificiel pour
votre cerveau, nourriture pour votre tête… Il
est muni de sortes de bras. Vous pouvez donc
vous laver, vous coiffer, vous maquiller… C’est
un bijou scientifique !
Les mots qu’elle avait perçus prenaient
maintenant tout leur sens. « Un bijou ! » Elle
commençait à comprendre les terribles implications
de sa situation ! Plus de mains, plus de jambes,
plus de corps ! Elle voulut se lever pour courir,
fuir cette salle, quitter ce cauchemar… C’était
évidemment impossible .
– Mais qu’ai-je fait pour subir une telle
horreur ? Comment peut-on survivre ainsi ?
Elle murmura suffisamment pour être
entendue par l’homme à côté d’elle :
– J’aimerais mourir définitivement, s’il vous
plaît. Je n’ai jamais souhaité revenir ici ou
ailleurs. La vie comme vous me la présentez me
19 Amants Stellaires
révulse. Je n’ai pas l’intention de survivre ainsi.
Je ne souhaitais pas être cryogénisée !
– Ne vous alarmez pas comme ça. Vous ne
serez pas la première à vivre ainsi. Les autres
s’en sont tous remis, croyez-moi. Nous savons
que c’est un dur moment à surmonter, mais la
vie continue ou plutôt elle reprend en ce qui
vous concerne.
– C’est ce qu’on verra ! Je ne sais pas encore
comment… Mais je mettrais définitivement fin
à ce cauchemar !
Elle avait totalement recouvré ses facultés et
sa volonté farouche la surprenait un peu. Valina
se découvrait un caractère entier, insoumis. Son
regard abyssal semblait jeter des foudres.
L’homme fronça les sourcils, surpris et ne lui
répondit pas. Il s’approcha un peu plus et se
penchant vers le boxvital, passa la main sur un
minuscule voyant. Aussitôt, un petit oreiller se
gonfla tout autour de la nuque, immobilisant la
fière tête de la jeune femme. Il lui souffla à
l’oreille :
– Reposez-vous Valina ! Vous en avez
besoin. Demain sera un autre jour. Vous vous y
ferez avec le temps.
Elle voulut lui cracher sa colère à la figure,
mais n’en eut pas le loisir, une vague de
sommeil la submergea malgré elle.
– Bonjour !
20 Cryo
La chambre dans laquelle elle se réveillait
n’était plus la même. Celle-ci se trouvait
agréablement décorée. Un homme se trouvait assis à
ses côtés. Elle se rendit compte que la hauteur
du boxvital n’excédait pas celle d’un enfant. Ce
constat la désespéra profondément. Pendant un
court instant, au moment du réveil, la jeune
femme imagina un mauvais rêve. Ce qu’elle
venait de vivre était peut-être faux…
Mais son espoir se brisa rapidement.
Dans le silence de la pièce, des larmes
s’échappèrent de ses yeux bleus, roulant le long
de ses joues. L’étranger la regarda et fit un geste
qui la surprit : il essuya lentement et avec
douceur son visage. Elle l’examina, elle, l’infirmité
vivante, maintenant dépourvue de corps. Il était
grand et bien fait. Des épaules larges et les traits
fins. Ses yeux lui renvoyaient une compassion
certaine. Il la regardait également, ne semblant
pas choqué par son absence de corps. Leurs
regards se croisèrent et cela lui fit du bien :
– Vous avez l’air d’aller mieux. Vous allez
vous habituer. L’avantage de ce boxvital c’est
qu’il répond à tous vos besoins. Il vous
maintient en vie, vous soigne, vous aide à vivre… Il
vous procurera tout ce qui est nécessaire pour
être bien !
Valina restait muette, le visage de marbre. Il
continua :
21 Amants Stellaires
– Bon ! Je dois poursuivre mon travail et
vous demander de répondre à quelques
questions simples. Je veux m’assurer que tout va
bien en ce qui concerne vos capacités
sensorielles. C’est d’accord ?
Après un long moment, la jeune femme lui
fit signe, à contre cœur, qu’il pouvait y aller.
Accepter la vie malgré tout.
Il déroulait son questionnaire :
– Le mur devant vous est de quelle couleur ?
Elle fut surprise par l’incongruité de la
question :
– Jaune miel !
– Qu’entendez-vous actuellement ?
– Rien ! Ou peut-être une musique lointaine.
Oui, c’est ça… Une petite musique.
– Tenez, goûtez cela et dites moi ce que
c’est.
Il lui glissa une friandise dans la bouche.
Elle analysa ses impressions avec curiosité :
– Fraise ! Oui on dirait de la fraise.
Attendez… Une fraise. Il y a si longtemps. Pourquoi
me rappeler ce parfum ? Mes souvenirs
reviendraient-ils ? Et pourtant, je ne me vois pas
manger ces fruits, mais leur parfum subtil est
resté en moi. Ce goût a ravivé ma mémoire,
ditelle songeuse.
– Oui. Vous aurez l’occasion de faire d’autres
expériences. Celles-ci vous permettront de
re22 Cryo
trouver vos souvenirs. C’est un bon début.
Actuellement sentez-vous une odeur particulière ?
– Oui. C’est agréable. Une odeur de foins ou
d’herbe. La fenêtre est ouverte ?
– C’est parfait ! Vos sens sont parfaits. Vous
disposez de toutes vos capacités. Le moral a
l’air d’aller mieux qu’hier ?
– Hier je n’avais pas mal à la tête.
Aujourd’hui j’ai un peu la migraine.
Il pinça des lèvres, semblant embarrassé :
– Pas très grave. Tous ceux que l’on ramène
à la vie ont ces réactions dans les jours qui
suivent. Cela passera lentement. Vous vous
habituerez…
– M’habituer à quoi ?
– Euh… Eh bien, à votre état !
Il se leva et marcha lentement vers la fenêtre,
ne souhaitant pas apparemment poursuivre sur
ce sujet. . L’homme lui apparut emprunté.
Valina le regardait, surprise par son attitude :
– Mais au fait… J’y pense maintenant.
Comment puis-je avaler une fraise ? Je n’ai que
ma tête, pas de corps pour digérer. Que… Que
devient ce fruit ?
Se retournant, il lui sourit à nouveau,
visiblement intéressé par la question :
– Votre boxvital remplace votre corps pour
beaucoup de fonctions, dont la digestion. Vous
aurez ainsi la faculté de déguster de bons plats.
Un des plaisirs de la vie ! Les aliments sont
trai23 Amants Stellaires
tés par votre appareil, qui les assimile, en
transforme une partie en ressources essentielles
nécessaires à votre tête, en sang artificiel… Et une
autre partie pour son propre fonctionnement,
pour sa “mécanique”, si je puis dire. Ce qui est
inutilisé est condensé puis rejeté par votre corps
artificiel sous forme de résidus. Un peu comme
des excréments… Vous aurez le temps
maintenant d’expérimenter la symbiose réalisée entre
votre tête et votre boxvital.
Il regarda l’heure affichée au mur :
– Je vais vous laisser. Quelqu’un d’autre se
chargera de vous. Pour moi c’est terminé. Je
vous souhaite bonne chance dans votre
nouvelle vie.
D’une voix faible et triste, elle lui demanda
une faveur avant qu’il ne s’en aille :
– Pourriez-vous me montrer ce boxvital avec
lequel je fais maintenant corps ? De quoi j’ai
l’air ?
L’homme baissa les yeux, n’osant fixer ce
regard suppliant. Il s’attendait à cette requête. A
chaque fois… Mais en cet instant il ne répondit
pas et se dirigea vers une petite glace sur
roulettes, probablement là à cet effet. Cette femme
avait un tel visage, une beauté indéfinissable.
Comment avait-on osé ?
D’une voix sans timbre, il marmonna :
– Voici…
24 Cryo
Elle se vit, splendide visage à la chevelure
brune. Son regard océan resplendissait. Il
émanait d’elle une grande intelligence. Sa bouche
aux contours irréprochables s’entrouvrit
légèrement, de surprise. Elle se voyait, tête
emboîtée sur une sorte de boîte oblongue aux
couleurs chatoyantes. La forme de l’appareil était
évasée vers le bas pour en assurer l’équilibre.
Cela ressemblait à une farce, un mauvais
trucage. Le boxvital était muni d’appendices, des
flexibles faisant office de bras et de mains.
Deux à hauteur de son buste légèrement sur
l’avant. Ils étaient assez longs pour prendre des
objets au sol. Deux autres plus courts se
situaient derrière sa tête, un peu plus bas que sa
nuque. Ils lui permettaient de prendre des
objets à portée ou de faire sa toilette, se coiffer…
L’horreur !
Des larmes coulèrent, muettement.
L’homme voulut atténuer sa souffrance :
– Je dois vous avouer que je n’ai jamais vu
un visage comme le vôtre. Vous êtes d’une
grande beauté… Même ainsi.
Elle ne lui adressa plus la parole jusqu’à ce
qu’il eut quitté la pièce.
Dans la salle vide et peu meublée, le temps
s’écoula lentement. Valina avait toujours du mal
à croire en sa situation. Cela lui semblait trop
irréel. Une tête sans corps plantée sur une
machine ! Elle ne pouvait même pas se pincer pour
25 Amants Stellaires
savoir si elle rêvait ! Comment en était-elle
arrivée là ? Plus de corps et plus de mémoire ! Son
corps… Elle devait être belle, à en juger par son
visage. Enfin, on pouvait le supposer ! Car
même de cela elle ne se souvenait plus ! De
toute façon, qu’importait maintenant sa beauté
passée. Elle avait tout de même le sentiment
d’avoir été gracieuse ; de quoi amplifier son
désespoir… Et ce nom, Valina Ouban, qui ne lui
disait pas grand chose non plus…
Elle murmura toute seule dans la pièce,
voulant entendre sa voix, s’assurer qu’elle ne rêvait
pas :
– Ce dont je suis certaine c’est de mon
accident de voiture… A moins que… Non c’était
un accident d’avion ! Je crois que je volais… Il y
a eu un crash énorme. C’est moi qui pilotais.
J’en suis sûre ! J’avais un avion… ou j’étais
passagère peut-être… Moi, piloter un avion ? Mais
pourquoi ne m’ont-ils pas laissée mourir en ce
temps là ?
26
BOXVITAL
Alors que la jeune femme sommeillait, la
porte s’ouvrit subitement et deux hommes
entrèrent. Elle releva la tête pour les détailler. On
aurait dit des frères jumeaux. Ils portaient des
tenues identiques, des sortes de longues blouses
grises et un couvre-chef tout rond, leur donnant
un air quelque peu ridicule. Ils la dévisagèrent,
semblant surpris par son visage, et sans un mot,
ils s’approchèrent d’elle.
L’un d’eux passa dans son dos et déconnecta
les tuyaux qui reliaient le boxvital au mur de la
chambre. L’autre se mit sur le côté de l’appareil
et tous deux le dirigèrent doucement vers la
porte.
L’engin progressait sans difficulté, sans
vibrations. Elle était passive pour ne pas dire
prisonnière de son état, alors qu’ils la menaient assez
rapidement. Le trio traversa ainsi de longs
corridors faiblement éclairés, recouverts d’une
matière brillante et chaude au regard.
Enfin, ils s’arrêtèrent devant une porte
coulissante sur laquelle un panneau indiquait :
27 Amants Stellaires
« Monte-personnes réservé aux cryos ». Ils
entrèrent dans un réduit permettant d’accéder aux
étages inférieurs.
Quelques instants plus tard et plus bas, de
nouveau des couloirs sans fin. Ils reprirent leur
déplacement sous les spots lumineux. Valina ne
savait que penser, véhiculée comme une
paraplégique ligotée à son fauteuil :
– Etrange. Il n’y a pas âme qui vive dans ce
bâtiment. Tout semble désert. Et ces deux là
qui ne desserrent pas les dents ! Comme des
robots… Et s’ils en étaient ? Après tout je ne
sais rien de ces trois siècles qui se sont écoulés.
L’humanité a forcément évolué. Qu’est-elle
devenue ?
Les deux hommes s’arrêtèrent :
– Nous voici arrivés.
– Ah ! Vous parlez, murmura-t-elle avec un
sourire forcé.
Devant eux, une porte brillante bloquait le
passage et marquait la fin du voyage.
Les panneaux s’écartèrent avec un léger
chuintement et ils s’avancèrent dans une sorte
de living :
– Nous reconnectons vos câbles de vie.
Vous allez attendre quelques heures ici. Il y a
toutes sortes de distractions qui vous aideront à
passer le temps. Quelqu’un doit venir vous
apprendre à maîtriser votre boxvital.
28 Boxvital
Sur ces mots ils la quittèrent sans plus
d’explications. Aussitôt un écran mural s’éclaira
devant elle. Il n’y avait qu’elle dans la pièce.
Puis la voix synthétique d’une femme se fit
entendre dans la salle :
– Bonjour. Vous êtes l’une des nombreuses
cryos que notre civilisation a ramenées à la vie.
Vous pouvez être fière d’avoir survécu à ces
siècles de froid. Car vous étiez physiquement et
mentalement morte. Dans votre cas, seule votre
tête et donc votre cerveau, votre mémoire ont
pu être sauvés. Mais c’est le plus important. J’ai
été comme vous. Nous, les cryos, avons la
satisfaction de conserver notre identité afin de la
faire revivre. Il n’en est plus de même pour nos
proches, nos amis des temps passés, que la
mort a balayés. Vous devrez les oublier
rapidement. Ils ne sont que souvenirs appartenant au
néant. Vous êtes maintenant seule. Mais la
science de ce monde nous permet de vivre, de
revivre, dans la joie. Afin de vous aider en cela,
je vais en tout premier lieu vous apprendre à
utiliser ce boxvital. Puis quelqu’un viendra vous
aider dans un moment. En attendant suivez
bien mes instructions sur ce visuel. Vous allez
découvrir un appareil merveilleux. Vous allez
faire connaissance avec votre nouveau corps.
Sur le visuel en question était présenté le
boxvital, tournant lentement sur toutes ses
faces. Une voix off accompagnait la présentation.
29 Amants Stellaires
Valina découvrit le fonctionnement de
l’engin. Le principe était on ne peut plus
simple : il suffisait de penser pour le contrôler,
comme on commande aux muscles de son
corps, de son véritable corps ! Ainsi, elle
pourrait penser se maquiller avec ses membres
artificiels, se laver le visage, se servir à manger, à
boire… Des appendices faisant office de bras
répondraient à ses ordres et s’agiteraient autour
de la machine, lui servant également de main.
On lui expliquait qu’elle ressentirait
mentalement les mêmes effets, le toucher, le palper
qu’avec les mains qu’elle possédait autrefois,
dans une autre vie… Pour se déplacer, c’était
pareil. Elle sut que l’appareil utilisait un champ
magnétique. De ce fait, il planait à quelques
centimètres du sol.
Au fur et à mesure des commentaires, Valina
testait rapidement ce qui lui était présenté.
Ainsi, sans y prendre garde, elle commença à
appréhender le maniement de ce corps artificiel.
Elle sut également qu’elle pourrait manger mais
ne pas en abuser. Le boxvital disposait
d’avertisseurs sensoriels l’incitant à ne pas
dépasser certaines limites. Comme de trop manger
ou pas assez, de ne pas procéder à des contrôles
techniques, de se déplacer sur de grandes
distances, trop vite… Tout était conçu pour que la
tête du cryo soit toujours en pleine forme,
conserve ses capacités et vive très longtemps
30 Boxvital
tout en respectant son support, le très
merveilleux boxvital !
Au final, Valina ressentit une immense
déprime. Combien de temps vivrait-elle ainsi ? Les
cryos subissaient-ils la vieillesse ? Elle l’espéra
fortement ! Dans de telles conditions, si sa vie
pouvait être la plus courte possible !
Lorsque la « merveilleuse » et lassante
démonstration fut terminée, un documentaire prit
le relais.
Son attention fut immédiatement éveillée. La
planète Terre apparaissait vue d’une haute
altitude. Une représentation en relief très réussie.
Cette vision, avec les continents défilant sous
ses yeux, lui procura une agréable sensation. Un
sentiment de calme et de bonheur s’empara
d’elle. Elle avait l’impression de revoir des
images familières. Une voix monocorde lui parvint :
– Vous êtes revenue parmi vos descendants
et nous vous en félicitons. Vous êtes en l’année
2313. Vous allez constater que cette époque est
magnifique. Tous les habitants de cette planète
accèdent à un bonheur parfait. Vous pourrez
vous informer sur ce monde en activant
directement sur ce visuel les actualités, la géographie,
les années d’histoire… Tout le savoir de ce
monde est à votre disposition à partir du réseau
Sapiens. Vous en aviez eu un bref aperçu à
votre époque avec une organisation informatique
que vous appeliez le “Net”. Vous apprécierez
31 Amants Stellaires
l’étendue de Sapiens, sa puissance et tout le
bonheur qu’il peut vous accorder. Tous les
habitants de cette époque accèdent à Sapiens. Où
que vous alliez vous aurez donc cette faculté !
Ne vous en privez pas. Voici les principales
fonctions qui vous sont proposées.
La présentation se poursuivit autour des
possibilités de Sapiens. Il s’agissait d’un immense
outil d’information intégrant des logiciels, des
films, des hologrammes, des musiques, l’histoire
de la planète et de l’humanité, la géographie, les
sciences actuelles… Une encyclopédie sans
limites ! La mémoire collective et le savoir
intégral d’une société !
Valina fut intéressée. Elle allait pouvoir
connaître rapidement le monde dans lequel elle
venait de se réveiller après trois siècles de
congélation.
Elle découvrit également que l’écran plat, le
visuel devant elle, pouvait prendre d’autres
formes. Il s’adaptait au souhait et au confort du
spectateur. On pouvait le transformer en une
bulle et se laisser ainsi immerger dans l’image.
Sapiens permettant de tout apprendre et de
répondre à toutes les questions, formait un outil
complexe et polyvalent.
Le silence revint dans la pièce, l’enveloppant
et la laissant un peu assommée par cette masse
d’informations. La jeune femme restait
forte32 Boxvital
ment impressionnée par ce qui venait de lui être
présenté :
– Quel monde ! Quelle époque ! Mais cela ne
me rappelle rien de celle dans laquelle j’ai vécu.
C’est toujours le néant pour mes souvenirs.
Comment vais-je m’intégrer à cette société ?
Quelle place m’y est réservée ? Qu’est ce qu’ils
font des cryos qui n’ont plus que leur tête ?
Accepter d’y vivre ou en finir ?
Elle soupira bruyamment :
– Au moins, ils auront réussi à me rendre
curieuse afin d’en apprendre davantage.
Intriguée, elle décida de s’essayer au
maniement de Sapiens et fit défiler avec quelques
difficultés les images sur le visuel. Ses
pseudomembres ne lui obéissaient pas comme elle le
souhaitait, par manque d’habitude évidemment.
Elle activa un sujet traitant de la géographie
de la planète. Utilisant les différentes fonctions
pour s’immerger dans une bulle de projection,
elle se laissa ainsi planer, survolant des régions
inconnues, des paysages grandioses, s’imaginant
aux commandes d’un planeur. La Terre lui
semblait si belle ainsi vue de loin. A cette
distance, sa condition de cryo s’effaçait.
Flottant ainsi au-dessus du monde, elle avait
l’impression que sa mémoire reviendrait plus
facilement. Mais la chape de plomb ne se
fissurait pas.
33 Amants Stellaires
Elle n’avait pas vu le temps passer, lorsque la
porte s’ouvrit pour laisser entrer une femme :
– Bonjour Valina. Je vois que vous avez eu
votre premier contact avec Sapiens… Je ne sais
pas quelle impression cela peut provoquer
quand on le découvre pour la première fois.
Moi, je suis née avec. Il m’a enseigné chaque
jour durant toute mon enfance. Il m’a appris
mon métier.
Elle s’arrêta d’un coup, observant la jeune
femme avec attention :
– Votre regard ! Bleu comme la mer…
Quelle étrange beauté… Quelles sont vos
origines ? Votre dossier ne mentionnait pas grand
chose sur vous.
– Je ne sais pas. J’ai encore beaucoup de
difficulté à retrouver ma mémoire…
– Ça passera, ne craignez rien. Aujourd’hui
c’est le grand jour ! Je vais vous apprendre à
utiliser convenablement votre boxvital. Au fait, je
m’appelle Lise.
Elle s’adressa à voix haute au visuel qui
s’activa afin de présenter la séquence prévue sur
l’apprentissage de l’appareil.
Valina attendait, curieuse d’en apprendre
davantage sur cette boîte avec laquelle elle faisait
maintenant corps. La femme lui semblait
sympathique et prenait plaisir à lui montrer chaque
détail concernant l’appareil. Elle était assez
grande, svelte, le visage enjoué.
34 Boxvital
Lise lui expliqua patiemment la façon de se
déplacer en dirigeant l’engin par la pensée.
L’utilisateur devait se concentrer sur ce qu’il
souhaitait faire, tout comme le cerveau
commande aux jambes et à tous les membres. En
fait, elle devait réapprendre à commander des
muscles, des bras, des nerfs artificiels :
– L’apprentissage de la motricité d’un corps
est une notion que l’humain oublie avec le
temps. Marcher paraît tout naturel à partir d’un
certain âge. L’individu ne se souvient plus qu’il
lui ait fallu des heures, des mois pour arriver à
ce résultat. Vous êtes dans cette situation avec
votre boxvital.
A la surprise de la femme venue l’aider,
Valina acquit rapidement la faculté de faire avancer
l’appareil… Reculer, tourner sur place, comme
un jouet monstrueux… Voyant que l’élève
apprenait vite, elle l’assista sur l’utilisation des
« appendices ». Ces sortes de flexibles faisaient
office de bras. Il y en avait quatre. Deux
pouvaient l’aider à courte distance, pour son visage,
afin de se laver, se coiffer, se maquiller… Et les
deux autres servaient à manipuler et à prendre
des objets à proximité, tels des bras allongés. Le
cerveau de la cryo devait s’adapter à de
nouvelles contraintes : les membres supérieurs étaient
plus délicats et plus nombreux à diriger.
35 Amants Stellaires
La jeune femme fit effort pour commander
correctement ses impulsions nerveuses. Elle
s’obligeait à effectuer des mouvements précis.
Au bout de deux heures de labeur, exténuée,
elle était en mesure de commander aux
principales fonctions du boxvital, laissant sans voix sa
monitrice. Lise l’observait :
– Vous vous débrouillez à merveille pour
une première fois ! Je ne me souviens pas avoir
eu une élève aussi douée. Je ne peux rien vous
apporter de plus… A vous de poursuivre votre
entraînement toute seule.
Longtemps elle garda le silence, songeuse.
Puis, n’y tenant plus, elle s’adressa à Valina. Elle
souhaitait en savoir plus sur cette jeune cryo au
comportement inhabituel :
– Vous semblez très intelligente et votre
visage… Ce regard ! Quel dommage que vous
n’ayez plus votre corps ! Je suppose que vous
étiez une splendide jeune femme à votre
époque !
– Je ne m’en souviens pas. Il y a une sorte de
voile sur ma mémoire. Comme si j’avais
conservé mon intelligence, mes capacités de
réflexion mais en oubliant mes parents, ma
jeunesse… Par moment des images me
reviennent ; trop fugaces… Qui étais-je il y a trois
cents ans ? Je ne sais…
Lise sembla quelque peu surprise :
36 Boxvital
– Trois siècles ! Vous êtes morte, il y a trois
siècles ? Mais il n’y avait pas de cryogénisation à
cette époque là !
– Si. J’ai dû faire partie des toutes premières.
Pour quelle raison ma famille a procédé ainsi ?
Je n’en sais rien !
– Je dois vous avouer qu’un nouveau départ
dans ce monde n’est jamais facile pour les
cryos. Mais vous verrez, progressivement vous
vous habituerez et votre nouvelle vie vous
satisfera. Vous avez de la chance pour débuter ;
c’est une excellente famille qui vous a louée. Je
pense que vous passerez de bons mois ou de
bonnes années avec eux.
Valina resta interdite :
– Me louer ? Que voulez-vous dire ?
– Et bien vous vivrez quelque temps avec
cette famille, si tout va bien. Ils ont des règles à
respecter, un contrat à honorer. S’ils ne s’y
conforment pas, nous vous récupérons avant la
date d’échéance. Vous devriez être heureuse en
leur compagnie ; il n’y a pas de raison.
– Mais je ne suis pas un objet ! Je ne veux
pas être louée ou vendue ! Je dois être libre de
mener la vie qui me plaît !
Lise la regardait avec une expression
curieuse :
– J’avais oublié que vous étiez une cryo des
toutes premières générations ! A votre époque
37 Amants Stellaires
les changements de mœurs n’avaient pas encore
eu lieu… Calmez-vous maintenant !
Elle poursuivit voyant que Valina la fixait,
sans comprendre. Ce n’était pourtant pas
difficile. On réveillait des humains cryogénisés afin
de s’en servir. Sinon à quoi bon tout ce travail,
tout ce déploiement de moyens techniques.
– Depuis près d’un siècle, la société est
composée de différentes classes. C’est mieux pour
tout le monde. Nous connaissons exactement
notre place sociale et nous savons que c’est
pour la vie. Il n’y a plus d’ambitions inachevées,
de déçus, d’aigris… Je n’ai pas le temps de tout
vous expliquer, mais sachez que vous
appartenez à la classe des cryos. Vous êtes donc
appelée à vivre chez des classes supérieures qui
s’occuperont de vous en échange de votre
savoir, de votre culture passée, de l’époque que
vous représentez. Les cryos sont très recherchés
vous savez. Vos coûts de locations ne sont pas
à la portée de tout le monde. C’est pourquoi
vos propriétaires doivent respecter un code de
bonne conduite à votre égard et s’occuper de
vous avec diligence. Sinon notre entreprise vous
récupère ou ne reconduit pas le contrat ! Vous
êtes bien protégée ; soyez rassurée !
Valina était sidérée. Elle cria d’une voix
enragée :
– Un mobilier ! Je suis devenue un meuble !
38 Boxvital
– Ne racontez pas n’importe quoi. Votre
attitude me déçoit, Valina !
La jeune femme la regarda fixement, la colère
soulevant une tempête au fond de ses yeux :
– Tous ne se retrouvent pas ainsi, une tête
plantée sur une boîte.
– Vous êtes injuste. D’abord ce n’est pas une
boîte. C’est une petite merveille de technologie,
qui nous coûte cher et dont nous sommes très
fiers. Ensuite, vous n’êtes pas un cas isolé. Tous
les cryos sont ramenés à la vie de cette façon.
Vous vivez ! Vous devriez en être
reconnaissante !
Valina plissa des paupières, intriguée. Une
phrase l’inquiétait :
– Vous voulez dire que les cryos n’ont plus
que leur tête ? Certains avaient un corps
cryogénisé à leur mort, non ?
La femme poussa un long soupir, visiblement
lassée :
– Je pensais que vous aviez compris. Tous
les cryos, sans exception, se retrouvent sur un
boxvital. Que voudriez-vous que nous fassions
de leurs corps ! Cela poserait trop de
problèmes ! Comment les retenir dans un foyer, chez
un client, s’ils pouvaient le quitter comme bon
leur semble ? Et puis leurs corps ne nous
intéressent pas. Pour en faire quoi ?
Elle lui tapota la tête du bout de l’index :
39 Amants Stellaires
– C’est ce qu’il y a là dedans qui est
intéressant. Pour le reste…
Figée sur son boxvital, la jeune cryo restait
sans voix. Elle se reprit au bout d’un moment,
modérant avec difficulté ses propos :
– Vous voulez dire que tous finissent comme
moi ? On jette leurs corps ! C’est ce que vous
faites ?
– Oui, nous détruisons les corps où nous les
laissons cryogénisés. Tout dépend de leur état
de conservation et de leur âge. Ceux qui ne sont
pas trop vieux sont gardés pour les greffes, les
études, la science…
La colère enflammait son visage :
– Votre monde m’écœure !
– Je ne comprends pas votre attitude. Vous
vivez. Vous êtes en bonne santé. Vous allez
vous retrouver dans une famille agréable… Et
vous vous plaignez ! Je vais vous laisser, vous
êtes trop ennuyeuse ! Je vous croyais plus
intelligente !
Lise quitta la pièce non sans jeter un dernier
coup d’œil en arrière, le regard désolé. Elle
n’avait encore jamais vu de cryo critiquer ainsi
un retour à la vie. Se donner tant de mal et
avoir si peu de remerciements en retour !
Lorsqu’elle fut seule, Valina resta le regard
perdu, et se mit à pleurer. Elle songeait à tous
ces êtres qui, comme elle, avaient été ramenés à
la vie et se retrouvaient tels des objets, loués
40 Boxvital
aux plus offrants. Elle pensait à ces hommes et
ces femmes sans corps, pour lesquels le retour
dans le monde des vivants était devenu un
horrible cauchemar. Ils avaient fait des sacrifices en
leur temps, pour en arriver là !
Dans quel univers se réveillait-elle donc ?
Valina n’avait plus le cœur à regarder le
visuel, à apprendre quoi que ce soit sur Sapiens…
Elle se laissa aller au sommeil, accablée, brisée.
Des hommes et des femmes autour d’elle. Leurs têtes
flottent au-dessus du sol. Ils rient et s’amusent. Ils ne
cessent de parler, parler, parler… Un corps pousse sous
elle, telle une plante. Les têtes se fâchent et crient. Deux
soleils de sang tournent lentement dans le ciel…
41
DÉPART
Une présence dans la pièce venait d’éveiller
Valina.
Un homme en blouse jaune la regardait, sans
un mot. Il était assez grand et très jeune. Des
cheveux blonds et courts encadraient son visage
un peu maigre. Il souriait et admirait sans
détour le visage de la jeune cryo :
– Vous êtes bien réveillée ?
– Oui… A peu près.
– Je me nomme Massimo. Je vais m’occuper
de vous aujourd’hui.
Elle le dévisagea à son tour, et comme il lui
semblait sympathique, elle eut envie de se
confier un peu :
– J’ai fait un cauchemar. Je me voyais avec
un corps qui ne m’appartenait pas…
Horrible…
La peau de son visage en frissonnait. Il
chercha à la rassurer :
– Les cauchemars sont fréquents après les
premiers jours de l’opération, remarqua-t-il sur
43 Amants Stellaires
un ton amical. Vous en aurez encore d’autres.
Et puis tout rentrera dans l’ordre petit à petit.
Il posa un plateau contenant de la nourriture
sur la table basse qui se trouvait dans la pièce :
– Je vous ai apporté votre repas. Et vous
allez me faire le plaisir d’y goûter.
Elle y vit des aliments, des sortes de petits
pains de curieuses formes, probablement des
friandises et des boissons de différentes
couleurs.
– Allez-y ! Savourez tout ça. Vous aurez ainsi
un éventail de ce qui se mange habituellement
au repas du matin. Mais il va falloir vous
débrouiller toute seule avec vos nouveaux
membres. Tenez, je remonte le plateau pour qu’il
soit à votre portée…
Ce disant, Massimo appuya sur la table qui
monta doucement jusqu’à atteindre les bras du
boxvital :
– Servez-vous ! Je vous aiderais si besoin.
– Excusez-moi. Mais j’aimerais faire ma
toilette avant de manger. Je me sens le visage sale.
Il la regarda en souriant davantage. L’homme
semblait amusé par la réaction de la jeune
femme :
– Comme bon vous semble ! Moi le matin je
mange et me lave après…
Poussant doucement le boxvital, il la dirigea
vers un autre meuble muni de robinets et de
serviettes de toilette :
44 Départ
– Voilà ! Je vous laisse faire, pour que vous
puissiez vous habituer. Les débuts sont toujours
difficiles pour les cryos.
Sans un mot, elle manipula ses bras munis de
petites pinces faisant office de doigts. L’eau
coulait d’une sorte de fontaine, agréablement
parfumée. Hésitante, elle manœuvrait toutefois
ses membres avec dextérité, lentement Elle
poursuivit sa toilette par une remise en ordre de
sa coiffure. Ses magnifiques cheveux noirs
étaient mi-longs, ce qui lui simplifiait la tâche.
Au bout d’un moment elle le fixa, impassible :
– Ca y est, je suis prête. Je peux manger
maintenant.
Un sifflement admiratif s’échappa des lèvres
de Massimo :
– Bravo ! Je n’ai jamais vu une cryo
apprendre à se servir aussi vite de ses membres.
Comment avez-vous fait ? Vous êtes douée !
Il poussa le plateau dans sa direction et lui fit
signe de se servir.
Se saisissant d’une petite boule rouge posée
dans la coupelle, elle la porta avec suspicion à la
bouche. Le contact était agréable, frais. Cela
ressemblait à une grosse cerise et avait un goût
légèrement épicé, fondant rapidement sur la
langue. Il n’y avait pas de pulpe, ni de chair.
Une fois avalée, elle ressentit un étrange bien
être la parcourir.
45 Amants Stellaires
En souriant, Valina prit d’autres petites
sphères, toutes avec des parfums différents et
agréables.
Massimo l’observait déguster délicatement
les mets présentés sur la table. Elle goûtait tout
en analysant les subtilités gustatives. Son
attitude le faisait sourire malgré lui. Il avait
l’impression que la jeune femme découvrait la
vie, le monde l’entourant, analysant
méticuleusement chaque détail.
Lorsqu’elle eut fini, elle poussa doucement le
plateau devant elle et le fixa de ses yeux
limpides. Il en fut impressionné et intimidé malgré
lui :
– Hum ! Bien, je vois que c’est terminé ! Le
repas vous a plu apparemment ?
– Je dois avouer que ces mets sont très
savoureux. J’ai été surprise. Je crois que c’est la
première sensation agréable que j’éprouve
depuis mon réveil. Pour le reste… Je n’oublie pas
que votre civilisation a détruit mon corps !
Massimo la regarda avec un air de surprise
non feinte :
– Pourquoi dire ça ? C’est faux ! En ce qui
vous concerne vous n’aviez plus de corps
lorsque nous avons stoppé votre long sommeil.
Votre tête et seulement votre tête, reposait dans un
ancien bloc de cryogénisation. Ces premiers
appareils, rustiques mais efficaces, avaient été
conçus il y a trois siècles environ. A l’époque les
corps entièrement conservés étaient très rares.
46 Départ
Je sais également que vos ancêtres n’ont pas eu
le choix à votre sujet. Outre un pedigree
exceptionnel, votre fiche signalait un grave accident
d’avion. Votre famille devait vous aimer
beaucoup pour consacrer en cette époque tant
d’argent à la cryogénisation de votre tête.
Il souriait en la dévisageant :
– Et c’est ainsi que vous êtes parmi nous,
après tout ce temps. Magnifique, non ? Ce
monde est parfait vous savez ! Et il vous
accueille avec joie. Maintenant que vous êtes
restaurée, je vais vous emmener vers votre
nouveau foyer.
– Je pars déjà chez ceux qui m’ont louée ?
fit-elle d’une voix timide.
– Oui. Ils semblaient pressés. C’est grâce à
eux que vous avez été réveillée. Ils
recherchaient exactement votre profil. Vous avez de la
chance.
Massimo la regarda encore un peu, semblant
se demander comment elle allait vivre cette
nouvelle vie :
– La mobile est prête. Nous devons y aller
maintenant. Le temps c’est de l’argent…
Le temps c’est de l’argent ! La société
« cryogénisation & Cie » de renommée
mondiale, était particulièrement vigilante sur les
profits engendrés par la réanimation et la location
de ses protégés ramenés à la vie. Réputation
d’efficacité et de qualité. Réveiller des cryos en
fonction du besoin, leur retirer leurs corps pour
47 Amants Stellaires
les rendre particulièrement disponibles et
assister les propriétaires pour remédier prestement à
tout problème.
Massimo se leva et débrancha le boxvital :
– Vous n’aurez plus besoin de vous
connecter désormais, si vous prenez vos repas
régulièrement. Votre alimentation en énergie sera
suffisante. Il faudra cependant vous brancher si
vous tombez malade ou si vous vous sentez
affaiblie.
– Ah ? Les maladies existent toujours sur ce
monde ? Je le croyais parfait !
– Il reste des défauts ! Des gens tombent
quelque fois gravement malades, malgré toute
notre science.
Il poussa lentement le boxvital vers la porte,
qui s’ouvrait doucement devant eux. Valina
reconnut le couloir de la veille dans lequel ils
avancèrent pour arriver face à une porte
métallique.
Les panneaux s’écartèrent automatiquement,
leur donnant accès à un superbe jardin
ensoleillé.
Elle resta sidérée devant sa beauté. Une large
allée pavée serpentait jusqu’à une grille d’entrée
au loin. Personne autour d’eux ! Le parc était
magnifiquement entretenu. Des chemins semés
de gravillons, blancs comme de la neige, filaient
à travers de splendides arbres fièrement élancés,
des bosquets d’arbustes au foisonnement
étonnant, des arcs en ciel de massifs floraux.
48 Départ
Pour la première fois depuis son réveil elle
percevait la nature autour d’elle. Les sifflements
stridents des oiseaux, le bruissement de l’air
dans les ramures, l’odeur du gazon et des fleurs,
le chaud soleil sur son visage… Maintenant, elle
revivait !
Et d’un coup, elle la trouva belle, la vie !
Valina souriait, enchantée. Au bout de l’allée
un véhicule de couleur bleue, brillant, les
attendait avec un chauffeur. Lorsqu’ils y arrivèrent,
celui-ci abaissa un petit plateau pour permettre
à la jeune cryo de s’installer facilement dans une
sorte d’espace prévu pour un boxvital. L’engin
flottait immobile à quelques centimètres
audessus du sol.
La porte se referma automatiquement
derrière elle, tandis que les deux hommes
s’installaient également :
– En avant !
Et la mobile partit progressivement.
Personne ne conduisait ! L’itinéraire avait été
paramétré par le chauffeur. Il ne se chargeait
d’intervenir qu’en cas de difficulté. Autrement
dit, rarement.
Valina eut tout le loisir d’observer les lieux
traversés. Il s’agissait de résidences, de belles
villas au centre de parcs arborés. Il n’y avait pas
d’immeubles à proximité, mais elle pouvait en
distinguer les hautes silhouettes gracieuses au
loin. La mobile franchissait des quartiers
parfaitement entretenus.
49 Amants Stellaires
Ils arrivèrent ainsi jusqu’à une sorte
d’aéroport. Des appareils s’élevaient et se
posaient verticalement sur une place grande
comme deux terrains de sport. Les engins se
mouvaient sans bruit dans un ballet incessant.
Ils ressemblaient à de grosses lentilles aplaties,
de toutes les couleurs.
La mobile s’immobilisa devant l’une d’elles,
posée au sol.
– C’est ici que je vous laisse, Valina. Le pilote
du volant vous attend pour vous mener à votre
destination, chez votre propriétaire. Je vous
souhaite bonne chance… Courage !
Au pied de l’appareil, une femme
s’approchait d’eux l’air dégagé, légèrement
arrogante. Grande, les cheveux remontés en
chignon, elle tendit un objet à Massimo :
– Voici la carte concernant la prise en charge
de cette cryo. Valina Ouban, c’est bien votre
nom ? dit-elle en lui adressant un sourire
quelque peu forcé.
– Oui, d’après ce qu’on m’a dit, répondit-elle
sur le même ton.
La femme regarda Massimo d’un air
interrogateur :
– Elle ne se souvient plus de son passé, pour
le moment, fit-il à mi-voix. Elle n’est pas encore
remise de son choc. Cela passera.
– C’est un peu décevant ça ! Nous l’avons
louée également pour son curriculum
mentionnant des connaissances approfondies en histoire
50 Départ
contemporaine du vingtième siècle. Si elle ne
retrouve pas ses facultés d’ici quelques semaines
et que le propriétaire se plaint, nous serons
obligés de la reprendre et peut-être de payer un
dédommagement. Très ennuyeux ça !
Elle soupira :
– Bon ! Nous verrons bien. Mais ce n’est pas
la première fois que cela arrive dans votre
établissement. Si vous tenez à maintenir votre
contrat en notre compagnie, il faudra être plus
sérieux !
Ecoutant les paroles de la femme, Valina se
demandait ce qui arrivait aux cryos ayant
définitivement perdu la mémoire. Elle avait vraiment
l’impression d’être un objet. Ce monde semblait
certes beau mais terriblement inhumain. Sa
nouvelle vie s’apparentait de plus en plus à celle
d’une esclave. De luxe.
La femme dirigea avec précaution le boxvital
vers l’appareil.
Un petit monte-charge reposait sur le sol.
Elle l’y engagea. Aussitôt le plateau s’éleva et
Valina se retrouva dans le volant.
L’endroit était étroit. Il y avait juste la place
pour elle, derrière une rangée de fauteuils. Pas
de hublots, seule la lumière du plafonnier
éclairait l’habitacle. Impossible de voir qui pilotait.
Une porte s’ouvrit sur le côté et la femme au
chignon s’installa dans un des sièges, juste
devant elle.
51 Amants Stellaires
Valina ressentit une légère vibration et
soupçonna l’envol de l’appareil.
– Vous allez vous retrouver dans une famille
dont le responsable est un professeur de
physique. Il enseigne sur Sapiens. C’est un homme
assez connu. Il cherchait une cryo pour sa fille
qui se prépare à faire des études en histoire,
particulièrement sur le second millénaire. Vous
êtes capable d’apprendre à une jeune fille ?
– Je ne sais pas.
– Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! J’ai
l’impression que vous allez nous poser des
problèmes… Il va falloir faire un effort vous savez.
Sinon nous serons obligés d’intervenir. Et ce
n’est jamais agréable pour les cryos lorsque
nous réglons leurs problèmes relationnels !
Elle se tut et se retourna sur son siège :
– J’espère pour vous que ça ira, fit-elle en la
dévisageant. Il y va du renom de notre
compagnie…
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