Amour et liberté : abolition de l'esclavage

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Romancière dont la vie et l'oeuvre restent entourées d'un silence provocateur, Madame A. Cashin doit reprendre sa place unique dans les archives coloniales. Son ouvrage Amour et liberté. Abolition de l'esclavage (1847) se déroule à Sainte-Lucie durant le soulèvement des esclaves de Saint-Domingue. Sous le couvert d'un roman historié, voire d'une histoire romancée, l'auteur transmet un plaidoyer en faveur de l'émancipation complète des Noirs.
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
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EAN13 : 9782296243378
Nombre de pages : 201
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AMOUR ETLIBERTÉ
COLLECTION AUTREMENT MÊMES conçue et dirigéeparRogerLittle Professeur émérite de TrinityCollegeDublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite,Prix de l’Académie française, GrandPrix de laFrancophonie enIrlande etc.
Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, desNoirs ou, plus généralement, de l’Autre.Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus.Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer).Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective con-temporaine.Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psycho-logique et littéraire du texte.
« Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur, les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.» SonyLabou Tansi
Titres parus et en préparation : voir enin de volume
MadameA.Cashin
AMOUR ET LIBERTÉ ABOLITION DE LESCLAVAGE
Présentation dAdriannaM.Paliyenko
LHARMATTAN
Le médaillon de la couverture représente ToussaintLouverture d’après le billet de banque émis pour commémorer le bicentenaire de la victoire de laRévolution d’Haïti.
©LHarmattan, 2009 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-10589-8 EAN: 9782296105898
INTRODUCTION
par Adrianna M. Paliyenko
Autres études et ouvrages d’Adrianna M. Paliyenko
A) Études et ouvrages sur la représentation du Noir « The Literary Frames of Ourika, Then and Now »inApproaches to Teaching Ourika, éd. MaryEllenBirkett etChristopherRivers,New York :MLA, 2009, pp. 97-10 Engendering Race: Romantic-Era Women and French Colonial Memory, éd. AdriannaM.Paliyenko,L’EspritCréateur, 47.4 (hiver 2007) « Returns of Marceline Desbordes-Valmore’s Repressed Colonial Memory : “Sarah” and Critical Belatedness »,L’EspritCréateur, 47.4 (hiver 2007), pp. 68-80 Mme Anaïs Ségalas,Récits des Antilles : Le Bois de la Soufrière, suivis d'un choix de poèmes, présentation d’AdriannaM.Paliyenko,AutrementMêmes 14,Paris :LHarmattan, 2004 « Anaïs Ségalas », inGreat Lives from History : The Nineteenth Century, 1801-1900,éd.JohnPowell,Pasedena,CA:SalemPress, 2006, pp. 2062-2063
B) Études et ouvrages sur la poésie The Cultural Currency of Nineteenth-Century French Poetry, éd.Joseph o Acquisto etAdriannaM.Pspécial dealiyenko, n Romance Studies, 26.3 (juillet 2008) et 26.4 (novembre 2008) « Illuminating the Poetic Turn to Science : Louise Ackermann, or the Aesthetic Stuff of Cultural Studies »inTheCulturalCurrency of Nineteenth-CenturyFrench Poetry, éd.JosephAcquisto etAdriannaM. o Pspécial dealiyenko, n Romance Studies, 26.4 (novembre 2008), pp. 308-322 « Nineteenth-Century French Women Poets : An Exceptional Legacy »(avec AiméeBoutin),French andFrancophone Women, 16th-21stCenturies : Essays on Literature,Culture, and Society withBibliographical and Media o Resourcesspécial de, n Women inFrench Studies, éd.CatherineMontfort et Marie-ChristineKoop, (octobre 2002), pp. 77-109 « Women, Poetry, and the Nature of Genius : Exceptional Creativity », EXCAVATIO, 16.1-2 (2002), pp. 244-257 « Apollinaire and Dada : Influence Matters »inPARISDADA: The Barbarians Storm theGates, éd.ElmerPeterson, t. VI,Crisis in theArts : The History ofDada, éd.StephenC.Foster etElmerPeterson,FarmingtonHills, MI:GaleGroup,Inc., 2001, pp. 67-94 « Re-readingla femme poète: Rimbaud and Louisa Siefert »,Nineteenth-CenturyFrench Studies, 26.1-2 (automne / hiver 1997-1998), pp. 146-160 Mis-reading the Creative Impulse : The Poetic Subject in Rimbaud and Claudel, Restaged,Carbondale,IL:SouthernIllinois UniversityPress, 1997
INTRODUCTION
Àpart le rare indice bibliographique sur la femme française qui, en 1847, plaida ouvertement l’émancipation des esclaves noirs, la vie et l’œuvre deMadameA.Cashin restent enseve-1 lies dans un silence provocateur .On est donc tentée d’abor-der son roman-plaidoyer,Amour et liberté. Abolition de l’esclavage, au titre de l’anonymat.Àune telle démarche prêterait le besoin de contourner la censure pour traiter un sujet aussi controversé que la défense des esclaves dans 2 l’ombre des massacres deSaint-Domingue .De même, sous prétexte de l’anonymat virtuel, l’on rendrait universelle la portée d’un ouvrage attribué à une plume féminine que le e canon littéraire du XIlimitait par contre à la sphèreX siècle domestique bourgeoise.Plusieurs études modernes sur la
1 Le roman que nous présentons est classiié comme un ouvrage relatif à l’amour et au corpus colonial dans laBibliographie de la France ou Journal général de l’imprimerie de laLibrairie(2 janvier 1847, p. 96).On le repère également dans laBibliographie des ouvrages relatifs à l’amour, aux femmes, au mariageétablie parJulesGay (1871, p. 134), coulé exclusivement dans le moule sentimental.Sur la page de titre du roman, l’on identiieMadameA.Cashin comme l’ « auteur dÉmélina, ou le mariage mal assorti» (sans lieu ni date). Cet ouvrage neigure pourtant pas dans le catalogue collectif de la Bibliothèque nationale deFrance où l’on a pu localiser le roman colonial deCashin. 2 Les esclavagistes diffamaient de diverses façons les défenseurs des esclaves.Comme le remarqua le célèbre abolitionnisteAbbéGré-goire, « ils [les esclavagistes] ont créé les épithètes denégrophileset blancophages, dans l’espérance qu’elles imprimeraient une5étris-sure ; ils ont supposé que tous les amis desNoirs étaient les ennemis desBlancs et de laFrance, que tous ils étaient soudoyés par l’Angleterre » (De la littérature desNègres,Paris :Maradan, 1808, p. 73 ; rééd. parRitaHermon-Belot inÉcrits sur les Noirs,Autrement Mêmes 49,Paris :LHarmattan, 2009, t.I, p. 136).
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représentation de l’histoire coloniale dans la littérature du dix-neuvième siècle font allusion à l’ouvrage deCashin.Ces critiques se focalisent sur la relation impossible entre unNoir et uneBlanche qui s’y dessine, éclaircissant peu la façon unique dontMadameCashin s’engagea au débat sur l’aboli-1 tion de l’esclavage quii.t fureur en son temps Sans briser pour autant le silence qui occulte toujours son identité, dans la dédicace de son roman, l’auteur introduit un minceil biographique à suivre pour approfondir notre lecture d’Amour et liberté. Abolition de l’esclavage, notamment un 2 séjour enAngleterre où elle composa son ouvrage .Ceil
1 ÉdithLucas est la seule critique moderne à considérer l’intérêt socio-historique du roman deCashin.Dromans [du dix-« de ans la suite neuvième siècle] touchant aux questions abolitionnistes », observe Lucas, « nous n’en avons pas trouvé un seul qui plaidât ouvertement l’émancipation.Cependant à la veille de l’abolition, il se trouva une me femme française pour faire un effort direct vers ce but.En 1847,M Cashin publia son petit livre :Amour et liberté. Abolition de l’escla-vage» (La Littérature anti-esclavagiste au dix-neuvième siècle.Étude sur MadameBeecher Stowe et son inluence enFrance,Paris :E. de Boccard, 1930, p. 26).Dans son étude sur la représentation roman-tique desNoirs,Léon-FrançoisHoffmann passe sous silence l’engage-ment deCashin, ne repérant dans son roman qu’un des rares exemples d’unNoir amoureux d’uneBlanche (Le: person-Nègre romantique nage littéraire et obsession collective,Paris :Payot, 1973, p. 201). RogerLittle reprend le passage cité parHoffmann pour y souligner la relation malchanceuse entre unNoir et uneBlanche (Between Totem and Taboo :Black Man, White Woman inFrancographic Literature, Exeter (G.-B.) :Presses universitaires, 2001, pp. 63-64). William Cohen, pour sa part, prend à tort le rapt dont il fait découler le dénouement du roman («Literature andRace :Nineteenth-Century FrenchFiction,Blacks, andAfrica, 1800-1880 »,Race andClass, 16 [1974], p. 194). 2 QuoiqueMadameCashin ait rédigé son roman enAngleterre, elle leit publier àParis, chezGalignani, la première librairie étrangère en France, fondée en 1801.Son choix de maison d’édition des plus grands auteurs anglais telsByron, Wordsworth,Scott est à remarquer. Par ce choix, cetteParisienne, probablement issue de la noblesse qui dut se réfugier enAngleterre ain de fuir la persécution durant la Terreur, s’allia avec la communauté anglophone qui avait accueilli des
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conducteur se tisse dedialogisme transnational.De la même manière s’entrelacent les épigraphes empruntées à des auteurs français et anglais qui fournissent le cadre de l’idéologie anticolonialiste transmise par le roman deCashin.Cette inter-textualité étendue, au fond critique, nous permet de comprendre tardivement l’inspiration que puisaCashin dans l’antiesclava-gisme anglais pour soutenir, à la veille de l’abolition, l’éman-cipation immédiate des esclaves dans les colonies françaises. MadameCashin ne masque point son mépris pour l’es-clavage colonial dans son roman historique qui se déroule sur 1 l’îleSainte-Lucie, possession anglaise , à l’époque du sou-lèvement des esclaves deSaint-Domingue.Allant plus loin que la sympathie projetée par les défenseurs des esclaves, elle se glisse dans la peau d’unNoir.De cette position narrative dialogisée, l’auteur relate à l’esclaveMaki la révolte des Noirs deSaint-Domingue et, par la suite, lui cède la parole pour qu’il narre sa propre histoire.C’est ainsi, sur le plan discursif, queCashin dialogise son récit, donnant également la voix à son héros noir dans l’optique de décrire, du point de vue desBlancs et desNoirs, la position intenable des esclaves noirs dans le monde colonial.Au sein du récit dialogisé, dans lequel le style direct et indirect libre s’entremêlent, la nar-ratrice passe de la première à la troisième personne pour intervenir dans le discours sur l’abolition qui sous-tend la trame sentimentale du roman.En même temps, l’auteur fait prendre la parole à son héros noir,Maki, pour esquisser un réquisitoire contre l’esclavage selon deux axes : la promulga-tion d’une politique humanitaire et une mise en question de la production de la race en tant que catégorie socialement cons-truite.
émigrés français et surtout avec les esclavagistes anglais venus sur le continent encourager l’abolitionnisme. 1 LesFrançais arrivèrent les premiers àSainte-Lucie en 1651.La lutte entre laFrance et l’Angleterre pour la possession de l’île commença peu après et dura longtemps.Ayant changé de mains quatorze fois, en 1814, par le traité deParis,Sainte-Lucie fut cédée auxAnglais qui abolirent l’esclavage dans leurs colonies en 1833. ix
La révolution qui s’opère enMaki a lieu dans un climat de tension semé par la révolte desNoirs deSaint-Domingue à partir de 1791.Analphabète mais intelligent, le jeuneMaki s’interroge sur l’image que l’on lui a inculquée, celle d’un abruti sans âme rapproché au singe plutôt qu’à l’homme dans l’échelle de l’Etre.Éclairé, par la suite, sur le mensonge colonial que la science physiologique naturalisa dans le cours 1 du dix-neuvième siècle ,Maki le rejette pour réclamer son 2 appartenance au genre humain et son droit d’aimer .Avec son personnage perspicace dont l’esprit supérieur sera cultivé par l’éducation,Cashin donne libre cours à l’intelligence et à
1 Le célèbre physiologisteJulien-Joseph Virey soutint que la nature établit l’inégalité des races et des espèces et développa ainsi la supériorité des B«lancs : Nous sommes le lien qui unit laDivinité à toutes les créatures; [...].C’est par notre communication que le grand esprit se dissémine par toute la nature ; nous le transmettons aunègre, le nègre ausinge[...].C’est nous qui rétablissons l’équilibre dans toute la nature, et le sceptre du monde nous a été donné sur toutes les créatures » Nègre »,Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, Paris : 1818, p. 471).Cf. l’étude historique et critique deSaint-Rémy, qui précède lesMémoires du général Toussaint-Louverture écrits par lui-même: «Je sais que la physiologie renferme deux grandes écoles dont les sommités brillent de part et d’autre d’une immense splendeur, Camper,Sommerring,Cuvier, Virey,Laurence font dans leur onto-logie sortir le nègre d’un monstrueux accouplement, ils lui refusent l’invention et le perfectionnement qu’ils n’accordent volontiers qu’aux blancs.MaisBlumembach, Tiedeman,Lavater,Broussais, Prichard et d’autres savants viennent démentir leurs adversaires, en proclamant la mutualité des forces expansives de l’humanité.Que conclure de tout cela ?C’est que la science qui voudrait condamner l’intelligence duNègre, en la frappant de stérilité, n’est fondée sur aucune expérience positive » ([Paris :Pagnerre, 1853],Port-au-Prince :ÉditionsFardin, 1982, pp. 11-12). 2 La prise de conscience deMaki trouve un écho moderne dansCaliban, l’esclave rebelle d’AiméCésaire qui dénonce le mensonge colonial en ces termes : «Prospero, tu es un grand illusionniste : / le mensonge, ça te connaît. /Et tu m’as tellement menti, / menti sur le monde, / menti sur moi-même, / que tu asini par m’imposer / une image de moi-même : / Un sous-développé, comme tu dis, / Un sous-capable, / voilà comment tu m’as obligé à me voir, / et cette image, je la hais !Et elle est fausse ! » (Une tempête,Paris :Éditions duSeuil, 1969, p. 88).
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