Anne Radcliffe - Oeuvres LCI/94

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Ce volume contient les oeuvres d'Ann Radcliffe, auteur de romans gothiques, en traductions françaises. Toutes ces traductions sont les traductions originales de l'époque (1798).

CONTENU DE CE VOLUME:

JULIA, OU LES SOUTERRAINS DE MAZZINI. (Une romance silicienne) (1790)

LA FORÊT, OU L’ABBAYE DE SAINT-CLAIR. (1791)

LES MYSTÈRES D’UDOLPHE (1794)

L’ITALIEN, OÙ LE CONFESSIONAL DES PÉNITENTS NOIRS (1797)

REVUE DES ROMANS


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Publié le : lundi 9 mai 2016
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EAN13 : 9782918042617
Nombre de pages : non-communiqué
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ANNE RADCLIFFE
ŒUVRES LCI/94

 

La collection ŒUVRESlci-eBooks se compose de compilations d’œuvres appartenant au domaine public. Les textes d’un même auteur sont groupés dans un volume numérique à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur.

 

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MENTIONS

 

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ISBN : 978-2-918042-61-7

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SOURCES

 

Images Google Books, reconnaissance ABBYY : Julia, La Forêt, l’Italien.

Wikisource (Google Books) :Les mystères d’Udolphe.

 

–Couverture : The Misteries of Udolpho, 1794. Bristish Library.

–Image de titre : Ann Radcliffe, Wikipedia commons.

 

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LISTE DES TITRES

ANN WARD RADCLIFFE (1764-1823)

img2.pngROMANS

Orig.

Trad.

img3.pngJULIA, OU LES SOUTERRAINS DE MAZZINI.

1790

1798

img3.pngLA FORÊT, OU L’ABBAYE DE SAINT-CLAIR.

1791

1798

img3.pngLES MYSTÈRES D’UDOLPHE

1794

1798

img3.pngL’ITALIEN, OÙ LE CONFESSIONAL DES PÉNITENTS NOIRS

1797

1798

img2.pngVOIR AUSSI

 

 

img3.pngREVUE DES ROMANS

1839

 

Note : Les textes de cet eBook suivent l’orthographe originale.

PAGINATION

Ce volume contient 609 003 mots et 1 617 pages.

1. JULIA, OU LES SOUTERRAINS DE MAZZINI.

204 pages

2. LA FORÊT, OU L’ABBAYE DE SAINT-CLAIR.

348 pages

3. LES MYSTÈRES D’UDOLPHE

625 pages

4. L’ITALIEN, OÙ LE CONFESSIONAL DES PÉNITENTS NOIR

426 pages

5. REVUE DES ROMANS

5 pages

 

JULIA,
OU
LES SOUTERRAINS DE MAZZINI.

1790

 

Maradan, 1798

204 pages

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TABLE

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR.

INTRODUCTION.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

CHAPITRE XI.

CHAPITRE XII.

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XV.

CHAPITRE XVI

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR.

LEs guerres même les plus sanglantes ne divisent aujourd’hui les nations que sous les rapports politiques. Les arts, les sciences et le commerce réunissent les individus, malgré l’acharnement des cabinets ; et le bon sens a enfin appris aux Français, aux Anglais et aux Allemands qu’en dépit des canons et des bayonnettes dont leurs frontières sont hérissées, il était encore possible de mettre en commun ses richesses, son industrie, ses pensées et ses plaisirs.

Nous publions aujourd’hui le quatrième roman de madame Radcliffe ; femme pleine de mérite et d’esprit, en possession depuis plusieurs années d’amuser les loisirs des fiers Bretons par des fictions ingénieuses.

L’abbaye de Saint-Clair, les mystères du château d’Udolphe et le Confessional des Pénitens Noirs, viennent d’être naturalisés en France, et y ont été parfaitement accueillis. Julia, ou les souterrains du château de Mazzini{1}, réclament la même faveur, et ont droit au même succès.

Le sujet de ce Roman a autant d’attrait que les trois autres ; Madame Radcliffe s’y sert du même prestige que dans les premiers. Des effets surnaturels ou singuliers y ont produits par des causes très-explicables ; mais la connaissance du principe qui ne se développe que dans le dénoûment, tient le lecteur en haleine pendant tout le cours de l’ouvrage.

Nous nous sommes permis d’élaguer quelques épisodes, de raccourcir quelques longues descriptions, auxquelles madame Radcliffe paraît se livrer avec plaisir, et qui ont dans l’original un attrait qui ne ferait pas fortune ici.

À Londres, le peuple exige que étranger prenne, des pieds à la tête, l’habit et les formes anglaises. En France, nous faisons grâce aux Anglais sur ce chapitre, nous adoptons même leurs formes et leurs usages ; mais sur l’article de la littérature, nous sommes un peu plus sévères, et les détails minutieux sur lesquels aime peut-être à s’appesantir la morosité britannique, déplaisent à la vivacité française, épuisent sa patience, et l’amènent promptement au dégoût. C’est ce que nous avons voulu éviter. Nous avons cependant laissé à quelques réflexions, à certains détails, leur originalité nationale, et en hasardant plusieurs locutions trop fidèles sans doute, nous avons cédé à la loi imposée à tout traducteur, de conserver à un ouvrage estimable sa physionomie première et le cachet de sa patrie.

INTRODUCTION.

Sur la rive septentrionale de Sicile, on découvre les magnifiques ruines d’un château qui a jadis appartenu à la maison de Mazzini. Il est bâti au fond d’une petite baie, sur une pente douce qui, d’un côté, se prolonge jusqu’à la mer, et de l’autre se termine par une éminence couverte de bois touffus. Le site est rempli de beautés vraiment pittoresques, et ces ruines ont conservé une air de grandeur antique qui, contrastant avec leur solitude actuelle, remplit l’ame de celui qui les contemple tout-a-la-fois de mélancolie et de curiosité. Pendant mes voyages chez l’étranger, j’ai visité ce lieu. Un jour que je marchais à travers les débris épars des pierres gissant sur l’aire immense de l’édifice, frappé de la hauteur et de l’étendue de ces ruines, je me reportai, par une association naturelle d’idées, au tems où ces murs étaient orgueilleusement debout, dans leur splendeur originaire ; où les salles du palais, asyle de la magnificence et séjour de l’hospitalité, retentissaient des voix de ceux que la mort a depuis long-tems fait disparaître de la terre. « Il en sera de même, disais-je, de la génération actuelle ; celui qui, maintenant, est plongé dans la misère, et celui qui nage dans le plaisir, passeront également et seront oubliés ». Mon cœur fut oppressé par cette réflexion ; et comme je m’éloignais en soupirant de cette grande scène, mes regards se portèrent sur un religieux dont la tête, doucement inclinée vers la terre, présentait un point intéressant dans ce tableau. Il remarqua mon émotion nos yeux se rencontrèrent ; alors il s’arrêta, et fixant ces ruines : « Ces murs, dit-il, ont été jadis habités par la licence et le vice ; on les a vu donner un exemple bien remarquable de la justice du ciel : depuis cette époque, ils ont été abandonnés, et personne ne cherche à prévenir leur chûte ». Ces paroles excitèrent ma curiosité, et je pressai le bon religieux de m’instruire avec plus de détail des événemens auxquels il faisait allusion.

« Ce château, reprit-il, à son histoire qui est grave et solemnelle, mais trop longue et trop compliquée pour que j’entreprenne de vous la raconter. Elle est renfermée dans un manuscrit qui se trouve dans notre bibliothèque, et dont je pourrai peut-être vous procurer la lecture. Un frère de notre ordre, descendant de la maison de Mazzini, a recueilli les aventures les plus importantes de cette famille, et il a laissé ce recueil à notre couvent. Si vous le voulez, nous marcherons ensemble de ce côté »

J’accompagnai le religieux à son monastère. Il m’introduisit auprès du supérieur, qui me parut un homme d’un esprit étendu et d’un cœur bienveillant. Je passai avec celui-ci quelques heures dans une conversation intéressante, mes sentimens lui plurent ; il me permit de faire divers extraits de l’histoire qui avait été apportée devant moi. Ce sont ces extraits que j’ai déposés dans les pages qu’on va lire, en y joignant quelques particularités obtenues dans mon entretien avec le supérieur.

CHAPITRE PREMIER.

VERS la fin du seizième siècle, ce château était une possession de Ferdinand, cinquième marquis de Mazzini, et depuis quelques année son séjour le plus ordinaire. Le marquis se faisait remarquer par son caractère hautain et son amour violent pour les femmes. Il avait épousé en premières noces Louisa Bernini, seconde fille du comte de Salario, jeune personne intéressante par sa douceur et ses vertus privées. Elle mourut après avoir donné à son mari un fils et deux filles.

Sa mort avait été en partie occassionée par les violences et les mauvais procédés du marquis, qui bientôt songea à prendre une seconde épouse.

Maria de Vellorno, c’est le nom de celle-ci, d’une beauté remarquable, avait un caractère tout opposée à celui de Louisa. Elle aimait le plaisir, l’indépendance et les intrigues d’amour.

Mazzini, plein de tendresse pour sa seconde femme, s’occupa très-peu des enfans qu’il avait eus de la première. Il remit l’éducation de ses deux filles à une de ses parentes éloignées, femme infiniment propre à remplir cette noble tâche. On la nommait madame de Menon.

La campagne ennuyait la nouvelle marquise : c’était dans une capitale seule que cette femme pouvait exister. Naples devint le séjour habituel des deux époux, et le fils de Louisa les y suivit.

Quelque fier que pût être le marquis, sa femme avait l’adresse de le ployer à ses goûts : c’était lui qui obéissait quand il croyait commander. Tout le secret consistait à tromper son orgueil ; et les femmes possèdent si bien ce secret-là !

Cependant de tems à autre, c’est-à-dire une fois par année, il se rendait au château de Mazzini, où étaient confinées ses deux filles et leur institutrice. Il se faisait rendre compte de leurs progrès, et indiquait à madame de Menon la marche qu’il entendait qu’elle tînt vis-à-vis de ses élèves. Il retournait ensuite à Naples, et ne reparaissait au château que l’année suivante.

Heureusement pour nos deux pupilles qu’elles réunissaient de grands avantages pour atteindre à une éducation parfaite. Madame de Menon avait passé toute sa vie dans le grand monde ; son ame était ornée des plus nobles vertus, son esprit avait été soigneusement cultivé. Douée d’une douceur et d’une patience inaltérables, elle avait, de plus que la plupart des institutrices, une connaissance profonde de l’esprit humain, connaissance qu’on ne peut acquérir, si l’on a passé ses premières années dans la médiocrité, loin du monde et de son fracas.

Les deux sœurs avaient reçu en naissant le germe des talens et des vertus. Aux grâces de la figure, elles joignaient ce don charmant, ce don si rare, si précieux, celui de plaire au premier coup d’œil.

Emilia, l’aînée, était une blonde intéressante ; elle avait hérité de la douceur de sa mère. Une bienveillance habituelle était peinte dans ses regards ; son cœur était sensible, bon et généreux.

Julia, sa cadette, avait un caractère plus vif ; au plus brillant extérieur, elle joignait une imagination active et brûlante, vive quelquefois jusqu’à l’emportement, elle réparait avec tant de grâces les fautes de sa vivacité, qu’il fallait l’aimer davantage. Tout affectait son cœur. Des larmes de sensibilité coulaient fréquemment de ses yeux ; le moment d’après, l’enjoûment et la folie effaçaient les traces de ses accès de mélancolie involontaire : de beaux yeux noirs, une chevelure brune et bouclée, une taille charmante, une physionomie pleine d’attraits, telle était Julia à l’aurore de sa jeunesse.

La solitude, qui ne fait qu’ajouter à la grossièreté des êtres vulgaires, donne à une jeune personne soigneusement élevée, une sorte d’originalité dans les sentimens et les pensées, qui tourne presque toujours au profit de ses agrémens. Etrangère à cet entraînement d’imitation, à l’habitude de l’uniformité, à l’empire irrésistible de la mode, qui, dans nos grandes cités, n’influe pas seulement sur la parure, mais encore sur les idées, les affections, les manières et le langage, elle est plus elle-même, si l’on peut parler ainsi ; ce qu’elle dit, comme ce qu’elle sent, lui appartient d’une manière plus intime ; elle tient à la nature par sa naïveté ; aux institutions humaines, par ses études : que si, dans cette double carrière, elle évite les écueils de la singularité, des folies romanesques, et surtout de l’exagération, elle doit, à l’âge de plaire, offrir un attrait plus puissant, inspirer un sentiment plus profond que nos jeunes citadines, dont le secret et les études ne consistent que dans un travail d’imitation réciproque.

Madame de Menon avait eu une existence douloureuse ; sa carrière avait été traversée par des peines et des malheurs. Auprès de ses élèves, elle parvenait quelquefois à les oublier. Emilia, d’un regard, savait les suspendre ; Julia, par ses folles et naïves caresses, en dissipait jusqu’à la moindre trace. La culture du dessin et de la musique offrait de si puissantes distractions ! madame de Menon réussissait également dans ces deux arts, auxquels elle s’était appliquée toute sa vie. En communiquer les connaissances à nos deux jeunes pupilles, était pour elle une plaisir plutôt qu’un travail. Emilia dessinait ; le luth était l’instrument favori de Julia ; elle en jouait parfaitement.

Le château de Mazzini était un bâtiment grand et irrégulier ; il semblait avoir été destiné, dans l’origine, à recevoir ces nombreux trains de suivans qui se rangeaient autour des grands, soit dans la splendeur de la paix, soit dans les troubles de la guerre. Maintenant une petite partie était seule habitée, et cette partie encore avait un air de tristesse et d’abandon que lui donnait l’immense étendue de ses appartemens et la longueur des galeries qui y conduisaient. Un calme mélancolique régnait dans ces vastes salons, et souvent il se passait une partie du jour sans que le moindre bruit en troublât le silence.

Julia, qui montrait chaque jour un goût plus vif pour la lecture, aimait à se retirer les soirs dans un cabinet où elle avait rassemblé ses livres favoris. Il était situé à l’angle occidental du château : d’une des fenêtres, ouverte sur la mer, on découvrait, au bout d’un horizon immense, la côte de Calabre ; hérissée de rochers qui semblaient se confondre avec la nue ; l’autre laissait appercevoir une partie du château et les bois voisins. Les instrumens de musique dont Julia se servait pour varier ses amusemens se trouvaient disposés dans ce cabinet ; il était tout à-la-fois élégant et retiré ; l’on y voyait divers ornemens de son invention, et plusieurs dessins de la main de sa sœur. Ce cabinet communiquait à sa chambre, et n’était séparé des appartemens de madame de Menon que par une petite galerie. Cette galerie donnait dans une autre, longue et tournante, qui conduisait au grand escalier situé à l’extrémité de la salle du nord, par laquelle on entrait dans les principaux appartemens du château.

L’appartement de madame de Menon s’ouvrait sur l’une et l’autre galerie : c’était dans une des petites pièces qui le composaient qu’elle passait les matinées, occupée à faire étudier ses jeunes pupilles : les fenêtres avaient vue sur la mer. L’usage était communément de diner dans les appartemens, au rez-de-chaussée.

Un homme avancé en âge, appelé Vincent, logé au château, attaché depuis de longues années au marquis, chargé d’apprendre aux deux sœurs la géographie et la langue italienne, mangeait habituellement avec ces dames.

Pendant les belles soirées d’été, la petite société soupait dans un pavillon bâti sur une hauteur, au milieu du bois dépendant du château. De ce lieu, l’œil planait sur une étendue immense de terre et d’eau. On voyait tout à-la-fois le détroit de Messine, la rive de Calabre qui se trouve en face, et une foule de sites sauvages et pittoresques de la Sicile ; l’Etna, couronné de ses neiges éternelles, et se perdant dans les nues, formait une grande et sublime scène dans le fond du tableau. La ville de Palerme se faisait aussi distinguer. Julia, fixant de l’œil ses brillantes pyramides, se peignait les beautés qu’on devait rencontrer dans cette cité, soupirait secrètement en songeant qu’elle était éloignée du monde par la jalousie de la marquise. En effet, celle-ci, redoutant la beauté d’Emilia et de Julia, se servait de toute son influence sur l’esprit du marquis pour les confiner dans la retraite ; et quoique l’une eût déjà vingt ans, et l’autre dix-huit, les deux soeurs n’avaient jamais quitté le domaine de leur père.

Ainsi vivaient dans une profonde obscurité les aimables filles du marquis de Mazzini. On peut dire néanmoins qu’elles étaient heureuses ; car elles ne connaissaient pas assez le monde pour regretter de ne point jouir de ses plaisirs. Si Julia soupirait quelquefois après les tableaux brillans que son imagination s’était créés ; si une curiosité pénible lui faisait souhaiter de connaître la scène active dona elle n’était pas témoin ; bientôt elle revenait à ses amusemens ordinaires ; et chassant de son esprit toutes ces idées fantastiques, elle goûtait une satisfaction tranquille et habituelle. Les livres, la musique, la peinture partageaient ses loisirs, et souvent les belles soirées d’été se passaient dans le pavillon, où la conversation délicate de madame de Menon, le luth de Julia, la sensibilité d’Emilia se réunissaient, pour composer une sorte de bonheur qui ne pouvait être donné et senti que par des ames élevées et tendres. Madame de Menon avait beaucoup de grâces dans l’esprit ; ses jeunes pupilles savaient l’apprécier et cherchaient à se modeler sur elle.

Le soir d’une journée brûlante, la petite société avait soupé dans le pavillon dont on a déjà parlé ; la fraîcheur et la beauté de la nuit l’engagèrent à y rester plus tard que de coutume. En revenant au château, chacun fut surpris d’appercevoir comme une lumière, qui perçait à travers les jointures des volets des fenêtres d’un appartement situé dans la partie du château inhabitée depuis long-tems et constamment fermée. On s’arrêta pour considérer cette lumière ; mais elle disparut soudain. Madame de Menon, troublée par ce phénomène, se hâtait de retourner au château dans le dessein d’en découvrir les causes, lorsqu’elle rencontra Vincent dans la salle du nord ; elle lui fit le récit de ce qu’elle avait vu, et lui dit de chercher les clefs de ces appartemens. Sa crainte était que quelqu’un ne se fût introduit dans le château pour voler. Rejetant une terreur méprisable dans une occasion où elle croyait son devoir compromis, elle appela les domestiques du château, et se disposa à les accompagner lors de la visite qu’elle ordonna. Vincent sourit de ses inquiétudes, et attribua tout à une illusion que la nuit déjà avancée avait fait naître dans son esprit. Madame de Menon n’en persévéra pas moins dans son idée ; et après des recherches longues et répétées, on trouva enfin une grosse clef couverte de rouille : alors elle entra avec Vincent dans la parties du château située au midi, suivie par les domestiques, dont l’impatience le disputait à l’étonnement. La clef fut mise dans la serrure d’une porte de fer qui s’ouvrait sur une cour séparant cette division des autres parties du château. On entra dans cette cour, couverte d’herbes, et l’on monta un escalier, au haut duquel se trouvait une large porte que l’on voulut ouvrir. On essaya vainement toutes les clefs du château ; et il fallut se résoudre à abandonner ce lieu sans que la curiosité fût satisfaite ou les inquiétudes calmées. Tout cependant était tranquille, et la lumière ne reparut plus. Madame de Menon dissimula ses craintes, et tout le monde se sépara.

Cette aventure fit une grande impression sur l’esprit de madame de Menon, et il se passa quelque tems avant qu’elle retournât les soirs au pavillon. Au bout de quelques mois passés sans aucune découverte, il se présenta une nouvelle occasion d’alarme. Julia était demeurée une nuit dans son cabinet plus tard que de coutume. Un livre favori, avait engagé son attention au-delà de l’heure ordinaire de son repos ; et tous les habitans du château, excepté elle, étaient depuis long-tems plongés dans le sommeil. Elle fut tirée de cette espèce d’oubli d’elle-même par la cloche du château qui sonna une heure. Surprise, elle se leva en hâte, et se rendait à sa chambre, quand la beauté de la nuit l’attira à sa fenêtre : elle l’ouvrit, et contemplant le bel effet du clair de lune sur le bois sombre, elle se pencha hors la croisée. Elle ne demeura pas long-tems dans cette situation, sans appercevoir une faible lumière qui lui parut poindre dans la partie abandonnée du château. Un tremblement soudain la saisit, et elle eut peine à se soutenir.

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Quelques instans après, la lumière disparut. Julia vit ensuite une figure très-distincte sortir de la petite porte de la tour, une lampe à la main. Cette figure fila le long des murs du château, gagna l’angle le plus prochain et disparut.

Que l’on juge de son effroi ! Elle court à l’appartenant de madame de Menon, lui rend compte de cette aventure ; on appelle tous les domestiques, et l’alarme devient générale. Tout le monde se rassemble dans la grande salle. Madame Menon propose d’entrer dans les cours, d’aller visiter les environs de la tour. Aucun valet n’ose tenter cette démarche : la peur les a glacés tous.

Le bonhomme Vincent arrive sur ces entrefaites. On l’avait inutilement appelé. Quelques soins l’avaient retenu. Il est surpris de trouver toute la maison sur pied.

On lui rend compte des causes de la frayeur générale. Alors il renouvelle l’ordre aux domestiques de faire la visite du château. Il se met à leur tête. On le parcourt d’un bout à l’autre, non sans de fréquens tressaillemens d’épouvante. Ils reviennent après une longue perquisition, sans avoir rien rencontré, ni vu d’extraordinaire.

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