Appelez-moi Madame Oumarou

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L'auteur aborde dans ce roman le statut de la femme célibataire en Afrique, à travers l'histoire de Delphine Ayissi, jeune femme dotée d'un physique ingrat mais d'une intelligence exceptionnelle qui lui permettra d'intégrer le prestigieux corps de la magistrature. Dès lors, elle se lancera dans un long combat pour devenir épouse et cesser d'usurper le titre de "Madame".
Publié le : lundi 1 juillet 2013
Lecture(s) : 21
EAN13 : 9782336320540
Nombre de pages : 250
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Leontine Longbou Fopa
Appelezmoi Madame Oumarou
Lettres camerounaises
Appelez-moi Madame Oumarou
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collectionLettres camerounaisesl’avantage du présente positionnement international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, la collectionLettres camerounaises s’intéresse particulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Marius NANYA,Les saveurs de l’Afrique, 2013. Siméon TSEMO,L’homme qui n’avait pas eu de nom, 2013. Kanouo L. Fabrice,Éclats de vie, 2013. François A. NTSAMA,Un nouvel an pas comme les autres et autres nouvelles, 2013. Eustache OMGBA AHANDA,Les fleurs de l’âme, 2013. Juste Magloire BASSOGOG DIBOG,Nog Ndourou. L’éprouvé,2013. Dieudonné Éric NGANTCHA, Obama, Seumi et l’école du village, 2013. Dieudonné Éric NGANTCHA, Les gros champignons de Bangoulap, 2013. Moussa HAMAN-ADJI,Les masques de la vanité, 2013. Jeanne Marie Rosette ABOU’OU,Letter to Tita, vol.2, 2013. Jeanne Marie Rosette ABOU’OU,Letter to Tita, vol.1, 2013. Eugène Abel NTOH,Tempête sur le cocotier, 2013.
Leontine Longbou Fopa
Appelez-moi Madame Oumarou
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30106-8 EAN : 9782336301068
Dédicace
A mes sœurs Eddy Georsine Fopa Et Armelle Fopa
I
Delphine Ayissi tira énergiquement sur la corde suspendue à une poulie, remplit le seau de l’eau fraîche qu’elle venait de sortir du puits. D’un geste rapide et vif, elle souleva le seau plein d’eau, le posa sur sa tête et se dirigea vers la petite case qui leur servait de cuisine. Une fois à l’intérieur de la cuisine, sa mère se leva aussitôt pour l’aider à se décharger. Mais avant qu’elle ne l’atteigne, elle s’était hâtée de poser le seau par terre, avec un sourire narquois. Elle regarda sa mère et lui lança :
Tu ne vas tout de même pas croire que je suis incapable de -me décharger ce petit seau de vingt-cinq litres Maa ? Tu as beaucoup travaillé aujourd’hui ; je voulais juste t’aider. -Ces petites tâches ménagères sont déjà une espèce de routine -pour moi. Va maintenant réviser tes leçons et laisse-moi finir la cuisine. -1 Le repas du soir était l’okok et Delphine avait pris soin d’apprêter les ingrédients pour la cuisson. Elle avait extrait l’huile rouge des noix de palme, grillé les arachides, les avait ensuite écrasées sur la grosse pierre qui leur servait de moulin. Les feuilles vertes d’okok avaient été découpées en très fines lamelles. Il ne restait plus à sa mère, pour la cuisson, que le mélange des différents ingrédients, à tour de rôle, dans la grande marmite posée sur le feu de bois. Chez les Ayissi, le complément de l’okok était toujours le manioc. Il pouvait être servi sous plusieurs formes, soit sous forme de bâton de manioc, soit sous forme de tubercule bouilli. Maa Marie avait opté pour la seconde alternative ce soir-là. La cuisine familiale était une petite case en terre battue, soutenue par des piquets et des lianes. Elle était couverte de tôles noircies à longueur d’année par la fumée du feu de bois. A l’intérieur, une étagère en bois disposées en parallèle servait d’armoire pour les ustensiles de cuisine. Un lit en bambou sur 1 Mets traditionnel de la région du Centre-Cameroun fait à base de feuilles vertes, de la pâte d’arachide et d’huile rouge.  7
lequel était posé un vieux matelas en paille occupait l’autre côté de la pièce. Maa Marie tournait de temps en temps, à l’aide d’une spatule, la pâte qui mijotait au feu. Lorsque l’okok fut prêt à être consommé, elle descendit la marmite du feu, servit dans chacun des trois grands plats posés au sol, une quantité suffisante pour satisfaire le plus grand gourmand. Ensuite, elle se dirigea vers la grande maison, fit signe à Delphine et à son frère cadet que le repas était prêt. Pendant que Maa Marie mangeait avec ses deux enfants, elle eut de l’amertume en pensant à son fils aîné qui faisait des études supérieures de l’autre côté de la Méditerranée. Elle se demandait si Joseph avait trouvé quelque chose à se mettre sous la dent ce jour-là. Si seulement elle pouvait lui envoyer un plat d’okok par télépathie dans ce lointain pays des Blancs où il se trouvait et où les gens mangeaient de la nourriture dans des boîtes de conserve, gardée durant de nombreux mois, qui devenait fade et perdait ses principaux éléments nutritifs. Pendant qu’elle consommait un bon plat naturel préparé avec des ingrédients qu’elle avait tirés de son champ, son fils se nourrissait mal en Europe. Le geste brusque de Bernard la tira de sa rêverie. Il lui tendait son plat déjà vide et dit : Maa, mets-moi encore l’okok. -D’un geste presque automatique, elle ouvrit la marmite, remplit deux fois de suite la grosse louche et versa dans le plat que lui tendait son fils. Delphine ne put s’empêcher de réagir. Manger, oui ! Travailler, non ! -Bernard se contenta juste de lancer un regard désapprobateur en direction de sa sœur aînée, car il était plus occupé de continuer à consommer l’okok qui venait de lui être encore servi, que de répondre à cette remarque désobligeante. A la fin du repas, le trio regagna la grande maison d’en face constituée du séjour et de chambres à coucher. Le séjour était éclairé par une lampe électrique. Au centre, il y avait une table rectangulaire entourée de huit chaises qui servaient à étudier à la maison ; un poste radiophonique était posé sur une vieille armoire
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à l’angle de la pièce. Les murs étaient crépis et badigeonnés de chaux. Le sol était cimenté. Sur les murs, quelques photos étaient suspendues : celle de Jésus, de Marie, et une du mariage de Monsieur et Madame Ayissi. Ma’a Marie donna une dernière instruction à sa fille avant d’aller dans sa chambre. N’oublie pas d’éteindre la lumière et de débrancher le poste -radiophonique avant d’aller te coucher ! Oui Maa. -Une fois dans sa chambre, Maa Marie fit le signe de croix, égraina son chapelet avant de s’endormir. Bernard regagna aussitôt sa chambre dès le départ de sa mère. Delphine était toujours la dernière à aller au lit. En classe de terminale, elle préparait le Baccalauréat. Ce n’est que vers minuit qu’elle se décida enfin d’aller se coucher. Elle se leva, ramassa ses documents, débrancha la radio, éteignit la lumière et rentra dans sa chambre. Après avoir rangé ses documents dans son sac de classe, elle fit le signe de croix, récita le Notre Père et s’allongea. La sonnerie du réveil la fit légèrement sursauter. Elle avait envie de faire la grasse matinée, mais elle se rappela aussitôt de l’épreuve d’histoire qu’elle devait passer en journée et se résigna enfin à quitter le lit. Après avoir dit une petite prière, elle révisa quelques-unes de ses leçons d’histoire, fit sa toilette et prit la route du lycée.
La famille Ambiana occupait une luxueuse villa située en bordure de la route, à une centaine de mètres du lycée. En chemin, Delphine s’arrêtait toujours devant cette villa où habitait Camillia Ambiana, son amie et camarade de classe. Cet arrêt lui prenait un temps précieux, mais elle savait qu’elle rendait un grand service à son amie. Son geste était devenu un rituel matinal inévitable, parfois elle trouvait son amie profondément endormie alors qu’il ne restait plus que 25 minutes pour la fermeture du grand portail du lycée. Ce matin-là, elle eut la chance de trouver Camillia en train de prendre son bain. La perspective d’une interrogation l’inquiétait beaucoup parce qu’elle ne révisait pas très  9
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