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Apprivoiser l'insolence

De
112 pages
Dans une maison de la banlieue parisienne, Albert vit seul avec sa vieille mère. Pour surmonter sa solitude et la douleur du départ de Solange qui vient de le quitter, il se libère grâce au jeu de l'écriture, entreprenant d'inventer des histoires à une petite fille imaginaire dont il aurait voulu être le père : itinéraires de Maïa dont la fragilité fait la force, de Smaïn, vieil immigré rattrapé par son passé, de Delphine, victorieuse parce que mère, de Michel, jeune lycéen, piégé par son amour pour une femme douloureuse, Alissa... Albert raconte ses propres errances depuis qu'il a quitté l'Algérie, son pays perdu, celles d'hommes et de femmes qu'il a connus et qui partagent ce même vertige d'être toujours un peu ailleurs, parfois en décalage avec la réalité, souvent meurtris au présent, mais conscients de se mesurer avec courage aux insolences du hasard.
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Écritures arabes Collection dirigée par Marc Gontard

APPRIVOISER L'INSOLENCE

Collection

Ecritures arabes

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BAROUDIAbdallah, Poèmes sur les âmes mortes. AcCAD Evelyne, L'Excisée. ZR!KA Abdallah, Rires de l'arbre à palabre. Poèmes. La Parole confisquée. Textes, dessins, peintures de prisonniers politiques marocains. ABA Noureddine, L'Annonce faite à Marco ou A l'aube et sans couronne. Théâtre. AMRoUCHE Jean, Cendres. Poèmes. AMRoUCHE Jean, Etoile secrète. SOUHEL Dib, Moi, ton enfant Ephraim. BEN Myriam, Sur le chemin de nos pas. Poèmes. TOUATI Fettouma, Le printemps. désespéré. ABA Noureddine, Mouette ma mouette. Poèmes. BELHRITI Mohammed Alaoui, Ruines d'un fusil orphelin. Poèmes, suivi de L'Epreuve d'être. Pamphlet. BENSOUSSANAlbert, L'Echelle de Mesrod. Récit. MoRSY Zaghloul, Gués du temps. Poèmes. BELAMRlRabah, Le Galet et l'Hirondelle. Poèmes. BEKR! Tahar, Le chant du roi errant. Poèmes. HOUARI Leûa, Zeida de nulle part. LAABIAbdellatif, Discours sur la colline arabe. BEREZAKFatiha, Le regard aquarel. AMROUCHEJean, Chants berbères de Kabylie. KALOUAZAhmed, Point kilométrique 190. SAOUDI Fathia, L'oubli rebelle. Beyrouth 82. Journal. KACIMI El Hassani, Le mouchoir. FARÈs Nabile, L'exil au féminin. GUEDJ Max, Mort de Cohen d'Alger. BEN Myriam, Sabrina, ils t'ont volé ta vie. Roman. RAITH Mustapha, Palpitations intra-muros. Roman. YACINEJean-Luc, L'escargot. Roman. LAABI Abdellatif, L'écorché vzf LAABI Abdellatif, Le baptême chacaliste. Théâtre. COISSARDG. et DJEDIDI H., Chassés Croisés. TAWFIK El Hakim, L'A ne de sagesse. BOUKHEDENNASakinna, Journal: Nationalité: Immigré(e). BENSOUSSANAlbert, Le dernier devoir. BEKR! Tahar, Le cœur rompu aux océans. 'HoUARI Leïla, Quand tu verras la mer. AccAD Evelyne, Coquelicot du massacre.

Lei1a REZZOUG

APPRIVOISER L'INSOLENCE

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1988
ISBN: 2-7384-0038-8

A Ali Animer l'Impertinence Affûter l'Imaginaire Adoucir l'Inconscient

« Tant de fois} au cours de ma vie} la réalité m}avait déçu parce qu}au moment où je la percevais} mon imagination} qui était mon seul organe pour jouir de la beauté} ne pouvait s}appliquer à elle} en vertu de la loi inévitable qui veut qu}on ne puisse imaginer que ce qui est absent. »
M. PROUST

Albert se sent très mal à l'aise. Son nez le démange. Il tente d'effacer le soupçon de doute qui vient de troubler ses rêveries. Quelle heure peut-il bien être? Si le ciel se couvre ainsi, est-ce un signe que sa sieste a duré un peu plus que de coutume, ou est-ce l'annonce d'une petite pluie sournoise? Une mèche grise échappée de sa tignasse interrompt en diagonale la ligne de son regard hésitant. Le jardin se lézarde en taches d'ombre. «Ce n'est qu'un nuage» se dit Albert. Sur la façade de la petite maison, ~ observe les volets clos de la chambre de sa mère. Il n'est donc pas encore quatre heures. Il se redresse sur les coudes, tire sur sa chemise à fleurs et tend la main distraitement vers les deux cahiers posés tout contre lui. «J'ai froid» se dit-il, et d'un geste furtif, il rabat sur ses épaules le châle kabyle noir et grenat. Il insiste et se redit: «J'ai froid! Ça fait vingt-cinq ans que j'ai froid, dans cette maison merdique de banlieue, échouée au bord d'une capitale! » Il s'énerve un peu, solitaire, quelques secondes, puis il se soumet, docile, aux lois de la pesanteur. Il se lève, en révolte contre sa fragilité, «ne pas gémir comme les autres, ne pas laisser place à la complaisance, ne pas s'abîmer dans la nostalgie ». Il quitte la couverture étendue sur l'herbe, tout en ricanant. Elle ressemble à un 11