ARIANE, MA SUR

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A l'insu de leurs nouveaux partenaires, Béatrice et Aurélien renouent avec leur ancienne passion née de leurs amours enfantines. Au-delà de cette simple histoire d'amour, ce roman, tire son originalité da la présence obsédante d'un portrait de femme qui, en déchaînant la violence des sentiments, est à l'origine d'une tragédie. En éveillant chez le lecteur de profonds échos, il l'amène à se poser le problème de son propre désir.
Publié le : samedi 1 juin 2002
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EAN13 : 9782296289185
Nombre de pages : 126
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EDMOND

CROS

Ariane, ma soeur

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2002 5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris

-

France Hongrie

L'Harmattan

Hargita u. 3
1026 Budapest Hongrie L'Harmattan, ltalia s.r.l. Via Bava 37 ltalia 10124 Torino

-

ISBN: 2-7475-2511-2

DU MÊME AUTEUR
Dans la collection « Écritures », L'Harmattan L'énigme des cinq colombes, 1998 L'histoire véritable de Santa Cruz de la Plata, 1999
Aux Éditions Didier, Paris

Protée et le gueux, 1967
Aux Éditions Planeta, Madrid Ideologîa y genética textual, el caso deI Buscon de Quevedo, 1980
Aux Éditions Credos, Madrid

Literatura, ideologîa y sociedad, 1986
Aux Éditions University Theoryand of Minnesota Press, Minneapolis Practice ofSociocriticism, 1988

Aux Éditions Vervuert, Franifort Ideosemas y morfogénesis,

1992

Aux Éditions du CERS, Montpellier L'Aristocrate et le carnaval des gueux, 1975 Lecture idéologique du Lazarillo de Tormes, 1984 De l'engendrement des formes, 1990 D'un sujet à l'autre - Sociocritique et psychanalyse, 1995 Origine socio-idéologique des formes, 1998

À Mona M.

Plus rien n'est possible, je ne vois pas comment revivre ensemble, restriction dans l'immédiat pour la forme, pour atténuer la brutalité

nous pourrions de sa phrase ou

du moins. Avait-elle ajouté cette

sous l'effet d'un authentique sentiment et du vertige qu'elle n'avait pas pu ne pas ressentir tout comme lui à l'idée que leur séparation allait être ou plus simplement tant, avec cette phrase de Béatrice, nant se dérobe crocher. Arrivés en fin d'après-midi à Valence en provenance de SaintAgrève, les voyageurs, dont beaucoup, remarque-t-il, s'apprêtent, comme lui, à prendre le train, se bousculent Un petit groupe autour des bagages qu'un employé de l'agence locale a déjà sortis de l'arrière du véhicule et jetés pêle-mêle sur le trottoir. de gens endimantourne le Derrière desdu Charrière. chés gagne le zinc du bistrot qui, sur le côté droit lorsqu'on dos à la rue, abrite le guichet de la compagnie mittence le brouhaha des clients. Il a attendu à sa mémoire, pouvait être définitive? Aurélien cherche en lui un souvenir sensible et vivace de tout ce qui en un insest devenu son passé, qui mainteau fur et à mesure qu'il s'évanouit

essaie de se souvenir, ne laisse rien derrière lui à quoi il puisse se rac-

lui, la voix de la jeune femme qui y délivre les billets perce par interque le chauffeur cende sa grosse valise de l'impériale, bar avant de regarder sa montre a fait deux pas vers l'intérieur

et de se raviser. Le car était à l'heure

et sa correspondance

ne devrait pas tarder. En évitant les voitures se doublent et se croisent dans les un de la gare où il a pris un après avoir acheté à la boutique qui se

qui, à grands coups de klaxon, billet de troisième

deux sens, il a traversé la place en direction classe pour Montpellier paquet de gauloises et une pochette grosses lampes haut-perchées

d'allumettes

trouve à côté du guichet. Puis il a gagné le quai. Autour de quelques sous la verrière irradie une lumière lais'ouvrent, la locomole duvet de la teuse. La rame crisse sur les rails, les portières

tive halète à grandes bouffées grises. Se fIXer sur une image une seule image pour essayer, à partir d'elle, de tout reconstruire: nuque sous la noire chevelure le chaos de sa mémoire, épaisse ses doigts effIlés, le parfum de

sa peau sous la caresse, sa voix qui roule comme un écho feutré dans le mystère de ses yeux clos, source des jarfemme qui se trouvait assise de dins et puits d'eaux vives. La jeune

l'autre côté du compartiment et qui tourne donc le dos à la marche s'est levée. Elle vient descendre la fenêtre, devant lui, en soulevant et en tirant vers elle la courroie qui en commande l'ouverture et qu'elle laisse ensuite filer. Elle se penche autant qu'elle peut à l'extérieur semble scruter le quai comme si elle attendait quelqu'un et qui l'eût

appelée au loin. Oui on est bien à Valence. Avignon? À vingt heures, je crois. Toujours à l'aide de la courroie elle remonte la glace avant d'en bloquer la fermeture en poussant la commande d'un geste sec vers l'extérieur puis, après avoir prié Aurélien de bien vouloir l'excuser, elle regagne sa place apparemment tranquillisée, échange quelques mots à voix basse avec son compagnon face. Une voix remonte timent, s'éloigne, les portières bousculent de voyage qui lui fait

toute la rame, arrive à la hauteur du compar-

se perd tout là-bas en avant du train. À son passage pas pourquoi Béatrice au lendetu avais

ont claqué à nouveau les unes après les autres, des cris se happés par le vent. Il ne comprend changé en revenant elle n'avait de Sainte-Croix pas voulu assister...

a aussi brutalement

main de ce repas auquel

accepté de venir vivre à nouveau 10

avec moi je ne vois pas en quoi ce

qui est arrivé à Damien sement faute pourquoi faudrait-il

peut nous concerner

tu ne parles pas sérieu-

moi du moins je me sens coupable je sais que c'est de ma qu'il y ait un coupable j'avais insisté pour voulais-tu qu'il accepte et à Liviers comment

qu'il reste dormir mais que peut-on

Ariane as-tu pensé à Ariane je suis aussi angoissé que toi figure-toi faire pour elle tu aurais pu y penser plus tôt tu ce qui allait se passer. Comme si on pouvait de ses actes ou simplecontenance il despouvais bien imaginer

dans la vie prévoir toutes les conséquences peut jamais revenir en arrière... sine machinalement

ment songer à les envisager. .. Bien sûr si c'était à refaire mais on ne Pour se donner des figures sur la buée qui couvre sa fenêtre et de pen-

voici que soudain contre son visage flotte un visage. Cette apparition soudaine l'a troublé mais il lui suffit de changer de posture, cher la tête à droite ou à gauche, de modifier la position de ses jambes qui, d'ailleurs, s'engourdissent, pour se reprendre et comprendre que ce n'était qu'un rêve dans son cauchemar. En se reprenant, il constate qu'il s'agit en fait de l'image réfléchie le regard. Instinctià son fantasme. Il pour dans la glace de lajeune femme qui est assise de l'autre côté en diago-

nale par rapport à lui et dont il croise maintenant vement il baisse les yeux gêné de l'avoir incorporée se détourne, approche son propre

visage de la vitre comme

regarder le paysage par la fenêtre, en efface la buée sur toute la surface pour se donner maintenant Eût-elle contenance... Il ne peut se détacher de ce visage elledétenfigé dans un demi-sommeil. ouvert les yeux et regardé Aurélien, elle ne pouvait

même se voir. Elle était à lui, livrée à lui sans aucune retenue au-delà de toute convenance et de toute pudeur avec cette expression que seul peut donner due et cet air de calme abandon le sentiment

d'être aimée. Il se redresse sur son siège, modifie ouvre comme les yeux, si celui-ci regarde fIXement

ainsi le champ de d'Aurélien pour elle, 11

son regard et ose la regarder de profil. A-t-elle senti son regard? Elle dans la direction transparent était devenu subitement

puis redresse légèrement allonge sous la banquette s'est à nouveau détourné Valence un voyageur

le buste, ramène

ses jambes

sous elle, les Désorienté, il du Le Il est Au départ de

qui lui fait face, s'assoupit. et il regarde vers l'extérieur.

a éteint une des deux lampes et l'intérieur femme en a perdu de sa netteté. La tête penchée

wagon est ainsi, sur un des deux côtés, plongé dans la pénombre. reflet du visage de la jeune maintenant formes. Comment

comme tissé dans une lumière irréelle qui en estompe les la décrire? charnues, sur le côté avec un de l'adolescence sous la chevelure défaite, le nez délicat, les lèvres la grâce indéfinissable

rien de mélancolie, droites, légèrement et paisible. À l'extérieur

qui sait occuper tout son corps, s'y déployer de façon à la fois souple défùent des points de repère qu'il connaît des montagnes où s'accrochent bien, le des

grand fleuve qui en cette saison remplit à ras bord ses berges et, audelà, la ligne continue encore lambeaux irisés de lumière avec, de temps à autre, les entrées des vallées qui remontent vers le haut-pays. L'eau grise tournoie autour des balises, vient mordre les berges, s'acharne sur un groupe de péniches rouillées, déshabitées, glisse sous les vieux ponts suspendus des jeux d'autrefois pour toucher à l'autre que fait côté du crisser le mistral compagne laissait emporter fleuve, les hauteurs au temps où on se par le couqui

par les courants

du vieux Rompon

encore eilleurées

chant, le pays de la tornade blanche avec ses versants mutilés comme des plaies ouvertes qui accrochent décline, la cathédrale de faibles effets de la lumière de Viviers, le château de Beaucaire... Sur ce

fond mouvant, venus de l'autre berge, des éclairs de masses montagneuses, de lumières, d'ombres... entrecoupé à intervalles réguliers, le flot saccadé des véhicules sur la route qui court parallèle. .. flashent dans l'espace rectangulaire de figures. Celles-ci se croisent, se confondent, où se font et se défont des jeux éphémères fugitivement entre les deux mondes, avec tout ce qui fait l'autre se superposent ondoient

rive; à peine formées elles s'effacent les unes dans les autres en une 12

unité fantastique l'évanescence

et irréelle qui ne cesse de détruire du mouvement.

et de reproduire entièredes les masses

immatérielle

Au dessus de ces mondes instables seul se tient immobile, images sombres, incertains qui défilent. Le fleuve, les berges, les ponts, courent

ment détaché du corps, ce visage porté par le flot ininterrompu la ligne crénelée des montagnes...

sous les traits

de la jeune femme, que semble tisser la nuit.

13

Une tempête

de neige les a surpris

en chemin.

Leurs pas s'endérouté du

gluent dans la neige exceptionnellement les yeux, s'infiltre douloureuses sous les vêtements, progressivement

lourde. Comme

cœur de l'hiver, le vent s'est levé qui plaque des amas de flocons sur se coule dans les os lave et tout le corps, pointes de feu des doigts, scintillent au souille qui envahissent

qui jaillissent

aux extrémités

bout des oreilles, commencent connaître à Damien

à brûler les pieds. Elle a voulu faire le versant où à encapote la

son trajet préféré tu verras comme c'est beau un

véritable balcon naturel qui à flanc de coteau domine bandes rouges. Lorsqu'ils plaine et ses écheveaux qu'en arrière-fond se mettent dérivent

la bonne saison les cultures étagent leurs damiers verts striés de larges en route la brume dans le désert gris du ciel tandis et bleutées de

surnagent

les masses volumétriques

l'horizon bordées d'un liseré métallique sur les franges de leurs contreforts. Là tout est immobile. Le temps est incertain: éclaircies et giboulées moins d'une la dernière se sont succédé toute l'après-midi mais Béatrice reste persuadée que le temps va se lever inutile de partir trop tôt en un peu heure on devrait y être. Elle est heureuse à l'idée de s'enretrouver la famille Chabanel fonce dans l'ombre 14 qu'elle n'a pas revue depuis des années, vers la musique ronde qui

fois Denise avait seize ans. Le chemin par endroits des ravins, dégringole

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