Aspects de la culture à l'époque coloniale en Afrique centrale

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Toujours attachée à l'idée de croiser, sous un même label d'investigation, le corpus africain et belge, la série Congo-meuse poursuit cette approche en abordant, à travers quatre volumes, un sujet aux diverses variations: la culture à l'époque coloniale en Afrique centrale, essentiellement au Congo. La question de la littérature liée à l'entreprise coloniale présentée dans ce volume constitue une autre part importante du champ culturel.
Publié le : vendredi 1 février 2008
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EAN13 : 9782296192065
Nombre de pages : 296
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CONGO-MEUSE
Aspects de la culture
à l'époque coloniale
en Afrique centrale
VOLUME 7
LITTÉRATURE. THÉÂTRE CONGO-MEUSE
SÉRIE AFRICANISTE DES ARCHIVES ET MUSÉE DE LA LITTÉRATURE (AML),
DU CENTRE D'ÉTUDE DES LITTÉRATURES BELGE ET CONGOLAISE
DE LANGUE FRANÇAISE (CÉLIBECO), AVEC LA COLLABORATION DE LA
DÉLÉGATION WALLONIE-BRUXELLES À KINSHASA
COMITÉ DE RÉDACTION
Directeurs : Marc Quaghebeur et Bibiane Tshibola Kalengayi
Secrétaires de rédaction : Jean-Claude Kangomba et Amélie Schmitz
Conseillers scientifiques : Émilienne Akonga, Sabine Comelis, Myriam Degauque-Nayer,
Fabien Kabeya, Kimwanga Thio, Gasana Ndoba, Juvénal Ngorwanubusa, Silvia Riva
Conseiller éditorial : Yves De Bruyn
CONSEIL DE PATRONAGE SCIENTIFIQUE
Cristina Robalo Cordeiro, Ana Gonzalez-Salvador, Julien Kilanga Musinde, Mukala Kadima-
Nzuji, Laura Lopez-Morales, André Lye Mudaba Yoka, Valentin Yves Mudimbe, Anne
Neuschafer, Ngal Mbwil a Mpaang, Isidore Ndaywel è Nziem, Pius Ngandu Nkashama,
Fidèle Petelo Nginamau, Clémentine Nzuji-Faïk, Josette Shaje Tshiluila, Celina Scheinovicz,
Anna Soncini, Gyôrgyi Mate, Agnieszka Pantkowska
MODALITÉS PRATIQUES
Pour les pays autres que le Congo, la correspondance à la rédaction est à adresser aux Archives
et Musée de la Littérature (Marc Quaghebeur) — Bibliothèque royale de Belgique, 4, bd de
l'Empereur — 1000 Bruxelles — Belgique
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Pour le Congo, on l'enverra au CÉLIBECO, aux bons soins du Centre Wallonie-Bruxelles de
Kinshasa, 206 av. de la Nation, BP 12143, Gombe, Kinshasa 1, République démocratique du
Congo
DIFFUSION INTERNATIONALE
L'Harmattan : 5-7, rue de l'École Polytechnique — 75005 Paris — France
diffusion.harmattan@wanadoo.fr — www.editions-harmattan.fr
Possibilité de commander les tomes précédemment parus dans la série Congo-Meuse et de
passer des ordres permanents
Illustration de couverture : «Le barde Bonketu de Kempani », illustration d'Adrien
d'Henri Tonnoir, doc. AML, cote MLA11395 Van den Bossche extraite de La Pierre de feu
© AML, 2007
ISBN 978-2-87168-048-2 — dépôt légal D/6123/2007/6
Volume 7
Nous remercions vivement pour leur aimable collaboration André Gascht et les ayants droit de
Roger Bodart, d'Albert Gérart, de Marie Gevers, de Robert Goffin, de Suzanne Lilar, d'Odilon-
Jean et de Gilbert Périer, de Max-Hilaire Pierret, ainsi que Paul-Étienne Kisters, Alice Piemme
et Marc Trivier pour les reproductions.
Publié avec l'aide de la Communauté française de Belgique
et du Commissariat général aux Relations internationales SÉRIE AFRICANISTE DES AML ET DU CÉLIBECO
CONGO-MEUSE
Aspects de la culture
à l'époque coloniale
en Afrique centrale
VOLUME 7
Littérature. Théâtre
Sous la direction de Marc Quaghebeur
et de Bibiane Tshibola Kalengayi
Avec la collaboration de Jean-Claude Kangomba
et d'Amélie Schmitz
L'Harmattan
Archives et Musée de la Littérature
2007 © L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1 @wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-05069-3
EAN : 9782296050693 TABLE DES MATIÈRES
7 Préface
par Marc Quaghebeur
17 Lettres à Odilon-Jean Périer
par Max-Hilaire Pierret
39 Deux lettres
par Gilbert Périer
49 René Tonnoir : un apôtre de la mutation culturelle coloniale
par Marc Quaghebeur
77 Poèmes inspirés du Congo
par Robert Goffin
89 La Descente du Congo
par Marie Gevers
101 Entretien avec Lomami Tshibamba
par Roger Bodart
109 Mytho-bricolage et récit ethnopolitique chez Henri Drum
par Pierre-Philippe Fraiture
131 « Antoine-Roger Bolamba ou la révolution subreptice »
par Albert Gérard
151 Le théâtre congolais à l'époque coloniale
par André Lye Mudaba Yoka
165 Au Congo, j'ai vu danser Kwaïbu
par Suzanne Lilar
Spécificités des lettres congolaises à l'époque coloniale 173
par Charles Djungu-Simba K.
L'antagonisme culturel dans Victoire de l'Amour
229 de Dieudonné Mutombo
par Bibiane Tshibola Kalengayi
Les empreintes de Robinson Crusoé au Congo belge :
249 écriture et traduction en contexte colonial
par Kasereka Kavwahirehi
Annexe : Traces administratives d'André Gide au Congo 275
Sommaires des Congo-Meuse 6-8-9 287
Index des noms de personnes 291
PRÉFACE
Le colloque organisé à Kinshasa en 2004 par le Centre Wallonie-
Bruxelles' sur le thème La Culture à l'époque coloniale au Congo a
constitué le point de départ d'une nouvelle livraison en quatre
volumes de Congo-Meuse 2 , qui se fait en deux temps puisque les
volumes 8 et 9 sont publiés en 2008, date du centenaire de la création
du Congo belge. Par ailleurs, dans ces numéros 6-7-8 et 9 3, nous
poursuivons l'exploration de certains chemins entrevus dans Figures
et paradoxes de l'Histoire au Burundi, au Congo et au Rwanda'.
D'autres contributions que celles du colloque de Kinshasa sont
venues nourrir le sommaire, qui ne saurait pour autant prétendre à
quelque exhaustivité. Consacrée à la culture — sous ses différentes
formes — à l'époque coloniale, un sujet qu'il s'agit d'aborder dans sa
complexité et ses contradictions, cette livraison de Congo-Meuse
s'inscrit dans la perspective de l'Histoire qui a toujours été la nôtre.
Une perspective qui n'implique ni le détachement ni le politiquement
correct.
Nous continuons donc à mêler études et témoignages, mais aussi
rééditions, tant il nous paraît essentiel de donner à saisir l'Histoire
dans les diverses formes de sa concrétisation.
Les entretiens que nous ont respectivement accordés André Gascht
et Ngandu Muela Kabengibabu nous paraissent ainsi ouvrir, dans le
domaine des arts plastiques, des horizons et des sources d'information
peu exploitées jusqu'à présent. Elles entrent en résonance avec les
Y participèrent et figurent dans cette livraison les personnalités suivantes :
François-Xavier Budim'bani Yambu K., Léon de Saint Moulin, Antoine Lumenganeso
Kiobe, Manda Tchebwa, Dieudonné Tombe Kabiena, J. E. Mumbanza mwa
Bawele, Josette Shaje Tshiluila.
2
Nous avions déjà procédé de la sorte avec la thématique de L'CEil de l'autre
(cf. Congo-Meuse n° 2 et 3, Bruxelles-Kinshasa, Archives et Musée de la
Littérature-Célibeco, 1998-1999).
3
Voir en fin de volume la table des matières qui reprend le sommaire de ces quatre
numéros.
4
Figures et paradoxes de l'Histoire au Burundi, au Congo et au Rwanda, Congo-
Meuse n° 4 et 5, Bruxelles-Paris, Archives et Musée de la Littérature-L'Harmattan,
2002. 8 ¤ Littérature. Théâtre
travaux plus savants de Jean-Pierre De Rycke qui traite de l'architec-
ture coloniale et d'un peintre majeur, Auguste Mambour (1896-
1968) ; ou de Sabine Cornelis étudiant ce qui se joua au niveau
artistique dans le moment-tournant des années 1920-1950. Nous y
ajoutons un élément plus populaire, celui de la publicité' dont on sait
l'importance croissante tout au long du XXe siècle. Dès le départ, elle
assuma un rôle non négligeable dans les projets d'emprise coloniale.
Aujourd'hui, elle est toujours active en la matière même si ses poncifs
se sont notamment déplacés pour agir de façon plus sournoise encore.
La question du champ littéraire lié à l'entreprise coloniale
constitue un autre vecteur important du champ culturel entendu au
sens usuel, d'autant plus important à nos yeux que l'on a eu trop long-
temps tendance à croire qu'il avait été le grand absent, en Belgique
comme au Congo, à l'époque coloniale — ce qui est un faux grossier.
L'exposé synthétique de Charles Djungu Simba K. permet de
profiler les lignes de faîte de cette production trop peu étudiée.
Viennent l'enrichir des contributions monographiques consacrées au
Crépuscule des ancêtres et à La Pierre de Feu de René Tonnoir, qui
fut directeur du Musée de la Vie indigène à Léopoldville, ou à Henri
Drum, l'auteur de Ces coloniaux, L'Étrange Baiser et Luéji ya Kondé.
Chez Tonnoir, on voit par exemple s'entremêler de très fumeuses
théories issues de l'ethnologie raciale avec un regard, parfois
bienveillant quoique toujours paternaliste, pour la production orale
africaine. On y repère bien, en outre, tout l'enjeu de la construction
coloniale par l'imaginaire. Et l'on découvre certaines stratégies que la
fiction mit en place pour ce faire. Aussi caricaturale soit-elle parfois,
l'accentuation consciente des créations vise la conjugaison des deux
mémoires et le dépassement progressif de l'une dans l'autre — au
profit de l'occidentale, bien évidemment. Une nouvelle fois l'on
constate par ailleurs que la prise en compte comparative des corpus
africains et européens, dans une même tranche historique, donne à
voir et à penser, et atteste la profonde historicité des textes. En dehors
d'elle, on continuera de passer à côté de quelque chose d'essentiel et
qui va bien au-delà du simplisme des « influences ».
1 .
Signalons par ailleurs la parution en septembre 2006, chez L'Harmattan (Paris) de
la version française du livre de notre collaboratrice Silvia Riva intitulé Nouvelle
histoire de la littérature du Congo-Kinshasa.
Préface ¤ 9
La contribution consacrée à Victoire de l'Amour de Dieudonné
Mutombo montre aussi comment la littérature sous contrôle ecclésias-
tique oeuvre, au début des années 1950, en faveur de la monogamie et
du mariage intertribal ; témoigne des phénomènes propres à l'urbani-
sation ; et s'inscrit dans le dessein d'un champ de conversion des
valeurs.
En republiant d'autre part l'article essentiel d'Albert Gérard paru
dans La Revue nouvelle en 1966, et consacré au poète Antoine Roger
Bolamba, c'est à la continuité historique et à notre souci du document
que nous renvoyons, mais aussi à l'intelligence de cette analyse d'un
précurseur. Gérard montre bien comment — depuis Kaoze en fait —,
sous l'apparente adéquation à certains aspects majeurs des discours
du colonisateur, se déploie une reprise en charge africaine destinée à
les transformer. Ainsi se produit, et d'une façon plus visible et plus
explicite — mais du même ordre en un sens — que les techniques de
dissimulation et de caviardage utilisées par ceux dont les textes
naissent, pour paraphraser Leo Strauss, à l'enseigne de « la persécu-
tion et l'art d'écrire », un travail d'appropriation et de sape dont la
dupe fut bel et bien le colonisateur, stupéfait de ce qui se produisit
dans les années qui précédèrent immédiatement les Indépendances.
Tout aussi singulières, significatives et complémentaires, les
approches de Kasereka Kavwahirehi consacrées au phénomène de la
conversion culturelle. Le critique choisit de la voir s'opérer dans la
transcription et la traduction, au sein d'une culture coloniale du
Congo belge, d'une figure qui fut par excellence celle de la modernité
européenne liée aux découvertes et conquêtes de mondes nouveaux :
celle de Robinson Crusoé...
Que dire ensuite des contrepoints belges, d'ordre divers, qu'il nous
a paru opportun d'égrener dans ces pages ? La correspondance des
Périer (Odilon-Jean et Gilbert, lesquels appartenaient, par leur mère, à
la famille du général Thys — voir infra) renvoie à la fois aux facéties
chères à l'écrivain de Passage des Anges et des Indifférents mais en
dit long sur un des fantasmes coloniaux les plus significatifs, celui de
l'anthropophagie — phénomène que l'on peut comparer à celui des
légendes urbaines et qui vient se glisser jusqu'à la première page de
La Libre Belgique en 1958. Si les poèmes de Robert Goffin, avocat 10 ¤ Littérature. Théâtre
engagé et grand propagateur du jazz 1 , montrent d'autre part comment
le fonctionnement du mythe et des clichés coloniaux se développe
sans contrepoint critique et avec une certaine inexactitude (quand il
s'agit par exemple de la flore) chez un écrivain qui ne mit pas les
pieds au Congo, les textes de Marie Gevers ou de Suzanne Lilar
consacrés au grand fleuve esquissent, nous semble-t-il, ce que put être
l'appréhension du Congo par des femmes occidentales, écrivaines
significatives des années 1930-1980.
Totalement oublié des spécialistes de Paul Lomami Tshibamba,
l'entretien que nous restitue celui qui était alors le conseiller aux
lettres du département de la Culture française en Belgique, Roger
Bodart, lequel effectua une de ces missions dont parle André Gascht,
ouvre une fenêtre imprévue sur un des dialogues interculturels belgo-
africains.
La culture, ce sont aussi des arts ou des manifestations plus
collectives que la peinture ou la littérature. Parmi eux, les sports et les
loisirs qui se trouvaient au centre des préoccupations de certains
colonisateurs, dont le célèbre Tata Raphaël (1890-1956). Ceux-ci
dessinent un espace mêlant, de façon originale, modernisme et tradi-
tion qui a très certainement joué un rôle essentiel dans la constitution
des mentalités.
André Lye Mudaba Yoka ne manque pas d'aborder, pour sa part,
le théâtre, devenu très vite instrument de la pédagogie missionnaire, et
qui fit tôt partie des habitus chers aux populations locales. Celles-ci
ne manquèrent pas, après les Indépendances, de le reprendre et d'y
faire résonner d'autres échos, pas forcément au goût du pouvoir ; ou
d'y tenter — tel fut le cas dans le Burundi du tournant des années
1980-1990 — d'y faire jouer le dialogue intranational.
Autre phénomène de réappropriation et d'invention, déjà claire-
ment perceptible sous la domination coloniale, celui de la rumba, qui
n'est pas sans renvoyer au fait qu'aujourd'hui encore, au sein de
l'accueil international des cultures francophones, la musique se voit
plus aisément prise en compte que la littérature par exemple. Cela
montre aussi ce qu'est un phénomène de réaction, de réappropriation
et d'invention.
1 (réédition), Loverval, Robert Goffin, Une histoire du jazz du Congo au behop
Labor, 2006. Préface ¤ 11
Avec les arts du spectacle, l'on touche par ailleurs aux questions
de l'apprentissage et de la langue. Ces trois livraisons abordent
également ce sujet, en s'attachant notamment à la description du
système éducatif mis en place par les Belges. Ce système de
scolarisation, étendu à la base, avait produit un taux d'alphabétisation
bien plus important que celui que la France laisse par exemple à
l'Algérie indépendante mais avait engendré en revanche fort peu
d'élites laïques lorsque sonna l'heure des Indépendances. La forma-
tion des élites congolaises fut en effet d'abord dévolue par le
colonisateur belge au clergé. Ce n'est donc pas un hasard si, dès le
milieu des années 1950, le futur cardinal Malula est une figure
majeure de la prise de conscience congolaise qui mènera à l'Indépen-
dance. Il nous paraît donc important de plonger dans cette mémoire et
de voir, entre autres, quelle fut la formation d'un des deux premiers
intellectuels congolais au sens occidental, par ailleurs le premier
prêtre noir ordonné au Congo en 1917, Stefano Kaoze (1885-1951).
L'autre face du kaléidoscope de la formation des élites congolaises
se voit elle aussi visitée dans toutes les contradictions que génèrent
l'approche puis la conquête de l'Indépendance. Dans ce cas, il eût en
effet été absurde de se focaliser sur le terminus a quo de 1960 alors
que le processus universitaire stricto sensu prit seulement cours au
début des années 1950 et ne connut son véritable coup d'arrêt qu'à
l'heure où le général Mobutu maîtrisa tous les pouvoirs et décida d'en
finir avec ces trublions que travaillait l'esprit des Indépendances, les
principes occidentaux de la recherche universitaire et la dynamique
universitaire des golden sixties. Le texte d'Anicet Mobe ne s'arrête
donc pas à l'Indépendance du Congo mais à une forme de rupture
ultérieure. Il s'attache aussi aux effets que la colonisation continua,
très matériellement, à répercuter sur les institutions universitaires et
sur ceux qui les composaient. Évoquer dans ce contexte la figure du
maître d'oeuvre de Lovanium 1 , Mgr Luc Gillon, donne en outre une
image de ce que fut son dessein à la source.
La culture coloniale, c'est aussi un univers de presse. Les pré-
sentes livraisons de Congo-Meuse s'attachent à quelques aventures
Nous publierons prochainement Aux origines de l'université en Afrique centrale
francophone : de la Formulac à Lovanium en RDC. Témoignages et documents
(1926-1971) sous la direction d'Isidore Ndaywel è Nziem. 12 ¤ Littérature. Théâtre
significatives de la décennie qui précède les années 1950, après avoir
dressé un aperçu des fondements juridiques et des modalités de
fonctionnement du système médiatique dans l'Afrique centrale sous
tutelle belge — système qui était par ailleurs en liaison avec la métro-
pole comme le montre André Gascht dans l'entretien déjà cité que
nous reproduisons. Les quotidiens La Presse Africaine et L'Avenir
sont ainsi évoqués ou analysés dans ces pages. Cela permet de prendre
mesure de quelques aspects de l'univers culturel destiné aux colo-
niaux. En contrepoint, l'aventure ruandaise de Hobe, revue catholique
de jeunesse, permet de progresser également dans l'étude du proces-
sus éducatif de conversion à d'autres modèles que ceux des ancêtres
africains des pupilles du clergé. L'enquête demeurerait partielle si elle
n'incluait pas directement un organe lié aux Indépendances. L'évoca-
tion détaillée de l'aventure de Congo, périodique lié à la famille
Kanza, dessine cet autre extrême et laisse voir ce que fut la presse qui
mena à l'Indépendance mais se vit brusquement stoppée dans son élan
par le colonisateur en perte de vitesse. Moment décisif, bien trop peu
étudié.
Il nous a par ailleurs paru essentiel de donner un aperçu de l'image
que trois grands journaux francophones belges de sensibilité diffé-
rente, La Libre Belgique (catholique), Le Peuple (socialiste) et Le
Soir (libéral) donnent des Congolais et du Congo en métropole. Et
cela, au cours de cette année charnière qu'est 1958, année de l'Expo-
sition universelle de Bruxelles et d'une ample moisson de visiteurs
africains en Belgique.
Cet aperçu se complète par la republication d'un document
singulier : les trois articles que le jeune Roger Lallemand fit paraître
dans le journal du parti socialiste, Le Peuple, au retour d'un long
voyage au Congo en 1956. Ces pages oubliées du futur président du
Sénat du Royaume de Belgique laissent entendre un autre son de
cloche que celui du discours dominant S'il ne remet pas foncièrement
en cause la domination coloniale, il se révèle plus que critique sur
nombre de ses aspects. Des photographies retrouvées de ce voyage
illustrent le propos et donnent à voir des images du Congo de
1' époque.
Le pays saisi par les yeux de Roger Lallemand est aussi celui d'un
vaste patrimoine culturel et naturel, que contribua à entretenir, par Préface ¤ 13
exemple, la flamme du biologiste Hans Brédo (1903-1991). Le coloni-
sateur, quant à lui, avait entendu préserver d'immenses espaces et
biens par des dispositifs législatifs et concrets dont se fait l'écho
Josette Shaje Tshiluila. Le lecteur en découvrira la trace légale. Il
pourra mettre en parallèle avec l'incurie relative en matière de
patrimoine pictural contemporain. La situation, 45 ans après l'Indé-
pendance, appellerait en outre de nombreux commentaires — ce sera
sans doute l'occasion d'autres livraisons de Congo-Meuse. L'on en
trouvera toutefois un aperçu avec l'exposé d'Antoine Lumenganeso
Kiobe qui compare la situation des archives communales à
Léopoldville-Kinshasa à la fin des années 1950 et au tournant des
années 2000.
Ce faisant, ces deux contributeurs lancent un véritable cri d'alarme
que nous ne pouvons que relayer avec force, et d'autant plus que nous
avions tenté, modestement, de pallier, avec d'autres, cette lacune au
milieu des années 1990. Car c'est toute une mémoire imprimée ou/et
naturelle qui est en train de disparaître. Et donc, une fois de plus, la
possibilité de faire et de comprendre l'Histoire qui se trouve mise en
cause.
À contre-courant de ce désastre programmé, André Huet s'est mis
en quête des archives cinématographiques privées devant permettre de
reconstituer une part de ce que fut la vie au Congo et au Ruanda-
Urundi du temps de la colonisation. Son récit est aussi une histoire
d'amour, celle d'une découverte. Enfant, il ne connaissait en effet de
l'Afrique que les clichés de la tradition. Et le voilà subitement
confronté à un continent, à travers les yeux d'anciens ou d'anonymes
qui vécurent parfois au Congo les plus belles années de leur vie sans
toujours mesurer les difficultés et les impasses auxquelles les
autochtones étaient confrontés, de par leur présence notamment.
Autre témoignage, celui de Nyunda ya Rubango nous racontant
avec verve son enfance africaine au Kivu d'avant l'Indépendance. De
telles pages nous paraissent essentielles pour restituer un climat et une
époque, et pour donner à cette publication, savante par moments, le
terreau de la réalité. Ces témoignages ne peuvent donc qu'être
contradictoires. Pius Ngandu Nkashama a choisi, lui, de restituer ces
mêmes années avec une ironie empreinte d'une forte acidité. Ses
souvenirs mettent ainsi en scène les comportements grotesques de tel 14 ¤ Littérature. Théâtre
enseignant au français plus qu'approximatif ou l'injustice notoire de
tel colon.
L'observateur attentif ne manquera pas de constater que le récit de
Ngandu trace comme un contrepoint parodique à certaines pages
essentielles de Valentin Yves Mudimbe dans Les Corps glorieux des
mots et des êtres dont nous reproduisons dans ces numéros un large
extrait. Celui-ci nous paraît en tous les cas fournir un cadre de
réflexion particulièrement adéquat pour l'analyse, toujours à faire de
ces années durant lesquelles s'est mis en place, quel que soit l'avis
que l'on porte sur le phénomène, un processus de transformation
culturelle dont les retombées les plus créatrices et les plus singulières
se révéleront à coup sûr bien au-delà de nos vies. Sans doute est-ce
aussi l'évidence de ce processus, qui explique à certains égards
l'aveuglement du colonisateur à quelques mois ou années des troubles
de Léopoldville et de l'approche inéluctable de l'Indépendance du
Congo le 30 juin 1960, mais aussi les formules souvent univoquement
paternalistes du discours journalistique relatif au Congo.
Comme l'écrit Mudimbe, la colonisation « impose sa propre
mémoire comme objet de désir et promesse pour la promotion du
colonisé ». À l'heure où la Belgique de l'Exposition universelle de
1958 et de l'Atomium célèbre et expose aux yeux du monde ses
réalisations les plus remarquables, elle se révèle particulièrement
aveugle sur les mouvements de fond que la nouvelle donne, culturelle
et sociétale — qu'elle a mise en place dans ses colonies — est en train
d'engendrer, et qui ne se peuvent plus comprendre et subsumer dans
les seuls termes du discours idéologique et du comportement politico-
administratif qui ont accompagné et imposé ce processus. Celui-ci est
pour autant loin d'avoir épuisé ses effets. Le regard porté dans ces
pages sur quelques-unes de ses manifestations permettra, nous
l'espérons, de mieux les maîtriser pour en faire du nouveau, et non
pour alimenter fantasmes ou dénégations qui sont le propre de ce qui
est refoulé ou demeure inconscient.
Marc Quaghebeur Ill. 1: Autoportrait, gravure sur bois dessinée par Odilon-Jean
Périer et gravée par G. Aubert, parue dans Le Promeneur
d'Odilon-Jean Périer, Paris, Nouvelle Revue Française,
1927, doc. AML, cote MLA 5299. LETTRES À ODILON-JEAN PÉRIER 1
Max-Hilaire Pierret
Introduction
Par Catherine Daems
Odilon-Jean Périer (1901-1928) 2 fut considéré en Belgique comme
le poète le plus doué de sa génération, sentiment sans doute accentué
par sa mort prématurée. Ses recueils de vers, Le Promeneur, Le
Citadin, Sans les hommes, La Maison de verre, exaltent la ville,
l'amitié, une forme de perfection. Il écrivit un roman Le Passage des
anges, à forte teneur poétique et s'essaya aussi avec succès à l'écri-
ture théâtrale (sa pièce Les Indifférents a été montée une première fois
en 1925, au Théâtre du Marais, ensuite à de nombreuses reprises).
Odilon-Jean Périer était un dandy bruxellois, rentier, fils du
directeur de la Banque d'Outremer et petit-fils de ce général Thys à
qui la Belgique coloniale dut la construction du chemin de fer Matadi-
Léopoldville, et qui vit la ville de Sona Gongo rebaptisée en Thysville,
en son honneur. À l'époque de son petit-fils et dans son milieu, la
« carrière coloniale » était envisagée par de nombreux jeunes gens.
Or, même dans le contexte que nous venons brièvement d'évoquer, le
poète n'avait guère d'illusions sur « l'oeuvre civilisatrice » menée par
les coloniaux au Congo au point qu'il rédigea la note ironique suivante
à propos des « Sages qui civilisent le Congo » 3 : « On demande du caout-
chouc, mais pour le récolter, il faut de la main d'oeuvre. On a, par inadver-
tance, aboli l'esclavage. Il faut pourtant que ces Nègres travaillent. Et
pourquoi travailleraient-ils : ils n'ont pas de besoin. Et bien, nous leur
en créerons des besoins ! C'est tout simple ! Certainement. »
L'usage aléatoire des majuscules, notamment pour les noms de nationalité, nous a
paru significatif d'un comportement propre à la sphère privée, c'est pourquoi nous
l'avons respecté.
2
Voir ill. 1.
3
Publiée dans Lettre ouverte à propos d'un homme et d'une ville, Saint-Gilles,
Maison du Livre, 2001 (rééd. des textes parus dans la revue littéraire Sang
nouveau en 1933). 18 ¤ Littérature. Théâtre
Son correspondant et ami, Max-Hilaire Pierret, intime de Périer
dès l'adolescence, aurait eu quelques velléités littéraires et composé
avec lui un ou deux numéros de la revue inédite Le Sourire d'Ariane.
Témoin la plume alerte dont il use dans les lettres retranscrites ici.
Aîné d'un an ou de deux de Périer, sans doute est-ce à cette légère
différence d'âge et à un physique plus sportif que celui de son cadet
qu'il devait de se faire appeler « oncle » par Odilon-Jean.
Toute sa vie grand amateur de pêche et de chasse, il est décrit
comme « l'homme des champs » dans un des poèmes de Périer.
Pierret devait partir au Congo et y devenir (comme il le dit lui-même)
le véritable « bourgeois colonial » qui finira sa carrière au poste
d'Administrateur territorial. Les lettres qui suivent décrivent les
premiers mois en poste, le quotidien avec ses horaires et ses repas,
l'aventure de la chasse et de la pêche du dimanche, l'isolement de
l'expatrié, l'attente impatiente de la Micheline, ce bateau qui remonte
le fleuve et n'apporte jamais assez de courrier, l'attrait de l'alcool, les
maux et blessures des Tropiques, les dangers de la brousse...
Par ailleurs, Pierret évoque sa ménagère 1, les « petites filles »
congolaises 2, mal traitées par la plupart des coloniaux, ou le fait que
certains postes ne peuvent convenir qu'à des hommes « sans coeur » 3 .
Mais il n'exprime aucune indignation, aucune surprise, aucun dégoût
devant l'injustice ou la cruauté de ces traitements. Sous sa plume, tout
cela semble certainement regrettable, mais dans l'ordre des choses.
Quant à lui, il se contente de ne pas se porter candidat aux postes qui
requièrent cette rigueur et de garder auprès de lui jusqu'au matin la
jeune « prostituée » qui partage sa couche (il lui évite ainsi de risquer
sa vie en regagnant le village en pleine nuit).
L'ambiguïté de Pierret est assez caractéristique des coloniaux : la
vie dont il fait le récit semble plutôt morne et difficile et pourtant,
soudain, à propos de ses futures vacances en Europe, dans son
« Brabant natal et aimé », il sait que « l'Afrique lui manquera ».
Ill. 2.
2
« Petites filles » que la littérature coloniale a popularisées sous l'euphémisme de
« ménagères ».
3 Il s'agissait peut-être du travail de recruteur pour les mines et autres travaux
forcés, inhumains en effet (cf plus bas, dans le texte d'introduction aux « Lettres
de Gilbert Périer »). o.
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Ill. 2 : Lettre de Max-Hilaire Pierret à Odilon-Jean Périer,
doc. AML, cote ML9424/5/18.
20 ¤ Littérature. Théâtre
Vingt ans plus tard', le même homme se rappelle l'attitude de
jeunes gens arrivés en même temps que lui en 1924, et qui « n'avaient
pas appris à voir », c'est-à-dire à éveiller leur curiosité pour le conti-
nent sur lequel ils allaient vivre, qui débarquaient « le pied lourd et
l'oeil vide, dans une vie nouvelle ». Cette attitude qu'il déplore
rappelle peut-être la nouvelle de Conrad, traduite en français par
Un avant-Gaston-Denys Périer en 1925 à la Renaissance d'Occident
poste de la civilisation qui voyait deux Européens falots, tout à fait
indifférents à l'Afrique, et inconscients de sa réalité, devenir alcoo-
liques puis s'entretuer sous l'oeil faussement soumis du contremaître.
Malgré sa position de colonial sans révolte contre son administration,
Max-Hilaire Pierret, à l'évidence, avait vécu autrement sa longue
Tourisme aventure congolaise, lui qui terminait son texte sur le
par une adresse lyrique au « Pays dont un Belge doit être au africain
moins aussi fier que de la vieille patrie » !
*
Lisala, le 25 décembre 1925 2
Congo Belge
District des Bangala
Secrétariat
Réponse au n°5/n du r juillet
Objet : indéterminé
Mon Neveu,
Quatre fois déjà, depuis la réception de votre lettre reprise en marge,
j'entrepris d'y donner la réponse qui convenait et quatre fois, au bas
de la première page j'abandonnai l'oeuvre, indigne de vous.
Aujourd'hui, quoi qu'il arrive, et quelle que soit la banalité de ce qui
suivra, je veux mener à bonne fin une tâche que mon coeur et l'amour
que j 'ai pour vous me commandent de parfaire.
i
Dans un texte resté sans doute inédit sur le voyage de Charles Buls au Congo :
Tourisme africain.
2 Archives et Musée de la Littérature, cote ML 9424/5/6. Lettres à Odilon-Jean Périer ¤ 21
Je suis excusable, mon Neveu, du silence et de la stérile solitude où je
vis. Le sang a pâli qui jadis coulait dans mes veines, et le cerveau de
votre oncle, irrigué de moins parfaite façon, n'a gardé de sa verve
ancienne qu'un pâle reflet. Je vis ici, machinalement, et le soir après
avoir accompli sans faillir l'incessant et lourd travail, je ne suis bon
qu'à demeurer un temps, sans idées à fumer et boire un vin de dame-
jeanne épais et noir.
Et pourtant mon moral garde le sourire et je n'ai pas encore connu le
regret. Toutes mes petites amies à peau blanche sont oubliées et si
encore j'écris à quelques-unes, c'est par bonté.
J'avais pensé que cette terre d'Afrique serait une source littéraire
féconde mais quand le travail a pris fin, que tombe d'un seul coup le
crépuscule précis de six heures, et que la lampe chauffe devant mon
front, je n'ai le courage que de manger et dormir. Le dimanche, le
manque complet de travail me rend mauvais comme une teigne. Je
prends mon fusil et je quitte la maison chaude.
J'ai un an de séjour. Ma santé ne souffre que de petits désordres. Je
me tiens droit. Je ne fréquente personne. J'ai une même ménagère
depuis huit mois. Je suis le bourgeois colonial en marge de la société,
que je décrirai peut-être un jour, revenu sous le ciel clair de mon
Brabant. Quand j'aurai 42 ans je viendrai vivre dans un village
tranquille. Peut-être élèverai-je des chiens de chasse d'une belle race
presque disparue, peut-être pourrai-je raconter les choses que j'ai
vues en ce pays où le cruel se mêle au tendre et le simple au
paradoxal. Peut-être car s'il est un fait qu'on ne meurt plus beaucoup
au Congo, il en est un autre. Quand on y meurt, c'est pour longtemps.
Une nuit que je suais au lieu de dormir, j'entendis la sirène d'un
bateau. Le lendemain matin, j'appris que le « Micheline avait quitté
la rive à six heures, emportant Messieurs Périer Père et Fils ».
J'ai raté, c'est incontestable.
Mais quand un bateau a quitté la rive, le mal est dit ou sans remède.
J'attends une réponse de Robert, qui se fait attendre.
Je n'oublie aucun de mes vieux frères mais je me suis fait un devoir
d'écrire à ma Mère en premier lieu ; alors parfois, quand j'ai fini, le
courage me manque. Notre frère Edgar ne m'oublie pas et m'écrit
souvent. Voici le dernier chapitre en cours de sa vie. Sitôt nommé
médecin il se crut tenté par l'Afrique, signa avec l'Unatra un bel 22 ¤ Littérature. Théâtre
engagement et comptant épouser sa petite amie Yvonne réunit les
premières pièces d'une batterie de cuisine en aluminium. Ce garçon
eut toujours des instincts luxueux. Mais en attendant l'ouverture de
l'école de Médecine Tropicale, un de ses collègues le chargea d'un
intérim de un mois, à Wellin en douce Ardenne. Edgar y rencontre
une jeune fille délicieuse, fut séduit par la tendre vie de médecin de
campagne, plaqua Yvonne, démissionna de l'Unatra, épousa la jeune
wellinoise en date du 10 octobre et s'installe médecin à Gedinne où il
serait curieux de lui écrire. Il m'invite à y venir reposer mon foie, à
fin de terme.
Si je puis sans amertume songer au pays, tu dois sentir qu'il en faut
être éloigné pour l'aimer et le comprendre véritablement. Il me
semble qu'être médecin de campagne est un sort exquis.
Mon livre de chevet. L'Homme des champs de l'Abbé Melille. Le
Chasseur, d'Edgar Blaz. La bibliothèque du poste reçoit toutes les
nouveautés mais combien peu de livres dignes de valeur. Je les
parcours et les oublie, sauf L'Europe galante. Edgar a fait un voyage
de noces à Paris d'où je reçus par ce dernier courrier la carte postale
classique dont texte suit : « Suis actuellement en voyage de noces à
Paris. Mariage effectué sans incidents. Femme charmante et
sensuelle à souhait. Ville agréable et bons dîners. Écris-moi à ma
nouvelle adresse à Gedinne. Tonnoir a quitté la Belgique début
octobre. Bien à toi. Edgar. »
N'est-ce pas délicieux mon Jean. Tout Edgar est dans ces lignes et
comme il fait bien comprendre ce qu'il veut dire. Ce style est le seul
qui lui convienne. Il s'y montre supérieur. Écris-lui un jour.
Je t'envoie une photo, la seule que je possède. C'est une mauvaise
photo mais tu y verras : 1/ ma maison dans les feuilles. 2/ Hilaire
souriant et bouffi. 3/ mon chien Hoki que je reçus tout petit, que
j'élevais avec grand renfort de soins maternels et de tourments, qui
était mon vraiment seul compagnon et qui mourut le 30 novembre,
dans le dixième mois de son âge atteint de filariose et réduit à l'état
de squelette. Je l'ai aimé, je l'ai pleuré véritablement et je ne l'oublie
pas. Un chien dans ce pays où les hommes sont mauvais quelle que
soit leur couleur, un petit chien qu'on a élevé, qui vous a empêché de
dormir par les nuits étouffantes de la saison sèche, parie qu'il avait
des tiques entre les doigts de pieds, un chien qui ne parle pas, qui ne Lettres à Odilon-Jean Périer ¤ 23
fait pas de palabre, c'est le seul compagnon possible ici et l'on s'y
attache deux fois plus qu'en Europe. Il est mort un matin et quand je
le vis étendu, l'oeil clair encore avec sa langue grise et ses gencives
décolorées, je n'ai pu retenir mes larmes. Je l'ai enterré sous un beau
palmier du jardin et les lézards étincelants courent sur la place où il
pourrit, comme il a vécu, sans bruit.
Entre parenthèses. J'ai la phobie du bruit — en Bangala « Makélélé ».
Depuis cette photo je porte la barbe toute... à tribord. Elle est nouée,
touffue, inextricable. Tu verras ça sur le prochain cliché que je
t ' enverrai.
Je suis toujours secrétaire du District, chef de magasin, comptable de
l'exploitation des transports automobiles et gestionnaire de la
coopérative des fonctionnaires et agents de l'État.
J'ai obtenu aux notes semestrielles dernières, en octobre, la cote 81
sur 100 avec proposition pour avancement et j'attends mon passage
au service des secrétariats car pour le service territorial j'ai le coeur
trop bon. C'est un métier impossible à faire convenablement si l'on
n'a pas le coeur dur. Je ne puis détailler. Mon Jean, écris-moi vite.
Songe que les moindres détails de ta vie et de celle de ceux que j'ai
connus m'intéressent.
Je t'embrasse bien.
Ton vieil oncle gaga outremer.
Max H. Pierret
Secrétaire de District. Leoulu, Bangala.
En travers : Mes bonnes amitiés à Gilbert
Lisala, 4 février 1925, 10h du soir
Mon ami Jean, je viens un peu te parler pendant que dans mon lit
étroit dort très doucement une enfant sombre de peau, et d'âme peut-
être la même couleur, peut-être plus claire ; je ne sais pas. Elle
s'appelle, comme elle le prononce, Mangiliti, ce qui pour un initié
veut tout simplement dire Marguerite ! Cela me rappelle des airs de
Faust, ma vénérable tante et même une amie que tu connais mieux
sous le nom de Gui.
C'est la seconde fois que Mangiliti vient passer la nuit avec moi.
C'est une enfant qui n'a d'autres qualités, actuellement qu'un corps 24 ¤ Littérature. Théâtre
réellement joli et une peau d'un grain incomparable. Silencieuse et
passive en amour, elle changera peut-être lorsque je pourrai lui
parler, car je fus expédié dans le district des Bangala dont j'ignore la
langue.
Lors de la première entrevue que j'eue avec cette enfant je me
conduisis avec elle, comme s'il se fut agi d'une poule de mon pays.
C'était absolument gai et la pauvre ne savait à quel saint se vouer. Je
lui fis présent d'un superbe foulard de soie qui jadis aux jours d'un
été épongeait le crâne de feu mon oncle, le notaire. Comme les poules
ne portent ici que du coton, Mangiliti possède en ce moment le plus
beau serre-tête de tout Lisala. Je joignis à cela le traditionnel billet
de cinq francs plus connu ici sous le nom de « pata moko » et j'appris
le lendemain par mon boy Philippe qui avait emmené l'enfant dans
ma couche qu'elle lui avait donné un franc de matabiche ! ce qui au
dire du Philippe prénommé est un signe d'extrême satisfaction.
Quand un blanc prend une poule ici, il a coutume de la renvoyer dès
qu'il en a son compte et ces pauvres enfants sont souvent déposées à
l'air frais de la nuit sans ménagements. Comme le village indigène est
assez éloigné du poste, que les sentiers qui y accèdent sont malaisés,
les serpents nombreux, et le léopard de passage parfois, les petites
filles goûtent peu cette plaisanterie. Moi je garde Mangiliti jusqu'au
moment où le clairon sonne le réveil (5h30) heure à laquelle je me
lève moi-même.
Et ce soir Mangiliti est revenue, un peu plus confiante, un peu moins
passive, avec des pudeurs charmantes, et des attitudes bien agréables
à considérer.
Toutes les femmes ici, même les vieilles ont une démarche pleine de
noblesse et le nombre de croupes mouvantes et bien placées que j'ob-
serve en un jour dépasse tout ce que tu peux voir dans le même temps.
J'ai passé huit jours à Coq ou l'on voulut successivement faire de moi
le commissaire de police, le conducteur adjoint des travaux publics
(ce qui consiste à gueuler tout le jour sur des prisonniers enchaînés
deux par deux et qui, détail pittoresque, portent un somptueux
chandail bleu avec une étoile jaune sur la poitrine), et enfin le
directeur de la prison.
Rester à Coq aurait été un malheur pour moi, non point que les trois
postes ci-dessus soient désagréables mais parce que cette ville qui Lettres à Odilon-Jean Périer ¤ 25
bientôt atteindra la splendeur de Kin n'est pas la place d'un petit
agent.
Enfin je fus désigné pour Lisala où j'espérais être expédié sur un
poste de l'intérieur. Mais grâce à nos études, à mon écriture parfois
jolie, à mes antécédents, je fus nommé secrétaire ou Commissaire de
district et directeur du magasin général du district.
S'il n'y avait pas un magasin dans ma vie ! C'est une vocation mon
vieux ! Alors ma vie est telle que je vais te la décrire.
Lundi, lever 5h30, déjeuner 6h, papaye, café, pain, confiture,
porridge ; bureau 7h30, écritures diverses, pièces de fin d'année,
dactylographie ; 11h30 retour à la maison, occupations ménagères,
comptes, 12h dîner, soupe aux fruits, tomates, poule, antilope ou
poisson, dessert. Pendant ce repas une demi-bouteille de Graves
(qu'on dit !). De 12h30 à 14h15, occupations diverses, souvent
flemme sans dormir ; 14h30, bureau au magasin, inventaire, pous-
sière, rats, souris, scorpions, mouches maçonnes, articles divers, soif
inextinguible, cigarettes Brazilla, 17h30, le clairon sonne la fin du
travail, sonnerie délicieuse, 18h souper, restes de midi, fin du Graves,
Whisky, thé, 19h, Hilaire le plus souvent a pris ses ablutions, allume
sa lanterne Tempête, saisit sa bonne chicote de Bolobo, à poignée
d'ivoire incrustée d'ébène et va, précédé du cercle de clarté de sa
lampe, rendre visite à un camarade de promotion, marié et bon type.
Entre 21 et 22h coucher (idem pour les autres jours). Mon menton
s'adorne d'une barbichette noire et drue qui permet les espérances
les plus belles si la pelade, voire même la teigne ne s'y propagent.
Je te reparlerai du dimanche un peu plus loin.
Le personnel est nombreux.
1. Profasa Max, boy cuisinier, expert, farouche et tatoué (30 fr. par
mois, 3 fr. de ration par semaine).
2. Andunda Philippe, enfant plein de prévenances maternelles ;
crâne en pain de sucre, boy lavandier, service de table, s'obstine
à mettre chaque midi mon eau de Cologne à côté de mon vin
blanc et une tasse à côté de mon filtre (15 fr. par mois et 1 fr. de
ration par semaine).
Personnel volant
1. Akongo Dominique, chercheur de vivres qui part pendant plusieurs
jours muni de 25 fr. en pièces de 5 centimes et qui revient 26 ¤ Littérature. Théâtre
glorieusement avec un véritable bouquet composé de quatre
poules et d'un canard. Les animaux composant cette gerbe sont
réunis par les pattes, voyagent la tête en bas pendant deux, trois,
quatre jours et sitôt déliés n'ont d'autres occupations que de
chercher à bouffer. Salaire : 10 fr. par mois, 1 fr. par semaine.
2. Embonga Clément, chercheur de vivres, grand costaud souriant,
m'accompagne à la pêche et à la chasse. Salaire : 10 fr., 1 fr. par
semaine.
3. Engongo Michel, chercheur de vivres, engagé hier midi, parti ce
matin, ne sais quand reviendra. Salaire : 10 fr., I fr. par semaine.
Voici maintenant comment je passai mon premier dimanche. À 6 h du
matin, accompagné de Clément, j'étais au bord du fleuve. Pêche
expérimentale, beaucoup à apprendre, cassé une fois par un poisson
herculéen. Plein d'espoir pour dimanche prochain, matériel à
transformer, gaule à construire. Pendant que je pêche, Clément est
chargé d'observer attentivement les abords de la rive pour me
prévenir de l'arrivée éventuelle d'un croco (Dieu m'en garde I).
NB. Le poisson ne cesse de mordre vers 8h. Beaucoup de petits. Les
vers de terre ont 0m50 de long. L'après-midi accompagné du même
Clément précité, et ce au risque de me faire appeler Tartarin, je pris
mon calibre 12 et le chemin de cette vaste et célèbre forêt
équatoriale. Deux heures de marche très très difficile à la passée au-
dessus du chemin. Résultat encourageant. Trois tourterelles (raucae
palombes) et un oiseau inconnu semblable au martin-pêcheur, noir et
bleu pâle, mandibule d'un rouge vif, inférieure noire, bec conique
long et fort. J'ai manqué trois gros oiseaux faute d'avoir eu le temps
de tirer dessus. Un oiseau tombe dans l'inextricable fouillis de la
forêt (vaste célèbre [sic], équatoriale). Je le crois perdu. Clément
plonge dans l'impénétrable verdure et revient avec l'oiseau avant
qu'on ait le temps de compter jusque 100. C'est un véritable griffon
corthala [sic]. Mais ce mode de chasse n'est pas le bon. Dimanche
prochain, pêche le matin avec outillage approprié, après-midi, je
frète une pirogue (bwatu) et je fous le camp dans les îles, gibier
d'eau, phacochère (attention Hilaire, macaques et crocos. Je prends
ma Manser
Que Saint Hubert me tienne en sa sainte garde.
À bientôt mon Jean d'autres nouvelles. Lettres à Odilon-Jean Périer ¤ 27
À toi,
Max H Pierret
Agent territorial 3 cl.
Lisala-Bangala
Équateur
Lisala, le 26 novembre 1926
pour le passage du Tabora le 2 décembre
Cher Vieil Ami,
Ta bonne lettre est venue me trouver précisément au moment où j'en
avais fort besoin. Immobilisé par une plaie parfaitement hideuse et
rebelle à l'inexpérience d'un médecin qui nous vient du Cap-Ferrat et
qui ne sait que tuberculose (Dr Feys). Je souffrais d'inactivité, et mon
moral jusqu'ici triomphant allait s'assombrissant.
Je t'ai lu depuis deux jours. Ma plaie s'aggrave encore, mais je suis
tout réconforté grâce à toi, grâce à ces quelques lignes si pleines
d'inattendu et de noble délicatesse qui venaient de ta femme. J'ai
connu une telle allégresse que je n'ai pu me tenir de pondre quelques
mauvais vers. Qu'ils soient considérés comme un péché véniel et tôt
oubliés. Je pense à nos destinées, sans jalousie. À l'annonce de ton
mariage, j'ai voulu faire l'esprit fort. J'ai sombré dans l'ironie de
mauvais goût ; j'ai grogné : encore un ami perdu. Après avoir lu vos
lettres, je ne puis que vous demander pardon ; vous avez le coeur
mieux placé que le mien. L'anémie tropicale seule peut excuser cela.
Quand je reviendrai au pays amoindri physiquement je ne pourrai
songer au mariage ; je m'arrêterai quelques mois et tout porte à
croire que je repartirai pour l'Équateur, parce que la nécessité est
telle, et qu'au Pays je ne suis rien. Quoique tu puisses entendre dire,
la place n'est pas aux femmes ici.
Mais en voilà assez sur ces points obscurs. Je ne suis point l'homme à
me laisser démoraliser plus d'un certain temps bien déterminé. Tu te
souviens sans doute que mes douleurs d'amour n'ont jamais dépassé
quarante-huit heures ; c'est là l'indice d'un bon sens bien équilibré.
Archives et Musée de la Littérature, cote ML 9424/5/12. 28 ¤ Littérature. Théâtre
Pesant vingt kilos de plus et moins long, je m'appellerais Roger
Bontemps, personnage qui je l'avoue m'est inconnu et que je mets sur
le même pied que la Sagesse des Nations.
Ce qui a d'étrange, c'est que depuis ton mariage, j'éprouve une
secrète répugnance à t'appeler « neveu » et à te traiter comme tel.
Est-ce la crainte égoïste que tu ne me considères oncle de sucre ?
Rôle épineux qui ne va pas sans menus présents ni coûteuses cajole-
ries.
Je suis un bohème colonial, mon ami, et ce que j'ai pu économiser en
23 mois, égale un mois de mon traitement soit... 3.500 frs. Mais
confiant toujours je songe qu'il me reste treize mois et que la plus
grosse partie de cette épargne fut économisée en septembre et
octobre. Tu sais que je sers une pension à Maman et que la vie ici
coûte cher. D'autant que par hygiène je bois le moins d'eau possible.
Ce brave docteur compte demain expérimenter sur mon ulcère son
septième remède. S'il a autant de succès que la cautérisation au
thermocautère (quelle jolie couleur, ce platine chauffé au rouge vif)
ça finira par une amputation. Comme je lui en faisais part l'autre
jour, il me répondit : touchez du bois Monsieur Pierre ! Touchez du
bois ! Me cramponnant à ma chaise, cette obligation superstitieuse
fut instantanément remplie.
Si parfois je donne libre cours à une passade d'amertume je te
saurais gré de ne pas la laisser pénétrer dans ma famille, surtout
pour Maman et Tante Marguerite. Pour elles deux je ne puis être
malade. Elles sont déjà assez inquiètes comme cela. Tu sais qu'à
l'occasion d'un courrier manqué, Maman n'a fait qu'un bond
jusqu'au Ministère jadis ! Mais Hilaire vivait encore.
Essaie d'user de ton influence sur Robert pour qu'il m'écrive. On
peut bien se permettre d'être fantaisiste mais il y a des limites.
Oublie-t-il que c'est avec lui que je vidai mon dernier scotch à
Anvers ?
27/11/26
Avec une mauvaise plume.
Je viens de subir un de ces petits curetages qui m'a jeté tout pantelant
sur ma couche. Reprendrai-je jamais mon fidèle calibre douze pour
partir à trois heures du matin au kilomètre 10 sur la route de Mombilu, Lettres à Odilon-Jean Périer ¤ 29
d'un pas leste, réveiller de leur dernier sommeil les macaques frères
des Bandar-log ? Ferai-je encore des doublés de bolikoko, et me
montrerai-je encore plus rapide que le pigeon gris ? Mais quittons ce
langage de chef Comanche. Constatons une fois pour toutes que je ne suis
point fait pour rester la jambe étendue, dans une posture d'invalide.
28/11/26
Il fait aujourd'hui un temps agité de tornade. Malgré moi, je pense à
Bois-Tordu que j'ai failli souvent connaître, où tu es sans doute, en ce
moment. Avant, je passais toujours à la mer mes vacances de Noël, et
je l'aimais mieux que toute autre saison.
C'est peut-être par ce grand vent et cette pluie horizontale que le
souvenir du pays est le plus prenant, car le vent et la pluie, à des inten-
sités variables, font toujours le même bruit, sous toutes les latitudes.
Dans la dernière semaine de janvier 1928, sans complications
administratives, je remonterai l'Escaut. Tu sais que l'État faute d'un
remplaçant a le droit de nous retenir trois mois après expiration du
terme. Cela n'aurait que l'avantage de me faire rentrer en une saison
plus clémente. Pour moi je suis fort aise de revenir en hiver. Plus
qu'en nulle autre saison, on goûte mieux le charme du foyer familial
et de celui de ses amis (un vieux fond de parasite se réveille en moi).
Ci une phrase d'Edgar s'excusant d'un long silence.
« Mais prenez en considération que je suis très occupé par une
clientèle qui va s'augmentant chaque jour, que je cours de par les
routes tout le jour long, et que lorsque je rentre le soir, je suis
heureux de retrouver mon fauteuil, ma pipe, mon feu, mes pantoufles,
et surtout, la tendre caresse d'une épouse attentive. »
Cet ancien vadrouillard ne peut m'écrire une seule lettre sans parler
de ses pantoufles. Curieux effet du mariage ! Tu es marié. Edgar est
marié. Gilbert est marié. Tout cela est à peu près normal. Mais
Robert aussi est marié. À ce compte-là, il n'y a pas de raison que je
ne fasse de même un jour. Que fait-il ? De quoi vit-il ? Je me souviens
de notre dernier repas dans une gargote sans nom. Beafsteack — frites
— [mots illisibles]. Et avec un pareil souvenir, le bougre ne veut pas
m'écrire !
Auguste Gérard est à Busira. Rien d'impossible en effet à ce qu'il ne
vienne un jour à Lisala, peut-être un peu moins rose, un peu moins
poupin, surtout un peu moins tapageur. Je ne me le représente pas du

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