Attention fragile !

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Ce recueil raconte des histoires brèves de rencontres- celle d'une malade hospitalisée en psychiatrie avec Kafka, de visiteuses de musée avec des œuvres d'art -, histoires de traversées intranquilles- maladie, précarité -, histoires vécues par des adolescents et des adultes saisis de doutes et de peurs, mais aussi habités d'élans et de confiance. L'écriture d'Annick Bernabéo, soignante de métier, se met au service de ces humains fragiles, leur prêtant présence, capacité de résilience, résistance douce et poétique.
Publié le : lundi 2 février 2015
Lecture(s) : 18
EAN13 : 9782336369525
Nombre de pages : 102
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ATTENTION : FRAGILE ! Annick Bernabeo
Ce livre raconte des histoires brèves de rencontres – celle
d’une malade hospitalisée en psychiatrie avec Kafka, de AAAAAATTTTTTTTTTTTEEEEEENNNNNNTTTTTTIIIIIIOOOOOON N N N N N : : : : : :
visiteuses de musée avec des œuvres d’art –, narre des
traversées intranquilles – maladie, précarité –, vécues par des
adolescents et des adultes saisis de doutes et de peurs, mais FFFRRRAAAGGGIIILLLEEE ! ! !
aussi habités d’élans et de confi ance.
L’écriture, alerte et joueuse, se met au service de ces
Nouvelles humains fragiles, leur prêtant présence, capacité de
résilience, résistance douce et poétique.
Annick Bernabéo est soignante. Philosophe de formation, elle a animé
des ateliers d’écriture et d’illustration de textes. Son univers, traité par
touches lucides d’humour et de poésie, est intimiste. Elle écrit à l’oreille et
écoute le stylo à la main la voix des hommes dans la rumeur du monde…
Photographie de couverture : ...précarité ...violence ...suffi t
eParis, 13 , par Metro Centric (CC).
ISBN 978-2-343-04378-4
12 €
HC_PF_BERNABEO_ATTENTION-FRAGILE.indd 1 19/01/15 19:56
AAATTTTTTEEENNNTTTIIIOOON N N : FR: FR: FRAAAGGGIIILLLE E E !!! Annick Bernabeo





Attention : fragile !




Annick Bernabeo




Attention : fragile !
Nouvelles

















































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04378-4
EAN : 9782343043784







C’est sous le signe et dans le mouvement de la
rencontre que ce livre s’est écrit. Une malade
hospitalisée rencontre Kafka par l’intermédiaire d’une
lectrice, dans une boutique obscure, une femme
rencontre une forme d’espoir, par la grâce des œuvres
d’art, des visiteuses de musées retrouvent des émotions
enfouies.
Ces histoires brèves narrent aussi des traversées
intranquilles : maladie, précarité, déception, vécues par
des adolescents et des adultes tourmentés par la peur et
le doute, mais aussi capables d’élan et de confiance.
L’écriture alerte, parfois grave, parfois joueuse,
sensuelle, se met au service de ces humains fragiles, leur
prêtant présence, résistance, humour et force de vie.
L’amour, au téléphone
Il l’avait vue arriver de loin. Elle marchait sur le
trottoir opposé d’un pas décidé et léger. Elle allait dans
la ville comme elle devait aller dans la vie avec une
énergie que d’emblée il lui envia. Il courut pour la
rattraper en se disant : « je dois la connaître, il faut
qu’elle devienne mon amie. » Il l’accosta, le souffle
court :
« Madame, madame, vous êtes délicieuse.
– Oh, merci.
– Je vous ai vue si pleine d’énergie, je devais vous
parler.
– Vous habitez Paris ? demanda-t-elle.
– Oui, dans le huitième, je suis peintre, enfin… (Il
pensa : elle me prend pour un provincial tombé en
émoi devant une Parisienne.)
– Je travaille avec des patients psychotiques.
– Votre voix, c’est quelque chose. Euh, je ne crois
pas être psychotique. »
Elle sourit. Elle était sûre de ne pas avoir changé de
voix depuis sa naissance. Sa voix avait le même timbre
que celui de son premier cri et c’est avec cette voix
qu’elle saluerait la vie le jour de sa mort :
« Adieu la belle !
– Je m’arrête là, lui signifia-t-elle, pilant devant la
porte d’une boutique.
– Peut-être nous reverrons-nous. Puis il ajouta
avec précipitation : c’est plus prudent que je vous
laisse mon portable. »
7 Elle sortit un agenda, lui emprunta un stylo et nota
les dix chiffres qu’il lui dictait. Il ajouta :
« Je m’appelle Paul, Paul Leconvertit. »
Elle pensa : « ça ne s’invente pas » et ajouta :
« d’accord, je vous appellerai. »
Le lendemain, elle sortit Les Fleurs du Mal de sa
bibliothèque et y chercha le poème « A une passante ».
Elle le lut, le relut et se retint de réciter sur le
message :
« Un éclair… puis la nuit !- Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?
Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, O toi qui le savais ! »
en se disant que ça n’augurait rien de bon.
Intuitivement elle sut qu’en choisissant ce poème, en
l’associant à ce début d’histoire, elle faisait montre de
lucidité, mais soit elle voulut croire en sa chance, soit
elle se persuada qu’elle se trompait ; après tout elle ne
s’appelait pas Cassandre !
Elle remarqua qu’à la toute fin de son message :
« Bonjour ici Paul Leconvertit, merci de me laisser votre
message », il reniflait légèrement et ce détail l’agaça. Elle
laissa quelques mots « de la part de la passante de la rue
des Petits Champs » ainsi que son numéro de fixe, elle
ne possédait pas de portable. Elle ne savait plus si elle
en était fière ou marrie, néanmoins elle appréciait de ne
pas mimer les gestes des uns et des autres, de rester
silencieuse dans les transports, d’attendre ses amis pris
dans quelque retard en s’inventant une histoire.
Ils commencèrent à s’appeler régulièrement et à se
connaître par petites touches, au bout du fil. Bien qu’il
lui ait dit que « ne pas avoir de portable l’honorait », elle
8 avait le sentiment que de son côté il ne pouvait pas s’en
passer. Leurs conversations étaient émaillées de « J’ai un
autre appel, vous pouvez patienter quelques minutes…
je vous reprends tout de suite. » Un ami lui avait fait
remarquer l’importance capitale que revêtait la
possession d’un portable pour des personnes en
situation de précarité. Ils pouvaient être joints aisément
et maintenaient ainsi un lien social. Elle n’avait lu
aucune étude sur l’utilisation du portable, mais elle
imaginait combien il représentait la permanence de
liens, la présence d’un réseau de connaissances
disponibles et réceptives, tout ce dont elle se méfiait et
se protégeait.
Il l’appelait au sortir d’une nuit rendue compacte par
la bière et quelques gorgées de rosé. Elle s’enquérait un
peu bêtement : « ça va ? »
Elle revenait du jardin. Son corps musclé avait
accompli ses séries de mouvements lents et gracieux ;
elle avait respiré, regardé les roses, bu à la pompe où les
pigeons s’ébrouaient. Puis de son pas énergique, elle
avait traversé les rues ombreuses près de la place pour
retrouver la fraîcheur de sa cour et de son intérieur.
Toujours il lui disait qu’il allait la rejoindre, que
lorsque le répondeur se mettait en marche, il savait
qu’elle se trouvait dans les allées élégantes qui
longeaient les arcades. Tant elle aimait l’idée qu’on
puisse la rejoindre, lui faire la surprise d’être là à la sortie
de son travail, à l’arrivée d’un train, qu’elle l’espérait et
le croyait. De ce premier voyage où elle quitta sans
possibilité de retour sa terre natale et celle de son père,
où personne ne les attendait, ni sa mère ni elle, dans
l’aéroport hostile en plein cœur de la nuit, où toutes
racines arrachées, la vie devait retrouver un terreau pour
germer de nouveau, sans doute gardait-elle une
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