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Au bord des fleuves de Babylone

De
160 pages
Alors qu'il était en voyage d'affaires à Bagdad après la guerre des six jours, l'auteur a été témoin d'une tragédie qui frappa les juifs d'Irak. Accusés d'espionnage au bénéfice d'Israël, plusieurs d'entre eux, parmi lesquels des chrétiens et des musulmans, ont été pendus en 1969. A travers ce roman, l'auteur leur rend hommage.
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http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
SBN : 978-2-296-56289-9 EAN : 9782296562899
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Et
à
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au RabbinDanielFarhi, à MadameGisèleAltman, à MonsieureanAzouvi, à MadamesabelleBerkowitz, à MadameCorinneDejean, à MadameCarole Salomon,
toutes les personnes qui m’ont conseillé dans la réalisation de ce livre.
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Lesuifs d’rak, qui en parle encore ? Leur tragédie est-elle devenue, à l'instar de tant d'évènements qui ont ensanglanté l’humanité, une petite virgule perdue dans les méandres du temps ? e ne suis pas juif mais témoin d’une tragédie qui, en 1969, juste après la guerre des six jours, alors que j'étais en voyage d'affaires àBagdad, frappa lesuifs de ce pays.e tiens par ce roman, basé sur des faits réels, fruit de mes recherches à travers des archives, des documents, des livres que j’ai achetés ou qui m’ont été offerts, des renseignements surnternet, de mes souvenirs personnels jumelés avec une histoire tissée d’amitiés, d'amour, de joie, de drames, de passions, d'émotions et d'espoir, à leur rendre justice. NBje tiens à signaler que mon roman est essentiellement: inspiré de deux livres :AdieuBabylonede Naim KATTAN et eouffle duevantdeChlomoLEL.e tiens ici à leur rendre hommage.
*** C’était en 1969.’étais à Londres à cette époque. Le hasard ou la providence voulurent que je fisse la connaissance d’un chaldéen, un chrétien d’rak.Désireux d’approfondir l’histoire despays, je lui demandai un rendez-vous qu’iluifs de ce m’accorda spontanément.l s’appelaitean, mais vivant en Angleterre, il avait pris le surnom deohnny. Prévoyant d’avoir avec lui un long entretien, je glissai mon magnétophone dans ma poche. l habitait dans une luxueuse résidence à Queensway.Apeine avais-je franchi le seuil de son appartement qu’il me reçut à bras
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ouverts.l me conduisit vers le salon où il me pria de m’installer dans un fauteuil fort confortable.
me proposa d’emblée une tasse de café.l l s’excusa de devoir s’éclipser un instant me laissant seul le temps de revenir avec un plateau en argent sur lequel fumaient deux belles tasses en porcelaine entourées de confiseries de tous genres.
e remarquai entre-temps que son appartement était d’un décor sobre, sans luxe ostentatoire.Accrochés au mur, des tableaux choisis avec beaucoup de goût, des paysages et des natures mortes. Sur le buffet trônait le portrait de sa femme et de ses trois enfants.Dans un coin de la salle à manger, je remarquai un joli piano droit.l s’installa en face de moi.Après avoir branché mon magnétophone, curieux, je lui demandai :
« Qui joue du piano ? – Ma femme, me répondit-il avec un gentil sourire, elle est actuellement en voyage. »
Et nous commençâmes à mieux nous connaître. Quelle fut grande sa joie quand je lui appris que j’étais libanais !Ah, ce Liban qu’il connaissait si bien et qu’il adorait !
A Bagdad
Après quelques minutes de conversation, il aborda lui-même le sujet qui m’intéressait le plus.
«Alors vous désirez avoir des renseignements sur lesuifs d’rak.B Voulez-vous que jeon, par quoi commencerai-je ? vous en parle rapidement ou en détails ? – Oh plutôt avec le maximum de détails ! e vous préviens que ce sera très long. – Qu’à cela ne tienne.e vous écoute. »
dois dire que je suis tombé sur une ohnny volubile.e le laissai parler en l’écoutant avec une grande attention.
« Toutefois, avant de parler desuifs d’rak, je voudrais évoquer un sujet qui me tient beaucoup à cœur, celui de l’rak en général et deBagdad en particulier. »
Et prenant une pause, il poursuivit : «Avez-vous entendu parler dearoun el Rachid, ce grand calife contemporain deCharlemagne, à qui il offrit une somptueuse horloge à eau, leclepsydre, alors qu’enEurope, l’on comptait sur le soleil pour connaître à peu près l’heure ? Bagdad, cette ville qui connut une grande culture quand l’Occident était plongé dans l’illettrisme, cette ville avec ses astrologues, ses savants, ses mathématiciens et ne dit-on pas que ce sont lesArabes qui ont inventé le zéro qu’ils avaient, semble-t-il, appris desndiens. L’algèbre et les chiffres que nous utilisons et qui sont la base de tant d’inventions ne sont-ils pas des découvertes de cette partie du monde ? Ses poètes tels que le chantre du vin et de l’amour,Abou Nawas, qui était chrétien etAl-Moutanabi.Bagdad, la ville des mille et une nuits, de Sindbad le Marin, d’AliBaba et des quarante voleurs. Bagdad, traversé par ce fleuve immense qui a pour nom le Tigre.Et c’est un véritable tigre.l coule, il coule, faisant danser sur ses flancs des barques de toutes les couleurs.l lui arrive parfois, me ditohnny dans un grand éclat de rire, de charrier
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les cadavres d’un bœuf ou d’un âne mais cela fait partie du charme de la ville.Et vous voyez souvent en été des jeunes gens en slip le traverser, hardiment ! Dois-je vous parler de ces cabanes construites en nattes de roseau que l’on appelle leschardaghset de ces cafés, dont surtout le fameuxCaféajAmin, qu’on a plantés à son bord ? Dois-je vous parler des hommes en tenues folkloriques, les têtes ornées d’unkeffieh,d’unagalou d’unyashmaghégrenant leur chapelet d’ambre et des hommes en costume occidental buvant leur café amer aromatisé de cardamome ou sirotant une bonne limonade à base de citron ou de jus de mûre et fumant leur narguilé tout en jouant au tric-trac ? Dois-je vous parler des bonnes pâtisseries et de la glace arabe faite à base de musc et d’eau de fleur d’oranger ? Dois-je vous parler du bon verre d’arackzahlaoui, soit disant importé du Liban, que l’on ingurgite le soir avec de petites assiettes demezzés ?En général, dans certains de ces restaurants, les femmes et les hommes ne se mélangent pas.l y a néanmoins une partie réservée aux familles ou aux femmes seules. Dois-je vous parler de ses belles artères telles que la rue Rachid, la rueAbou Nawas qui longe le fleuve où les calèches que l’on appelaitarabiacroisent les automobiles roulant à toute vitesse dans un concert étourdissant de klaxons ? Ne parlons pas des feux de signalisations, l’on se demande à quoi ils servent ! l est inutile àBagdad d’avoir une adresse précise, c’est par exemple telle rue près de la mosquée, face à la pharmacie, à gauche de l’épicerie. » l me parlait aussi de cette île couverte d’une épaisse végétation qui porte un nom un peu bizarre,aziratum el khanazir (traduction en français :île mère des cochons)à laquelle on accède dans de petites barques pour pique-niquer et manger le mazgouf. « Savez-vous ce qu’est lemazgouf ?» me demandaohnny. Comme je lui répondis par la négative, en bon irakien, il se mit à me le décrire avec force détails.
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