Au-delà des Limbes

De

Romance, romance paranormale, fantastiqueOn ne prévoit jamais la date de sa mort. On peut y penser, souvent, on peut en avoir peur, parfois,

mais personne ne sait quand elle viendra nous chercher. Ambre, une jeune étudiante de 21 ans, plonge dans un long coma à la suite d'un terrible accident, mais ce qu'elle découvre alors va changer sa vie à jamais. La Mort n'est pas une fin...


Publié le : mardi 10 mai 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094786093
Nombre de pages : non-communiqué
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Au-delà des Limbes
ISBN : 979-1-094-78609-3 Au-delà des Limbes Copyright © 2016 Éditions Plume Blanche Couverture : Guillaume Czakow Tous droits réservés
MÉLANIEBARANGER
Au-delà des Limbes
(Roman)
« Combien d’âmes réellement vivantes dans ce grouillement d’êtres humains ? » LÉONBLOY,DANSLESTÉNÈBRES, PUBLIÉAUMERCUREDEFRANCE
Prologue Aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre blanche, mon premier jour de classe ! Quand je dis « premier jour », ne croyez pas que je ne suis jamais allée en cours, mais là, c’est mon premier jour de fac. Je trouve ça très excitant et, en même temps, angoissant. Je serai dans le « monde des grands », complètement autonome, libre de mon emploi du temps, du choix des sessions de cours auxquelles je désire participer. Le nombre d’élèves m’effraie quelque peu. Tous ces changements… Bref, je stresse ! Licence pro tourisme, ce choix m’a paru évident. En bonne fana d’histoire, de langues vivantes et, surtout, de contacts humains, qu’aurais-je pu choisir d’autre ? En résumé, je possède un petit côté extraverti qui me pousse vers les gens, un amour immodéré pour les études, un diplôme qui me plaît et, cerise sur le gâteau, une spécialité en histoire avancée. Avec tout ça, autant vous dire que je ne suis pas loin de nager dans le bonheur ! La plupart des jeunes de la cité n’aiment pas trop l’école, contrairement à moi. Je suis parfois considérée comme « l’extraterrestre », ou « l’intello », une étiquette que je me suis habituée à porter. Je l’entretiens même. Je ne suis jamais, je dis bien jamais, sans un bouquin à la main ; dans le bus, dans la rue, sur les marches de l’entrée de l’immeuble ou sur un banc. C’est comme ça, un petit plaisir de la vie. Justement, parlons-en de ma vie. Je ne peux pas dire que j’ai eu une existence facile, ni que je suis née avec une petite cuillère en argent dans la bouche, mais je n’en ai jamais fait toute une histoire. « C’est la vie », comme on dit. Ne pensez pas que je sois fataliste, au contraire, toutes les épreuves que j’ai dû affronter me permettent de faire face avec calme, réalisme, aux épreuves quotidiennes en me contentant de ce que j’ai. Je me bats continuellement pour obtenir le meilleur de moi-même et rendre heureux ceux qui m’entourent. Je vis seule avec ma mère et ma jeune sœur, Victoria. Nous habitons à l’écart du centre-ville, dans un quartier appelé la cité des Lilas. C’est une jolie appellation… Cependant, la plupart des gens n’y mettraient pas les pieds. Ils en disent du mal, prétendent que c’est un lieu malfamé où traînent malfrats, dealers et étrangers, tout cela à cause d’a priori dictés par la mauvaise réputation des banlieues. Moi, j’y vis depuis ma naissance, j’y ai grandi. J’ai suivi mes cours à l’école du quartier, avec mes voisins de palier et ceux des bâtiments alentour. Il n’y a pas que du mauvais. Il est vrai que, parfois, il y a du bruit tard la nuit et que, d’autres soirs, les policiers font des descentes, mais la cité c’est avant tout une grande famille. On se connaît tous, ou presque, et il existe un beau mouvement d’entraide. Un sentiment d’appartenance me lie à cet endroit, à mes amis avec qui j’ai évolué et que j’adore. Plus jeune, je n’étais pas très sociable. Pourtant, bizarrement, beaucoup d’enfants venaient vers moi. Peut-être avais-je un visage amical ? En tout cas, j’y ai rapidement pris goût. Dès la primaire, j’étais entourée d’une petite bande de copains et copines qui, pour la plupart, m’ont suivie jusqu’au lycée : Zohra, Mathilde, Ramos, Léna et Charlie. Au fil du temps, d’autres personnes sont venues compléter notre groupe, puis les aléas de la vie nous ont éloignés : déménagements, mésententes… mais le noyau dur auquel j’appartiens est toujours aussi lié. Moi aussi, j’ai changé, j’ai grandi, mûri. Je suis allée faire mes études dans un lycée différent du leur, à plus d’une heure de route en bus, où j’ai rencontré Anna. C’est celle qui est devenue, en à peine deux ans, ma meilleure amie, celle qui est toujours là pour moi, malgré la distance. Après le BTS, nous ne nous sommes plus quittées. Revenons à ma famille. Ma mère travaille dans un supermarché où le patron est relativement sévère, surtout envers les femmes… Elle tente d’être forte, mais se laisse parfois abattre et baisse les bras. Elle a traversé plusieurs dépressions… Cependant, à son âge, trouver un autre emploi alors qu’elle n’a pas de diplôme, c’est compliqué. Alors, je l’aide à remonter la pente le plus possible, je suis un véritable boute-en-train. Je me force à sourire, à être toujours enthousiaste pour tout et n’importe quoi ; le Soleil, l’odeur de la pelouse tondue, le bruit de la pluie contre la fenêtre, la chute des premiers flocons de neige. Malgré la situation, j’essaie d’inculquer ces valeurs à ma sœur, afin qu’elle soit heureuse grâce à ces petits riens. Je pense que ça soulage notre mère, et c’est cela le plus important. Ma sœur est encore un peu jeune, alors j’essaie tant bien que mal de la préserver de tout ça. C’est pourquoi j’ai préféré ne pas
prendre de chambre étudiante et rester à la maison. Tant pis pour l’heure et demie de transport matin et soir, s’il n’y a pas de « problème de trafic sur la ligne ».
1 Le réveil affiche six heures. Je me lève et me prépare. Après un petit-déjeuner rapide, je réveille Vic. C’est le surnom donné à ma sœur. Elle n’a que quatorze ans. Elle est un peu plus petite que moi, bien que je ne sois pas très grande avec mon mètre soixante-cinq. Elle a de longs cheveux bouclés brun foncé, comme notre mère. Moi, j’ai les cheveux châtain clair et légèrement ondulés. Je tiens plus de mon père, d’après mes souvenirs en tout cas. Il nous a abandonnées à la naissance de ma sœur. C’était un homme violent qui insultait souvent ma mère ; pas vraiment le climat idéal pour élever des enfants. Avec les années, on tente d’oublier les mauvais souvenirs. Je me suis forgé une carapace, ni trop dure, ni trop souple. Je ne veux pas être comme ces personnes aigries, usées par les événements et le temps. Je préfère voir la vie en rose, profiter des bons points, penser po-si-tif ! Une fois Vic levée, je l’embrasse, prends mes affaires et file prendre mon bus. De l’arrêt à la maison, il faut compter entre cinq et dix minutes, selon que l’on prenne son temps… ou pas. Personnellement, ce matin, je suis pressée. J’ai hâte d’y être. L’endroit regorge de jeunes. Sacs à dos et fringues neuves, ça sent la rentrée ! La cité est vraiment bien desservie. Des bus nous emmènent à la gare pour y déposer les personnes qui, comme moi, doivent prendre le train ou, pour certains, un autre bus. De plus, ils passent très régulièrement. Bref, c’est top quand on vit dans le coin, sauf quand les cours débutent à huit heures, car les bus ne commencent à circuler qu’à sept ! Comme je ne veux pas arriver en retard à la Fac, je vais devoir, dès demain, me lever deux heures plus tôt, afin d’aller à la gare à pied. Mais aujourd’hui, je débute à dix heures, j’ai tout mon temps. Vic a de la chance, ma mère l’emmène pour faire sa rentrée. Son collège est près de la zone commerciale où travaille maman, c’est donc sur sa route. Elle est du genre « maman poule », elle a tendance à nous surprotéger, sûrement parce qu’elle déborde d’amour pour nous. Une fois, alors que nous étions en train de finir la vaisselle ensemble, elle m’a confié que, sans ses filles, elle n’aurait jamais tenu ; que Vic et moi avions été ses plus beaux cadeaux. J’en avais eu les larmes aux yeux et je l’ai prise dans mes bras en lui assurant que nous serions toujours là pour elle. Je me suis permis de parler au nom de ma sœur, car je sais qu’elle pense comme moi. Le bus démarre. Très vite, nous arrivons à la gare. Le temps est magnifique. C’est vraiment agréable de rentrer sous un soleil radieux même si ça donne encore un air de vacances à cette journée. Arrivée à la gare, j’ai tout juste le temps de sauter dans le train. Je m’installe sur un siège à côté d’un homme d’une quarantaine d’années et d’une femme un peu plus âgée. Le train est presque plein et il va encore très vite se remplir. Beaucoup de gens travaillent sur Paris et sa périphérie. Je fouille dans mon sac à la recherche d’un vieux livre de poche tout corné que j’ai emporté avec moi. Durant le trajet, les gens ne parlent pas beaucoup. Certains font la sieste, récupérant quelques minutes de sommeil. À vrai dire, je les comprends. Arrivée à la gare de l’Est, je descends les escaliers et m’engouffre dans les tunnels du métro. Je cherche où aller. Honnêtement, je ne suis pas une grande habituée de Paris. Il me faut quelques secondes d’acclimatation. Ah ! Voilà ! Métro 7. J’ai la chance de ne pas avoir plusieurs changements à faire. Je me trouve une place, une aubaine. La chaleur y est déjà étouffante… C’est désagréable. Je n’aime pas trop la mentalité parisienne ; c’est vraiment chacun pour soi. J’ai trente minutes de métro, ce qui n’est pas trop long encore. L’odeur environnante est assez forte, à moins que ce ne soit l’homme assis en face de moi qui ait oublié le savon sous sa douche ce matin. Il me regarde avec insistance. Je tourne la tête pour regarder défiler les câbles électriques contre une paroi noirâtre. N’allons pas lui donner de fausses idées. Je trouve que le métro parisien est triste. Je peux maintenant presque comprendre pourquoi les gens sont si aigris… Nous arrivons à Châtelet. Encore quatre arrêts après celui-ci et je pourrai descendre. À ce moment précis, une détonation assourdissante me vrille les tympans. Mon siège se met à trembler violemment. En regardant par la vitre, je vois des flammes gigantesques déferler sur nous. En à peine deux microsecondes, je crois comprendre ce qu’il se passe et crie aux autres passagers de se coucher sur le sol. Les vitres explosent dans une symphonie stridente d’éclats de verre. Je sens quelques
débris effleurer mon visage. Des personnes hurlent de terreur ou de douleur… Peut-être les deux. Les passagers sont projetés à travers les fenêtres ou contre les parois du wagon. C’est le chaos. Ma jambe est écrasée sous un siège. Du sang coule le long de mon œil droit, mais je crois que le pire, ce sont mes oreilles qui bourdonnent tellement fort que je ne perçois plus qu’un sifflement continu. J’ai du mal à respirer, un poids important compresse ma cage thoracique, mais j’ai si mal au cou que je ne parviens pas à regarder de quoi il s’agit. Des arceaux électriques illuminent la scène, comme des flashs d’appareils photo, très vite remplacés par le noir. C’est terrifiant. D’ailleurs, je ferme les yeux pour accompagner l’obscurité. J’ai peur de les rouvrir. Je crains de voir ce qu’il y a autour de moi… suis-je vraiment encore en vie ? Je pousse un petit gémissement de douleur, mais je ne le perçois même pas. Je n’entends qu’un son strident qui ne s’interrompt pas. Je souffre terriblement avant de sombrer dans un calme apaisant et bienfaiteur. Je ne sais pas combien de temps je suis restée inconsciente, mais lorsque je reviens à moi, je sens quelqu’un me toucher le bras. J’entrouvre les yeux, je vois flou. Il y a beaucoup de fumée aussi. J’aperçois des rayons de lumière qui bougent. La personne qui me regarde me parle, mais je n’entends rien. J’essaie de bouger les lèvres pour le lui dire, mais aucun son ne les franchit. Il a l’air d’avoir compris et acquiesce. Il me pose un masque sur le nez et je le vois appeler deux autres pompiers qui arrivent avec du matériel. Ils me dégagent laborieusement tout en continuant de me parler, mais je n’entends toujours rien. Le premier me touche le bras, me tient la main pour me rassurer. J’ai confiance, je sais qu’ils vont me sortir d’ici. Ils sont trois à s’affairer autour de moi pour extraire mon corps des débris. Quand le poids qui pèse sur ma cage thoracique disparaît, je sens une douleur fulgurante m’assaillir. J’ai dû pousser un cri atroce, car le pompier pose sa main sur ma blessure. Je vois son visage se contracter. Il ouvre grand la bouche et semble articuler des ordres secs à destination de ses collègues, mais je n’entends toujours rien, hormis cet affreux bruit aigu. Il lâche prise et fait signe aux autres de se dépêcher. Maintenant, je comprends d’où vient ma douleur… Le gant du pompier est recouvert d’un liquide qui brille à la faible lueur de sa lampe frontale, un liquide rouge… du sang, mon sang. Il tente de me rassurer et essaye d’arrêter l’hémorragie du mieux qu’il peut. Dans ma tête, un court mantra tourne en boucle : tout va bien se passer… moi et mon éternel optimisme. Je ne suis pas certaine de la véracité de mes pensées, mais ça m’aide à tenir bon. Le pompier me fait signe avec son autre main de continuer de le regarder. Ne pas perdre connaissance… …mais je suis si fatiguée. Mes paupières sont lourdes et la douleur est insupportable. Je sens mes forces me quitter, je suis tellement faible… Mon regard vacille, mais le pompier me serre plus fort la main en m’intimant, toujours par gestes, de continuer à le regarder. De l’index et du majeur, il reprend les mêmes indications. Il place ses doigts devant mes yeux, puis devant les siens. Garde les yeux ouverts, me fait-il comprendre. Je lutte pendant que les ambulanciers arrivent avec un brancard. Ils me déposent dessus et me sanglent. Je ne vois toujours pas très clair, mais je sens qu’ils m’emmènent. Je ne perds pas de vue mon sauveur en uniforme qui m’accompagne. Je ne discerne pas tout ce qui se passe autour de moi. Tout me paraît confus. De l’air arrive dans mon nez, ma bouche et ma gorge : un masque à oxygène m’aide à respirer… C’est vraiment très douloureux. J’ai l’impression que ça tire dans chacun de mes muscles comme s’ils produisaient un puissant effort. J’aperçois des carreaux de faïence du plafond, décollés… du sang, un bras… l’odeur de la chair brûlée est insoutenable… On m’évacue enfin. Une fois dans le camion, je vois une lumière bleue clignotante. Je comprends que l’ambulance démarre. Je n’ai aucune notion du temps qui s’est écoulé entre le moment où nous sommes partis et l’instant où je me retrouve dans le couloir des urgences. Un homme en blouse blanche m’ausculte rapidement et on m’emmène en salle d’opération. Toute cette effervescence m’épuise. Je me sens partir. Je sens que le vide s’empare de moi, mais bizarrement la douleur a cessé. Je me sens partir. Je me sens… bien. Je m’appelle Ambre Thomas. J’ai vingt et un ans. Je vais mourir et mon histoire commence ici.
2 Je vois les médecins se battre pour me garder en vie. Ils m’endorment et tentent de soigner mes blessures. Mon esprit flotte, rattaché à mon enveloppe charnelle. C’est étrange et légèrement déstabilisant, car la vision et l’ouïe me reviennent, bien que je ne sois plus dans mon corps. J’utilise des sens qui m’étaient jusqu’alors totalement inconnus. Je me souviens avoir pensé : protège ma mère et Vic, s’il te plaît… La panique me gagne légèrement, mais je me reprends. Je m’impose un temps de réflexion, je ferme les yeux quelques minutes. Mes pensées affluent, questions, peur, trouble… Je me ressaisis et constate que l’agitation est toujours la même, le bruit, les mouvements rapides… tout me déstabilise. Est-ce que je vais mourir ? Je me sens obligée de me poser cette question. Réfléchir me rassure. Je comprends que je ne suis pas encore morte. Le fait d’observer mon corps ne signifie apparemment pas l’arrêt inévitable de ma vie. Pourtant, je me demande si ce n’est pas l’un des événements qui devance l’apparition de la lumière blanche. Les médecins énumèrent mes plaies et fractures. Cela commence par une arcade sourcilière passablement amochée, ce qui explique le sang près de mon œil, avec en prime, une magnifique fracture ouverte. Malheureusement, l’énoncé ne s’arrête pas là, le tympan de mon oreille gauche est perforé, j’ai deux côtes brisées et un poumon abîmé. Pour finir, ma jambe est cassée au fémur. On peut dire que je n’ai pas été épargnée. Mais en y pensant, j’ai survécu. D’autres ne peuvent pas en dire autant. Quand je songe à ces pauvres gens, étendus sur le sol du tunnel du métro. Des femmes, des hommes, des enfants… — On la perd ! Vite ! Le médecin ordonne qu’on apporte rapidement un chariot de réanimation, en même temps, il pratique les premiers gestes pour me sauver la vie. Il compte jusqu’à trente, pratique deux insufflations et recommence en attendant la machine. Une fois cette dernière préparée, les infirmières descendent ma blouse d’hôpital jusque sous ma poitrine. — Vite, les palettes, ordonne le médecin avec force. J’étais déjà peu vêtue, mais là, mon corps est à nue. Ma poitrine blanche, faute de bronzage intégral, contraste avec le bas de mon cou et mes bras. Je suis gênée, mais pourquoi ? Je contemple la scène impassible, mais inquiète. Suis-je en train de me voir mourir ? Je serre mes mains, je ne sens aucune douleur. J’ai peur. Assise contre le mur, je me berce lentement, ne perdant pas une miette de ce spectacle morbide. Je n’arrive pas à réaliser que ce corps, étendu sur la table, est le mien… Ce n’est pas possible, ce n’est pas réel, je vais me réveiller d’un affreux cauchemar ! Je me pince, mais je ne ressens rien… ce qui, après tout, est logique, puisque je suis hors de mon enveloppe charnelle. Après plusieurs tentatives, mon cœur se remet à battre lentement. J’entends les « bips » rythmés de la machine, retentir doucement. Le praticien explique que je suis en phase de coma léger. Je l’entends dire que mon cœur bat au ralenti. Les médecins décident de me maintenir en état de coma artificiel prolongé. Le temps que je me remette de mes blessures, tout en continuant à me soigner. Je réalise subitement que je suis là, à côté de « moi », attentive à la suite des événements. L’intervention se termine. Je n’ai aucune idée du temps écoulé depuis mon admission, mais ça me semble avoir duré une éternité. J’ai l’impression d’avoir retenu ma respiration. Un brancardier m’emmène. Je le regarde partir avec « moi », allongée dans le lit. Quelle sensation bizarre que de se voir autrement que dans un miroir ! Je lui emboîte le pas. Les portes de l’ascenseur se renferment juste derrière moi. Je suis transférée dans une salle de réveil. Les infirmières vont et viennent de lit en lit, prennent les informations distribuées par les appareils qui enregistrent nos signes vitaux. Elles me font penser à de petites abeilles qui butinent de fleur en fleur. Je m’installe contre le mur et soupire. Je me sens lasse, je n’aime pas attendre. La patience n’a jamais été une de mes vertus. Quelle heure est-il ? Aucune idée. La vue de mon corps entouré de tous ces tubes et moniteurs est difficile. Il y a des tuyaux dans ma gorge, mon nez, les veines de mes bras et de mes mains. Je sais que c’est nécessaire, voir indispensable à ma survie, mon corps en a besoin, mais le regarder me donne l’impression de souffrir avec lui. Ma gorge me démange,
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