Automne à Berlin

De
Publié par

Berlin 1961. Une ville, un peuple, deux Etats ; Alexander a 4 ans lorsque sa mère décide de passer avec lui en Allemagne de l'Ouest. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 12 au 13 août, un mur de barbelés s'abat sur Berlin ; des millions d'Est-Allemands se retrouvent soudain pris au piège. Parmi eux, le père d'Alexander...
Publié le : samedi 2 mai 2015
Lecture(s) : 24
EAN13 : 9782336381060
Nombre de pages : 206
Prix de location à la page : 0,0105€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

François Benaltini
Un Automne à Berlin
Roman
Berlin, 1961. Une ville, un peuple, deux États ; Alexander a 4 ans
lorsque sa mère décide de passer avec lui en Allemagne de l’Ouest. Un Automne à Berlin
Quelques jours plus tard, dans la nuit du 12 au 13 août, un mur de
barbelés s’abat sur Berlin ; des millions d’Est-Allemands se retrouvent
soudain pris au piège. Parmi eux, le père d’Alexander… Roman
Un récit haletant à travers l’Allemagne de la guerre froide avec
ses espions, ses complots, ses trahisons, son Mur, omniprésent ;
une page de vie également avec ses souvenirs, ses espoirs, ses doutes,
mais aussi ses rêves, ses passions, son humanité, et en filigrane une
quête, retrouver la trace d’un père disparu vingt ans plus tôt. Un très
beau duo père-fi ls !
Un Automne à Berlin est le second roman de François Benaltini ;
Son premier roman, Trois Notes d’Amour et une Éternité, a été publié
en 2014.
collection
ISBN : 978-2-343-05856-6 Amarante19 €
François Benaltini
Un Automne à Berlin11©L’Harmattan,2015
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 05856 6
EAN:9782343058566
111111111111,111111111,11,1111111111111111111111,1,11111111UnAutomneàBerlin
111111Amarante
Cette collection est consacrée aux textes de
création littéraire contemporaine francophone.
Elle accueille les œuvres de fiction
(romans et recueils de nouvelles)
ainsi que des essais littéraires
et quelques récits intimistes.
Lalistedesparutions,avecunecourteprésentation
ducontenudesouvrages,peutêtreconsultée
surlesite www.harmattan.fr
111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
11
11FrançoisBenaltini
UnAutomneàBerlin
roman
L’Harmattan
1111111111111111111111111111Dumêmeauteur
TroisNotesd’AmouretuneEternité(2014)
111111111111111111ADaniel.
11Prologue
8juillet1981,unappartementdeBonn.
Toujourscesdeuxphotos,là,danscetiroirdetabledenuit.
J’aidéménagéàdenombreusesreprises,changéquatre
fois de ville, mais elles ont toujours retrouvé leur place
d’origine,commesiunlieninvisiblenousunissait.
Que de fois n’ai je tenté de les ranger dans un album
parmi leurs semblables, de les enfouir au fin fond d’une
commode ou de les perdre dans une de ces boîtes
renfermanttoutessortesd’objets,reliquesdemonenfance,
sanssuccès.Inlassablement,ellesontreprisleurplace,leur
rang, telle une peluche d’enfantdont onne parviendrait à
sedéfaire.
Sur le premier cliché, un petit garçon. Devant lui, posé
surlatablerecouverted’unetoileciréegrossière,ungâteau
avecquatrebougies.
Cet enfant, c’est moi. Je suis assis sur les genoux d’un
hommed’unetrentained’annéesavecdes lunettesrondes
et un pull à losanges, caractéristiques de l’époque. Il me
regarde et il sourit. De son visage se dégagent une
9
11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111impression de joie, d’émotion, et surtout une infinie
tendresse.
Cethomme,c’estmon père.C’était ily a vingtans, le8
juillet 1961, le jour de mes quatre ans. Un mois plus tard,
ma mère, ma sœur et moi quittions cet appartement de
Berlin Estpourpasseràl’Ouest.
Surlasecondephoto,desgens.Unefouledegens.Tous
les âges. Des jeunes, des vieux, des enfants, une femme
tenant un bébé dans ses bras, un couple de vieillards, une
grand mère avec son fichu sur la tête ou encore un
adolescent poussant un vélo. En face d’eux, d’autres
personnes, également de tous âges. Sur tous ces visages,
l’étonnement et la consternation. Deux groupes en tous
points semblables. Rien ne les distinguerait, rien ne les
sépareraits’iln’yavaitcettebarrière,tendueentrelesdeux
masses,cetteceinturedebarbelésvenuelesdiviser.Enbas
de cette image découpée dans un de mes anciens livres
d’histoire,unelégende:
«Dimanche13août1961:lapopulationdesdeuxBerlin
découvreavecstupéfactionlaséparationdelaville».
Jeneconnaisnicesvisages,nil’endroitoùlaphotoaété
prise,jesaisseulementquecejour là,monpèresetrouvait
de l’autre côté des barbelés et que depuis ce dimanche
d’août1961,jenel’aijamaisrevu.
10
1111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
11PremièrePartie
11Chapitre1
10août1961,unappartementdeBerlin Est
Finalement,nousyvoilà!Aprèsdesannéesd’hésitations,deter
giversations,dedoutes,nousavonsfiniparcéder.
Nous quittons tout ; notre appartement, notre quartier, nos
emplois, nos familles, nos amis. Rien ne saurait justifier un tel
déracinements’iln’yavaitcettepeur,omniprésente.Pasunjour
1nepassesanstrembler,laStasi estpartout.
Malgrélesrésultatséconomiquesexceptionnelsaffichésparle
Gouvernement, les conditions de vie restent précaires et comme
toujours, il est impossible de démêler la réalité de la propagande
étatique.Ceuxquitravaillentencoreàl’Ouestfontétatd’unmi
racle économique, là bas, de l’autre côté de la ville, à quelques
centainesdemètresd’ici,quelquesstationsdemétroseulement.
Les citoyens de la République Démocratique fuient. On dit
que leur nombre ne cesse de croître, vidant peu à peu le pays de
ses forces vives ; les jeunes en particulier n’hésitent pas à tout
quitter pour rejoindre le monde libre. On prédit une réponse
1Stasi(Staatssicherheit):policesecrètedel’Allemagnedel’Est
13
1111111111111111111111111111111111111111,,1111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111112imminente du SED , certains vont jusqu’à parler d’un bouclage
prochaindelafrontièrequistopperaitl’hémorragie.Lasuspicion
aatteintson paroxysme.
Alexander,Anja,combiendefoismesuis jejurédetoutfaire
pour protéger vos existences ! Malheureusement, votre sécurité
passedésormaisparunefuitedecepaysoubliédesdieux;ceque
leNazisme,lesbombesetlafamineontépargné,nuldoutequece
gouvernementfanatiqueparviendraàl’anéantir.
Il nous faut fuir pendant qu’il en est encore temps. Demain,
vous quitterez le pays avec votre mère. Une promenade anodine
àBerlin Ouest ; quoideplusnaturel qu’unemèrepartieen pro
menade avec ses deux enfants. Je vous rejoindrai dans quelques
3jours, passer ensemble attirerait l’attention des Trapos , on les
dit sur les dents, lancés dans une véritable chasse aux « déser
teursdelaRépublique».
Vouspartirez demain.
Je ne sais d’où nait cette crainte vague, noirs pressentiments
venus m’annoncer notre séparation prochaine. Il ne s’agit pour
tantquedequelquesjours,pourquoicettepeurquim’étreint?
Jevousrejoindrai.Alors,nousnousretrouveronsetpourrons
vivre en paix, loin de la terreur socialiste. Demain, vous serez à
nouveaulibres.
2SED(SozialistischeEinheitsparteiDeutschlands):Particrééen1946dansla
zone soviétique résultant de la fusion du parti socialiste (SPD) et du parti
communiste (KPD). Le SED gardera le pouvoir en RDA jusqu’à la chute du
murdeBerlinen1989.
3 Trapos : Transportpolizei (Police des transports). Elle était notamment en
chargedelasurveillancedesprincipalesgaresetducontrôledesvoyageurs, en
particulierauniveaudelafrontièreinterneàBerlin.
14
111111,1111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111Chapitre2
Bonn,8juillet1981
De cette période ne subsistent que quelques souvenirs
vagues et pourtant, au milieu de cette nébuleuse, la mé
moire de notre fuite d’Allemagne de l’Est est restée éton
namment précise dans mon esprit : l’étreinte de mon père
avant notre départ, ses paroles rassurantes murmurées
comme un secret, l’explication de notre séparation pour
quelquesjourstoutauplus,lemouvementdesamaindans
mes cheveux pour une dernière caresse, la douleur dans
son regardalors quenousnouséloignions.Vingtansplus
tard,jesensencore la paumedesamain glissercontre ma
joue,lentement,pesamment,commes’ilavaitvouluenim
primerchaquedétail.
Je me souviens m’être retourné. Malgré les quelque
deux cents mètres qui nous séparaient, je suis sûr d’avoir
vusesyeuxs’emplirlarmes.Savait ildéjààcetinstant?
Suivirent le métro, les allées et venues des Trapos à
chaque station, les patrouilles ratissant les rames de train,
scrutantchaquevisage,chaqueindividu.
15
111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,11,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111Par dessustout,ilrestelapeur.Vingtansaprès,sapré
sencedemeure.Je la senssaisirmon être d’enfant,je la re
vois étreindre ma mère malgré les sourires rassurants
qu’elle ne cessait de nous adresser, à ma sœur et moi. Je
l’entends encore traverser ma mère de part en part, trem
blementàpeineperceptiblevenuébranlermamainserrée
danslasienne.Plusterriblequelesimages,plussaisissant
que les sons, il y avait cet ennemi omniprésent qu’on ne
pouvaitcernercequinel’enrendaitquepluseffroyable.
4Je me souviens de notre arrivée à Marienfelde parmi
des centaines d’Allemands qui comme nous avaient fui la
RDA. Je revois ces hommes et ces femmes jetés sur les
routes depuis plusieurs jours, je revois leurs mines épui
sées et leurs visages creusés par la fatigue, je revois leurs
regards,pleinsd’unespoirfaroucheaumilieuduquelper
sistait un reste de crainte et de terreur, scories de temps
obscursqu’ilstenteraientd’oublier.
Puis il y eut l’attente, insoutenable. L’arrivée de mon
père tardait. Je me souviens de ma mère, postée à l’entrée
du camp dans l’espoir de voir surgir à tout moment la
silhouetteattendue.
Vinrent enfin des mots, surprenants, des mots dont le
sensm’échappait:«blocage»,«barrière»,«fermeturede
lafrontière»,«barbelés».
Puisdespleurs.
Autant de mots et de pleurs normalement étrangers à
l’universd’ungarçondequatreansmaisquiallaientbercer
monenfance.
4CampdeMarienfelde:CampdetransitouvertdansBerlin Ouestpour
accueillirleflotd’immigrantsenprovenancedel’Est.
16
11111111111111111,1111111111,,111111111111,,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111Ma mère essaya de nous épargner comme elle put. A
chacunedemesquestionselleexpliquaitl’absencedemon
père par une tâche inattendue qui l’avait retenu dans la
partie est de la ville mais il ne tarderait pas à nous re
joindre,c’étaitsûr.
Les jours passaient, la date de son arrivée se décalait
d’autant. Avec cette intuition propre aux enfants, je com
pris rapidement que mes questions dérangeaient et que je
n’obtiendrais jamais que des réponses calquées sur ce que
jesouhaitaisplusquetoutentendre.
Lassé de ces mensonges pourtant emplis de bienveil
lance,l’enfantquej’étaisserenfermasurlui même.
17
1111111111111111111111111111111111,1111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,11Chapitre3
Ils se sont présentés le soir même vers 19 heures ; deux colosses
de la Stasi, blousons de cuir, moustaches soignées, regards vi
treux,physionomiesbrutales.
Ilsontfrappéàlaporte.
Troiscoupssecs.11
Ils m’ont demandé de les suivre, ils avaient quelques ques
tionsàmeposer.
Nousavonsdescendul’escalier.Celuiquisemblaitêtrelechef
estpassédevant, sonacolytefermaitlamarche comme pourpré
venirtoutetentativedefuite.Aleurcorpulenceetleursmanières
brusques, il aurait fallu être inconscient – ou désespéré – pour
tenterquoiquecesoit.
Je suivais sans discuter. J’avais peur. La simple évocation du
motStasiauraitsuffiàfairefrissonnern’importequelêtrecensé
mais dans mon cas, ce n’était plus simplement un mot, une
crainte vague, mais bien deux visages, deux policiers en chair et
enosquimecernaient,m’encadraient,m’enserraient.
Une voiture nous attendait à quelques pas de l’immeuble.
Assis sur le siège du conducteur, un troisième homme, le même
visagevidédetouteexpression.Ilsm’ontpousséàl’intérieur.Le
chefestmontédevant,soncomparseaprisplaceàcôtédemoi,la
portière s’est refermée,lavoitures’estélancéeaussitôt.
19
111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111,1111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.