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Résumé
Depuis longtemps, la Provence excite l’imagination des poètes et des romanciers. On ne compte plus les textes historiques qui associent les terres bordant la Méditerranée à l’indicible, le paradoxal et la malice. Dans sa nouvelle sérieLégendes et contes modernes de Provence, l’auteur Frédéric Barrès (L’amour, plus fort que l’amour, Numeriklivres, 2017) relève le défi d’allier cette magnifique contrée à des histoires inédites, insolites, voire mystérieuses. Des histoires résolument ancrées dans notre époque pour nous faire découvrir une autre Provence : toujours aussi authentique mais ô combien moderne ! Dans ce premier opus,Aventures en Luberon, l’auteur rêve que les lectrices et les lecteurs retrouvent leur âme d’enfant, le sourire aux lèvres, à chaque page tournée. Chacune de ses histoires, écrites avec malice, est tout simplement une belle et longue balade dans les plus beaux champs de lavande, dans les plus beaux villages et un prétexte à des rencontres inattendues… Il n'est pas impossible qu'en fermant les yeux, vous entendiez, glissé là entre deux paragraphes, le doux chant des cigales. Écoutez bien !
DU MÊME AUTEUR L'amour, plus fort que l'amour, format papier et numérique, Éditions Numeriklivres, 2017. Clairs-obscurs à Monaco, format numérique, Éditions Numeriklivres, 2016.
Frédéric Barrès
Aventures en Luberon
Légendes et contes modernes de Provence
editionsNL.com
1.
À L'ORIGINE
Quand les enfants, les femmes et les hommes scruten t le ciel, la présence de nuages s’ils sont blancs et veloutés les rassure. C ertains terriens souhaiteraient leur disparition temporaire pour faire place nette et définitive à un bleu firmament, d’autres préfèreraient que les amas célestes s’obscurcissent et bourgeonnent, pour dispenser une pluie nécessaire à la fécondité de la terre. Ma is tous s’accordent à aimer les nuages blancs, terriblement blancs, lorsqu’ils semblent aussi doux qu’un oreiller, aussi onctueux qu’une mousse de lait. Et si les nuages blancs ne berçaient pas le paysage d’en haut, où vivraient les dieux ? — Que veut le vieux ? — Personne ne sait. Il a juste annoncé que nous étions convoqués pour un concile. — Encore ? — Oui, encore. C’est sa lubie, en ce moment. Le patriarche trône au milieu de l’hémicycle cotonneux, sur un fauteuil mouvant, mais suffisamment moelleux et confortable, pour accueillir son auguste séant. Ses acolytes et obligés, déesses et dieux de toutes confessions, sont assis en grand désordre sur des poufs et coussins lactescents aussi légers que des plumes d’oie. « Je vous ai invités aujourd’hui parce que j’ai conçu un beau projet ». Le moins que l’on puisse dire c’est que dans l’assistance, l’enthousiasme loin d’ éclairer les visages, peine à s’exprimer. « Ça y est, il remet le couvert » chuch ote une voix. « On n’est jamais tranquille », lui répond une autre. La dernière foi s que le concile s’est réuni, la discussion a porté sur l’univers : si tout devait r ecommencer, quelles erreurs ne pas commettre ? L’assemblée avait également pour mandat de statuer sur la résolution de questions urgentes, comme la poursuite de l’expansi on cosmique des milliards d’années après le Big Bang, ou l’instauration d’une pause pour permettre à toutes les galaxies de se stabiliser, prendre langue, éventuel lement fusionner, et faire de nouveaux enfants. Sans parler des trous noirs, au c odicille 24 du programme de ce même concile, au sein duquel une solution devait êt re impérativement trouvée à l’épineux problème : « Que faire de la matière et d e la lumière piégées, actuellement stockées à des parsecs de millions d’années-lumière d’Andromède, alors que les plaintes du voisinage se multiplient ? » Aujourd’hui, le patriarche paraît particulièrement guilleret, comme s’il avait mûri son coup avec déte rmination et malice. « Vous vous souvenez de la création de la Terre ? » Bien sûr qu’ils s’en souviennent. Un dieu, plus fatigué que les autres, y va pourtant de sa petite critique : « Non seulement on s’en souvient, mais ça n’a pas été facile. Des années de préparation, de tests, de réglages. Maintenant elle tourne patiemment, autour du soleil . Un de leurs savants a même reproduit l’équation que j’avais mis tant de temps à concocter dans mon laboratoire 2 ultramoderne. E=MC . Fortiche, le gars. Il est arrivé au résultat avec seulement une
craie et un tableau noir ». Le patriarche acquiesce bien que relativisant le propos : « Tout ça appartient au passé. C’est de l’avenir dont je veux vous parler maintenant ». De nombreux murmures voire des commentaires désappr obateurs parcourent l’assemblée. Tous et toutes s’interrogent. Que souhaite-t-il ? Qu’a-t-il derrière la tête ? A-t-il seulement toute sa tête ? — Voilà, ce ne sera pas long, mais je requière tout e votre attention. Sur Terre, les hommes et les femmes essaient de vivre ensemble, dans une certaine confusion, mais le but recherché est acquis : ils imaginent tous atteindre le bonheur. À eux de trouver les chemins. Je suis persuadé qu’un jour, les guerr es seront éradiquées. Ils en sont encore loin, mais il ne faut pas désespérer. En fait, c’est le biotope qui me préoccupe en ce moment. Particulièrement, le genre animal. J’aimerais compléter le dispositif. — Vous pensez que le nombre d’espèces n’est pas suffisant ? Avez-vous oublié le temps précieux passé à combiner les hélices d’ADN, enlever un nucléotide par ci, ajouter une chaîne d’acide aminé par là ? — Ce n’est pas tout à fait ça, mais vous allez me comprendre. Je fais le constat que n’existent pas assez d’espèces animales étonnantes, surprenantes, comment dire… réjouissantes. — Comme l’hippocampe ? — Si vous voulez, comme l’hippocampe, le dahu, le m arsupilami, le mistouflon ou d’autres. J’ai l’idée de créer un animal doué d’une ou deux facultés nouvelles, un animal qui pourrait faire le bien. À ces mots, le silence fond sur les cerveaux ébahis et nul n’imagine le rompre. Ce silence est empli d’étonnement, de cogitation inten se, de recueillement pour les plus incrédules : « Qu’on m’apporte une mappemonde ». Et devant les paires d’yeux éberlués, le patriarche annonce : « Cet animal au caractère enjoué, avec la capacité de générer un peu de bonheur, cet animal sera conçu en un exemplaire unique, deviendra mythique pour ses contemporains et au-delà. Et ce b ijou, dont je vais vous confier le génotype, magnifique bête à quatre pattes, mignonne , adorable, que tous les enfants voudront caresser vivra… ici! » Le patriarche fait tourner la mappemonde sur son ax e, attend que le mouvement circulaire ralentisse, ralentisse encore et enfin, stoppe sa course. Alors, le patriarche lève son bras noueux et puissant, l’approche progre ssivement de la sphère et pointe son index à un endroit précis, immuable, paradisiaque. En France, en Provence, dans le Vaucluse, en Luberon, juste à la sortie sud de la combe, entre la colline de Bois joli et les Hautes-roques.
2.
LA SURPRISE D’ÉDOUARD
La pente s’avère tellement escarpée, que le souffle court, Édouard et Ludo progressent avec difficulté entre des rocs aux arêtes vives, récemment échappés du flanc de la falaise. Ce n’est pas tant à cause du p oids des ans, à eux deux ils ne dépassent pas la centaine, que les vestiges du copieux petit-déjeuner lestant le fond de leurs estomacs. Ils n’auraient pas dû reprendre plusieurs fois de cette charcuterie corse et engloutir des rasades de coteaux de Pierrebrune avant le lever du jour. Les deux chasseurs retiennent leur souffle au moindre accent de brise. L’étroit chemin qu’ils ont l’habitude de parcourir est jonché de débris de rocaille, de terre fraîche et de branches déchiquetées : « Cet orage m’a cassé les tympans hi er soir, et il n’a pas cassé que ça. » Ludo écoute son comparse d’une oreille distraite, tout à l’observation du moindre mouvement devant, sur les côtés, et plus rarement d errière, vers la vallée. Malgré l’averse violente de la nuit, l’Agueben est resté quasi sec. Trop courte, trop pitchoune, cette averse. L’eau a dévalé des sommets avant d’atteindre la combe et s’est infiltrée dans les anciennes carrières. En revanche, les coup s de tonnerre et les éclairs, bonjour ! Le pari d’Édouard et de Ludo est simple : les bêtes apeurées se seront calfeutrées dans leurs caches et leurs abris toute la nuit et, au petit matin, juste avant que les premiers rayons du soleil réchauffent les t oits de Massargon en passant par dessus le Mont Calas, elles oseront mettre nez, bec ou truffe dehors, fureter et chercher pitance. C’est également ce que désirent Édouard et Ludo : chercher pitance, mais de façon moins pacifique. Pour ne pas dire antipathique. La créature est tapie derrière un buisson de romarin. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle s’est retrouvée sur une des hauteurs d u grand Luberon, à l’instant où un éclair plus ardent que les autres a zébré le ciel d e Pertuis à Cavaillon. Elle ne se souvient pas de son passé, comment elle est née, à quoi ressemblent ses parents. Le seul signe tangible qui l’a raccrochée à la réalité , c’était ce petit message de papier, pendu à une branche d’olivier, devant ses yeux : « Profite bien de ta vie. Et méfie-toi des hommes. » La créature ignore dans quelle école elle a appris à lire. Et elle ne connaît pas plus le signataire du message « Le patriarche ». Alors qu’elle allait avancer vers un bosquet fleuri, elle a remarqué le post-scr iptum : « Mange ce billet quand tu l’auras lu et considère que ta mission est détermin ante ». Le papier résiste, pas très agréable à mâcher. Amer. Dans son for intérieur, la créature pense : « Je dois être quelqu’un d’important. Ce monsieur me fait confiance. Et en en plus j’ai un for intérieur, ce n’est pas permis à tout le monde ». La créature préférerait croquer de belles baies sauvages. Bien rouges, mûres et juteuses. Elle part à l’aventure, maladroitement, en avançant cahin-caha sur un sentier raide. Jusqu’au moment où elle entend chuchoter deux voix graves et profondes. S’agit-il des hommes ? Édouard fait signe à Ludo de stopper net. Ludo se fige, immobile, une chaussure en l’air : « N’exagère pas, mets le pied à terre, mais prends garde à ne pas écraser de
brindilles ». Avec une prudence de félidé, Ludo pose sa grosse godasse au ralenti entre deux cailloux, sur la terre ferme exempte des scories de l’orage : « As-tu entendu ? » Édouard, attentif au bruit du monde, l’œil alerte, toutes ses oreilles aux aguets, son tarin évasé en embuscade, semble flairer quelque chose d’inhabituel : « Tu vas rire, j’ai l’impression que nous sommes observés ». Un murmure à peine audible lui répond : « Non, je ne ris pas. J’ai peur ». Cette sensation est nouvelle et insolite alors qu’Édouard a déjà bivouaqué plus de mille fois par ce chemin, à l’aplomb des roches de Vulcain, comme indiquent les guides de randonnée et le panneau éponyme. Cette fois, quelque chose le tracasse. Quelque chose est différent. Mais quoi ? Certes, la végétation a subi une transformation irréversible e n seulement quinze jours. Maints buissons heureux en été sont plus épais avec des fe uilles plus larges, plus franches, d’autres ont fondu sous l’effet du cagnard, attenda nt des jours meilleurs. D’où vient cette perception d’un alentour étranger alors que c haque centimètre carré foulé est censé être connu, apprivoisé, ami ?
ISBN : 978-2-37733-041-6 (ebook)
ISBN : 978-2-37733-040-9 (papier)
editionsNL.com
Tous droits réservés
FRÉDÉRIC BARRÈS
et Numeriklivres, Paris, France 2017
Crédit photo couverture :
NoraDoa/fotolia
eBook design :Studio Numeriklivres Nous joindre :numeriklivres@gmail.com
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