Ballade de l'amour, du mal et de la mort

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Ce roman est inspiré d'un drame réel qui a troublé la conscience de l'auteur pendant des décennies; tous les éléments qui ont conduit à un crime hors du commun, y sont disséqués au scalpel. Si l'auteur a choisi de suivre ce meurtre dans tous ses états, c'est parce que les thèmes majeurs qui jalonnent une destinée humaine y sont assemblés: l'amour, le mal et la mort portés à leur paroxysme, mais aussi le verbe qui permet à certains d'exercer sur d'autres leur pouvoir, et la hiérarchie sociale qui stratifie tout groupement humain et attribue à chacun de ses membres une place déterminée.
Publié le : mardi 1 février 2005
Lecture(s) : 36
EAN13 : 9782336262253
Nombre de pages : 157
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BALLADE
DE L'AMOUR, DU MAL

ET DE LA MORT

@

L'Harmattan,

2004

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Degli Artisti 15 10124 Torino Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L.u. 14-16 Hongrie ISBN: 2-7475-7650-7 E~:9782747576505

Paul TOUBLANC

BALLADE DE L'AMOUR, DU MAL ET DE LA MORT
Les amants démoniaques

roman

L'Harmattan

Du même auteur
Poèmes brisés
Éditions Universitaires, Paris, 1970

Écrits sauvages Éditions Universitaires, Paris, 1972 L'État de veille Le Cercle d'Or, Les Sables d'Olonne, 1986 L'Esprit et la lumière E.F.A., Le Château d'Olonne, 1992 L'Habitude de vivre E.F.A., Le Château d'Olonne, 1999

À Gilles et Élise

«On doit exiger de moi que je cherche la vérité, mais non que je la trouve. »
Denis DIDEROT

«Ce qu'était doxe dans la la perversité de la passion.

pour moi le parasphère de la pensée, le fut dans la sphère »
Oscar WILDE De Profundis

« Qui pardonne pardonner. »

tout a dû tout se
Antonio PORCHIA

Voix

Le printemps

L'air avait cette douceur infinie qui pénètre les cœurs et fait soupirer sans raison précise. Vanessa se laissait prendre au charme vernal d'une journée radieuse. De la fenêtre ouverte sur un modeste jardin, elle se pencha pour porter un regard sur sa petite fille qui y jouait, sans s'ennuyer apparemment, car elle avait I'habitude de la solitude dans ses jeux. Âgée d'un peu plus de deux ans, Claire était une enfant affectueuse, vive et nantie de cette grâce qui, dans nos pays, est l'apanage des enfants aux cheveux blonds et bouclés, aux yeux transparents d'innocence; elle tenait cette blondeur d'un père qu'elle n'avait jamais vu et que sa mère avait peu connu. Vanessa aimait sa fille de cet amour souvent exclusif qu'ont les mères célibataires, que la vie contraint à confier à d'autres le soin de leur enfant. Claire vivait à la campagne, ce qui lui avait donné son teint éclatant de santé. Élevée par une nourrice plus qu'attentive, elle recevait presque tous les dimanches la visite de sa mère qui consacrait un tiers de son faible salaire à son entretien. Elle l' adorait, disait-on. Vanessa, un joli prénom qu'elle devait à sa propre mère, consommatrice invétérée de romans à l'eau de rose, qui l'avait ainsi choisi au hasard de ses lectures.
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Les romans populaires abondent de ces héroïnes aux doux prénoms, romantiques, porteurs de rêve; les pauvres ont plus que les autres besoin d'évasion. *** Vanessa Leprieur était songeuse. Des visages d 'hommes défilaient, qui venaient perturber son âme que la pureté d'un ciel délavé par la pluie d'orage de la veille aurait dû porter à l'attendrissement. Que dire d'elle, sinon qu'elle était belle, de cette beauté éclatante, à la fois raffinée - par sa taille, grande, ses attaches, fines - et sensuelle - par ses formes pulpeuses, sans excès aucun -, qui attirait les hommes et, se sachant désirable, la poussait vers eux. En un mot, Vanessa aimait les hommes, leur plaisait, et le savait. Elle se dit - le printemps n'est-il pas une invite à la danse et n'était-ce pas le 1er mai? - qu'elle rentrerait tôt ce soir à Paris et irait au bal: la danse, surtout avec des inconnus, s'ils étaient bons danseurs, la troublait et la jetait dans un état proche de la tumescence, enivrant, que ce fût pour dormir seule, comme sous l'effet d'un narcotique bienfaisant (ce n'était pas un hasard si, au XVIIIe siècle, le clergé espagnol avait encouragé la danse, y voyant un substitut sexuel dans l'intérêt de la moralité) ou, pour faire l'amour; la danse agissait alors comme un stimulant de sa charnellité. Et elle aimait tant faire l'amour. . . Les pensées de Vanessa étaient obscurcies par une confusion des sentiments permanente dont elle avait conscience et qui, d'une certaine façon, la faisait souffrir. Sans doute cet état d'âme tenait-il pour beaucoup à sa condition sociale: ce sont les autres, toujours les autres, qui forgent notre personnalité, à commencer par le milieu familial; tel un bouillon de culture de microorganismes savamment entretenu en laboratoire, il
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développe en nous des comportements et des inclinations dont nous ne nous déprendrons plus tout à fait. Modeste employé municipal d'une petite bourgade de l'Ouest, le père de Vanessa était mort en juillet 1940. Noyé. Accident d'un homme devenu au fil des ans un peu pochard? Suicide? Sait-on jamais les raisons profondes qui conduisent à se supprimer? En l'occurrence, un père d'une famille de quatre enfants, jusque-là sans autres histoires que celles qu'apporte le lot quotidien des dures épreuves matérielles. Sa mère, pudique, n'évoquait jamais avec Vanessa ce drame qui s'était produit en l'absence de la jeune fille, déjà sur ses seize ans, alors qu'elle séjournait, comme chaque année à la même saison, chez des cousins. Par bribes glanées ici et là, elle avait cru comprendre que la mort de cet homme humble et estimable, mais qui lui était toujours apparu assez lointain, résultait d'un acte délibéré, coïncidant avec la défaite de l'armée française et l'occupation du territoire par les troupes allemandes, véritable humiliation qu'il n'avait pu supporter moralement. Vanessa gardait aussi le souvenir d'un être diminué si ce n'était condamné (sa mort n'avait donc pas été totalement une surprise) depuis qu'il était revenu gravement blessé du front rejoint comme volontaire, ce dont le dispensaient et son âge et sa situation de famille. Cet exemple paternel n'avait sans doute pas été sans influencer ses jeunes frères, lorsque tous deux choisirent de s'engager dans l'armée (mais peut-être y cherchèrent-ils, en plus, la double assurance d'acquérir une formation et un emploi stable). Comme pour la plupart des filles, on aurait pu dire de Vanessa qu'elle « aimait bien» son père, mais pour elle, comme pour sa sœur aînée et tant d'autres, seule sa mère comptait. Très faible avec Vanessa dès son
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