Barbasande

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"Barbasande" c'est d'abord une histoire d'amour. Deux jeunes gens voyagent, dans le temps et dans l'espace (en Grèce, en Asie Mineure, au Pays de Galles...). Leur histoire avance, entre songes et réalité. Mais c'est aussi un roman sur la violence. Noem lui conte sa rencontre personnelle avec la violence. Ils avancent dans leur vie à deux, à travers cette lutte, dans un long crescendo d'amour et de violence.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
Lecture(s) : 58
EAN13 : 9782296331839
Nombre de pages : 176
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BARBASANDE

Jean-Paul

NARCY

BARBASANDE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4950-X

1 La rencontre - Le songe de Noem

BARBASANDE:

Comment t'appelles-tu?

NOEM: Je m'appelle Noem. BARBASANDE: Noem? Noem, c'est ton nom? NOEM: Oui, et toi, qui es-tu? BARBASANDE : Je suis Barbasande. NOEM: C'est joli, Barbasande. Cela va bien avec tes longs cheveux noirs. BARBASANDE : Tu aimes? NOEM: Tes cheveux ou ton nom? BARBASANDE : Eh bien... NOEM: .. .Barbasande, il anive une chose extraordinaire. Ta robe blanche, tes cheveux, je t'ai vue cette nuit.

BARBASANDE: connaIssaIS pas.

Ce n'est

pas possible, tu ne me

NOEM: Si, je te connaissais. Je t'expliquerai. En ce moment, je travaille beaucoup, presque jour et nuit. J'écris un roman. BARBASANDE: Il est sur quoi, ton roman? sur une fille avec une robe blanche, comme moi? NOEM: Non, c'est un roman sur le temps. Je prends d'abord le temps très loin, au Moyen Âge, plus loin même. Je prends le temps partout, en Normandie, en Irlande; en Turquie, mais dans mon roman, on ne dit pas encore Turquie, c'est l'Asie Mineure. Et puis je prends le temps aujourd'hui, juste aujourd'hui, au vol en quelque sorte. BARBASANDE : Depuis quand écris-tu ce roman ? NOEM: Je ne sais plus exactement, peut-être deux ans. BARBASANDE : Alors, ces sept cent jours passés.. . NOEM: ...Ces jours ne sont pas passés, Barbasande. Ils ont tous été « mon aujourd'hui ». Parfois, j'écris tout sur le présent, sur ce que je vis et ressens. A d'autres moments je mêle tous les temps, l'aujourd'hui avec l'Antiquité; ou bien je mélange les lieux, celui où je me trouve et celui auquel je pense. La Grèce, par exemple... BARBASAND E: ... Tu as dit, «la Grèce» ? J'ai été en Grèce. J'ai tellement aimé. Regarde mon cou! ... Un ami me l'a offert. C'est de l'argent. C'est un symbole d'éternité.

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NOEM: Sur ton collier, aux si beaux motifs cycladiques, le méandre se referme sur lui-même et continue toujours, le long de ton cou. Tu as, Barbasande, comme lu dans ce que je voulais exprimer, lorsque tu m'as coupé la parole... BARBASANDE: ...C'est vrai, je t'ai interrompu mais j'ai tellement aimé la Grèce, et on se rencontre. Je voudrais tout savoir: reprends. NOEM: Lorsque l'Antiquité et «le tout de suite» se rejoignent, comme maintenant, je me dis que le temps n'existe pas. BARBASANDE : Tu es aussi philosophe? NOEM: Non, je ne suis pas philosophe. J'écris, c'est tout. Et j'aime, et je dors. Et je rêve et écris encore et aime encore. BARBASANDE : C'est quoi, ton travail? NOEM: C'est ce que je te dis, mon travail. BARBASANDE: Rêves-tu aussi de l'Afrique, Chine, ou de l'Amérique? de la

NOEM: Je rêve de beaucoup de choses, Barbasande, mais là, je pense à ce rêve d'hier, si mystérieux, ce rêve où je t'ai vue. Voilà, je revois tout. Tu étais parmi les femmes autour d'Antigone. BARBASANDE : Antigone, la tragédie? Je me souviens, c'était au lycée, mais je n'aimais pas mon professeur, ou bien le professeur ne m'aimait pas. Je n'avais que des mauvaises notes. Et puis, je ne te connaissais pas encore.

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NOEM: Ne dis pas cela, Barbasande, on se connaît depuis toujours. Regarde-moi! Regarde ton bijou! Regarde cette éternité! Je suis venu à la tragédie grecque par hasard et cela ne s'est pas produit brutalement. Je n'avais pas beaucoup de lumière sur le théâtre grec. Je travaillais sur la stratégie. Il me fallait comprendre ce mot, tout son contexte. Cela m'a amené à la langue grecque. J'ai étudié en détail les grandes batailles des stratèges; tu connais forcément Marathon et peut-être Salamine. J'ai ensuite voulu comprendre comment les hommes de cette époque, on est au cinquième siècle avant notre ère... BARBASANDE: ... Te voilà historien maintenant! Pour moi l'histoire, c'était comme la tragédie, je n'y étais pas. Je n'aimais que la musique, et la gymnastique, les langues aussI. NOEM: Rassure-toi, tu n'auras pas d'histoire. Je te l'ai dit, c'est l'aujourd'hui que j'aime, c'est maintenant que j'aime. Tu sais, Barbasande, aucun passé ne pèse devant ce tout-de-suite. Regarde ce soleil, regarde cette lumière, et toi, et moi. Avec mon histoire, je voulais juste te situer le rêve, et Antigone. Comme je te le disais, j'ai cherché à comprendre comment les Grecs de Marathon, et ceux de Salamine, ont pu avoir une telle profondeur, une telle connaissance de l'homme, une telle imagination aussi. Comment ont-ils pu être dotés de cette formidable capacité de.. .gouvernement ! BARBASANDE: Toutes ces qualités s'appliquent à ce que tu appelles les stratèges, je suppose. Est-ce qu'on connaît leurs noms? NOEM: Oui, et ils sont nombreux. Puisque j'ai cité Marathon, je nommerai son stratège, Miltiade; et à 10

Salamine, la grande bataille navale, l'artisan de la victoire fût Thémistocle. Pour tenter de percer le mystère de leur génie stratégique, je me suis lancé dans l'étude de cette période et de cette région du monde, la Méditerranée. C'est ainsi que j'ai rencontré Antigone. BARBASANDE: Pourquoi Antigone? Pourquoi une héroïne au destin tragique, oui, forcément tragique? NOEM: Je lisais beaucoup, je recoupais les sources, et puis je laissais reposer. C'est alors que les images les plus fortes, plus fortes pour moi, m'assaillaient. Dans le théâtre, plusieurs œuvres ont changé ma vie; je les ai vues vraies aujourd'hui, vraies presque tous les jours. Tout à l'heure, au moment même où tu m'as montré le collier cycladique, ce bijou de l'éternité, j'allais juste exprimer la même idée que toi, d'éternité. Je te l'ai déjà dit, le temps n'existe pas. Je vois Antigone chaque jour. Je vois Miltiade, sa fulgurance qui lance Marathon, je vois cette fulgurance. J'ai devant moi Thémistocle, j'ai dans l'oreille le son de ses paroles, qui décident de la liberté grecque, à Salamine. BARBASANDE: Ta vision d'Antigone la nuit dernière est-elle liée à notre temps, à notre monde qui tremble de partout? NOEM: Je ne te dirai rien sur notre monde. Je parle de « mon» aujourd'hui, mais je ne juge pas celui des autres, et surtout pas leurs actes. Mais sur Antigone, je peux te répondre. De toutes ces lectures grecques, deux tragédies, pour moi, ont émergé. Elles ont été écrites par deux auteurs différents. Antigone, ce rêve si puissant d'hier soir, c'est Sophocle. L'autre tragédie, c'est Prométhée, d'Eschyle. Il

BARBASANDE: Prométhée, c'est un homme. Tu as choisi un homme et une femme, et puis tu as pris Sophocle et Eschyle, tu as voulu être équilibré. C'est ta raison qui a fait le travail, Noem! NOEM: Pas sûr. Homme, femme, ce choix n'est pas dicté par ma raison, ni par la tienne, ni par celle de personne. C'est l'harmonie qui s'est imposée. Toi qui aimais à l'école, tu me l'as dit, la musique et la gymnastique, tu dois bien comprendre ce que je veux dire, l'harmonie. Le choix de Sophocle et d'Eschyle n'est même pas raisonnable, il laisse de côté le troisième tragique. .. BARBASANDE : .. .Euripide... NOEM: .. .qui a aussi peint des portraits bouleversants. J'ai choisi Antigone et Prométhée, parce que j'ai senti qu'ils étaient harmonieux et qu'ils suffisaient à mon roman. Ce roman, ce n'est ni l'histoire, ni la tragédie, c'est la vie, c'est nos vies. BARBASANDE: Raconte-moi Antigone. Raconte-moi ton rêve, moi dans ton rêve, même si je ne parviens pas encore à te croire. Dis-moi pourquoi c'est autant aujourd'hui qu'il y a, combien, plus de 2000 ans ! Dis-moi tout sur Antigone! NOEM: Si je te dis tout sur Antigone, je te dis tout sur toi, je te dis tout sur moi, je te dis tout sur nous. Je vais essayer de commencer. C'était un ciel d'hiver, entre mer et montagne, certainement vers la fin de l'après-midi. Nous étions sur la plage, à parler tous ensemble, dans la joie, nombreux mais sans cacophonie. Nous parlions et regardions aussi, la beauté, la fierté de la nature. C'était comme une photo d'art en noir et blanc. Antigone se tenait 12

à distance de notre groupe. Elle avait l'air sereine mais on la devinait habitée par la détermination. Une détermination grave. Devant nous, le mouvement incessant de la mer, plutôt agitée, belle de son écume blanche, forte de sa vague glissant à toute allure sur le sable. Il nous fallait parler haut pour couvrir la voix de la mer. Devant nous, plus loin, au-delà de l'immense nappe liquide, il y avait l'île. L'île, une montagne majestueuse, surplombait les eaux de plusieurs centaines de mètres. Était-ce le fait de l'hiver, était-ce le soir tombant, était-ce le temps du jour, on ne distinguait plus, à l'heure du rêve, ni les rochers de l'île ni les falaises argentées qui tombaient dans la mer; ni les féroces vagues qui pourtant, s'y fracassaient tout au long de l'année. Une lueur blafarde recouvrait toute la terre, et la mer, et les nuages; entre blanc et gris, avec beaucoup de blancs et tous les tons du gris. Était parti le bleu du ciel, étaient parties les taches safranées de la mer; parti aussi le vert des prairies audessus des rochers; et l'ocre de ces derniers avait fondu dans ce grand camaïeu gris. On sentait aussi un vent violent mais il ne ralentissait, ni la passion de nos cœurs ni le débit de nos paroles. C'est que la question était grave. Antigone avait bravé la volonté de Créon, le roi de Thèbes. Plutôt que la loi de Créon, elle avait voulu suivre la loi du sang, celle qu'elle disait aussi être celle des dieux. Elle avait osé donner au corps de son frère, Polynice, une sépulture, alors que Créon avait ordonné que les restes du traître soient laissés aux chiens et aux rapaces. BARBASANDE : Je n'ai pas voulu te couper, je suis moimême dans ton rêve et tu vas y venir, j'ai hâte de savoir. Mais dis-moi, qu'avait fait, de si mal, Polynice?

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NOEM: Tu as bien fait de m'interrompre. Nous reviendrons plus tard à la vision. Voici le mythe, tel que Sophocle nous le conte. Ismène et Antigone sont les deux filles de Jocaste et Œdipe, Étéocle et Polynice sont leurs frères. Tous quatre ont la même naissance, damnée... BARBASANDE: propre mère. . . .. .car leur père, Œdipe, a épousé sa

NOEM: .. .mais sans le savoir. Ni Jocaste ni Œdipe ne savaient, en s'unissant, qu'ils étaient mère et fils. Un jour, cela a été découvert, mais c'est une autre pièce de Sophocle, célèbre également: Œdipe Roi. Disons pour simplifier que Créon, frère de Jocaste, est roi au moment où Antigone apparaît dans le songe que je te raconte. Jocaste n'est plus et Œdipe, qui a quitté Thèbes, n'est pas dans notre.. .distribution. BARBASANDE: Qui sont les personnages, ceux de la tragédie de Sophocle, ceux d'Antigone donc? NOEM: Ne crains-tu pas une liste fastidieuse? BARBASANDE : Je te l'ai déjà dit, je veux tout savoir sur Antigone. Fais-moi plaisir. NOEM: Je t'ai déjà cité Antigone, Ismène et Créon. Interviennent également Hémon, Tirésias et Eurydice. Eurydice est l'épouse de Créon, c'est la reine; Hémon est leur fils, quant à Tirésias, c'est le devin. Puisque tu veux que je sois absolument complet, sache que la pièce met aussi en scène un garde, inféodé à Créon, un messager qui parle pour Eurydice et un serviteur du palais. Et rappelletoi que le Chœur est, comme dans toutes les tragédies grecques, personnage à part entière.

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BARBASANDE : J'ai compté: on est à dix. Et Polynice, et Étéocle? NOEM: Ils sont tous deux morts quand commence Antigone. BARBASANDE : Que s'est-il passé, juste avant que la pièce ne s'ouvre? NOEM: Les deux frères ont tous deux brigué le pouvoir sur Thèbes. Ils en sont venus aux armes. Étéocle, préféré par sa ville, a été soutenu par l'armée, tandis que Polynice, rejeté, a trouvé alliance à Argos, une ville rivale. L'armée argienne est venue assiéger Thèbes et, dans le combat, les deux frères ont été tués le même jour. Étéocle, resté fidèle à sa ville, a reçu les honneurs des héros. À Polynice, Créon réserve le sort des traîtres, son cadavre doit être abandonné, sans sépulture. BARBASANDE : Et ce n'était pas l'avis d'Antigone. NOEM: Non, pas du tout. Mais laisse-moi reprendre la vision que j'ai commencé à te conter, celle de mon rêve la nuit dernière. Bientôt je n'en aurai plus qu'un souvenir confus, tous les détails m'auront abandonné. Nous sommes au bord de la mer, devant nous se dresse une montagne, qui s'élève comme de nulle part ; les autres lignes du paysage s'estompent, on ne distingue plus l'île. Le vent souffle. Tout est blanc et gris; les couleurs de la mer, du ciel, celles des vêtements semblent recouvertes d'une sorte de voile. Autour d'Antigone, restent quelques femmes, c'est le plus petit groupe. Dans les autres groupes, je ne distingue rien, seulement leur masse, qui est grande. Quant à moi, je vois, c'est tout, je n'ai pas de rôle. En te rencontrant tout à l'heure, toute la vision, mystérieusement, m'est revenue. Elle aurait dû, 15

normalement, être engloutie par mon réveil. Je vois encore ta robe blanche, tes cheveux, toi ne parlant pas, écoutant, non loin d'Antigone. Je te vois encore, le regard vers elle; un regard dont la seule expression était d'être rivé à la personne d'Antigone, ne marquant ni espoir, ni désespoir. Soudain, le voile s'est déplié. Il s'est déployé de tous côtés, vers le haut, vers le bas. Il n'est bientôt plus resté qu'un bout de plage et un morceau de rivage. Je n'ai plus vu personne. J'étais seul. La montagne avait disparu dans une sorte de néant. Tout était devenu noir. C'était vertigineux et en même temps, il n'y avait pas de temps, c'était instantané. Le morceau de sable où je me tenais a été happé par le même grand voile. Il n'y avait plus rien. BARBASANDE : Alors? NOEM: Alors rien. Ce n'est qu'un rêve et maintenant te voilà près de moi, et moi près de toi, sous un soleil de printemps, juste au milieu du jour. Rien, mais beaucoup de mystères. D'abord, à Thèbes, il n'y a pas la mer et la montagne n'est pas juste au-dessus de la ville. Or j'ai vu Antigone sur la grève et la montagne toute proche. BARBASANDE : Qu'en déduis-tu ? NOEM: Je ne déduis pas, Barbasande. Je vois seulement que les rêves ne connaissent pas les frontières. Ils font le plein de liberté; ils nous donnent la liberté. Le rêve, c'est la vie; Antigone, c'est la vie. Antigone est partout, Antigone est toujours. Bien sûr, je peux expliquer pour la montagne, pour la mer. Mais je serai toujours en dessous du rêve. Et voilà que je pense au chat, au chat rêvant... BARBASANDE : .. .Je sais que le chat rêve...

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NOEM: ...C'est peut-être l'un des bonheurs de sa vie! Le chat, le singe aussi. Le singe rêve. Et me voilà revenu à l'explication de la mer et de la montagne dans mon rêve. C'est certainement, Barbasande, que j'aime tant la mer et qu'en Grèce, faite d'îles innombrables, la mer est partout. De la même façon, j'aime tant la montagne, et notre Grèce est riche de montagnes extraordinaires. Pense à l'Olympe, domaine des dieux mais bien terrestre aussi, point culminant du pays, à 2985 mètres. Vois aussi le Parnasse, séjour des muses, bien terrestre également, surplombant Delphes à 2459 mètres. Je ne voulais encombrer, ni ton écoute, ni ton regard; pardonne ces chiffres. Mais comment pouvais-je résister à la montagne grecque! BARBASANDE : Tu es pardonné, Noem, il faudra même que tu me redises tes montagnes, et tes mers. Je te l'ai dit, j'aime tant la Grèce! NOEM: Tu ne sauras pas tout de suite car je voudrais, maintenant, t'emmener au théâtre. BARBASANDE : Et moi qui m'installais dans le rêve. J'aime ton idée de rêve vie. Rêve chat. Rêve singe. Rêve nous. Le théâtre.. .j'imagine que tu vas commencer par Antigone. Elle est pour toi éternelle et tu vas me dire pourquoi. En plus, tu as cru me voir non loin d'Antigone. D'aspect, je suis plus sud que nord et aujourd'hui, j'ai les couleurs de ton rêve. Et puis il s'ajoute le mystère de ta vie, de ma vie, le mystère d'une harmonie. Mais je vois plus encore... NOEM: ...Quoi, Barbasande?

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BARBASANDE : Je t'ai dit mon voyage en Grèce et cet amI.. . NOEM: .. .qui t'a offert le collier que j'aime? Non, tu ne m'avais pas dit, ton ami. BARBASANDE : C'était à Mykonos, une des Cyclades. Au retour, par bateau, nous avons croisé une autre île dont une partie de la côte est très sauvage; une île qui se jette vraiment dans la mer, qui se bat avec les flots. Mais le ciel était bleu, les rochers étaient ocres, et je n'ai vu, ni toi, ni Antigone. Peut-être cependant, un jour, ton rêve et mes rêves se fondront-ils et je dirai: c'était Syros, c'était ce bel automne!

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2 Au théâtre

NOEM: J'ai lu cinq ou six fois Antigone, dont deux fois en édition bilingue, bien que je connaisse peu la langue grecque. Je voulais me situer au plus près de l'auteur et des mots qu'il prête à ses personnages. Tu liras Antigone ou tu en verras une représentation, au théâtre. Dans ce que je vais te dire maintenant, ne vois aucune prétention de critique. Je veux seulement te faire partager les émotions, celles que, lecteur, j'ai ressenties devant le chef-d'œuvre. Je te dis d'abord un mot sur la sœur d'Antigone. Ismène, telle que Sophocle la dépeint, est douce, elle aime ses frères, mais elle n'est pas dotée de la prodigieuse force de sa sœur. Il lui faudra du temps pour, finalement, demander à braver, elle aussi, Créon. Elle est comme le reflet d'Antigone, plus pâle, sans flamboyance; plus normale, diraient certains. Créon fait irruption dans l'action de la pièce, quand un garde lui rapporte que, contrairement aux ordres, le corps de Polynice a été recouvert. Plus tard, ce même garde va surprendre Antigone sur le fait, s'adonnant aux rites funéraires interdits par le roi. Le personnage de Créon est dense, il emplit la tragédie de sa force fragile, si justement traduite par Sophocle. Tu sais que l'intrigue est mythique et que les spectateurs grecs de

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