Bénie de la Mort ou l'éventail de Crysanthème

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Dans un autre monde, une princesse arrive dans un village perdu au milieu du désert. Mais personne ne fait état de son rang ; pire encore, quelqu'un ou quelque chose cherche à lui nuire ! Et pour cause : une malédiction mortelle embaume littéralement la cité... (presque lisible à parti de 10 ans)

Publié le : mercredi 25 janvier 2012
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Bénie de la Mort Ou Léventail de Chrysanthèmes G.N.Paradis
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 Cetteville inconnue et mortuaire était le seul grain de vie au milieu des dunes du désert. On y trouvait des bâtiments tordus évoquant des vieillards rendant leur dernier soupir, des urnes octogonales, une fontaine, des bouts de ficelle, des draps volants et des femmes enturbannées. Enfin, un hôtel, un vieux machin biscornu et une poubelle pleine, composaient, avec l’oasis, le seul intérêt touristique de la cité. Enfin, sauf la mort. Une malédiction terrible croissait en effet entre les lèvres des uns et les autres, elle filait comme le vent, grassouillette et sentimentale, elle avait un nom : le rire. La belle jeune femme lissait sa longue robed’émeraude d’un air enthousiaste. Optimiste, elle était certaine de créer son petit effetsur l’assistance masculine. Blanche avait de longs cheveux blonds, des yeux bleus claire miroitant et un joli petit nez. Elle dodelinait de la tête, tout en tournoyant sur la place et à chacun de ses pas, des nuées de sables’élevaient.ŔPourquoi y atil autant de saletés ici? s’indignatelle soudain. Et où sont les oiseaux ? Et puis, il fait chaud, si chaud… Mince, où est mon éventail.Une main squelettique et serviable lui en tendit un décoré de chrysanthèmes. ŔAh, et bien merci, ditelle en s’en saisissant.ŔDe rien, c’est offert par le mausoléeLa jeune princesse le secouad’un air soulagé. Unefroideur inexplicable caressa son cou gracile. Enfin, quelqu’un faisait preuve de bonté. Depuis qu’elle était arrivée dans cette ville au milieu du désert, tout se faisait à l’envers. Les habitants étaient indifférents à son charme et à sa beauté, souvent de mauvaises humeurs et toujours égoïstes. Ils ne pensaient jamais à elle. Ce matin, elle était sortie de ce vieux manoir plein de trous, de draps saleset d’insectes, dans l’espoir d’être remarquée. Elle avait même chanté pour attirer les hirondelles ou au moins quelques mignons petits oiseaux. Pas un n’avait voleté jusqu’à elle.ŔMais pourquoi, pourquoi sontils tous si méchants ? ŔEt bien, ils ont peutêtre quelques soucis mortifères….C’est souvent le cas dans ce genre de situation. ŔOh, enfin, des oiseaux ! Toute guillerette, Blanches’élança sur la placealler à leur rencontre. pourL’individu lui emboîta le pas, en ouvrant un parapluie sur lequel on avait dessiné un cheval noir aux prunelles crépusculaires. Une fontaine accueillait là quelques jeunes gens maussades, qui tout en se surveillant du coin de l’œil, lisaient des parchemins presque indéchiffrables etqui n’avaient pas l’air enthousiasmant. Pour une raison ou une autre, ils avaient été punis. Et pour ces mêmes raisons, ils s’ennuyaient. Aussi virentils d’un bon œil la venue de la demoiselle, qui consciente d’avoir attiré l’attention, adopta une démarche gracieuse. Ŕça ne devrait plus tarder, à présent…La princesse prit une pose digne de son rang, et écarquilla les yeux. Quelque chose n’allait pas. Les oiseaux étaient noirs, d’abord, et en plus, ils avaient l’œil rougeet perçant. Ils fondaient sur elle en coassant, plutôt qu’en faisant des petites bruits mignons. L’un d’eux s’approcha à une allure rapide, et tout en virant de l’aile, lui projeta une fiente dans les cheveux. Ses petits copains suivirent le mouvement, et jetèrent le tout sur le parapluie de l’individu aux yeux sombres qui l’avait tendu au dessus de Blanche. Ce bouclier detoile la sauva du déluge. Toujours aussi prévenant, son sauveur vêtu de loques, le lui glissa entres les doigts de sa main libre.  Lesjeunes gens assis sur le rebord de la fontaine se retenaient de rire. L’un d’eux pouffa brusquement. Le mouvement fut si rapide, qu’on ne vit qu’une tâche argentée scintiller sous les feux du Soleil.L’individu avait disparu.ŔVous êtes vraiment gentil, monsieur. ŔSi seulement c’était vrai, soufflatil en reprenant sa place tout aussi vite.
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Le pauvre garçon gisait désormais dans l’eau, livideet souriant, béat.Il avait l’air d’avoir bu beaucoup d’alcool, et les autres aussi, si l’on en croyait leurs expressions de chèvres mâchonnant de l’herbe.Ŕne comprends pas ce qui se passe ici, avoua Blanche en reprenant sa marche, tout Je semble si décalé. On diraitpresque que quelqu’un a jeté une malédiction sur cette ville.ŔOui, elle mène d’ailleurs beaucoup de personnes jusqu’à ma demeure…ŔDites, monsieur, que faitesvous dans la vie ?s’enquitelle sans le regarder ŔJe suis coursier, je m’occupe de transporter des âmes de la tombe à l’audelà…ŔOh, j’adore l’équitation, mon cheval est le plus rapide et le plus beau du monde! ŔSans doute du monde vivant, convint le grand individu en essuyant sa faux lisse et argentéed’un mouchoir de dentelle sombre. ŔNous devons faire quelque chose! s’exclama vivement Blanche.ŔNe vous inquiétez pas, c’estbientôt l’heure.ŔL’heure de quoi? Elle s’arrêta devant la bâtisse. C’était un clocher, de forme triangulaire, haut de plusieurs étages,où s’ouvraient au ciel des balcons d’une blancheur sidérante et des figures avachis et ridées, qui surplombaient des arches brisées. ŔEt bien,c’estl’heure de vous occuper du maléfice…ŔMais je suis une princesse, pas une… une…ŔUne héroïne? Peutêtre que oui, peutêtre que non. Si j’enmon expérience crois ancestrale, les héros les plus stupides meurent toujours les derniers. ŔJe ne suis pas stupide, rétorqua Blanche en se tournant vers son interlocuteur. Surprise, elle resta figée, l’éventail levé, face à une brise chaude et étouffante. Un tissus virevolta sous ses yeux et se posa entre ses doigts délicats. Il était tantôt sombre, tantôt immaculé, et ne se fixait jamais sur une couleur précise. Puis brusquement, il fut gris,s’effrita et se dispersa en une pluie argentée.  Blanche,étonnée, fit un pas de côté, et pénétra dans le bâtimentpour se mettre à l’ombre. Elle transpirait beaucoup, elle avait soif. Ainsi avaitelle sûrement eu un moment d’absence, durant lequel son interlocuteur s’était éloigné. Ce futla seule explication logique qui lui vint à l’esprit. Unbrusque frisson la saisità l’intérieur. La température avait drastiquement chutée, tout à coup et même si tout cela était fort bienvenu, c’était inquiétant. Plus haut dans l’édifice, une femmevêtements mauves, tapotait d aux’un index inquisiteursa table ouvragée. Elle se posait des questions. Face à elle, un miroir diffusait une lueur pâle, malsaine et hypnotique ; son cadreétait décoré d’épines, deroses et de glands. Il montrait la jeune princesse imprudente. Des lettres sanglantes s’inscrivirent brusquement sur la glace. «Oh ma Belle,les corbeaux ne l’ont pas fait fuir.» ŔElle ne craint ni la malédiction, ni vos intimidations déplorables, Miror, observa la femme d’une voix grave. «Qu’allezvous faire, oh, ma Belle ?» Belleavait d’immenses yeux verts, des lèvres pleines et des petites dents blanches. Elle caressa alors une dague ouvragée, sur laquelle scintillaient quelques prunelles rouges. ŔEt bien, si elle ne quitte pas mon territoire, j’utiliserai des moyens de persuasions définitifs. Je vais lui dérober sa jeunesse et sa beauté, ditelle avec un petit sourire.  «Quel intérêt? N’êtes vous pas déjà la beauté incarnée?» ŔEt bien, peutêtre que je devrais juste lui arracher le cœur… «Voilà une bonne idée. Mais salir vos mainsgracieuses serait à l’évidence terrible, laissez moi agir.» ŔFaites donc, Miror, faites donc, souffla Belle, hypnotisée.
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Les lettres disparurent du miroir, apparemment satisfait.  Blanchedescendit quelques marches avec prudence, et arriva aucœurd’une salle où se prélassait un grand félin noir. Son ronronnement secouait son échine gracieuse et ses muscles puissants. Emerveillée, la princesse s’approcha en secouant son éventail et le prédateur se dressa brusquement. Des crocs de belle taille brillèrent dans la semi pénombre. ŔOh, quel sourire ! Cet animal est adorable ! La panthère se hérissa et grogna dangereusement. Puis brusquement, elle bondit. Au même moment, Blanche glissa sur un pan de loques du Faucheur désormais invisible et dans un geste maladroit, porta un coup d’éventail et de parapluiecontrele ventre de l’animal.Il y eut un choc sourd et un gémissement, la bête percuta le mur et retomba, inerte.  Blancherecouvra finalement son équilibre, les bras levés et chercha le mignon félin. Elle le découvrit, de nouveau assoupi au pied du mur. ŔOh, je ne vais pas le déranger, il a l’air vraiment fatigué.« Oh,ses loques sont vraiment longues, j’ai presque perdu l’équilibre...» songea le Faucheur, invisible. Un peu plus loin, la jeune femmetraversa une nouvelle arche et surgit au sein d’un magnifique jardin. Un oasis de belle taille, cerné de palmiers, de buissons en fleurs, et de serpents,attendait l’illustreassoiffé.L’eau avait une teinte rougeoyante évoquant du sang et des bulles malsaines clapotaient à sa surface, mais cela n’inquiéta pas Blanche, qui, assoiffée, courut entre les colonnes arrangées en cercle.  Ellene trébucha pas malencontreusement contre une pierre. En revanche, le crocodile qui s’apprêtait à la dévorer, reçut lapointede son parapluie dans l’œilet tourna à l’aveuglette, en grognant. Le Faucheur mécontent à cause de ses loques trop longues,s’était offert une petite lévitation. Malheureusement pour lui, le prédateur aveugle referma ses crocs sur le tissu lors de sa danse endiablé. S’ensuivit une lutte féroce, qui amena le croco à voltiger entre les colonnes et à rejoindre son milieu naturel dans un immonde craquement. Le piranha de bonne taille, qui vivait là, s’étranglaavec les écailles et les os du crocodile, puis sombra. Au même moment,Blanche pataugeait dans l’eau avec ravissement et buvait quelques gorgées du précieux liquide. Elle laissa échapper quelque larmes sur le gros poisson mort qui flottait désormais entre deux eaux. Elle le trouvait en effet très beau, surtout ses écailles rougeoyantes et ses longues dents exotiques. «Mince, où sont passés mes loques ?» songea le Faucheur. Blanche, repue, mit sa main en visière et repéra une double porte mauve au sommet de quelques marches. Cette couleur la fascina et elle s’y précipita en contournant la grande mare. Un serpent mordu de blancheur, jaillit des buissons en fleurs, et fut promptement dévié par l’éventail agité. Il se noyaen sifflant de fureur.Blanche s’engagea dans l’escalier, et parvint rapidement auprès del’ouverture.Elle sursauta, surprise, lorsqu’un œil rougeoyant crépita sur un des battants. ŔQuelle est la raison de ta venue, mortelle ? lança une voix coléreuse. Un point noir amusant tourbillonnait dans la prunelle infernale. La princesse joueuse le suivit du regard; agacé, l’œil changea de place, mais elle continua son manège. Blanche était en effet très souple et son corps prenait parfois des postures acrobatiques étonnantes. Qui de la tête à l’envers, des épaules renversés, ou des pieds en l’air, et on obtenait un déséquilibre inquiétant, des jambes agitées, et surtout une robe retroussée.
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 Legardien de la Porte qui avait déjà le tournis, fut effaré par les dessous de Blanche et tourna littéralement de l’œil.Incapable de recouvrer son équilibre, la jeune fille paniquée dut mettre toute son énergie pour se redresser. Elle y parvint finalement en agitant les bras et les jambes comme quelqu’unen train de se noyer. Elle soupira de soulagement. ŔQuelle impolitesse! s’exclamatelle soudainà l’égard du portier qui avait disparu.Blanche aimait les convenances; elle tourna la poignée de la porte et entra ainsi, sa jolie frimousse rougie par la colère. Elle avait déjà oublié la raison de sa venue ici. La porte claqua violemment derrière elle, à cause d’une bourrasque très chaude. LeFaucheur avait réussi à retrouver ses loques et fut bien embêtélorsque l’une d’elle se coinça dans l’embrasure de la porte. La couper reviendrait à être nu, or il devait montrer du respect à l’égard des âmesqu’il cueillait. Mais sa dignité étaitelle plus importante que la raison de sa venue ici ? Le dilemme stoppa momentanément son avancée Blanche s’approcha de Belle avec un air méchant. Cette dernièreparut encore plus méchante. Cet affrontement de regard noir se solda pas un ex éco énervant. Elles dévoilèrent alors leur cheville, confondant leur grâce, et dans le mouvement et dans la galbe de leurs jambes. L’Œilinfernal qui était revenu, contempla leur manège, d’un air louche et finalement, décida que son métier de portiern’était peutêtre pas si mal.  Ilaperçut alors le Mort, et son œil s’agrandit de terreur. «Mon brave, pourriezvous ouvrir ?» Il s’exécuta.«Magnifique, vous venez de gagner toute une vie, vous savez. Même les portes meurent en ce monde.» Haletante, Belle et Blanche s’affrontaient à l’essoufflement, mais là encore, elles ne parvenaient pas à se départager. ŔNous n’arriverons pas à savoir qui de nous est la plus belle avec notre seul usage de la grâce. Mais bel et bien, l’accessoire à la main, annonça Belle,arrogante, en prenant son poignard. Ŕ Ilte reste encore beaucoup à apprendre, vieille peau,rétorqua Blanche en secouant son éventail. ŔTes insultes me laissent de marbre, jeune gracieuse. ŔEt moi, de bois. Belle donna un coup dans l’air, et une ligne de feu courut jusqu’à Blanche. Cette dernièrela déviad’un revers d’éventail et de vent. La flamme vint roussir les bords de Miror.Des lettres de sang s’inscrivirent aussitôt à sa surface.«ça suffit !» Les deux combattantes se figèrent, comme si elles l’avaient entendu écrire.Puis, brusquement, reprirent leur joute de toute beauté. Miror aurait bien aimer se frotter le front d’irritation, mais soncadre était hors d’atteinte. Des doigts squelettiques le soulagèrent alors.ŔElles sont plutôt agaçantes, n’estce pas ?dit le Faucheur. ŔA qui le dîtesvous ?écrivit Miror.Cette Belle est une vraie plaie qui ignore son âge, et cette petite princesse, en plus d’être insensible à ma malédiction, a une chance diabolique ! A croire que son compagnon est la Mort en personne ! C’est un travail en effet fatigant que de se servir d’idiotes pour atteindre son objectif.ŔNous sommes vraiment surla même longueur d’ondes, qui êtes vous donc?ŔEt bien, on m’a tellement maudit au cours des âges, que je n’ai jamais pu en avoir un à moi. Alors, je suis Sans Nom.
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ŔCe doit être vraiment triste…Attendez !Comment m’astu retrouvé, Mort ?écrivit Miror avec horreur. ŔDisons que ta malédiction qui tue les personnes qui rient,n’est pas passée inaperçue, Gland. Mon nom est Miror !ŔNon,c’est Gland: nous savons tous les deux que tu as toujours détesté ce patronyme de ton vivant.ŔBelle, tuela ! ŔTu ne peux pas l’hypnotiser si elle ne te regarde pas.ŔQu’importe, tu ne peux pas tuer un miroir, Mort, j’ai gagné! Au même moment, la dague fila dans l’œildu cheval portraituré sur le parapluie qui frémit. Blanche s’en était servi comme bouclier. Cetteatteinte à son fidèle destrier fut pour le Faucheurune source de fureur. Ses os s’embrasèrent et les loques furent carbonisées.Le cadre de Miror commença à fumer.Un des glands s’embrasa soudain.Je suis dans le verre, pauvre idiot millénaire, ah ah a haha !écrivit Miror, moqueur. ŔEt bien, le verre fond, rétorqua le Mort en se saisissant du cadre. Même fondu, je serais toujours dedanset tu ne pourras plus jamais m’atteindre!ŔVoilà,enfin, c’est l’heure!» Le Faucheur jeta alors le miroir en direction de Blanche. Miror tournoya, ce qui lui donna et le tournis et la nausée. Le réflexe de Blanche fut aussi précis que fulgurant. Elle transperça le miroir de la pointe de son parapluie et le stoppa à l’aide de son éventail.Le parapluie s’ouvrit alors, et la monturedu Faucheur jaillit sabot en avant. Entre ses dents le cheval blanc tenait l’âme de Gland, qui se débattait en hurlant, enfin, spirituellement parlant.  LeMort la cueillit de la pointe de sa faux avec satisfaction et enfourcha son sombre destrier quitraversa le mur d’un bond immense.Blanche se réjouissait d’avoir appris les bonnes manières à son adversaire aplatie sur le sol, les doigts écrasés sous son pied droit. Elle la menaça de son éventail décoré de chrysanthèmes, puis s’aperçut soudain que Belle pleurait. . ŔNe sanglote plus ; la malédiction est levée. Allons ensemble enseigner la grâce au monde ! Belle l’observa en hoquetant, les yeux rougis par tant d’efforts éplorés.ŔJe suisdevenue une héroïne. Désormais tu seras ma compagne d’aventure. Préparetoi ! ordonna Blanche. Et la princesse secoua son éventail avec grâce et ténacité, les yeux tournés vers son avenir rayonnant. Fin er G.N.Paradis, 1trimestre 2011. Retrouvez dautres histoires sur : http://histoiresgnparadis.blogspot.com/
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