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Bienvenue chez Monsieur B.!

De
199 pages
Roman de politique-fiction, ce texte se déroule dans les coulisses du pouvoir juif de Montréal. Jeune journaliste oeuvrant au sein d'une station de télévision québécoise, Maurice Ben Haïm provoque une controverse en interviewant un ancien nazi qui a trouvé refuge au Canada. Un roman attachant écrit à la manière américaine, aux dialogues vivants et rebondissements inattendus.
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ISBN :978-2-296-12244-4 ©L’Harmattan, Paris, 2010
Bienvenue chez Monsieur B. !
Du même auteur
Ouvrages Mythe et images du Juif au Québec,Éditions de Lagrave, 1977. Le Jour : Émergence du libéralisme moderne au Québec, Éditions HurtubiseHMH,1984. Une femme, un vote,Ministère des communautés cultu-relles et de l’immigration,1990. Que Dieu vous garde de l’homme silencieux quand il se met soudain à parler,Éditions Les Intouchables,1999. René Lévesque et la communauté juive,Éditions Les Intouchables,2001. La lente découverte de l’étrangeté,Éditions Les Intouchables,2002.
Magazines (directeur fondateur)Tolerance.ca®,magazine d’actualité et d’analyse, publié en ligne depuis2002: www.tolerance.ca Jonathan,revue mensuelle interculturelle, publiée à Montréal de1981à1986.
Séries radiophoniques Plusieurs séries radiophoniques diffusées à Radio-Canada, dont « Le Québec au pluriel ».
Articles De nombreuses analyses publiées dans des ouvragescollectifs ainsi que dans les grands quotidiens de Montréal.
Victor Teboul
Bienvenue chez Monsieur B. !
politique-fiction roman
2010
À Benjamin
Qu’il aille au Diable, se perde en Enfer, mais va pour l’Enfer, je me perdrai avec lui et ne l’abandonnerai plus, car il a marché avec moi et, à présent, de pair nous marchons lui et moi.
Witold Gombrowicz, Trans-Atlantique
Sous l’histoire, la mémoire et l’oubli. Sous la mémoire et l’oubli, la vie. Mais écrire la vie est une autre histoire. Inachèvement.
Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli
[…] l’oubli […] n’est pas effacement de l’événement, mais seulement sortie de la mémoire, désormais confiée à l’his-toire […]
Esther Benbassa, La souffrance comme identité
I
Le nazi Nazi War Criminal found haven in Montreal
Quebec state-owned TV station * highlights his activities
a manchette sautait aux yeux. Il était venu acheter L quelques provisions, samedi matin, chez le dépan-neur, cette petite épicerie tenue par un couple sépha-rade au coin de la rue Barclay et Côte-des-Neiges, et il ne put s’empêcher de remarquer le gros titre du journal. — Bonjour, monsieur ! dit Georgette, l’épouse du marchand. Elle était accoudée au comptoir, des bracelets plein les bras, plongée dans ses mots croisés. Il se dépêcha de trouver du pain et du lait, et prit un exemplaire du quotidien. — Des nazis à Montréal ! Vous vous rendez compte ! s’exclama Georgette, en plaçant ses achats dans un sac, avant de lui rendre la monnaie. En fermant la porte de la boutique, il sortit le journal du sac et parcourut la première page. Les anglophones de Montréal voyaient des nazis
* Un criminel nazi a trouvé refuge à Montréal. La télévision d’État du Québec met en lumière ses activités.
10 Victorteboul
partout depuis que, pour la première fois dans l’histoire du Canada, un parti sécessionniste avait pris le pouvoir à Québec. Les nationalistes avaient beau avoir perdu le référendum un an plus tôt, ils continuaient de donner la trouille aux Anglais qui voyaient encore en eux ces hommes en chemises brunes qui paradaient à Montréal dans les années1930.
Son émission pilote à la télévision éducative faisait un tabac dans les médias de langue anglaise ! « Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour déclencher tout ça ? », se demanda-t-il. Le journal se réjouissait manifestement du fait que l’homme, qu’il avait interviewé à la télévision, eût éclaboussé des membres du gouvernement nationa-liste. C’était grâce à l’intervention de Monsieur B., le réputé philanthrope, écrivait l’auteur de l’article, que les autorités furent alertées et qu’on put procéder à l’arrestation du vieil homme. La presse francophone, elle, en parlait à peine et, comme toujours, dans les derniers cahiers des jour-naux, considérant sans doute que cela ne concernait que les Juifs. Difficile de croire que c’était lui la cause de cet émoi qui atteignait même le quartier multiethnique de Côte-des-Neiges, alors que le poste de télévision éducative pour lequel il travaillait depuis deux ans rejoignait un auditoire limité ne pouvant être capté qu’au moyen d’une antenne spéciale. « Tout ce que je veux, se dit-il, en repliant le journal, c’est une mauditejob,non pas de réveiller les vieux démons de l’histoire du Canada. Juste unejob! » Mais, au moins, on mentionnait son nom à la une. En arrivant chez lui, il annonça la nouvelle à sa