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Biographie d'une jeune femme trop tôt partie...

De
140 pages
Dan ce roman fondé sur des faits réels, est mise en scène la vie d'une jeune Camerounaise, Barbara, fauchée dans la fleur de l'âge par une maladie rare dont on ne connaîtra jamais l'origine. Elle a rêvé sa vie et vécu ses rêves. Elle a aussi eu des amis et une famille pour souhaiter qu'elle vive à jamais à travers ces pages écrites en son honneur.
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Merveiline TAPI
BIOGRAPHIE D’UNE JEUNE FEMME TROP TÔT PARTIE…
Pourtant, elle y est parvenue !
Lettres camerounaises
Illustrations de Robert Pougoue
Biographie d’une jeune femme trop tôt partie…
Merveiline TAPI
Biographie d’une jeune femme trop tôt partie…
Illustrations de Robert Pougoue
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11222-0 EAN : 9782343112220
Nous sommes le septième jour du septième mois de l’année. Simple coïncidence ou chiffre porte-bonheur ? Dans cet ensemble pagne que tu arbores fièrement, l’on a affaire à une Barbara pleine d’assurance et accomplie qui séduit brillamment le jury. Ta bonne humeur est contagieuse. Tu ne fais rien au hasard et je comprends pourquoi tu portes ce pagne teinté de vert, une couleur qui traduit à suffisance ton amour pour la nature. On dit également du vert que c’est une couleur apaisante et rafraîchissante, tout comme toi. Signe d’espoir et de chance, il peut parfois être porteur d’échec et d’infortune. J’imagine que tu le savais déjà en optant pour ce choix. Mais je te connais audacieuse et déterminée. Et voilà que ce vert t’aura porté bonheur. Comme si cela ne suffisait pas, tu l’associes à l’orange. Une teinte tonifiante et piquante qui donne une dose de bonne humeur. Très souvent lié à la communication et à la créativité, l’orange symbolise l’optimisme et l’ouverture d’esprit. Je l’ai dit ! Tu ne fais jamais rien au hasard. Nous sommes en pleine saison des pluies, mais les vannes du ciel sont restées fermées pour le plus grand bonheur de Gaëlle, Fabrice et le petit Jules venus te soutenir à cette occasion spéciale. Dans cette salle du laboratoire de phytopathologie de la faculté d’agronomie et des sciences agricoles (FASA), le jury semble conquis de prime abord par le thème sur lequel tu as opté de les entretenir. Ton exposé porte sur l’impact des attaques desmirides sur la production du
cacao dans la région du Centre du Cameroun. Je te trouve un peu amaigrie par rapport à la dernière fois où nous nous sommes revus. Que se passe-t-il ? Qu’importe. Malgré tout, je suis heureux de revoir cette brave dame qui se bat pour sa passion et qui tient son rêve au bout des doigts. Ce moment, tu l’as longtemps attendu et souhaité. Debout face à l’assistance, tu donnes un spectacle digne d’un professeur chevronné face à ses étudiants dans un amphi. Le public est tout ouïe. Ta voix grave et pleine de vivacité ne laisse d’ailleurs pas le choix à l’auditoire. Cette attention semble te donner des ailes et comme une colombe en plein vol, tu te déchaînes sur ton exposé. Tu débordes de passion et d’amour pour ce travail que tu as mené pendant des mois. Pendant de longues minutes, toujours debout, le corps amaigri, tu reviens sur cette étude que tu as faite dans la région du Centre, dans des plantations de Talba, Bokito et la zone forestière de NGomedzap.
Au terme de ton exposé, les quatre enseignants qui constituent le jury sont unanimes. C’est un travail magnifique que tu viens d’accomplir. À toi, Elomo Amya Barbara Emeline, il t’est donné la note de seize sur vingt, mention très bien, avec les félicitations du jury. C’est le délire total. L’assistance, qui jusqu’ici, s’est retenue le temps que le jury rende son verdict, est en liesse. Tu es émue aux larmes. Tu as beau essayer de les retenir, rien n’y fait, tu pleures de joie. Oui c’est un accomplissement. C’est ta plus grande victoire. L’histoire retiendra que tu y es parvenue. Oui ! Dans ce combat, c’est toi la gagnante. Tu y as cru jusqu’au bout, tu n’as jamais lâché !
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C’est une victoire qui ne me surprend guère. Depuis que nous nous sommes rencontrés, j’ai appris à te connaître. Tu croques la vie à pleines dents, profites de ta jeunesse, toujours prête à partir, mais tu ne perds jamais de vue tes objectifs réels. Nous avons travaillé ensemble sur ce mémoire. Plusieurs fois tu as voulu bâcler ce travail. Mais voilà qu’avec un peu de patience et de détermination, tu frappes un coup de maître. C’est l’apothéose après cinq années de formation. Te voilà aujourd’hui ingénieure agronome. Il me souvient encore que seul le « babillard » parlait pour toi. Tu as toujours été une étudiante discrète ; ce que les autres appellent la force tranquille.
Originaire de la région du Centre, tu ne t’imaginais pas vivre à l’ouest du pays, une zone que tu ne connaissais pas, jusqu’à l’obtention du concours d’entrée à la Faculté d’agronomie et des sciences agricoles. N’y ayant ni parents ni amis à ton arrivée, tu avais certes entendu parler de Bafoussam, Bamenda ou même Dschang, mais tu n’avais pas de raison d’y aller. C’est comme cela dans notre pays. Faire du tourisme, découvrir les merveilles que cache cette « Afrique en miniature » est la dernière de nos préoccupations. Les plus chanceux font du tourisme forcé lorsqu’ils sont fils de fonctionnaires. Ils sont alors obligés de voyager au gré des affectations ou mutations de leurs géniteurs. En dehors des grandes villes telles que Douala et Yaoundé, véritables centres d’attraction, l’arrière-pays qui regorge pourtant de trésors tant écologiques, géomorpholo-giques que culturels reste désespérément peu exploré. À y voir de près, n’est-elle pas compréhensible, cette agonie de notre tourisme intérieur et même extérieur,
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lorsqu’on voit dans quel piteux état sont les routes, les pistes qui desservent l’arrière-pays ? Chaque fois qu’on emprunte ces axes routiers, on a l’impression d’effectuer son dernier voyage. Que dire d’ailleurs des véhicules de transport, et de l’arrogance de leurs conducteurs ? C’est toujours la peur au ventre et la patience torturée qu’on s’y aventure, conscient de ce que la fin peut être proche. Mais cette situation ne t’a jamais empêchée d’être sur la route au moins un week-end sur deux. Tu as su dompter tes peurs, passer outre le doute et l’incertitude d’arriver à destination. Pas besoin de motif particulier pour te voir arpenter les routes pour regagner Yaoundé. Toutes les occasions étaient bonnes pour prendre le départ. Un jour férié, l’absence signalée d’un enseignant, un rencard prometteur, ou un besoin familial et le rituel était orchestré comme une symphonie bien maîtrisée. Le seul moment de répit était en période d’examen. Tu trouvais utile de réviser à ce moment précis tes leçons. Et je ne sais par quelle magie tu parvenais toujours à obtenir les meilleures notes. Ça me rappelle nos années du primaire. Tu n’as vraiment jamais été ce genre d’élève qui a toujours le nez plongé dans un bouquin. Non ta stratégie était bien différente. Ta plus grande technique était d’assimiler le maximum d’informations possible pendant les cours, ce qui nécessitait une présence assidue et attentive au moment où on dispensait les enseignements. Une fois de retour à la maison, tu te contentais de faire tes devoirs. Ce n’était qu’à la veille d’une évaluation ou d’un examen que tu te concentrais sur les révisions, peu importait si tu devais y passer des nuits blanches.
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Plus futé que toi, il n’y en avait pas ! Du moins, à ma connaissance. Je me souviens encore de ce jour où tu avais séché les cours de rattrapage du samedi. Tu avais préféré traîner au parc avec les autres, me laissant aller seul à l’école. Tu avais complètement perdu la notion du temps. C’est à mon retour de classe que tu avais réalisé que tu venais de commettre la bourde de l’année. Mais comme une pro, tu avais su retourner la situation. Consciente de ce que Monsieur Nomo, notre e enseignant du cours moyen 2 année était un ami de ton père, tu savais qu’il ne manquerait pas de lui signaler ton absence en classe. C’est alors que tu avais entrepris de me raccompagner chez moi cet après-midi-là. Alors que je faisais mes travaux domestiques, je t’ai vue en train de fouiller dans mes affaires, mais je n’ai pas voulu t’interrompre. C’était dans ton habitude de fouiner et dans la mienne de te laisser faire. D’ailleurs, avais-je seulement le courage de te dire non ? J’ai compris le but de ta manœuvre une fois que je t’ai raccompagnée à mon tour. Cette scène est restée gravée dans ma mémoire et j’en ai encore les frissons au moment où j'en parle. Il devait être environ dix-sept heures passées de quelques minutes lorsque nous avons franchi le seuil de la porte. J’étais assez surpris de voir ton père à la maison à cette heure de la journée. Il s’était sans doute passé quelque chose d’assez grave. -Amya tu sors d’où ? Au son de cette voix, mon sang a fait un tour. J’étais pétrifié, frigorifié et tétanisé. J’ai voulu faire demi-tour, mais trop tard. -Et toi ! Où vas-tu ? vous n’étiez pas ensemble ?
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