Bloody glove

De
Publié par

Au bord du désespoir et inspiré par le personnage de Freddy aux mains griffues, le protagoniste sombre dans une folie meurtrière.

« Tous des enflures.
Coupables désignés. Cibles idéales de ta colère.
Pourquoi essayer de mourir alors que des salauds vivent ?
Pourquoi se punir soi-même quand tant d’autres le méritent ? »

Cinéphile averti, révolté contre le monde, Fred a enfin trouvé sa voie. Elle sera aussi tarée que sanglante. Et rendra hommage au septième art, le vrai. Le grand. Celui qui tache.

Plongez-vous sans attendre dans l'angoisse de ce thriller sanglant !

EXTRAIT

Mais je te vois, Fred.
Alors, ton sourire s’élargit.
Ne t’inquiète pas, mon ami. Mon frère… Je vois tout ce que tu fais.
Galvanisé, le cœur en liesse, des picotements nerveux jusqu’au bout de tes griffes, tu descends aussi vite que t’étais monté puis tu gagnes le vestibule. T’es paré. Gonflé à bloc.
Puis tu vois Chaussette. Sous le buffet de la salle à manger, qui te nargue de ses yeux en amande, ces yeux qui brillent dans le noir. Mais t’as plus de haine envers lui. Au contraire. Tu le félicites d’avoir aussi chèrement défendu sa peau. Tu l’aimes. Et tu te dis que bientôt quand tu seras entraîné, tu pourras enfin le combattre, taillader sa belle fourrure rousse, dévider ses entrailles telle une pelote de laine et que là, promis juré, tu l’aimeras encore plus.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Quelle plume ! Quel verbe ! Que d'impertinence ! De provocations ! De dérangeant et politiquement incorrect ! D'humour (noir, très noir même !!!) ! - Benedict Mitchell, Les Lymbes des Maux

C’est un bel hommage aux personnages connus de film d’horreur, ça c’est l’autre côté du miroir, le côté glaçant. - Loley, Livresque du Noir

À PROPOS DE L'AUTEUR

Ni ange ni démon, Robert « Bob » Slasher n’est qu’un homme. Ce qui explique beaucoup de choses. Enfant, il n’a pas torturé d’animaux mais toujours ressenti une attirance pour les films d’horreur. Le sang et l’angoisse. La catharsis de nos mauvaises pulsions. Après avoir hésité entre séminaire et armée, il choisit l’écriture. Par vocation et surtout refus de l’autorité, qu’elle soit divine ou militaire. Bob travaille seul. Il vivrait dans le nord de la France.
Bloody Glove est son premier roman.
Publié le : mardi 11 octobre 2016
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791092100693
Nombre de pages : 215
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Bob Slasher
Bloody Glove
Sur un scénario original de Stanislas PETROSKY
Collection créée et dirigée par Stanislas Petrosky
© L’Atelier Mosésu Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
TOI
1
T’es qu’un con. Voilà. C’est à peu près tout ce qu’on pourrait dire. Oh, bien sûr, on pourrait broder, délayer un peu comme les journaleux ou les scribouillards savent si bien faire, trouver des façons plus élégantes de dire que t’es un con, mais au final, hein… Ci-gît Frédéric Parmentier. 1977 – 2016 Citoyen aimable, gentil, discret, avenant, effacé. Un con. Qui aimait rendre service. Bon voisin et ami fidèle. Un… Compagnon aimant, un… Loser. L’ampoule grésille. Tu l’as changée il y a moins d’une heure et cette pute grésille toujours, et ça, c’est encore un sacré exemple. T’as changé une ampoule. Ce soir. Alors que tu te doutais, que tu pressentais ce qui allait arriver… Mais t’as quand même pris le temps de changer cette foutue ampoule qui grésillait – peut-être t’avais peur qu’elle claque, que ton cadavre rigide manque de lumière au moment de sa découverte –, sauf que maintenant tu l’as changée et elle grésille toujours et tu crains toujours le foutu manque de lumière et… T’as froid. Les frissons vrillent ton corps et ton slip qui colle. T’as coupé le chauffage par contre, avant de… Bref. Ci-gît donc Frédéric Parmentier 1977 – 2016, citoyen aimable, gentil, discret, effacé qui aimait rendre service, bon voisin et ami fidèle, un compagnon aimant, un… Putain d’abruti. Tu te marres. Tu sais pas pourquoi vu qu’il y a rien de drôle mais tu te marres là, dans le salon sans chauffage de ta baraque vide, tu te dis qu’il y a quelques heures encore t’étais sous le feu nourri des projos, aimé et… Pourquoi pas respecté. Hein, pourquoi pas ? Avec ton pull miteux, rayé rouge et vert, avec tes griffes en plastique. Ton maquillage en PQ. Qui faisait peur aux gosses, même si tu décelais aussi dans leurs yeux une sorte de curiosité malsaine, que les foutus bipèdes ont toujours eue et auront toujours pour les choses de l’horreur, sur un écran ou dans leur vie... Ils pourront dire – ils diront, presque tous sans faute – que c’est débile, des trucs de mioches, ces films qui lâchent leurs monstres comme un pervers lâche sa purée, pourtant toi, il y a trois heures à peine, ce samedi après-midi, tu voyais l’éclat d’excitation qui brillait sur leurs putains de foutues faces… Ils t’aimaient. Tu incarnais l’abject, un des tueurs les plus repoussants que la culture populaire, le cinoche ricain aient jamais créé, et ils t’aimaient sans vergogne. Ils aimaient ton pull rayé et tes griffes, ton visage brûlé, ton chapeau mou et c’était bon. Oh ouais ! Putain, que c’était bon de goûter à leur amour. Celui que Tina n’a jamais pigé. Tina pour qui les conventions d’horreur, les salons, les festivals que t’enchaînes presque chaque week-end à travers le pays sont encore plus répugnants que ton foutu maquillage en PQ dégoulinant de résiné synthétique. Des trous à rats. Des foires aux minables, des rassemblements de tarés. Elle les appelait comme ça. Ces lieux où toi, tu trouves un peu de réconfort, un peu de chaleur humaine et de respect hors de ton quotidien morne, ton boulot de con à la boîte, elle appelait ça descirques à losers. Échappatoires puériles pour le troupeau d’adultes attardés dont évidemment tu faisais partie. Enfin, depuis qu’elle s’est tirée – avec un autre bien sûr, un autre type forcément mieux, forcément plus capable de la rendre heureuse, elles peuvent jamais assumer ça toutes seules, faut toujours qu’elles se tirent en bonne compagnie – au moins sur ce point t’es tranquille... Ouais, ouais, mon gars. Tu peux courir les salons tout ton saoul, sauf que t’as plus envie. Sauf que ton existence entière manque d’intérêt depuis que Tina est plus là. Tes amis – quels amis ? –, ton boulot, tes conventions et même ta collection chérie – tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le fameux grand brûlé d’Elm Street sans jamais oser le demander, avec l’affiche dédicacée par Wes Craven, réalisateur du film original et de son ultime suite, puis d’autres affiches et des figurines, des accessoires en tout genre sans compter les cassettes, les DVD, costumes, la panoplie standard à ta vraie taille –, ces
merveilles amassées, le boulot d’une vie qui occupe chez toi une pièce complète, s’étaient soudain parées d’un voile terne en moins de temps qu’il fallait à un cul-de-jatte pour cirer ses pompes. T’avais tout, pourtant t’avais plus rien. Sans Tina, t’étais cuit. L’ampoule grésille. Tu frissonnes. Tu maudis cette baraque sans chauffage, le meuble de télé qu’elle a emporté – mais pas la télé, posée sur le lino dans la poussière – et puis ce foutu dressing béant et puis la Terre entière, puis Tina. Ton reflet dans la glace. Cette gueule de quadra chauve. Cet œil plein de vide. Ces abdos qui ramollissent. T’as jamais été beau… Mais tu sais. Ouais, Fred, tu sais. Que dans ce domaine, le pire reste toujours à venir. Que tes meilleures années sont derrière toi, qu’une fille comme Tina se trouve pas à tous les coins de rue, t’as eu du bol et t’as peut-être piétiné tes chances, avec tes conventions débiles, tes films d’ados, tes brûlures en PQ, ouais peut-être… Eh merde. En plus, Craven est mort l’été dernier. Emportant avec lui ta jeunesse dans la tombe. Condoléances, Wes. Ci-gît Fred Parmentier, machin. Tu contemples tes mains, tes avant-bras zébrés de cicatrices. Pas vraiment profondes. Plutôt jolies en définitive. Ces blessures que tu t’infliges parfois, depuis que Tina est partie, avec des lames qui elles ne sont pas en plastique… Ces blessures te rappellent à la vie. Des preuves que t’existes encore. Une douleur irréfutable. Insuffisante, maintenant. Ces jolies cicatrices et ce joli costume. Ce boulot de merde et cette routine. Insuffisant, tout ça. Tu veux en finir. Tu vas en finir. Ce soir.
2
Tu vas dans la salle de bains. Tu remplis la baignoire d’eau chaude. Dans les films, d’habitude ils mettent aussi quelques bougies sauf que toi t’en as pas. Encore un truc dont seule Tina se servait et qu’elle a emporté. Il y a juste une autre ampoule, qui au moins grésille pas. Son éclat pisseux inonde la pièce. Tartine ta gueule dans le miroir de jaune glauque. Tu te fous à poil. Tu mates une seconde la preuve qu’on peut jouir d’une grosse bite et se faire larguer quand même, que la taille ça fait pas tout. Ta grosse bite molle et inutile. Le couteau dans ta main. Tu plonges ton corps frissonnant dans l’eau chaude. C’est bon. Putain ouais, tellement bon que t’en lâches presque le couteau. Tu te dis qu’un bain, c’est apte à régler le moindre problème, qu’au fond Tina mérite pas qu’on se bute pour elle… Sauf que la perspective de continuer à vivre te fait encore plus flipper. Tu te dis aussi qu’il faudrait de la musique. Une musique genre de circonstance, genre foutue marche funèbre ou métal sataniste ou un truc de tarlouze au piano. Ou du Gainsbourg. Je suis venu te dire que je m’en vais. Sauf que même si ses larmes n’y pourraient rien changer, tu sais bien que Tina ne pleurera pas, alors au fond on s’en tape. De toute façon, pour mettre n’importe quelle musique, faudrait d’abord sortir de l’eau et t’hésites. Peut-être que si tu sors de cette eau, tu ne voudras plus y retourner, alors… Tant pis. Faute de mieux, tu choisis le silence. Tu fredonnes. Je suis venu te dire que je m’en vais… Tu respires profond. Tu fixes l’intérieur de ton poignet gauche. Y appliques la lame du couteau et tu tranches d’un coup sec. Le sang gicle. La douleur pulse. Tu fixes le sang qui se mêle à l’eau chaude. C’est beau. Arabesques rouges dans le liquide transparent. Mais tu te dépêches aussi, pour pas perdre le rythme. Le couteau change de main. Tu grimaces. Putain, ça fait mal. D’un autre coup sec, tu tranches l’autre poignet. La lame dévie sur l’os. Grince. Le sang coule quand même. Pour la jouer un brin poétique, tu regardes la vie en train de s’écouler par tes poignets béants, sinon en vérité ça pisse et ça fait mal, ouais putain. Ça pisse foutrement vite. Mais l’eau chaude te soulage. Tu fermes les yeux. Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais… Tu sais pas qui est Verlaine. Sûrement un pédé, comme tous les artistes. Sinon, il était pédé Gainsbourg ? Au bout d’un moment qui te paraît long, exagérément long et limite ennuyeux – alors ce serait chiant de mourir ? Peut-être autant que de vivre –, t’ouvres les yeux, là une vision d’horreur te noue les tripes. Presque toute l’eau de ton bain est rouge… Rouge sang. Les deux plaies béantes de tes poignets ne saignent plus. D’ailleurs, ça fait même plus mal. Sauf que toi… Bon, ben comment dire ?… Sauf que toi, t’es pas mort. Pile-poil. Tu trempes dans cette foutue mélasse couleur hémoglobine – qui a tiédi entretemps – et tu frissonnes un peu, dans cette salle de bains à l’ampoule glauque, dans le silence lourd tu fixes les deux blessures par lesquelles la vie aurait dû se tirer de ton corps, comme Tina s’était tirée de ton quotidien sauf que non. T’es toujours là. Tu sais pas pourquoi mais ouais, t’es toujours là et tu sais pas pourquoi, mais ça dure… Longtemps. Longtemps, tu te demandes pourquoi ça dure. Et l’eau, cette pute, continue de refroidir.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Deadline à Ouessant

de l-atelier-mosesu

La mort dans les veines

de l-atelier-mosesu

Manhattan Carnage

de l-atelier-mosesu

suivant