Bonnie Highland Laddie

De
Publié par

Alors que l'on croyait la quiétude revenue sur Clyde Park, les MacClyde sont à nouveau menacés. Egan, la diabolique chef du Grey Watch, aurait-elle survécu alors qu'on la croyait à tout jamais engloutie sous l'océan ? Face au péril, fallait-il rompre la promesse faite aux fantômes de ne plus les solliciter ? Mais, contre toute attente, ce sont eux qui font appel aux MacClyde... Un incroyable événement vient de mettre leur monde en émoi ! Aurait-il un lien avec le danger qui menace les macClyde ? Il ne leur faudra pas longtemps à tous pour comprendre que seule l'union peut leur offrir une chance d'en réchapper.

Stéphane BÉGUINOT, né en 1964, est passionné par l'Écosse. Joueur de cornemuse et porteur du kilt, il a choisi de faire découvrir les Highlands en y transportant ses lecteurs tout au long de sa saga de "kilt et épée". Après le succès du "clan du Grey Watch", le premier opus à l'esprit jeune et insouciant, l'auteur accroit l'intensité dramatique sans renoncer à son style imagé et ses jeux de mots. Une manière pour lui de confronter son éternel optimisme et sa joie de vivre à la rudesse des événements.


Publié le : samedi 16 novembre 2013
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791092773057
Nombre de pages : 395
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

cover.jpg

LES AVENTURES DES MACCLYDE

 

Roman

 

Bonnie Highland Laddie

 

Stéphane BÉGUINOT

 

Dépôt légal novembre 2013

ISBN : 979-10-92773-05-7

 

© Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

 

Carmichael Éditions

21 rue Chantropin

91530 ST CHÉRON

 

http://macclyderoman.free.fr

DU MÊME AUTEUR

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

 

 

Les aventures des MacClyde

 

1. Clan du Grey Watch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lecteur désireux d’élargir ses connaissances sur l’Écosse ou de découvrir les à-côtés de la saga pourra consulter le site de l’auteur :

 

 

http://macclyderoman.free.fr

 

 

 

 

LES AVENTURES DES MACCLYDE

 

Roman

 

Bonnie Highland Laddie

 

Stéphane BÉGUINOT

 

Chapitre 1 – La femme aux deux claymores

Les jeux de Stirburn approchaient.

 

Chaque clan peaufinait sa préparation et sa stratégie à huis clos afin d’être fin prêt pour le grand rendez-vous. Mais, pour cette édition, deux clans avaient décidé de se réunir en secret pour s’accorder entre eux… Les jeux allaient-ils être l’objet d’une entente illicite ? Y avait-il de la tricherie dans l’air ?

 

Steafan, Archie Skinner et Uilleam représentaient les MacClyde ; Gregor et Angus, les MacYvie. À dire vrai, tout le monde était au courant de cette entrevue « secrète », sauf… Eimhir. S’agissant de statuer sur son cas, tous étaient d’accord sur un point : il était hautement préférable de se passer de la présence de la jeune femme...

 

Eimhir avait exigé de participer à l’épreuve du tir à la corde, pour la toute première fois ouverte à ces dames. Pour rien au monde elle n’aurait voulu manquer cet événement. Elle en rêvait ! Elle tressaillait et son sang se glaçait à chaque fois qu’elle s’imaginait concourir. Lors de la précédente édition, reléguée au rang de simple spectatrice et le réalisant, elle avait été saisie d’un immense vague à l’âme et d’un insupportable sentiment d’inutilité. Sa place était dans l’arène. Elle était convaincue d’être une compétitrice née ! Submergée par un trop-plein d’énergie, qu’elle ne cherchait pas à maîtriser, elle trépignait d’impatience et ne tenait plus en place. Elle enchaînait des journées de dur labeur. Après un petit déjeuner carnassier, le seul repas qu’elle s’accordait, elle travaillait sans relâche au haras pour n’en ressortir que tard le soir. Épuisée, elle n’avait plus la force de manger. Fauchée par le sommeil, elle s’effondrait tout habillée sur son lit, privant Angus du traditionnel baiser de la bonne nuit. Mrs MacYvie ne tarissait pas d’éloges, à qui voulait l’entendre, quant à la capacité de travail de sa belle-fille. Mais Gregor, inquiet, conseilla à son fils de demander à son épouse de lever le pied. Pourquoi cet acharnement au labeur ? Pourquoi se tuer à la tâche ? Ils étaient honorés et fiers de l’intégrer dans l’équipe du clan concourant aux jeux et elle n’avait pas à travailler comme un forçat pour en être digne ! C’était entendu, Angus irait lui parler. Eimhir s’endormant sitôt couchée, il ne pouvait pas attendre d’être en tête-à-tête avec elle, dans le lit conjugal, pour s’en ouvrir. Angus se rendit donc à l’écurie un soir où Eimhir avait annoncé qu’il ne fallait pas l’attendre pour dîner. Angus tomba des nues en découvrant toute la vérité…

 

Il resta caché le temps d’y croire. Eimhir s’entraînait en cachette dans le haras en laissant croire à tous qu’elle y travaillait ! Utilisant toute la longueur intérieure de l’écurie, elle avait attelé Whitehooves et plusieurs autres chevaux à une longue corde dont elle tenait fermement l’autre extrémité. C’est ainsi que les chevaux, d’un niveau bien supérieur aux clansmen, furent ses premiers adversaires ! Mais, c’étaient les seuls face auxquels elle acceptait l’augure de perdre. Eimhir luttait pied à pied et parvenait encore à résister là où n’importe quel supplicié, condamné à être écartelé, aurait déjà été totalement démembré et son corps expédié aux quatre points cardinaux… Elle invectivait de la voix des partenaires invisibles qu’elle s’inventait. Elle leur insufflait sa hargne et sa fougue combative. Elle récidiva sans compter les reprises. Tantôt s’enroulant en bout de corde, tantôt en la tenant au plus près des chevaux. Elle voulait expérimenter puis s’accoutumer à chacune des positions. Angus, abasourdi, resta interdit. Devait-il se signaler à Eimhir ? Dans le doute, il préféra s’octroyer un délai de réflexion. Il crut battre très prudemment en retraite, mais Eimhir sentit le courant d’air provoqué par le va-et-vient de la porte. Elle se retourna aussitôt. En voyant le battant terminer sa course, elle comprit qu’elle venait d’être espionnée. On l’avait prise sur le fait ! Elle se précipita. Elle reconnut l’ombre d’Angus se retirant à pas de velours. Totalement surpris à revers, Angus bascula vers l’arrière et fut comme happé à l’intérieur de l’écurie. Furieuse d’avoir été épiée à son insu, Eimhir fit montre de toute la puissance qu’elle avait acquise en s’entraînant. D’une irrésistible traction, elle ramena Angus, à couvert, dans la relative intimité d’un des box de l’écurie. Eimhir capta en passant une longe en cuir. Angus ligoté, elle pourrait lui tirer les vers du nez et le faire jurer de tenir sa langue. Personne ne devait savoir ! Mais passé l’effet de surprise, Angus, se ressaisissant, opposa la même résistance que celle que déployait Uilleam du temps où sa sœur se faisait un plaisir de le défier pour assouvir ses pulsions guerrières. Émoussée par la débauche d’efforts déployés face aux chevaux, Eimhir sentait qu’elle ne parviendrait pas à l’emporter sur son espion de mari. Elle l’entraîna alors dans une série de roulades jusque dans un fatras douillet de paille immaculée. Renonçant à la force, elle tenta d’user de tous ses charmes. Angus fit semblant d’y céder. Il se détendit à la première caresse, savoura un premier baiser, s’enivra de son odeur lorsque sa poitrine glissa à dessein sous son nez. C’est lorsqu’Eimhir crut qu’il allait, tous ses sens en émoi, s’abandonner à elle, qu’il contracta toute sa musculature et qu’avec une détente de serpent il l’immobilisa. Furieuse et dépitée devant une telle félonne fourberie, elle l’invectiva :

— Vous m’avez doublement abusée ! M’espionner ne vous a pas suffi. Il a fallu que vous profitiez lâchement de mes douceurs avant de brutalement m’immobiliser par la force ! Je vous déteste !

 

Puis elle se tut. Sa poitrine se gonflait et se vidait au rythme de sa respiration saccadée qui exprimait sa fatigue exacerbée par l’impasse dans laquelle elle se trouvait. Angus était persuadé que sa femme avait abattu toutes ses cartes. Elle était à sa merci. Mais Eimhir ne s’avouait pas vaincue. Après les échecs successifs de la force et des câlins, elle joua sur un autre registre, d’une filouterie toute féminine, destinée à déstabiliser et à culpabiliser Angus pour l’amener là où elle voulait précisément le faire arriver.

— Je vous écoute Eimhir. Je crois que vous avez des révélations à me faire ! Pourquoi toutes ces cachotteries et cette tentative pour me neutraliser comme si j’étais devenu dangereux à trop en savoir ?

 

Eimhir adopta le ton d’une femme désemparée, en proie au doute, mal dans sa peau et victime d’un grand manque d’attention et de compréhension.

 

— Je voulais être à la hauteur. Faire honneur à ceux qui me font confiance pour que je lutte à leur côté. J’ai donc essayé de me préparer le plus sérieusement possible avec les moyens dont je disposais. Car si l’on a accepté l’augure de ma participation, personne n’a daigné me proposer de m’entraîner. J’ai l’impression que l’on a simplement voulu me faire plaisir comme on l’aurait fait à une enfant. Vous ne souhaitez que vous enorgueillir de l’aura d’être le premier clan à aligner une femme ! Désespérément seule, j’ai la désagréable impression d’être un simple faire-valoir !

 

Angus réalisa qu’il était aussi fautif que tous les autres. Mais sa réputation de vaillante guerrière avait tellement précédé Eimhir, que nul n’avait osé se risquer à lui suggérer de s’entraîner, ne serait-ce que pour acquérir les automatismes nécessaires à la coordination des tireurs ! En vérité, Eimhir, un tantinet individualiste, était finalement flattée de ne pas avoir été sollicitée. Elle ne connaissait qu’une seule et unique tactique : tirer à outrance de toutes ses forces jusqu’à la victoire… Elle profita sans vergogne de l’embarras qu’elle avait suscité chez Angus pour s’ouvrir à lui d’un souhait dont elle n’avait pas encore réussi à faire part à sa belle-famille qu’elle avait terriblement peur de froisser, de trahir…

 

*   *   *

 

C’est pour tenter d’y répondre que les MacClyde et les MacYvie s’étaient réunis sans le lui dire. Eimhir était restée très attachée à son nom de naissance qu’elle n’avait jamais eu l’opportunité de défendre. Aussi voulait-elle pouvoir représenter les deux clans simultanément ! Après s’être enquis auprès du juge-arbitre en chef, l’inamovible MacRules, de la réglementation en pareil cas, ils s’accordèrent sur la double participation d’Eimhir sous la seule réserve qu’elle s’abstint, pour lui éviter un choix cornélien, de participer à la rencontre qui opposerait les deux clans. Pour se signaler, elle porterait son kilt d’amazone aux couleurs des MacClyde — le tartan Caledonia — et porterait en travers du corps un plaid écharpe au tartan des MacYvie. Son port spécifique, porté long et noué à la taille signalerait à tous que, bien que mariée, elle portait les couleurs de son clan de naissance. Steafan eut un moment peur qu’Eimhir n’ait eu les yeux plus gros que le ventre et ne puisse pas physiquement tenir sur tant de joutes consécutives. Les autres protagonistes n’eurent pas autant d’égards. Sa petite guerrière devrait assumer son choix !

 

 

La première de cordée

 

Le soleil indiquait dix heures sur le cadran solaire gravé sur le point culminant de la vaste plaine de Stirburn : un rocher isolé, étrangement échoué au milieu de la prairie. Une bizarrerie de la nature à laquelle la légende apporta une réponse. Benandonner, un géant écossais, avait fait halte, ici, pour ôter un gros bloc de pavé basaltique — un morceau de la chaussée des géants{1} — qui s’était glissé dans son soulier lorsqu’il avait pris appui pour sauter d’Irlande en Écosse. Il l’avait laissé choir à cet emplacement. Dans sa chute, le rocher s’empala à un arbre qui y resta fiché. C’est l’ombre de son tronc, projeté sur les stries du rocher, qui donnait l’heure. Les stries n’étaient autres que les traces de la semelle du soulier gravées dans la roche par le seul poids du géant.

 

Steafan emmena Kirstie au cœur du marché de Stirburn dans un lieu dit « Les Halles ». Il y avait repéré un whisky d’une qualité exceptionnelle et tenait à ce que Kirstie le découvre. Uilleam avait émis le souhait d’étoffer ses maigres connaissances en spiritueux. Steafan voulait donc lui faire une surprise. Pour fêter l’anniversaire tout proche de leur fils, ses parents lui feraient cadeau d’un fût de cet excellentissime whisky très certainement appelé à devenir une référence dans le milieu.

 

Le stand était tenu par Nick MacSweat, un brave homme au profil caractéristique du highlander : grande taille, large carrure, bonnes pognes. Ses longs cheveux ourlaient un début de calvitie qu’il portait bien, mais que l’on ne découvrait que lorsqu’il ôtait son balmoral pour saluer autrui. Son couvre-chef, qu’il affectionnait, l’aurait protégé du froid et des intempéries si cet homme tranquille et plein d’humour ne prétendait pas : « Ici, si le temps ne vous plait pas… patientez ; il changera dans dix minutes » ou encore « en Écosse, un jour suffit à voir les quatre saisons ». Au marché de Stirburn, il était aisément repérable à son chat noir, Auld Nick{2}. Ce dernier était souvent perché sur l’épaule de son maître d’où il taquinait la plume ornant le balmoral et qui osait le narguer en ondulant au gré du vent. Nick aimait côtoyer les gens et avoir des contacts. Mais il appréciait aussi de rentrer au bercail où vivaient ses vieux parents ainsi qu’une pléthore de chats pour leur tenir compagnie. Nick s’y reposait et s’y ressourçait, car « passé le labeur, il faut savoir se ménager dans la vie », affirmait-il. Très serviable, il se fit un plaisir de renseigner Kirstie. Mais un incident aurait pu faire tourner court leurs affaires lorsqu’Auld Nick, la queue tout ébouriffée et dressée en point d’exclamation, sauta de son perchoir pour se jeter sur Megold venu avec Kirstie qui en avait la garde. S’ensuivit une folle course poursuite qui sema la pagaille dans tout le marché. Bientôt, on ne sut même plus qui poursuivait l’autre. Nick ne broncha pas et tranquillisa ses clients :

— Je connais mon chat… Il aura bientôt un nouveau compagnon de jeu et les deux deviendront inséparables !

 

 Tombée sous le charme gouleyant de ce whisky assurément hors-norme, Kirstie n’eut pas une once d’hésitation. L’affaire fut conclue. On passa également une commande pour Green Hills. Offrir un tel whisky à ses invités ne pouvait que traduire l’expression de la sympathie qu’on leur portait. Nick MacSweat sortit de son sporran de quoi écrire. Des notes pense-bête dont il ne se séparait jamais. Il les complétait sans cesse comme si la place y était inépuisable. Les fibres de son éternel double feuillet étaient si usagées que seuls les écrits, par nécessité des lettres à rester reliées entre elles, les préservaient de la décomposition en lambeaux. Les MacClyde n’avaient pas à s’inquiéter. Le fût serait livré dans les temps, avec les précautions demandées pour que le maître de maison restât dans l’ignorance. Quelques bouteilles seraient offertes en sus. Ce qu’il ne pouvait faire à Stirburn où il n’avait pu venir qu’avec quelques fûts réservés à la dégustation. D’ailleurs, Nick était au regret de ne pas pouvoir servir dans les mêmes délais Green Hills. Mais la distillerie qu’il représentait était toute nouvelle et, bien que Stirburn fût la toute première foire à laquelle il participait, leur carnet de commandes était déjà plein. La demande était bien supérieure à l’offre. Il fallait donc que leur petite entreprise à caractère familial s’étoffe afin d’augmenter sa capacité productive. Son propriétaire y travaillait d’arrache-pied, « un vrai passionné » ajouta Nick.

 

Le client suivant n’avait pas les moyens de se payer du whisky en numéraire. En échange d’un dram{3} à remplir directement au fût, il sortit une grouse de sa besace. Nick, charitable et généreux, accepta sans sourciller. Ainsi son bivouac du soir était-il approvisionné. Surpris par cette inaccoutumée bienveillance, un autre proposa du lait de brebis. Nick le servit également en prenant le temps d’échanger avec lui alors même que des clients plus fortunés attendaient. Il s’excusa ensuite de les faire patienter encore, le temps de verser le lait dans un bol. De retour, fatigué après sa course poursuite, Auld Nick s’en délecta les babines.

 

*   *   *

 

L’épreuve du serment des flèches avait donné son verdict et décidé des clans admis à concourir. Uilleam y avait qualifié les MacClyde en fichant sa flèche en plein centre du tronc. Les jeux étaient donc déclarés ouverts par le juge-arbitre.

 

Eimhir croisait les doigts. Pour aller jusqu’au bout de son rêve, elle aurait tant voulu commencer par une belle confrontation impliquant son clan de naissance. C’est MacRules qui, devant la tente des officiels, supervisait le tirage au sort de l’ordre de passage des différents duels. Alors qu’un tirage au sort « dirigé » aurait préservé à coup sûr le suspense et l’attrait de la compétition des inepties du tirage au sort « intégral », les gens préféraient s’en remettre au seul hasard, jugé représentatif des aléas de leur vie souvent rude et difficile. C’était sans compter sur MacRules. Capable d’innover, le juge-arbitre en chef allait, une nouvelle fois, devancer son temps. En glissant les épingles de kilt de chaque clan dans un grand sac de toile que l’on présenterait ensuite à une main innocente, la sienne se rendit coupable en exemptant du sac deux des épingles discrètement abandonnées dans son sporran. À chaque tirage, deux épingles étaient prélevées. Elles étaient ensuite accrochées sur le pourtour d’un grand bouclier en bois à la bordure crantée qui constituait la pièce essentielle d’un assemblage de boucliers de différentes tailles, tantôt en contact, tantôt se superposant. Cet astucieux montage, qui faisait penser à une loterie, permutait et redistribuait les épingles, décidant à chaque tour de bouclier de l’enchaînement des duels. Toutefois, le dernier couple d’épingles tiré, placé au centre, serait le premier duel à être aligné dans la compétition. Lorsqu’il ne resta plus que l’emplacement central de vacant, MacRules se saisit du sac. Faisant mine d’y plonger la main, il réussit à donner le change et à extraire les épingles depuis son sporran au nez et à la barbe de tous. Il faut dire que plus personne ne prêtait plus réellement attention, car tous connaissaient les deux derniers clans manquant à l’appel. Ceux-là mêmes qui allaient ouvrir le bal : les MacClyde face aux… MacWin !

Folle de joie, Eimhir sautillait sur place, retrouvant certains automatismes des pas de la danseuse des Highlands qu’elle avait cessé d’être, malgré des prédispositions indéniables, le jour où l’on avait exigé, de la gamine qu’elle était encore, de discipliner sa chevelure…

Par le « truchement » du tirage au sort, elle allait être confrontée, pour sa toute première apparition, aux MacWin, valeureux concurrents abonnés aux podiums et à nouveau classés parmi les grands favoris. Un premier duel d’anthologie était offert à son clan de naissance. Mais Archie Skinner, l’inamovible capitaine apprécié de tous, avait très bien préparé son affaire. En l’honneur d’Eimhir, qui serait la première femme dans l’histoire de l’Écosse à s’aligner au tir à la corde, il avait préparé à cet effet la meilleure équipe possible. Steafan très expérimenté en faisait partie ainsi que plusieurs des tireurs qui avaient prouvé leurs excellentes aptitudes en extirpant Black Bear de la fosse aux requins à Darkcliff. Uilleam n’avait pas été retenu. Archie le réservait pour la course à la colline où il était jugé trop précieux. Cette année, les MacClyde étaient ambitieux. Ils pensaient être en mesure de viser la troisième place et de décrocher la claymore de bronze !

 

Archie s’y entendait pour faire monter l’ambiance. C’est donc très habilement qu’il consigna Eimhir. Mise au secret dans la tente du clan, elle se faisait désirer. Pour patienter, le public parla d’elle. Chacun ajouta son écot pour avoir le dernier mot au point que la réputation de compétitrice d’Eimhir n’était plus à faire alors même que nul ne l’avait alors encore vue à l’œuvre et qu’elle-même n’avait jamais concouru… Vue du haut de la colline, toute la plaine était en effervescence. Mais, petit à petit, elle fut désertée au profit de la zone réservée à l’épreuve du tir à la corde, rapidement saturée d’un trop-plein de curieux particulièrement enthousiastes. La foule, massée aux abords immédiats du lieu de l’épreuve, était si compacte que les juges durent faire état de toutes leurs prérogatives pour réserver un couloir permettant le passage des compétiteurs. Le moment venu, Archie donna le signal et son équipe s’ébranla à la file indienne. Eimhir, qui ouvrait la route en marchant d’un pas ferme et résolu, fendit la foule. On s’écarta pour la laisser passer. On la découvrit redoutablement belle avec ses cheveux libres et électriques, ses pommettes saillantes, son regard brillant et puissant qui portait droit devant elle. « On dirait une louve ! » s’écria un des spectateurs, partagé entre attirance et crainte en la voyant passer juste devant lui.

 

Le plus fort devant, les plus lourds derrière, ainsi Eimhir serait elle placée au milieu des tireurs de son équipe. Juste avant de peser les équipes sur la charrette à bascule, le juge rappela au capitaine des MacWin le nouveau point de règlement. Les MacClyde alignant une femme, il devait en faire de même ou se priver d’un tireur. Les MacWin avaient omis ce détail d’importance. En fait, ils avaient interprété l’ouverture à la gent féminine du Tug o’ War{4} comme un acte de pure galanterie qui suffirait à contenter ces dames sans qu’aucune éprouvât l’envie d’y donner suite… Il était trop tard pour envisager de recruter au pied levé une des femmes de leur clan, toutes parées de leurs plus beaux vêtements nullement adaptés à la compétition. Du reste, on ne s’improvisait pas tireur ! Savoir caler ses talons pour ne pas glisser, pencher son corps pour économiser ses épaules et ses bras, équilibrer son centre de gravité pour ne pas balancer et faire faire des vagues à toute la cordée exigeait un entraînement spécifique. Les MacWin écartèrent donc un des leurs. Ils ne s’en formalisèrent pas outre mesure. L’équipe adverse ne bénéficiait que du maigre avantage d’avoir une femme en plus. Ils en souriaient. Ils pensaient que les MacClyde avaient choisi de l’aligner face à eux, sachant par avance leur cause perdue, puisqu’ils n’avaient jamais battu les MacWin à cette épreuve. Mais, en constatant la douce euphorie qui gagnait son équipe, leur capitaine la réunit en petit cercle. Il avait eu vent de la réputation d’Eimhir ; la femme qui avait cru bon de troquer des hommes par des chevaux pour mieux s’entraîner.

— Cette fille est une véritable guerrière née. Une battante ! Le bruit court dans toute la foule annonçant qu’elle est même le maillon fort de leur équipe et qu’elle s’est astreinte à un entraînement inédit et terriblement formateur. Restez concentrés et ne les sous-estimez pas !

 

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.