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Boulevard des Amériques

De
186 pages
Les sept nouvelles ici réunies nous emmènent du Canada à l'Argentine, en passant par les Etats-Unis, le Mexique, Haïti, la Colombie, le Brésil… On passe sans transition d'un décor à un autre, avec des protagonistes aux parcours de vie distincts.
Ces récits comptent deux points communs :
- tous ont pour cadre un pays spécifique du continent américain, que l'auteur a personnellement parcouru ;
- et tous sont écrits à la première personne, avec à chaque fois une narratrice ou un narrateur différent.
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Olivier DamiBoulevard des Amériques
Les sept nouvelles ici réunies nous emmènent du Canada à
l’Argentine, en passant par les Etats-Unis, le Mexique, Haïti,
la Colombie, le Brésil… Ici règne l’harmonie, là les dissensions
se font jour, la violence apparaît. On passe sans transition
d’un décor à un autre, avec des protagonistes aux parcours de Boulevard
vie bien distincts, certains à la trajectoire bien lisse, d’autres
à l’itinéraire plus que chaotique. des AmériquesNature prégnante ou paysage urbain, partout une certaine
comédie humaine se fait jour. Que ce soit sur les terres du
nord, sous le ciel sud-américain ou encore dans l’aire caraïbe,
Nouvellesles rencontres se multiplient avec, toujours, leur lot de
surprises. Plus que jamais, l’aventure se trouve au bout du
chemin.
Ces récits comptent deux points communs :
- tous ont pour cadre un pays spécique du continent
américain, que l’auteur a personnellement parcouru du nord
au sud ;
- et tous sont écrits à la première personne, avec à
chaque fois une narratrice ou un narrateur différent.
Olivier Dami est né en 1946 à Genève. Il a travaillé comme
rédacteur dans diverses maisons d’édition, participant à
l’élaboration d’ouvrages encyclopédiques, avant d’œuvrer
au sein de plusieurs organes de presse de Suisse romande,
en tant que producteur, journaliste, correcteur et rewriter.
Grand voyageur, il a visité plus de cent pays. Son amour de
la langue, enn, l’a conduit à devenir champion du monde
d’orthographe.
Photographie de couverture : Yves Matringe
ISBN : 978-2-343-06983-8
18 €
ff
Olivier Dami
Boulevard des Amériques








Boulevard des Amériques




Écritures
Collection fondée par Maguy Albet


Auque (Hubert), Revoir Tübingen, 2015.
Merlino (Benito), Îles vagantes, 2015.
Tanguy-Taddonio (Anne), La Signature de l’âme, 2015.
Maeght (Brigitte), La Vie sauve, 2015.
Cartier (Jean-Michel), L’Irrésolution, 2015.
Guérin (Richard), Célia Borromini. La rouquine, 2015.
Cheyron (Jean-Marcel), La Nuit des étoiles rouges, 2015.
Labbé (François), Un château en Forêt-Noire, 2015.
Labbé (Michelle), Sam, 2015.
Winling (François), La Clef des portes closes, 2015.
Delange (Joëlle), Meurtres à Naples, 2014.
Calvetti (Marc), L’aube des abattoirs, 2013.
Aichetou, En attendant la lapidation, 2013.
Van Ackere (Paul), Cher Papa, Chère Maman, 2013.
Labbé (François), L’Imbécile heureux, 2012.


*
**

Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr

Olivier Dami












Boulevard des Amériques

Nouvelles
















































































































































































































































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06983-8
EAN : 9782343069838

Table des matières
Le monstre de Gila............................................. 9
Le passage intérieur........................................... 31
Dans le nid du condor........................................ 57
Au lendemain d’ « Isaac ».................................. 79

Boxing tango...................................................... 117
Noir océan.......................................................... 133
Les sept sœurs.................................................... 157

7 Le monstre de Gila
Elle avance ? Elle avance pas ? Ho ! la bagnole ! tu y vas
ou quoi ? C’est pas vrai, ça ! Non, là plus de doute : on
nous avait fourgué un vieux clou, et fallait faire avec !
L’avant-veille, dans ce garage éloigné de tout, il n’était
certes pas question de jouer aux difficiles : obligés de
prendre ce qu’il y avait. Mais de là à ce que la tire nous
lâche si rapidement, non, non et non ! Nous a bien eus, le
gars à la casquette, ce maître baratineur ! Déjà, il
m’inspirait pas confiance, avec sa vieille sèche au bec, sa
voix pâteuse, son regard tout sauf direct. En rase
campagne, à une grande distance de toute ville digne de ce
nom, on ne demande pas une élégance extrême, mais au
moins un peu de tenue. Alors, cette allure négligée, cette
ample chemise qui pendouillait de partout, ce jean sans
nom, ces godasses fatiguées dont la semelle bâillait si
lamentablement…
Qu’est-ce qu’il nous avait dit au juste, cet enfoiré qui se
vantait de remettre en état tout engin, oui, toute guimbarde
épuisée par un raid en provenance de la capitale ? Quelque
chose comme : « Vous pouvez me faire confiance, un
modèle de ce genre, y a pas mieux pour affronter le grand
9 désert ! Des voyageurs comme vous, j’en ai vu passer,
croyez-moi ! Tous emballés par la performance ! Inusable,
le moteur ! Garanti éternel ! » Mon œil, tiens, escroc,
salopard ! Le problème, c’est qu’on n’a pas l’intention de
revenir en arrière. Et des dépanneurs, faut se lever tôt pour
en trouver, ne serait-ce qu’à cinquante bornes à la ronde…
Bon, on s’affole pas, on sort l’outillage, on examine
l’intérieur du capot, on plante la jauge là où il faut, on
vérifie la tête de delco, le dispositif d’allumage. Pas
évident, tout ça, pour des handicapés de la science
mécanique, pour des infirmes du sens pratique ! C’est
qu’on n’a pas suivi des années une formation de réparateur
automobile, nous deux ! Pas grand-chose à faire,
apparemment, sinon songer à passer la nuit ailleurs que
dans cet endroit perdu où – mirage ? – je crois voir ricaner
le diable sur le versant dénudé de la montagne qui nous
fait face. Quelle que soit la direction vers laquelle on se
tourne : des terres arides, des cactus cierges semblant nous
faire la nique et cette piste aux rarissimes plaques
goudronnées que l’ouvrage consulté hier décrit comme un
ruban d’asphalte – son auteur y est-il allé voir ou, prodige
d’inventivité, a-t-il tout rédigé au bord de sa piscine ?
Vite, le portable ! Appeler le responsable – l’irresponsable
– n’a guère de sens pour le moment : une dispute par
téléphone interposé ne nous fera pas avancer d’un
kilomètre. Et le gredin officie bien trop loin d’ici pour
pouvoir procéder à un quelconque remorquage express !
Appeler quelqu’un d’autre alors ? Mais qui donc ? Quand
on est naufragé dans un tel océan minéral, autant attendre
la venue du véhicule salvateur. A savoir un de ces camions
soulevant sur leur passage des nuages de poussière, un de
ces monstres vrombrissants qui, au rythme d’un ou deux
par demi-journée, pas plus, doivent bien montrer leur
10 museau de métal… Pourvu que l’un d’entre eux, avec,
forcément, un cinglé aux commandes – car, pour ce qui est
de ces parages, vous parlez d’un enfer ! –, vienne se
perdre d’ici peu dans des horizons aussi improbables !
D’ici peu, justement : gagné ! Deux heures d’attente
seulement, et voilà que le givré en question apparaît. C’est
qu’un poids lourd tout fumant s’est arrêté. Un dix tonnes
que l’on devine d’un rouge pétant sous les multiples
particules de terre qui s’y sont accumulées. Dans le coin,
nul besoin de faire de grands signes. Une présence
humaine semble en ces étendues si incongrue que, cela va
de soi, tout chauffeur ne peut que s’arrêter. L’homme qui
baisse la vitre ? Jovial et bon enfant. Visiblement pas le
type à se prendre la tête. « Allez, montez, je vais au bout
du monde, alors vous, vous irez aussi ! » Le routier a des
bacchantes qui lui remontent jusqu’aux oreilles, des
muscles à faire pâlir tout champion de body-building, une
gouaille qui doit lui permettre d’échapper à tant d’heures,
de jours, de franche solitude.
Intarissable, le bonhomme ! Et pas curieux de nature :
aucune question sur nous deux, notre parcours, notre
voiture en panne. De lui, au contraire, descendu de son
habitacle, mais pas pressé de nous parler dépannage, on
saura tout : trois femmes à satisfaire (là, je reprends ses
mots), des gosses semés de-ci de-là, la Panaméricaine
qu’il parcourt chaque mois pour son employeur dont on
déchiffre avec peine la raison sociale sur les flancs du
bolide, c’est ainsi qu’il l’appelle : « Transportes Ruderigos
e Hijos », des chemins tortueux et sans fin (comme,
actuellement, le nôtre) qu’il lui faut également emprunter
pour livrer la marchandise. De celle-ci, surprise, il n’a pas
parlé. Pour plus tard, sans doute. A moins que, sait-on
jamais, avec ces trafics en tous genres…
11 Bref, le gus nous a déjà raconté sa vie, alors même que,
nous deux, on ne s’est même pas présentés à lui, qu’on ne
sait ce qu’on va faire du tacot récalcitrant, rangé sur le
côté, qu’on ignore bien où on va dormir – dans la contrée,
chaleur écrasante la journée, nuits très fraîches, est-il
indiqué dans les guides. Mais soudain, lumière, tout
s’éclaire. Le balèze nous dit comme ça : « Pour la chiotte,
je m’en charge, j’avertis Chicho, le mécano où vous vous
étiez arrêtés. J’assure le suivi, vous inquiétez pas. Allez,
vos bagages, hop là ! vous les transférez maintenant dans
ma fusée ! Et pour passer la nuit, ben, j’ai la solution tout
pareil. Moi, je roule encore longtemps après le crépuscule,
puis je m’étends dans ma cabine. Mais vous, une fois
franchie la sierra – regardez bien, tout là-bas ! –, je vous
dépose au motel. Vous avez du pot, ça je peux vous le
dire, y a pas d’autres lieux d’hébergement avant le
kilomètre 180… »
Ce mec-là, ce serait pas la providence ? Ouais, tout n’est
pas résolu, loin s’en faut, mais au moins, on est plus ou
moins tranquilles pour un moment. La chaîne de
montagnes laborieusement escaladée, en deuxième, puis
en première, soit au rythme des scorpions et mygales qui
paraissent peupler la région, et on plonge vers un espace
nu, dépourvu de toute éminence, une autre plaine que rien,
semble-t-il, ne vient arrêter. Jusqu’à ce que… Tiens,
làbas, un relief. Et même plusieurs. Comme d’énormes
billes posées sur le sol. Une pluie de météorites, un jour ?
Et qu’est-ce que cette drôle de construction qui se confond
avec le milieu environnant ? Une soucoupe volante,
peutêtre ? C’est que sur la Lune ou sur Mars, ça doit être ainsi,
toutes les nuances du brun, de l’ocre, de vagues fossés et
des cailloux, rien que des cailloux…
12 Depuis un temps, le baraqué a interrompu sa logorrhée,
peut-être songe-t-il à l’une de ses « épouses », puisque, au
seuil du trajet, il les avait évoquées tour à tour la mort
dans l’âme, l’absence, l’éloignement de l’une ou l’autre
devant réellement lui peser. Ou alors, pénible pensée
sortant de mon cerveau, peut-être lorgne-t-il vers la
mienne, de femme, lui dont le regard, à deux ou trois
reprises, s’était posé sur elle avec quelque concupiscence,
avais-je cru remarquer. L’espace d’une seconde, j’ai
imaginé la scène suivante : il stoppe son mastodonte, me
menace d’une arme et exerce quelque contrainte sur ma
compagne.
Ce terrain entièrement désolé et ces distances dont on n’a
pas idée, il est vrai, favorisent tous les fantasmes… De
fait, rien de tel. Au terme de la descente, les derniers lacets
absorbés, Dado (il avait livré son nom : Eduardo, dit
Dado, Ruderigos, l’un des deux fils de l’entrepreneur
possesseur du camion), Dado donc se remet à causer. Il
déclare changer ses plans et, soudain tout ragaillardi,
vouloir aussi passer la nuit au motel. Plus tard, on
comprendra sans peine : cherchez la femme !
La soucoupe volante se rapproche, ou plutôt nous nous en
rapprochons. Vrai qu’elle n’a pas l’aspect d’un objet
intersidéral, cette bâtisse perdue au milieu de nulle part.
On ne saurait la décrire : une silhouette informe, des murs
évidemment décatis et cette gigantesque enseigne aux
lettres partiellement effacées : « Motel Cuauhtémoc ». On
dit de certains lieux ou gîtes : il ne paie pas de mine. Là,
que son aspect extérieur soit à son avantage ou non, quelle
importance ? Quand rien d’autre n’existe en matière
d’hébergement, on s’adapte à la situation et, fatalement,
on s’arrête ici sans demander son reste.
13 Mais, bien vite, la surprise est de taille. Nous nous
attendions à un établissement aussi désert que l’espace
parcouru jusqu’ici, et non, rien de tel : à peine le seuil
franchi, la demoiselle de la réception saluée, puis payée à
l’avance pour une chambre, ma foi, très correcte vu le
contexte, et voilà que des voix se font entendre, toujours
plus fortes, de la musique, des éclairages singuliers tandis
qu’il fait encore tout juste jour… Etrange ambiance pour
un endroit que nous pensions au contraire voir plongé dans
un silence quasi angoissant, étrange lumière artificielle là
où nous imaginions ne rencontrer que des loupiotes toutes
simples, rudimentaires…
Sitôt déposés les bagages et sommairement triés nos
effets, sitôt prise une divine douche dans des installations
on ne peut plus convenables, nous nous accordons une
bonne sieste tendrement enlacés, tout en sachant que les
vraies effusions seront pour plus tard, tant la fatigue est
grande après cette route aux mille péripéties. Des bruits
nous parviennent, des échanges verbaux, pas
nécessairement agressifs, mais se propageant en flots
continus, avec, nous semble-t-il, des ordres donnés par un
chef plus qu’autoritaire, un aboyeur de première. Nous qui
nous croyions voués à une sorte de retraite au cœur d’une
modeste oasis, à un repli forcé dans quelque thébaïde, on
va côtoyer au contraire un groupe d’hommes et de femmes
– certaines intonations sont à l’évidence féminines – tout à
fait insolite en ces lieux…
Le temps de goûter encore à ce repos si nécessaire, et
l’escalier, vieil escalier de bois (un bois qui doit venir de
loin tant les arbres, par ici, font défaut), nous attend, qui
va nous conduire plus bas vers d’autres pièces, des salles
communes probablement, peut-être un vaste salon, qui
sait ? De fait, la structure branlante colimaçonne jusqu’à
14 notre ami de tout à l’heure, le finalement sympathique
Dado, si direct, si débonnaire. Lequel, avec force gestes,
nous explique qu’il avait repéré de loin la Ford de
Carmela, la pimpante réceptionniste censée être absente
ces jours. Une brunette qui, pour sûr, n’est pas venue sans
escorte – des étendues aussi désespérément vides ne sont
pas faites pour une femme seule ! – mais bien avec ses
deux frères, des bricoleurs-nés, les hommes à tout faire du
motel. Cette précision explique pourquoi le costaud, en fin
d’après-midi, avait marqué un soudain revirement et
affiché un air tout revigoré.
Mais là n’est pas le plus important. Ce que nous révèle
ensuite le corpulent personnage, c’est qu’une équipe de
tournage se trouve sur les lieux. Dado s’étonne de notre
ébahissement : « Mais comment ? Vous n’avez pas vu ?
En vous penchant par la fenêtre, ou mieux, en sortant sur
le balcon, vous auriez aperçu les quatre-quatre de l’équipe
de production, certes pour bonne part cachés par le Grand
Moine, cet énorme rocher qui fait réellement penser à un
religieux en prière. Ils ont roulé toute la journée, les gars,
en venant du nord quant à eux, et ce soir – on ne perd pas
de temps dans le monde du cinéma – premier tour de
manivelle ! Y a aussi des filles, trois actrices et la scripte,
mais elles, privilège, ont pu venir avec le réalisateur et un
peu de matériel dans le petit avion qui s’est posé ce matin.
Vous pensez bien : pas besoin de piste d’atterrissage sur ce
sol lunaire, pour un pilote, ça baigne, il exécute la
manœuvre les doigts dans le nez. Par ici, Neil Armstrong
n’aurait pas été dépaysé lui qui, tout là-haut, a su si bien
poser son module “ Eagle ” dans la mer de la
Tranquillité. »
Apparemment, le très loquace Dado s’y connaît en matière
d’astronautique. Moins en matière de ciné. Dans ce
15 registre, il avoue ses lacunes, nous révèle seulement que le
metteur en scène, un facho-mégalo-barjo, selon ses termes,
est l’un de ses compatriotes, un certain Menendez parti en
quête de gloire, de fortune, du côté de L.A. – lire : Los
Angeles. Il a cru comprendre que le long métrage conte la
vie d’un boxon, par la force des choses égaré dans la
nature. Que les protagonistes en sont toutes les figures,
originales, pittoresques, paumées, que l’on peut s’attendre
à rencontrer dans ce qu’il est convenu d’appeler « le cul
du monde ». Mais, à en croire notre interlocuteur, l’opus à
venir est à classer dans les films d’horreur, son seul titre
suffirait à l’expliquer.
Et là, Eduardo alias Dado commente : « Sur les affiches,
devant les salles, on lira l’an prochain en gros caractères
“ Le monstre de Gila ”. Or, savez-vous ce que c’est, le
monstre de Gila ? Eh bien, tout zoologiste qui se respecte
vous l’apprendra : un lézard vivant au Mexique et dans le
sud-ouest des Etats-Unis. Attention cependant : pas
n’importe lequel ! Une bête certes loin d’être immense,
mais hideuse, imaginez : le corps boudiné couvert
d’écailles luisantes mêlant le noir, l’orange et le rose. Et si
ce n’était que ça ! Non, vous n’y êtes pas ! Le
minidinosaure vous lâche un venin qui, à défaut de la
mort, vous inflige une douleur extrême ! »
Ma parole, ce Dado, c’est un puits de science ! Sous des
airs bonhommes, un astrophysicien avisé doublé d’un
sacré naturaliste ! Bon, on imagine à ce stade que le lézard
donnant son titre au film n’est pas un saurien serpentant
entre les pierres, mais qu’il prend les traits d’un vilain
prédateur, tiens, pourquoi pas celui qu’on aperçoit dans le
fond de ce qui s’apparente ici à un saloon, avec, à l’entrée,
sa porte à deux battants. Stetson vissé sur le crâne – on
n’est pas dans un western, mon vieux ! – il se prend pour
16 qui, avec ses airs de matamore ? Sûr qu’il doit exceller
dans le rôle du méchant ! Et ses proies ? Les trois
donzelles alignées près du comptoir, à n’en pas douter.
Mais chut ! voilà que le caractériel Menendez, le Cecil B.
DeMille du coin, débarque bouillant de colère : « Fini la
comédie, on dégage ! » hurle-t-il à nos oreilles. Après tout,
on ne peut que lui donner raison, n’était la manière : on
n’a pas à perturber le tournage par notre présence
incongrue. Par conséquent, dehors les intrus ! C’est O.K.,
on se casse.
Mais déjà, en guise de consolateur, l’inévitable Dado
rapplique : « Feriez mieux de ne pas insister : ce gars-là,
Menendez, il en a envoyé plusieurs à l’hosto par le passé,
et je me demande même si l’une de ses têtes de Turc n’est
pas allée directement à la morgue. Pas question donc de
vouloir glisser ne serait-ce qu’un œil vers les lieux du
tournage. Moi, si vous saviez comme je le regrette ! Car
figurez-vous, la grande blonde, au bout du zinc, il paraît
qu’elle a décroché un petit rôle dans “ Les filles de feu ”,
vous savez, la série télé. Mais on m’a prévenu tout de suite
dans l’entourage du tyranneau, lequel dispose d’une garde
rapprochée : même une fois les caméras à l’arrêt et les
spots éteints, une fois l’équipe de production éloignée, pas
touche ! Non, pas question d’aller frayer avec l’une des
actrices. Elles sont là pour le boulot, rien d’autre. Mince
alors, pas envie de finir au cimetière de Las Arenas, mon
village ! Et dire que j’aurais pu ajouter une starlette à mon
tableau de chasse ! »
Bon, nous, on est plutôt stupéfaits par cette expérience
nouvelle. Faut dire qu’on s’attendait à tout, sauf à se
retrouver dans un Hollywood paumé au cœur du continent.
Dommage, dès lors, qu’on ne puisse approcher davantage
la réalité d’un tournage, observer quelques prises. Car ils
17