//img.uscri.be/pth/f444ceaa8a7987dec21bef23c694a8caeb74061b
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

C-Tair 1

De
253 pages
Un jeune garçon surdoué de dix-sept ans se retrouve, à la suite d'un grave accident, le héros d'un conflit se situant bien des siècles dans le passé, une lutte sans merci entre Science et Magie, et dont l'enjeu est la survie, à terme, du genre humain. Pourra-t-il échapper aux assassins introduits jusqu'au sein de ses plus proches amis ? Pourra-t-il sacrifier à sa mission ceux qui lui sont le plus proches ? Pourra-t-il supporter les douleurs physiques et morales que lui impose la mission confiée par les "Esprits" ? Aura-t-il le courage de pardonner à ses ennemis afin d'unifier deux peuples qui se haïssent depuis plusieurs siècles ?
Voir plus Voir moins

2 Titre
C - Tair

3Titre
Paul May
C - Tair
1. La Loi des Maîtres
Roman fantaisy
5Éditions Le Manuscrit




















En couverture : La Loi des Maîtres, Paul May
© Paul May

© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00858-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304008586 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00859-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304008593 (livre numérique)

6 .
8
MORGAN
La famille Darvières était une famille
heureuse en ce vendredi 29 Octobre, le jeune
Morgan venait de naître : un beau bébé de
cinquante et un centimètres et trois kilos et
demi.
Son papa est un chirurgien réputé du
cerveau, sa maman est professeur de chinois
dans plusieurs universités et écoles. Il n’a pas de
frère ou sœur et plus de grands parents. Ses
parents, très sportifs partagent leurs loisirs entre
la mer et la montagne et sont friands des sports
nouveaux.
Très vite ses parents remarquent la précocité
de leur petit et mettent tout en œuvre pour
faciliter au maximum l’éclosion de ses talents.
Curieux de tout, hypersensible et d’une
grande vivacité, le bambin ne leur facilita pas la
tâche. Ses premiers contacts avec l’école furent
catastrophiques. ‘ Inadapté ‘ fut le verdict de ses
premiers enseignants. Les parents décidèrent de
lui mettre le pied à l’étrier en le scolarisant dans
un premier temps à la maison et en cherchant
9 C-Tair
un établissement capable de s’adapter à son
rythme de travail.
Ce fut le jour de la rentrée dans cet
établissement qu’il fit la connaissance de
Dimitri, d’un an son aîné et qui se trouvait là
pour les mêmes raisons que lui. Courant
comme d’habitude, là ou il aurait été normal de
marcher, ils se heurtèrent à l’angle d’un couloir
et se retrouvèrent a l’infirmerie ou ils eurent
tout loisir de faire connaissance.
Dés lors, alternant présence a l’école et
formation a domicile, il brûla les étapes sautant
pratiquement une classe sur deux. Les langues
l’attiraient et sa mère se fit un plaisir de lui
enseigner le chinois.
Pendant la période scolaire, pour occuper
son hyper activité, il s’inscrivit au judo et à
quinze ans eut sa ceinture noire. Il se passionna
aussi pour l’escrime encouragé par son père
pour qui les valeurs portées par ce sport sont
primordiales : partage, respect, souplesse,
maîtrise de soi, vitesse et tactique. Il choisit le
sabre et s’inscrivit pendant un temps à une
académie classique qui lui enseigna le
maniement de la dague et de l’épée bâtarde, à
l’ancienne.
En compagnie de son oncle, cavalier
chevronné, il pratiqua l’équitation tous les
dimanches depuis l’age de dix ans et s’intéressa
au dressage qu’il pratiqua avec un certain
10 Morgan
succès. Pas plus que dans les autres sports il ne
fut intéressé par la compétition.
Avec ses parents, il partageait ses vacances
d’été entre la mer et la montagne. Natation,
plongée sous-marine en apnée et surtout la
voile. Cette discipline le passionnait. Il suivit de
nombreux stages de perfectionnement et passait
le plus de temps possible avec les pécheurs, de
jour comme de nuit et par tous les temps.
Amusés au début par ce jeune citadin qui
voulait être un loup de mer, ils finirent par le
prendre au sérieux et le considérer comme un
des leurs.
Sur un coup de tête et avec une bonne
préparation conduite avec son père, l’été de ses
quatorze ans il fit en solitaire le tour des Iles
Britanniques sur un modeste monocoque. La
presse en parla car en juin, il avait brillamment
réussi son baccalauréat scientifique, le plus
jeune de l’année - son ami Dimitri aussi l’avait
réussi mais il avait déjà quinze ans –
A la montagne, dés son plus jeune age, son
père lui fit pratiquer l’escalade et a quinze ans il
ne comptait plus les grandes courses toujours
faites en compagnie de guides. Quand il eut
l’age, il pratiqua le delta-plane mais préféra
nettement le parapente. Et ce ne fut pas les
heures d’attente des secours accroché par sa
voile au sommet d’un sapin qui refroidit son
ardeur.
11 C-Tair
Le soir avec son père il contemplait le ciel.
Celui-ci passionné, lui apprenait à reconnaître
les étoiles et les constellations mais il lui
racontait aussi l’origine de leur nom, l’histoire
de leur découverte et des astronomes célèbres.
Il lui parlait aussi des connaissances des
anciennes civilisations et de l’évolution des
connaissances sur notre planète et ses voisines.
Toutes ces histoires le ravissaient et son père
devait le forcer à aller se coucher.
Pour ses douze ans, ses parents lui offrirent
un stage de tir à l’arc et un de planche a voile.
Heureusement pour lui, il réalisa le premier
avant de partir au ski. Ce nouveau sport
l’enthousiasma et il se promit de continuer. La
semaine suivante il se cassait la jambe droite en
descendant, pour une fois calmement, une piste
de ski facile.
Le sport lui étant interdit pendant le premier
trimestre, il en profita pour se former au
secourisme et s’initier aux échecs et jeux de
stratégie avec Dimitri qui était un passionné.
Il aimait tout mais n’avait aucune attirance
particulière pour un métier, sa seule véritable
envie était d’absorber un maximum de
connaissances. Et son ami Dimitri avait le
même appétit.
Depuis l’age de douze ans, ils se lançaient
mutuellement des défis. Ils choisissaient un
sujet : les civilisations disparues du proche
12 Morgan
orient deux mille ans avant notre ère ou la
métallurgie du fer depuis ses origines ou un
autre sujet, puis s’accordaient un délai pour
s’instruire. Ensuite c’était a celui qui collerait
l’autre. A seize ans ce jeu continuait et les
scores étaient de 3825 pour Dimitri contre
3822.
Après le bac Morgan s’intéressa à la physique
- chimie et l’histoire des sciences, Dimitri
choisit la médecine en parallèle avec l’économie.
Pour Morgan, l’année suivante fut consacrée
aux mathématiques et à la métallurgie ainsi
qu’aux sciences de la terre (géologie, géodésie,
géophysique). Dimitri se passionna pour la
seule médecine.
Au mois de juillet précédent son seizième
anniversaire, Morgan partit seul faire un trek en
Turquie sur les traces des civilisations disparues.
Comme tous les touristes, il visita Istanbul : la
Mosquée Bleue, l’église Saint Sauveur et
Topkapi, le palais de Mehmet le conquérant.
Mais Sainte Sophie, la basilique de l’empereur
Justinien, transformée en musée par Atatürk fut
le monument qu’il apprécia le plus. Sa coupole
flottant cinquante quatre mètres au dessus de
ses cent sept colonnes, les mosaïques et les
peintures le laissèrent sans voix. Il eut toutefois
une pensée pour les dix mille ouvriers
rassemblés pour cette construction.
13 C-Tair
Puis ce fut la Corne d’Or et ses jardins ou il
sympathisa avec un jeune couple de touristes
allemands déjà rencontré lors de ses visites de la
ville. Ils logeaient au même camping que lui et
circulaient avec une vieille VolksWagen. Ils
partagèrent leur repas du soir et le lendemain
partirent ensemble pour Ankara.
Son point d’intérêt fut le musée des
anciennes civilisations Anatoliennes, ancien
caravansérail et marché couvert, recouvrant
plus de six mille ans d’histoire et dans lequel il
passa presque tout son séjour. Il s’attarda tout
particulièrement sur la culture hittite et les
trésors extraits de villes comme Hattousa,
Alaca-Höyük et Catal-Höyük ses prochaines
haltes.
Pour rejoindre Alaca-Höyük il marcha, se fit
transporter en camion et en carriole tirée par un
cheval et pour finir monta dans un bus
bringuebalant, mais toujours il fut très
gentiment accueilli par la population.
Dans ce site rupestre datant de mille deux
cents ans avant notre ère il découvrit des bas
reliefs des dieux et déesses hittites et des
représentations associées au thème du
renouvellement de la nature et de la vie.
Puis ce fut Hattousa, l’ancienne capitale du
formidable empire guerrier hittite de mille sept
cent à mille deux cent avant notre ère, bâtie sur
une colline et protégée par une enceinte
14 Morgan
fortifiée et deux forteresses. Il franchit la
monumentale porte royale ornée de lions vus
de face, les restes de la double enceinte large de
soixante dix mètres par endroit et longue de six
kilomètres, visita les ruines du grand temple
consacré au dieu de l’Orage et à la déesse solaire
Arinna. Il monta au Palais, et contempla
l’immensité du territoire visible, imaginant
l’imposante majesté de cet ensemble
architectural regroupant non seulement la
famille royale mais aussi tout l’appareil
gouvernemental et les archives de l’empire. Et il
se prit à réfléchir sur la pérennité de toute
grande civilisation.
« Quel beau sujet a aborder au retour avec Dimitri et
son philosophe de grand père. »
Le lendemain il se rendit a pieds a Yazilikaya,
sanctuaire aménagé dans une faille de la roche
mille deux cent ans avant notre ère. Une grande
galerie est décorée de bas reliefs ou des
divinités, masculines à gauche, féminines à
droite, convergent en procession vers le centre
ou se tiennent le dieu de l’orage ou dieu du
temps et la déesse du Soleil, portés par des lions
. C’est dans cet endroit que se déroulaient les
cérémonies de renouvellement du pouvoir
fécond de la nature et par association celui de la
vie. Cette symbolique lui fit repenser à ses
réflexions de la veille sur la perpétuation des
civilisations.
15 C-Tair
Mélancolique sans en distinguer clairement la
raison il quitta ce site pour sa prochaine étape :
la Cappadoce puis surtout Catal-Hoyuk, une
grande ville a l’époque de la pierre polie.
Plutôt que de les rejoindre directement, il fit
un très grand détour qui lui fit longer le Tuz
Golu, grand lac salé a neuf cents mètres
d’altitude ou l’eau est tellement saturée de sel
qu’aucun poisson ne peut y vivre.
Après une semaine de voyage et de contacts
passionnants avec les gens du pays, Morgan
arriva à Nevsehir ou il coucha. Il passa toute la
semaine suivante a découvrir les extraordinaires
paysages de cette région, admirant les
« Cheminées des Fées » générées par le
ravinement des eaux, l’effet du soleil, du vent et
du gel sur les couches de roches de différentes
duretés. Et le troglodytisme omniprésent le
subjugua. Essayant de vivre au plus proche des
gens du pays, il fut toujours accueilli avec
gentillesse et partagea plus d’une fois leur repas
et accepta volontiers leur hébergement. Il put
apprécier les avantages de ce type d’habitat et
admira l’ingéniosité des anciens pour
l’aménagement des maisons, des entrepôts ou
des refuges en cas d’attaque.
Si le musée de plein air de Göreme lui déplut
à cause de son caractère trop touristique, le
village et la citadelle troglodyte d’Ortahisar, ‘ la
forteresse du milieu ‘ l’enthousiasmèrent. Cette
16 Morgan
petite ville pittoresque est bâtie autour d’un
immense piton de tuf dont les parois sont
percées de nombreuses ouvertures.
Pour rejoindre son prochain objectif Catal-
Hoyuk, la ville néolithique datée d’environ huit
mille cinq cents ans, il préféra utiliser au
maximum les transports en commun pour
gagner du temps.
Au pied des ruines, non loin des fouilles, une
vieille femme qui disait la bonne aventure se
tenait assise sur une sorte de tabouret. Elle
portait une longue jupe noire qui lui couvrait les
pieds, faite d’un tissu qu’il n’identifia pas avec
des dessins de fleurs et de feuilles de couleurs
pastel et un chemisier beige. Un foulard noir lui
couvrait toute la tête. Seul son visage et ses
mains étaient visibles et à les voir il jugea qu’elle
devait être très vieille.
Pendant qu’il la détaillait, elle leva les yeux et
le fixa. D’un noir profond, son regard était vif
et envoûtant, rien de celui d’un vieillard.
Instinctivement il s’approcha.
– Veux-tu tout savoir de ton passé et de ton
futur, jeune étranger ? dit-elle d’une voix cassée.
– Comment savez vous que je suis français ?
répondit-il, surpris d’être apostrophé dans sa
langue maternelle.
– Je sais cela et bien d’autres choses, donnes-
moi tes deux mains et écoutes
17 C-Tair
Par amusement et curiosité il s’exécuta et la
vielle femme lui dit qu’il était fils unique,
sportif, avait une grande soif d’apprendre. Au
fur et a mesure des affirmations de la
cartomancienne il commença a se sentir mal a
l’aise. Cette femme connaissait trop de choses,
c’était au-delà de sa compréhension.
Soudain le silence le tira de ses réflexions. La
femme s’était tue et semblait aussi mal à l’aise.
Comme dans une transe elle reprit d’une voix
changée devenue parfaitement claire mais
vibrante d’émotion contenue :
– Prochainement ta vie va changer, un grand
tremblement va se produire dans ton existence.
Tu ne connaîtras plus ce que tu as connu. Un
monde nouveau s’offrira a toi. Tu découvriras
beaucoup d’amitié et de haine mais l’amour te
sera interdit. Tu devras souffrir beaucoup, te
battre pour mener ton peuple à la victoire, oh
mon roi !
Et la voila qui s’agenouille devant lui, lui
baise les pieds en murmurant :
L’Immortel, notre Père a tous, notre
Protecteur est devant moi ! Bénis-moi car je
descends de Ban ! .
Elle tira de sous son chemisier une médaille
qui semblait très ancienne et la lui tendit. Elle
représentait, entourés par une roue dentée, les
visages d’une fille et d’un garçon dans lequel il
se reconnu nettement.
18 Morgan
Bouleversé par l’attitude de cette vieille
femme et gêné de cette manifestation devant
tous, il s’enfuit en courant, abrégea son voyage
et rentra.
Jamais il ne parla de cet épisode, pas même a
son ami Dimitri.
Au grand désespoir de ses parents, la
nouvelle rentrée scolaire le vit s’intéresser à
l’Architecture et à l’Agronomie. Dimitri
poursuivait la Médecine et travaillait la
Philosophie avec son grand-père, philosophe
reconnu.
Cette année ils mûrirent leur grand projet :
après son anniversaire (dix sept ans déjà !) ils
partiraient ensemble passer un mois en
antarctique puis s’inscriraient dans une
université australienne.
Avec leur acharnement habituel, ils se
documentèrent beaucoup sur l’hémisphère sud
et prirent de nombreux contacts. Grâce aux
relations de son père et au cursus des deux
jeunes, Morgan et son compagnon furent
acceptés par le Centre National de la Recherche
Scientifique comme chargés d’une mission
exceptionnelle : après une formation intensive
de six semaines au Centre, ils rejoindraient
Hobart en Tasmanie ou le brise-glace
l’Astrolabe les conduirait a la base Dumont-
Durville sur l’île des Pétrels dans l’archipel de
Pointe Géologie a cinq kilomètres du continent.
19 C-Tair
Le débarquement devrait être effectué en
Zodiac ou hélicoptère. Ils disposeraient de
quatre à cinq semaines pour réaliser leur
‘rapport d’étonnement‘ avant de rentrer en
Australie avec la rotation suivante du navire.
Dimitri de son coté avait organisé leur
arrivée à l’université de Sydney. Ils avaient
choisi l’université de Darlington pour la beauté
de la partie ancienne de son campus mais aussi
des disciplines enseignées. Soixante douze
hectares consacrés entre autres à leurs
disciplines favorites : Architecture, Médecine,
Agriculture, Sciences et Techniques avec bien
entendu toutes les facilités associées aux grands
campus anglo-saxons.
Vendredi 29 Octobre,
Toute la famille et les amis de Morgan
doivent se retrouver en soirée pour fêter ses
dix-sept ans et le prochain départ des deux amis
pour l’aventure.
Comme Morgan a toujours refusé de passer
son permis de conduire, c’est Dimitri qui les
conduit dans sa vieille 2 CV Citroën a leur
dernier rendez-vous au CNRS avant le début du
stage, ensuite ils iront a la bibliothèque pour
d’ultimes recherches documentaires.
Morgan est content, pour la première fois il a
des projets à long terme et pouvoir les conduire
avec son ami démultiplie sa joie. Encore
quelques formalités au Centre, une grande fête
20 Morgan
ce soir avec tous ceux qu’il aime puis en route
pour la grande Aventure.
Soudain au feu, une grosse Mercedes
débouche à grande vitesse sur leur gauche, ne
respecte pas le feu rouge et c’est l’accident…
La Citroën est broyée et ses deux passagers
sont éjectés. L’un d’eux sera retrouvé a plus de
dix mètres de l’impact. Pompiers, Police et
Services Médicaux affluent et les blessés sont
emmenés en urgence.
Morgan n’a pas vu venir la voiture, cachée
qu’elle était par Dimitri. Il se sent broyé par les
tôles, il a mal, il vole, une immense douleur le
déchire ; il hurle de douleur puis c’est le choc
violent contre le bitume et le néant…
Les parents des deux garçons se retrouvent à
l’Hôpital. Les spécialistes sont pessimistes :
multiples fractures en cours de réduction,
quelques plaies qui laisseront de belles cicatrices
mais les deux garçons ont une commotion
cérébrale.
En fin d’après midi le verdict tombe : coma
dépassé. Les deux amis sont conservés en vie
uniquement grâce à une assistance mécanique.
Il ne souffre plus mais il marche dans un long couloir
gris avec tout au bout, très loin une tache blanche. Il se
voit chuter de son premier cheval et crier de douleur
devant son bras cassé, il se voit dans l’assaut ou la
malchance lui a fait se perforer le biceps sur le sabre de
son adversaire et il crie de douleur, il se voit dans sa
21 C-Tair
chute de parapente ou il se casse la cheville gauche et il
crie de douleur, il se voit dans sa chute de ski ou il se
casse la jambe droite et il crie de douleur, puis d’autres
épisodes douloureux de sa courte vie se succèdent devant
ses yeux et toujours il crie de douleur. Puis viennent des
épisodes heureux, ses succès sportifs, ses réussites
scolaires, l’amour de ses parents et il se rend compte que
le couloir a changé, le gris s’est effacé devant le blanc et
plus il avance plus le blanc devient lumineux. Le couloir
est fermé par une porte transparente qui s’ouvre à son
approche. Il la franchit. Et pénètre dans un monde
nouveau.
Dans ce monde où il flotte tout n’est qu’ombres
lumineuses, contours flous de constructions et de paysages
inconnus de lui. Des ombres aux formes humaines le
frôlent, quelques visages furtivement entrevus lui
semblent familiers, il se sent apaisé presque heureux.
Et soudain le néant… … …
22
RITES
Danya et Tonya étaient seuls maintenant.
Emmenés endormis dans la Grande Forêt, ils
avaient été abandonnés par les guerriers les
yeux bandés et les mains liées derrière le dos.
Ils avaient maintenant moins de deux
journées pour rejoindre le village. Mais avant il
leur fallait se libérer. Danya se rapprocha de
Tonya. Dos contre dos, il saisit les liens de son
camarade et essaya, malgré ses propres entraves,
de le libérer. Sans succès, car les lanières de cuir
étaient trop serrées. Tonya essaya à son tour
sans plus de réussite.
– Il nous faut quelque chose de tranchant, dit
Danya, mais pour cela nous devons voir
Il se mit a genoux, la tête a la hauteur des
mains liées de son camarade d’infortune. Tonya
accrocha avec un doigt le bandeau de Danya et
l’arracha. Ils inversèrent leurs positions et
purent contempler l’endroit ou ils avaient été
abandonnés. C’était une toute petite clairière
entourée d’arbres immenses. L’herbe laissait
vite place aux taillis, aux ronces et aux débris
23 C-Tair
d’arbres en partie pourris. Circuler dans le sous
bois était pratiquement impossible tant était
dense la végétation. Les seules voies praticables
étaient celles tracées par les animaux vivant
dans ces lieux. Compte tenu de la faible clarté
du ciel apparaissant entre les cimes des arbres, il
devait être tôt le matin.
Ils parcoururent l’espace libre à la recherche
d’une pierre tranchante ou de tout autre objet
pouvant leur permettre de couper leurs liens,
mais sans résultat. Pour être plus a l’aise, ils se
contorsionnèrent afin de faire passer leurs bras
derrière leurs fesses puis leurs jambes pour se
retrouver avec les mains liées devant eux. Ils
purent alors constater que les liens avaient été
bien posés et qu’il leur était nécessaire de les
couper pour retrouver leur liberté de
mouvements. Avant de quitter la clairière, ils
évaluèrent la direction suivie par le soleil depuis
leur première observation et déterminèrent en
gros la direction à suivre pour se rapprocher du
village. Puis l’un derrière l’autre ils
empruntèrent une des pistes tracées par les
habitants de la forêt.
Ils marchaient sans parler depuis presque une
demi journée, s’arrêtant régulièrement pour
vérifier leur direction car les voies praticables
n’allaient pas toujours dans la bonne direction.
Ils n’avaient toujours pas trouvé le nécessaire
pour se libérer. L’entraînement qu’ils avaient
24 Rites
suivi depuis plusieurs années leur permettait de
se déplacer en silence sans perturber la vie de la
forêt et ils étaient environnés de cris d’oiseaux
ou d’animaux. Pour chacun, ils essayaient de se
souvenir du nom de la bête. Soudain le silence
se fit. Aussitôt ils stoppèrent tous sens en éveil.
Non loin d’eux ils entendirent un faible
gémissement, le bruit d’un corps qui tombait
sur le sol et comme le murmure d’une
conversation a voix basse. En évitant le
moindre bruit, ils poursuivirent leur avance.
Leur piste débouchait dans une grande clairière.
Ils distinguèrent, à la lisière sur leur droite, un
garçon penché sur le corps étendu d’un
camarade. Rassurés en reconnaissant deux
membres de leur village subissant la même
épreuve qu’eux, Danya s’approcha, après avoir
pris la précaution de faire rester Tonya a
couvert en cas, peu probable, d’un piège.
Miya était étendu et souffrait visiblement
beaucoup. Adya, son compagnon expliqua
qu’après avoir pu se libérer de leurs entraves
grâce à une pierre tranchante, ils avaient
escaladé un arbre pour essayer de se repérer.
Miya avait glissé et était tombé, rebondissant de
branche en branche. Sa poitrine avait subit de
nombreux chocs le faisant beaucoup souffrir et
une de ses chevilles était très enflée,
l’empêchant pratiquement de marcher. Il l’avait
25