Canines

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Savez-vous ce que pense votre chien ? Etes-vous sûr que l’,affection qu’,il vous porte n’,est pas une illusion entretenue par l’,intérêt mutuel ? Comment se fait-il que ces animaux primaires soient nos compagnons de toujours, alors que les singes, par exemple, beaucoup plus intelligents, ne soient pas domestiqués ? N’,est-ce pas justement parce qu’,ils nous sont plus facilement soumis. Et si cette soumission faisait défaut brutalement, qu’,adviendrait-il ? C’,est autour de ces questions que ce roman slalome. Vous y ferez la connaissance des habitants terrorisés de Heyrrick, un petit village qui n’,avait jamais connu autant d’,agitation. Prêts ? Alors partons…, Et si vous avez peur des chiens, restez derrière moi.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748141603
Nombre de pages : 289
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Canines
E ric Llorca
Canines
Tome 2 : Pires ennemis
FANTASTIQUE
Le Manuscr it w w w . m anuscr it . com
© É ditions Le Manuscrit, 2004 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 08 90 71 10 18 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@ manuscrit.com ISBN : 274814161X (fichier numérique) ISBN : 2748141601 (livre imprimé)
E R I C L L O R C A
CHAPITRE PRE MIE RA l'heure où Alex se coucha, Téo cherchait un coin tranquille pour y passer la nuit, mais se rendit vite compte que rien de tel ici pouvait être qualifié ainsi. Une masse malodorante enveloppait les lieux comme un nuage de mouches affairées sur un cadavre en composition. Il la sentit dès son arrivée à Heyrrick cet aprèsmidi, heureusement pas très puissante car il aurait pu tourner de l’œil et perdre la trace qui l'avait mené jusqu'ici. E n effet ce mélange de pourriture et de vinaigre, répugnant même pour un chien habitué à boire dans n'importe quelles flaques et se rouler dans la crotte, avait réussi à le stopper aux abords des premières maisons du village. Que pouvaitil y avoir de si sournois ici, à en juger par l'énigme qu'il flairait ? E t pourquoi se trouvaitelle sur sa route ? Troublé, il en profita pour faire une véritable halte en s'allongeant dans les hautes herbes, étirant ses muscles et léchant ses coussinets échauffés par les kilomètres. Cela faisait des jours et des jours qu'il trottait le long de bandes de bitumes brûlantes et de toutes tailles, de chemins, de cours d'eau, de canalisations, empruntant des ponts, des tunnels, coupant des voies ferrées, des champs, grimpant des collines, dévalant des pentes. Mais luimême ne savait où il allait, ni dans quel but; les seules choses qu'il avait
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en tête étaient le souvenir de ses maîtres avec qui il n'avait plus aucun contact, et les odeurs. Ces effluves n'étaient pas si différentes de celles qu'il avait connues jusquelà, mais toute leur attirance résidait dans leur vivacité exacerbée. C'est à dire qu'à un endroit précis, les senteurs naturelles du terrain se révélaient incroyablement plus puissantes; la terre, les fleurs, les insectes ou les vapeurs d'essence, explosaient littéralement pour former un faisceau, permettant à Téo de le suivre avec une grande précision. E n effet, à quelques mètres de part et d'autre de cet axe, les odeurs redevenaient normales, guidant le chien un peu comme les instruments de bord d'un avion informaient le pilote de ses écarts par rapport à la « route » programmée. Ignorant si ce tapis olfactif se déroulait devant lui au fur et à mesure ou s'il avait toujours été là, Téo l'avait emprunté au début dans l'espoir de retrouver ses maîtres; il s'y était d'ailleurs jeté le premier jour comme un naufragé sur une bouée. Mais au fil des jours, la famille perdue ne devint plus sa seule préoccupation. La curiosité l'étreignait de ses bras mystérieux, le contraignant à poursuivre sur cette ligne de vie, désormais seul repère dans le «désert » qu'il traversait depuis neuf jours. Téo avait oujours été heureux en compagnie de ses maîtres, comme beaucoup de chien certes, mais contrairement à nombre d'entre eux, il avait bénéficié de pas mal d'espace, si on excluait la pénible période d'appartement en étage, mais ensuite, il y eut un jardin, ce qui était probablement à l'origine de son penchant libertaire et de son tempérament vif et enjoué. Quand on a connu autre chose qu'un intérieur oppressant ou un balcon, difficile de ne pas succomber à l'appel
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incessant du monde derrière la clôture. Dans une famille moins aimante, ou cloîtré, il se serait certainement déjà enfui, mais il fallait bien reconnaître, à fortiori aujourd'hui, que les trois humains lui avaient apporté tout ce dont il avait eu besoin. L'homme : la vigueur de ses jeux; la femme : la douceur et les repas réguliers; quant à la fillette, elle avait été, et demeurait toujours son amie, tout simplement. Jessica !Son prénom exclamé par l'un de ses parents résonnait dans son esprit mélancolique, et aussitôt l'image de la petite silhouette aux longs cheveux châtains se lova dans un coin de sa mémoire nostalgique, comme chaque fois qu'il en avait eu besoin tout au long de son parcours. Le jour fatidique qui sonna le départ avait été assez banal somme toute. Il avait passé une bonne partie de la journée dans sa niche à sommeiller, écrasé par la chaleur, lorsque soudain, un de ses congénères était passé à toute allure devant la maison le long de la rue. E xcité, il avait alors bondi dans la haie en lançant un aboiement, lequel interpella le coureur au point de le stopper et de le faire revenir sur ses pas. Tous deux se flairèrent alors au travers de la clôture et Téo comprit qu'il s'agissait d'une femelle. Celleci le regarda et le renifla un peu dédaigneusement et parut se désintéresser de lui, le snobant pouvaiton dire, en tous cas, ne le considérant pas comme il l’avait souhaité. E lle le quitta donc sans plus de politesse et reprit sa course dans une direction apparemment beaucoup plus attirante. Frustré d'être ainsi pris au piège, même s'il en avait l'habitude, il ne demandait qu'à la suivre. C'est ce qu'il fit sur les quelques mètres à l'intérieur du jardin, après quoi il dut bien se résigner, et ne manifesta aucune
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impatience ni rancœurs. Ce n'était bien sûr pas la première fois que survenait un événement frontalier avec un autre chien, seulement il fallait bien se rendre à l'évidence, il mourait d'envie de la rejoindre, autant pour savoir vers quoi elle courait que pour éventuellement s'accoupler; même si son attitude avait été quelque peu méprisante, elle n'avait pas moins désiré le voir de près, peutêtre déçue uniquement par son enfermement. Le seul chien qu'il connaissait ici était celui d'en face, Agor, un berger allemand qui gardait continuellement un entrepôt, car le secteur était abandonné aux camions, aux voitures et aux trains, reléguant les humains à de la figuration et les chiens à un fantasme. E n effet la famille habitait une maison de fonction à l'entrée d'un port pétrolier sur le bord du fleuve d'une grande ville, véritable îlot de vie sur des hectares d'infrastructures. Téo connaissait assez peu les lieux, car les promenades, plutôt rares, l'avaient quasiment toujours conduit sur le même parcours, mais aussi parce que lorsque la famille voulait s'aérer, ils partaient tous en voiture vers des sites beaucoup plus propices à la détente, aussi, rien d'étonnant à ce qu'il se soit perdu parmi ces décors d’apparence identique à chaque coin de rue. Quand les humains avaient commencé à s'agiter, entrant et sortant du jardin pour des raisons connues d'eux seuls, il les avait observés avec la plus grande attention, allongé dans l'herbe, feignant la tranquillité. Mais quand le moment tant attendu arriva, il s'engouffra dans l'entrebâillement de la porte du jardin le plus rapidement possible, comme cela avait déjà été le cas plusieurs fois auparavant. Que risquaitil de toutes façons ? De se faire réprimander par l'homme qui essaierait un ton menaçant ! Autant dire rien du tout, car
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