CARNAGE DE CLOWNS

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On l'a cherché longtemps, celui qui expliquerait toute l'histoire. On le voit enfin, par un trou dans la cloison. Va-t-il arracher son masque de carnaval sur une absence de visage ? Le voici, le prince peu charmant avec qui, depuis l'origine, on a rendez-vous. Ce n'est plus le moment de trembler. Peignons-nous sur la face un large sourire de clown, pour l'entretien au sommet.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296379640
Nombre de pages : 208
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Carnage de clowns

@ L'Hannattan,

1999

5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

-

L'Hannattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Canada H2Y 1K9

Montréal

(Qc)

L'Hannattan, Italia s.d. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-7429-2

Pierre

Jourde

Carnage de clowns
Roman

L'Harmattan

Du même auteur:

Essais:
Géographies imaginaires, José Corti, 1991. Hl!Ysmans, A rebours: l'identité impossible, Champion, 1991. L'Alcool du silence, Champion, 1994. L'Opérette métapf?ysique d'Alexandre Vialatte, Champion, 1996. Visages du double (avec Paolo Tortonese), Nathan, 1996. Empailler le toréador, José Corti, 1999.

Fiction: Territoiredes confins,illustrations de Kiki Desailly, 1988. Histoires acéphales, llustrations de Kiki Desailly, 1988. i Bouts de monde,illustrations de Barrie Hastings, Le Quai, 1996. Un tas d'amour, illustrations de Barrie Hastings, Le Quai, 1998. Biomécanique de la femme à poil, illustrations de Robert Vigneau, 1998.

Pour Robert Vigneau, en qui l'homme est aussi savoureux que le poète.

Merci à André Guyaux, le meilleur des lecteurs.

Voici l'athlète fané etfripé, Le vieux, qui ne fait plus que tambouriner, Ratatiné dans sa peau puissante, Comme sijadis Contenu deux hommes, dont l'un Sourd et paifois un peu elle avait ici

Serait déjà au cimetière, tandis que l'autre lui survivrait Egaré, dans la peau veuve.

Rilke, Élégies de Duino.

UN

J'avais mis de la musique. Sur la bande FM, une chanteuse faisait semblant de dire des choses intenses qu'elle ne pouvait exprimer que par des gémissements et des cris. Ça je m'en souviens. La télévision fonctionnait en même temps, sans le son. Un fùm d'horreur. Je me suis endormi. A mon réveil, le programme n'avait changé qu'à moitié: cris et gémissements toujours dans les oreilles. Une neige tranquille avait remplacé dans l'écran les torrents de sang. Je me sentais aussi vif que Rip van Winkle émergeant de quatre lustres de léthargie. Impossible de me rappeler ce que j'avais fait avant de m'assoupir, à part la musique, et la télé. Encore abusé d'un mauvais vin sans doute. Mon dos me faisait souffrir. L'accoudoir du canapé me cassait la nuque. J'ignorais l'heure. Très tôt le matin? Très tard dans la nuit? Il me semblait m'être couché de bonne heure. Je gisais dans une pénombre vaguement éclairée par la lumière tressautante du poste. J'ai coupé la radio. La neige a continué à tomber en silence dans son petit carré découpé soigneusement dans l'étoffe de ténèbres. On n'entendait aucun bruit, à part de temps en temps le craquement d'une lame de parquet. Je me sentais en apesanteur. Le décor autour de moi, sous l'éclairage spectral qui sourdait de l'écran, ressemblait à un lieu que j'avais connu, mais je ne savais pas où. J'ignorais aussi quel âge j'avais. Mon nom, je l'avais sur le bout de la langue. Pourtant, il ne voulait pas sortir. 01. Je me souvenais d'Ol. Son nom à lui me revenait clairement: Olivier Frantoni. Mon meilleur ami. Je l'avais quitté le matin même. J'avais dîné avec lui chez sa mère le samedi précédent. Sans me lever, j'ai pris une cigarette sur la table basse, et je l'ai allumée. Ma main a palpé une bouteille et un téléphone. Elle avait meilleure mémoire que moi, savait où trouver les choses. Un numéro m'est revenu en tête. J'ai pris le combiné et je l'ai

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composé. Je me souvenais encore de ce détail: je pouvais passer des après-midi ou des nuits au téléphone à parler aux mêmes amis. On a décroché tout de suite. J'ai entendu une voix de femme, qui ne me disait rien. -Alla? -Alla? Est-ce que je pourrais parler à 01, s'il vous plaît? -Olivier? Il n'habite plus là. Il vit dans le midi, maintenant. -Et Mme Frantoni ? -Mme Frantoniest morte il y a sept ans. Je suis sa nièce. C'est de la part de qui? -Un ami d'Ol. -Quel ami ? Il Y eut cinq secondes embarrassées. J'aurais bien aimé pouvoir répondre à sa question. -De toutes façons, vous ne le trouverez plus ici. La maison doit être démolie ce mois-ci. Vous voulez son adresse? -Non, ça ne fait rien, merci. J'ai raccroché. Mme Frantoni n'avait pas l'air morte depuis sept ans, samedi dernier, lorsqu'elle servait les pâtes. Je m'aperçus que le souvenir d'Ol et de sa mère flottait lui aussi en apesanteur. Rien ne s'y rattachait. Nous avions dîné sur un fragment de plancher émergeant, comme un décor de théâtre, du noir où plongeait mon esprit. Je ne pouvais y rattacher aucune autre image. J'ai rallumé une deuxième cigarette, une troisième. Peu à peu des images surgissaient, d'abord confuses, puis elles se dépliaient, se précisaient, allaient coller au bout de salle à manger de Mme Frantoni. Pendant que nous mangions, 01. et moi, et qu'elle nous servait le vin en silence, sous la lampe éclairant ce coin découpé dans l'obscurité de ma mémoire, le puzzle se complétait. De cigarette en cigarette, c'est revenu. À la moitié du paquet j'ai su qui j'étais. Cette confusion du réveil m'arrive souvent. Abus d'alcool, de cigarettes, de calmants. En général, cela n'a rien de désagréable. À n'être personne de particulier, à ne rien voir, ne rien entendre, simple conscience en suspension dans le néant, je me sens léger. Disponible. Des fragments de mémoire flottent autour de moi. Je m'agrippe à l'un d'eux, au hasard. Nous dérivons dans le noir.

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Certains jours, je m'éveille ainsi accroché à des souvenirs de la petite enfance qui n'avaient jamais refait surface. Je suis dans les bras de mon arrière grand-mère, morte lorsque j'avais huit ans. Je me serre contre elle pour ne pas la quitter. Mon père se tient dans l'encadrement de la porte, immense, une valise à la main. Les vacances sont finies. Il faut retrouver la terreur des maîtres, les salles grises; l'appartement étriqué de mes parents, la soupe silencieuse sous la lampe, l'ennui. Une autre fois, j'ai émergé contre un cadavre, tout près de son visage qui me regardait, les yeux grand ouverts. Il y avait du sang partout, sur son front, sur les murs, par terre. Je n'ai jamais pu savoir d'où l'image me venait. D'anciens cauchemars remontent parfois de très loin dans ces moments d'incertitude entre veille et sommeil. Je n'ai pu m'en défaire, cette fois-là, qu'à coups de whisky. Je ne peux pas dire que le retour dans ma peau me remplisse d'allégresse. Eagre. Je m'agrippe à l'épave de mon nom. Laurent Eagre. Un nom qui sonne mal, qui sent l'aigre. Je l'ai toujours détesté. Il m'a toujours semblé appartenir à un autre. Il annonçait mon destin, petite cuisine de rancœurs. On dirait une variante malhabile et rageuse de « personne », de « il ». En triturant ce nom, dans le noir, je me rends compte que sans doute il me paraît bizarre parce que j'ai peu l'habitude de l'entendre. Le patron du bistrot, le boulanger disent « il» ; la dame de l'ANPE: «La personne»; l'interne des hôpitaux: «La fracture du métacarpe» ; les copains: « Lola », « Lola l'intello ». A trente-cinq ans, devenu personne, sinon une troisième personne, Lola l'intello articule son propre nom comme celui d'un autre. Est-ce qu'il n'aurait pas pu dire, par exemple, ce nom: Ulm, agreg, thèse, vieil appartement plein de bouquins, cours inaugural de M. Laurent Eagre, professeur de métaphysique amusante au Collège de France: «De la séduction par l'angoisse» ? Non. Il dit : trente-cinq ans, chômeur, cinquième étage, cité Myosotis, hébergé par Olivier Frantoni, trente-trois ans, bon à rien. Il dit trop longtemps étudiant, tous les concours ratés, quinze emplois, désormais troueur de sécu. Réveil casqué de fonte, après l'habituelle murge.

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On fait parfois de ces bilans pénibles, allongé dans l'obscurité. Donc, 01 que Lolo a vu ce matin vit dans le midi, et sa mère est morte il y a sept ans alors que depuis quinze ans Lolo dine chez elle presque toutes les semaines. Ce Laurent Eagre serait-il réellement quelqu'un d'autre? Un faux souvenir, un reste de rêve dans un réveil brumeux? Ce serait trop beau. J'ai peut-être mal entendu, ou je dormais encore en croyant téléphoner. Je m'extrais difficilement du canapé. Mes pieds vont se loger d'eux-mêmes dans une paire de babouches invisibles. Je fais quelques pas. Je dois m'arrêter. Toutes mes articulations sont douloureuses. La tête me tourne. J'entends une sorte de râle, tout près. J'écoute un moment avant de comprendre qu'il vient de ma propre poitrine. On dirait que le fait seul de me lever m'a épuisé. Je reprends mon souffle avec difficulté. Ça sent le vieux papier, l'humidité des vieilles maisons, le linoléum poussiéreux. Je commence à y voir un peu mieux dans la pénombre. La pièce où je me suis réveillé n'a pas de fenêtre, seulement deux portes vitrées qui se font face et laissent passer une lueur fossile. Difficile de se déplacer: des amoncellements de cartons et de caisses, toutes sortes d'objets indistincts encombrent l'espace. Ma main trouve le chemin d'un interrupteur sur le mur de gauche. Dans la soudaine lumière crue, un énorme visage rouge, couvert de verrues, surgit sur la cloison. Il me fixe. Assise entre deux colonnes de revues, une poupée obèse me considère de ses yeux phosphorescents. Une colonie d'araignées géantes s'entasse sur un guéridon. Une pile d'assiettes occupe tout un angle. Je remarque en les contournant qu'elles sont à l'effigie de Mickey. Il faut longer une douzaine de bustes en plâtre de Beethoven pour accéder à la porte vitrée de gauche. Mes pieds butent sur un obstacle. En étendant les bras pour reprendre mon équilibre, je déloge d'un échafaudage d'objets quelque chose qui dégringole sur le sol en couinant et s'y agite encore un moment en de petits soubresauts grotesques. Entre mes jambes, je reconnais un polichinelle mécanique. La grosse clé dans son dos lui imprime encore quelques spasmes. Son

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faciès au nez monstrueux, aux yeux exorbités, me sourit comme après une bonne blague. Appuyé au chambranle de la porte vitrée, j'éprouve un sentiment bizarre. Je me rends compte qu'il y a une anomalie dans ce qui est en train de se passer. Récapitulons: je sais que cette porte dont je m'apprête à franchir le seuil s'ouvre sur un couloir aveugle. Je sais que dans ce couloir, une autre porte donne à gauche sur la cuisine, une troisième à droite sur la salle d'eau. Mais, d'autre part, je sais que cet endroit que je connais, où je m'oriente, n'est pas l'appartement de Laurent Eagre, cité des Myosotis, cinquième étage, et dont je me souviens. Ils n'ont en COmmun que de comprendre tous deux un canapé. Laurent Eagre habite une alvéole de banlieue standard, trois meubles de récupération, posters, vaisselle salle. Ici, cela ressemble à la décharge des carnavals. Comme si deux mémoires se court-circuitaient dans mon cerveau. Dans la salle de bains, j'ouvre grand les robinets à poignées en faïence d'avant-guerre et m'asperge le visage d'eau glacée pour tenter de me coaguler les idées. Je me regarde dans la glace. C'est un grand miroir ancien, le fil de la jointure sépare nettement à l'horizontale ses deux parties piquées de taches noires. Il a l'air exilé entre ces murs peints en vert, cette tuyauterie et ces taches d'humidité. Dedans, je vois un grand visage osseux au nez de polichinelle. Un crâne nu entouré de touffes de cheveux gris hérissés. Des yeux exorbités émergeant de deux sacs fripés, derrière une paire de grosses lunettes. Une gueule violente et affaissée à la fois. Je me reconnais. Ce clown, c'est moi. Je me reconnais, je sais que c'est moi, et pourtant je ne peux pas le croire. Je m'appelle Eagre, j'ai trente-cinq ans et tous mes cheveux. Qu'est-ce qu'on m'a fait? Qui m'a escamoté ma vie? La moitié d'une existence ne disparaît pas comme ça, d'un coup. Il y avait al. Il y avait Pétase et sa quête de la fortune. Nos amours furtives avec Jo. Les douces manies de Maquille dans sa roulotte de la fête foraine. J'en étais là. Le temps n'avançait pas. Qu'est-ce qui s'est passé? Je viens de ressortir de la forêt où je suis entré le matin même. J'y ai poursuivi un ou deux rêves, sans les rattraper. D'un coup, le temps a filé terriblement vite. A présent je
SulS V1eux.

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Pourquoi m'a-t-on enfermé dans cette maison sans fenêtres, dans ce corps à bout de ressources? Il faut qu'on me sorte de là, quelqu'un va bien venir me secourir ! * Je suis assis dans la cuisine. J'ai pris mes cachets. Je regarde ma main tenir la casse de café. Elle tremble. Je la vois tranquillement trembler, comme je vois tranquillement ses rides de vieux reptile. Il m'a fallu un moment pour me calmer. Et puis les choses se sont remises en place. Toute l'histoire m'est revenue en vrac. Bizarre. Première fois que ce genre de confusion mentale dure aussi longtemps. En général ça se limite à quelques minutes d'égarement au réveil. Après tout, c'est peut-être normal, vu la situation, et avec l'âge qui vient. Il faut s'y faire. Le réveil indique trois heures. J'ai une bonne heure d'avance, pour siroter mon café, et pour me remettre en mémoire, une millième fois, pour me raconter à moi-même, Shéhérazade radoteuse, comment Laurent Eagre est devenu ce que je suis. Alors écoute, mon vieux sultan podagre. L'histoire commence il y a vingt ans, dans la banlieue. Octobre 80. La nuit tombe tôt, les lumières s'allument aux fenêtres de la cité. A nouveau j'occupe sa jeune peau, je parle par ses lèvres. Comme tous les samedis après-midi, moi, Laurent Eagre, trente-cinq ans, fainéant de son état, revient de ne rien faire par ci par là en quête de quelque chose à faire. Il va remonter à l'appartement en attendant que quelqu'un passe, avec qui occuper la nuit. Il se fait la conversation: c'est encore lui qui se comprend le mieux. Sous la lumière froide des réverbères, il croise d'autres ombres errantes. Elles ont les gestes las des locataires de l'Erèbe. * -Il a pas une cigarette? On se demande toujours à qui parlent les gens, dans la cité. Ils ont l'air de s'adresser à quelqu'un d'autre. A un fantôme qui nous suivrait, fournisseur de monnaie et de Marlboro. Du coup on se surprend à parler aussi à sa troisième personne, ce « il» qui nous colle. Ça fait de la compagnie,

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lorsqu'on traîne dans les rues en attendant que la nuit donne l'illusion d'une présence. Peut-être que tous les autres sont comme ça, tous ces anonymes qu'on croise entre métro et cité. Se racontent ce qu'ils font au moment où ils le font. Chacun sous sa petite lampe, on ne lit pas les œuvres des autres, trop occupés à griffonner notre autobiographie, à nous noircir les pages du dedans. Pas de R16 Pétasique en bas de l'immeuble. On avait parlé de sortir, pourtant. Pétase va savoir où, 01 chez sa mère: encore un soir à passer tout seul. Mais la télé ne se refuse jamais à un tête à tête, et dans la cave, il paraît qu'il reste des bouteilles de Médoc 67, quelque part au milieu du bazar que Pétase a récupéré chez son beau-frère, celui qui a fait faillite dans la pizza, ou récupéré ailleurs. Pétase a une faculté de récupération étonnante. Elles vont trouver à qui parler. Dans notre cave, la composition du capharnaüm semble à chaque fois différente. Caisses, radios, vieux magazines, vélos paraissent se déplacer d'eux-mêmes, obéissant aux lois secrètes de la tectonique du bazar. Mais le carton de vin est bien là. Autant tout remonter à la surface. Palier de décompression au rez-de-chaussée, devant la rangée des boîtes à lettres. Nos deux noms figurent sur la même: celui d'al, occupant officiel, M. Olivier Frantoni, en belles anglaises argentées. Un papier collé à côté, porte inscrit au stylo bille: lAurent Eagre. On ouvre la boîte trois fois par jour. On ne sait jamais. Le carton d'invitation au Grand Rendez-vous, on fmira peut-être par l'y trouver. Alors la vie changera de figure. Cinquième et dernier étage, sans vis-à-vis, rayon meubles de récupération, rayon poussière. Programme habituel: se vautrer sur le canapé avec un verre de rouge, la télé sans le son, cassette gore, la radio par-dessus. Laurent Eagre attend de faire de grandes choses, il s'y prépare. En attendant vieux rêveur de revanches, Lorenzaccio de palier, méditant son retour triomphal à la tête de ses troupes. Un régiment de zouaves.
Ils auront grands pantalons bouffants, tarbouche rouge, gilet brodé, royale à la pointe du menton. Centaines de tartarins bariolés s'avançant aux grondements du tambour. Lui, devant, uniforme blanc, aleifln fougueux. Vent du désertfaisant valser buissons d'épines, cœur battant. Fenêtres closes, regards glissés entre fentes des persiennes et grilles des moucharabiehs laissant

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filtrer peur, désir, admiration, infimes piqûres d'insectes,. puis, maisons à coups de crosses vidées de leurs habitants cachés dans les recoins, tirés des caves et des celliers, sortis de l'église, évacués du cimetière, et rassemblés en plein soleil, en pleine lumière enfin, tous ceux du passé, de la vie et d'avant la vie, les ressassés et les oubliés, lespassions et lespassants, ceux de l'étage œdipien, papa maman, ceux d'avant, vers les fondations, la mémoire génétique, enfin tous ceux que les zouaves auront pu dénicher dans toutes les cachettes de l'oubli, lepapa du papa de la maman du papa de la maman de maman, par exemple, celui qui a donné la rotuleforte et le ressentiment solide, çaferait du monde, on réglerait des comptes,. Maman d'abord Elle suppliera: pardon de t'avoir obligé à porter ces culottes ridicules, pardon d'avoir raconté à la voisine que tu écrivais des poèmes, pardon de les lui avoir montrés,. mais lui: ces culottes, maman, je les ai portées toute ma vie, la laine me gratte encore.Je te pardonne tout, maman, sauf de m'avoir fait moi, et pan, la rafale, une balle casse ses lunettes, elle s'élTOule, et ainsi tous les autres, à la file, aveux, pardon, exél"Ution, grand nettqyage, tout le monde y passe, ils ne s'en remettront pas, fusillé d'accord, mais fusillé par des zouaves, ça présente mal sur un c.v. ,. qu'il ne reste rien, que disparaisse tout ce qui ln 'afait dans une fusillade clownesque, petites hontes, petits souvenirs, petits secrets,fornications ancestrales, lui reste seul, produit par rien, sans mémoire, rt!Yédu passé, nul et immaculé sur sajument, repart dans le désert à la tête de ses troupes.

Dans le carton, ce n'est pas du médoc 67, mais du bergerac 78. Pétase a toujours été un baratineur. Ça ne mange pas de pain. Le remplacer par une boîte de minizzas au fromage, arrosée d'un verre de bergerac 78. Le bergerac 78, vin trapu et râpeux, se boit dans un verre à moutarde, à l'efftgie des tortues ninja, chacune des spécialités combattantes de ces sympathiques insectes incarnant l'un des effets du vin sur l'organisme du buveur, qui fait face courageusement, comme un homme. Il y a aussi un autre carton au fond du carton, sous les bouteilles. Une boîte à chaussures genre anglaises de qualité, couleur gendeman farmer, rubicond sur vert chasseur, enrubannée d'adhésif brun plaqué proprement sur toute la surface par une main soigneuse. On dirait une surprise. On trouve toujours des choses bizarres dans cette cave, qui y parviennent comme par enchantement. D'autres s'évanouissent. Comme si elle avait un double fond communiquant avec le repaire des quarante voleurs. Il faut dire que personne ne sait plus combien de clés du cadenas circulent.

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