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Casseurs de solitude

De
260 pages
Invité à Arras pour observer la banlieue, Diéri Dieng, jeune sociologue de la banlieue de Dakar, passe en revue les problèmes avec lesquels se débattent quotidiennement les Français issus de l'immigration. Il fait la connaissance de Taro Niang, une beauté métisse d'origine sénégalo-capverdienne qui est née et a grandi en France et ne connaît rien de l'Afrique noire. Pour aller à la découverte du pays de ses ancêtres, Taro s'accroche à Diéri comme à une bouée de sauvetage.
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Marouba Fall

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C
ASSEURS DE SOLITUDE


roman















Collection :
Nouvelles Lettres Sénégalaises (NLS)

Nouvelles Lettres Sénégalaises (NLS)

Collection dirigée par
Mamadou Bâ, Bassirou Coly et Abdoulaye Diallo


NDOYE Soda,
Un homme infidèle et parfait
, « Nouvelles Lettres
Sénégalaises », août 201 .
2
DIOP Moustapha,
La voie d’un musicien
, roman, « Nouvelles
Lettres Sénégalaises », août 2012.

DIALLO Rabia,
Amours cruelles, beauté coupable
, roman,
« Nouvelles Lettres Sénégalaises », juin 2012.
CHERIF Souleymane Abdelkérim,
Quand l’évidence ne suffit
plus
, roman, « Nouvelles Lettres Sénégalaises », mars
2012.
SAMBE Fara,
Lettre du retour au pays natal
, roman,
« Nouvelles Lettres Sénégalaises », février 2012.
GUISSÉ Ameth,
Femmes dévouées, femmes aimantes
, roman,
Nouvelles Lettres Sénégalaises », septembre 2011.
«
THIOUNE Bassirou,
Gott. Le retour vers la terre
, roman,
« Nouvelles Lettres Sénégalaises », septembre 2011.






Ce livre a été édité grâce au Fonds d’aide à l’édition
du ministère de la Culture et du Tourisme du Sénégal /
Direction du Livre et de la Lecture

Marouba FALL











C
ASSEURS DE SOLITUDE


roman





NLS



Du même auteur


Théâtre


Chaka ou le roi visionnaire
, Dakar, NEA, 1984. Prix de la meilleure technique
théâtrale aux journées théâtrales de Carthage (Tunisie) en 1991.


Adja, militante du G.R.A.S
, Dakar, NEA, 1985.


Aliin sitooye jaata ou la dame de kabrus
, suivi de :
adja, militante du G.R.A.S,

Dakar, NEAS, 1996.

Le miroir
, Dakar, NEAS, 2005.


Poésie


Cri d’un assoiffé de soleil
, Dakar, NEA, 1984.


Pépites de terre
, Dakar, Éditions feu de brousse, 2004.


Corps d’eau
, Dakar, Ruba éditions, 2010.


Chasseur d’Éternité
, Ruba Éditions, septembre 2012

Roman


La collégienne
, roman, Dakar, NEA, 1990.


Entre Dieu et Satan
, roman, Dakar, NEAS, 2003.

Betty allen ou la liberté en question
, récit, Dakar, NEAS, 2007.


Essais


Lis tes ratures 1,
recueil de réflexions, Dakar, NEAS, 2010.

Œuvre en wolof


Yóbbalu ndaw
, osad. www.osad-sn.com. Sulet 2009.


Œuvres en projet :


Théâtre et tradition en Afrique noire francophone
, essai.

Lis tes ratures 2
, essais.





© L’H
ARMATTAN
-S
ÉNÉGAL
, 2012
« Villa rose , rue de Diourbel, Point E, DAKAR

»

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
senharmattan@gmail.com

ISBN : 978-2-296-99533-8
EAN : 9782296995338


À mes enfants adorés :

Khadim, Mame Khass et Mouhamed ;

Ndèye Nogoye, Coumba Dabbakh, Diarra Touty et Bébé Sokhna.

7




1.

S’il n’y avait pas ces tunnels pour canaliser le flot des
voyageurs, ces numéros, ces signes et signaux pour les
maintenir, chacun suivant sa destination, dans la bonne
direction, beaucoup d’entre eux passeraient toute une journée à
errer sans pouvoir s’orienter dans les immenses aéroports.
Plus que la peur de s’égarer, c’était celle de perdre un temps
fou qui hantait Diéri lorsqu’il débarquait dans un aéroport
d’Europe ou d’Amérique qui lui faisait infailliblement penser,
dans le pire des cas, à une Tour de Babel doublée d’un
labyrinthe sans fil d’Ariane et, dans le meilleur, à un carrefour
planétaire où l’on rencontre un échantillon représentatif de tous
les habitants du monde.
Il était arrivé à Orly Sud depuis bientôt une heure et
attendait au Terminal 2 sa grosse valise beige, légèrement cassée
à un bout. Les voyageurs, qui guettaient en même temps que lui
autour du tapis roulant, partaient les uns à la suite des autres,
leurs bagages sur un chariot, au fur et à mesure qu’ils étaient
délivrés de l’horripilante attente. Lui, il était toujours là. Comme
la trotteuse de sa montre-bracelet, il ne se retenait plus
d’impatience et tournait en rond, se parlant à haute voix :
« Ce n’est pas possible que je la perde ! J’espère qu’on ne l’a
pas descendue à Lisbonne ! Si je la perds, c’est une
catastrophe ! »
Et le voilà brusquement tout seul, désemparé et soliloquant
devant le tapis qui roulait depuis quelques minutes déjà à vide.
Derrière lui, une voix à l’accent peu familier le fit se
retourner :

9

gatuor p rsee isahcnartenu snad eau buré desituerl rrèipmot eoc» . r è A p avs r oiiBnUiOfR AeFd Af i r g nAnMo f eMro nssuire uurnL Lf ormu«l iaa epr u,la lsg ,nléisni eys’ rioN enuej nU . lon nitiaépi qua uuoéda ccio,nofit, prtoircomp’l ietne .riréiDtecubrr itndis da ev c’dyumaemtnersonnesautres ptnv moempaepuo s wolr en « Cof :gneiD ir10

.usvoz-leié D – ?ré itéia teslup a du fait que Dite riul sus errur ou rseprapheocchéearour un. Sue pmt no t’derniteetelnd mlaà , v ed eniffe ehcaère lequel renifaltiu end ma eorptomr oi ldeTAa oP Pgutrd lairreesd e toptreds le cers ea virig rus atej ,norrac san sos don sog or sacemtns noe cuir mrtable diréiias rolAD ,smp eteort siecav as ruop .elliatp ro tete itroétrtpots etr ec uoue d tengagie baogne écnsnadenu nnbodie anst, ceet sest neia t àes phrases abrup cernclabae ditanev iuq emmoh’L. » ionsamatrécled sci eesvra useréerntvot pustniananella m re Il fautattente.agege nuauc nabe dsiréncdeene arF ecn – ?s eJerai à Arras pou rrtio sesamnise –s.ouub areot Va esserdagénéS uDiérl ? pondi ré –oVti .iluert enetn ? uoS –oc nuiuq, nsDe– bos euttsee ed ststat des bon bois egab ed erneg leu-eitquens’? e agorsseng – U ll.ege. beilisee vairq iua avtip rame dévisagea Dié snaecca: tnQ « eléfrn çaan sisnu eia teld seacOrlyour ai f. J’.ennobsiad aL » hex sie L àesur l’arrivbagage àvu éom np sat orak D parstgi àré ia’erne .eél eJue v « Qla :meugll e,te menegacaain’e J – ?uriesnoM ,suov-zeluo
Casseurs de solitude
– Votre valise est arrivée depuis ce matin. Grande, beige,
légèrement cassée à un bout.
– En effet, c’est bien ma valise.
– Elle est là. La dame le sait. Insistez et vous partirez avec. »
Le jeune homme s’écarta avant que la dame rondelette ne
revînt, escortée de deux personnes : un bagagiste corpulent et
une jeune femme raide et fluette.
Voulez-vous suivre ces deux-là à la consigne ?
«
recommanda-t-elle.
– Ma valise est donc arrivée ? Pourquoi ne pas l’avoir dit ?
éructa Diéri qui ne s’expliquait pas la raison de l’interrogatoire
qu’il avait subi.
– C’est la procédure, articula son interlocutrice.
– Quelle procédure ?
– Vous ne venez pas d’un pays d’Europe.
– Je ne viens pas d’un pays d’Europe. Y a-t-il un problème ?
s’offusqua Diéri.
– Le problème est qu’on doit appliquer une procédure.
– Je n’y comprends rien.
Y a rien à comprendre. C’est comme ça et c’est tout.

Suivez ces deux-là. »
En hochant la tête de dépit, Diéri emboîta le pas au
bagagiste et à la jeune femme qui marchait comme un robot.
Celle-ci ouvrit une porte. Dès qu’il pénétra dans la consigne où
régnait pourtant une clarté médiocre, Diéri reconnut, avec un
soupir de soulagement, sa valise posée à côté d’une malle bleue.
Il s’avança pour la prendre, mais la femme à la silhouette de
flûte désenchantée lui fit signe de garder patience. Elle
s’approcha de l’appareil téléphonique posé sur une petite table,
composa un numéro et chantonna d’une voix monotone :
« Je suis dans la consigne avec le passager. Qu'est-ce que je
fais ? Je lui donne la valise ou quoi ? Bon. »

Elle déposa le combiné et, sans regarder Diéri, dit :

11

croient qu’ils 'use-tecgase! Q es mag bn ioecavta etnet tioriafon duoi ourqst pC e’po.eE’rusyd pan ’u das pnsiev en eJ « : redutnniautid eeranCependant, il co ed éa’lopor .trap remidt enrsho :esiv evuret orit q’avae enu’unuerpé edn lI .evé étt enruà s mi tnodnacliass eléml’raigatidà s apsyd ef uout st de gripierre e sellad sel tnelrseu ldes deoifr selt uoq euentn fou quigress Nèmee e rdEn! ér v,étisli i’s igamriste ou un dealre? P orécuderd clae dJe? e ok siares orret nue je? Qunspo tranu etr e euoobbmmpcou aezsspare suov siam ,zeneformles ler annuri e rafp uootri us la pr « VoBU AAFLL AMORattis ne tesspe l’ex de bord au nemellet noisolpaiavs rfnes set ’smerpseuqlei l chargersa de lap tiudrelI .ava dep em tea bouuca lons l valurdes rosi,eudr it tett uiéd usavi aoirahc nel rus talités de réclamtaoi.n» S na snuot mDi, i érulso ave sedxuediam 12


Voyant que Diéri poussait le chariot vers la sortie, la jeune
femme à la démarche de robot qui s’était attardée dans la
consigne s’empressa au comptoir de la TAP en s’écriant :
« Il n’est pas repassé ?

ascrusse te,teoul edam aiamr ellrappellent que j shcsoseq ium etee unr coùe rrv sius eus tnavic et aver so pou nodahucviertiv v su suoàl rov ,lésoca, ontiDé. ertpol .tJ a’miotalemengourez td ruedo’l ,lielo sle, nue blsae uh tc ah telrue sues enemmees fc moemtnv uo sovus y prenez pourrus rvivad ev sn tosusroe dacgld e eteutedosil * ! » * * , car lan voisinuarvte év areip t inonécesn’pot siammuh qimo ,euns c vie. Jeainep uon noovsueh zisma, erstrey r riov ruop etsuj
Casseurs de solitude
– Non, mugit la dame grassouillette. Mais laissons-le courir.

Parmi les papiers qu’il nous abandonne, il y a son billet de
retour.
– Il n’est pas encore loin, avança le jeune Sénégalais qui était
toujours accoudé au comptoir.
– Pas la peine de le rattraper. Il est obligé de revenir. Et
lorsqu’il se rendra compte de sa bêtise, il saura qu’il devait
ranger son sale caractère chez lui, là-bas, en Afrique. »
Elle ouvrit aussitôt un tiroir et glissa le billet d’avion dans un
gros registre où elle inscrivit quelques notes avant de le
refermer.


*


* *


Après avoir jeté un œil à sa montre, Diéri réalisa qu’il n’était
plus opportun de se rendre à la station du métro et que, s’il
souhaitait arriver à Arras avant vingt-deux heures, il gagnerait à
prendre un taxi pour la Gare du Nord puis effectuerait le reste
du trajet, comme prévu, en train.
Un instant plus tard, un taxi freina à sa hauteur. Le
chauffeur quitta son volant et vint enlever du chariot la grosse
valise beige et le sac de sport pour les charger dans la malle
arrière.
Installé à côté de lui, Diéri exhiba aussitôt de la poche
intérieure de sa veste le
mail
dans lequel Bruno lui avait fourni
toutes les indications sur l’itinéraire Orly-Arras et tous les
renseignements relatifs à son séjour en banlieue arrageoise. Le
mail
attentivement consulté, il le remit à sa place et se plut à
contempler le spectacle de la ville qu’il traversait et dont les
immeubles, les magasins, les monuments, les ponts, les routes
rectilignes et les allées piétonnières semblaient se ruer à sa
rencontre.
Peu à peu, le souvenir de Bruno s’imposa à son esprit.

3
1





2.

C’est à l’occasion de la dernière Foire internationale du Livre
de Dakar que Diéri avait été présenté à Bruno Boulanger.
Celui-ci, qui dirigeait une ONG dénommée SOS Banlieues,
s’était vivement intéressé à une étude intitulée « Vivre en
banlieue » exposée par le jeune universitaire sénégalais au stand
de ENDA.
Les deux hommes avaient discuté avec passion puis échangé
leurs contacts. Pragmatique, Diéri avait convié le Français à
Médina Gounass, dans la maison familiale.
Lorsque, trois jours plus tard, le taxi qui le transportait avait
stoppé devant la mairie d’arrondissement où Diéri veillait
depuis une bonne demi-heure et que Bruno avait mis pied à
terre, une ribambelle de moutards avait accouru, braillant et se
bousculant de curiosité.
Le prix de la course réglé, le
Toubab
avait serré la main de
Diéri qui l’avait aussitôt entraîné vers un groupe de jeunes gens
assis de l’autre côté de la rue, face à l’édifice d’architecture
remarquable abritant les locaux de la mairie. Diéri les avait
présentés un à un, avant d’ajouter :
« Ce sont des militants et sympathisants libéraux qui
discutent devant la permanence communale de leur parti. »

Désignant son hôte en chemise à manches courtes,
bermuda ample et sandales, il avait dit :
« Bruno habite le Nord-Pas-de-Calais. Il est président d’une
ONG qui s’intéresse aux problèmes des banlieues. »

15

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Casseurs de solitude
avant d’être musulman ou chrétien, intellectuel ou analphabète,
paysan, ouvrier ou fonctionnaire, riche ou pauvre.
Bavardant, ils avaient, au bout de quelques minutes de
marche, débouché en face d’un bâtiment à trois étages planté à
l’angle d’une rue comme une tour de guet.
C’est ici, au deuxième, que j’ai loué un appartement », avait
«
confié Diéri.
Les deux hommes avaient gravi les escaliers, longé un
couloir avant de s’immobiliser devant une porte contre le
battant de laquelle était placardée une boîte de cigarettes vide
sur laquelle était inscrite une invite :
S.V.P., déposez vos messages à
l’intérieur
. Après avoir retiré une feuille pliée en quatre glissée à
l’intérieur de la boîte, Diéri avait tourné la clef dans la serrure
et, du pied, avait enfoncé le battant. L’appartement était un
deux pièces : salon plus chambre à coucher. La salle d’eau,
commune aux locataires de l’étage, se situait au bout du couloir.
« Marié ? s’était enquis Bruno.
– Non, s’était contenté Diéri. Je vis seul dans cet appart où
je dors et peaufine mes travaux de recherche. Mais la maison
familiale n’est pas loin et c’est là-bas que je mange à midi et le
soir. J’ai déjà prévenu de ta visite, mais si tu préfères manger au
resto…
– J’aime bien manger à la sénégalaise, avait assuré Bruno.
– Parfait.
– Si tu veux, nous pouvons déjà nous entendre sur les

modalités de ton invitation, avait proposé Bruno.
En effet, nous gagnerons du temps », avait acquiescé

Diéri.

17





3.

La valise était si lourde qu’il penchait drôlement du côté où
il la tenait. Il s’arrêtait de temps en temps pour la traîner de
l’autre main, apaiser la douleur qui lui brûlait la paume et
souffler un peu. Il regrettait de n’avoir pas acheté une valise
neuve à roulettes et en voulait à Collé, la femme de son grand
frère qui, à force d’insister, l’avait contraint à s’encombrer de
cette vieille caisse cassée à un bout qui appartenait à son mari
Makha, commerçant et voyageur d’affaires.
La gare du Nord n’avait rien qui la distinguait de manière
ostensible des gares européennes que Diéri connaissait. Même
configuration, même ambiance et même mouvement de foule.
On arrivait ou on partait, poussant un chariot chargé, tirant
derrière soi sa valise, tenant à bout de bras son cartable,
coinçant sous l’aisselle un classeur ou juste un porte-document.
On se croisait en silence, se regardant à peine. Pas un groupe ni
deux individus debout sur place, en train de discuter. Chacun se
hâtait. Tout le monde semblait pressé. Dans le flux et le reflux
du flot humain, Diéri repérait, d’un moment à l’autre, quelques
Bougnouls
. Il croyait même identifier à leur silhouette et à leurs
traits, des compatriotes. Mais ceux-là, dès qu’ils se sentaient
épiés, détournaient les yeux et s’éclipsaient sans répondre au
signe de la main ni au sourire qu’il leur adressait comme un
message de fraternité et qu’ils interprétaient sans doute comme
un appel à l’aide inopportun, voire incongru, dans un monde
où chacun ne songe qu’à soi-même. Pourtant le dicton wolof
dit :
qui voyage loin de son village a besoin d’un guide.

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ment de fauve. C ?usvos-tedi, eércuS – .eércusutesa toxhibri eD éi! » abelnaine qu vjeig fe ur tseal àerio’c ,rendre… pour la teetar iuo selj us ci vonuezonti eapà m s rulrrertcen un,ton aiueil ua b el ed de seulement un uj sedf urti.sM s,aiai fs teffgaD ,eaG eelluS ! e’nemj C mo.d– de ssezas aai pa tuot ruop suosanem dje, eretchnird ecoril aome parlercasion dnu’u – .q à qleuset en vi,Icou tavild eeduaf ra sononnébandit aava iuq ,iréiD ,noru B ànéhoépélsnatllreivtns i’gare, ree de la e’l értnb udà ra clen oi dses anLL A FAétanS’ ORBU AM et après avoir tT VGp uo rrAar se ur ddearépdut sa térus ed eh’l– .s eC im eetunaint dnene ure tuq éopruio tniids l’endrn’est pardnerp eJ – .ruesion Me,drentt aob nl eq euohesre c autbienais ? e t fi blehoonzeriuov-rp srdnePour le moment, mm,es réeixu . –entt aenag sntdadnerp ej ria’l sseraqui dans là tommeneia n nrtd chauve gaillars rud se ,epcréhmmcodee am js be .seeD «cé sssah me quelle, Gau ?lpuo szev-ovluégén Slea ntsaaiséd euQ – .sialaà u ent baelà b onne distance delec seluccoseépar pes dli ctsenm naq iune tegiairotou st. Aaien,tôtissunalp es anev dtauni lut
Casseurs de solitude
Seule à une table devant un verre à moitié vide, une dame
blonde qui n’avait rien perdu de la scène se mit à rire sous cape.
Diéri lui fit un clin d’œil tandis que le gérant, ricanant et se
frottant les mains, tourna les talons.
En attendant d’être servi, Diéri vida sur la table le contenu
des poches de sa veste pour vérifier s’il avait encore tous ses
documents de voyage et la maigre liasse d’euros constituant
tout son argent de poche. Ce fut à cet instant qu’il se rendit
compte que l’enveloppe dans laquelle il gardait son billet
d’avion avait disparu.

*



* *

Bruno buvait tranquillement sa bière, plongé dans ses
rêveries. Il adorait s’asseoir à la terrasse d’un des cafés qui
faisaient face au Beffroi. La contemplation de la place avec ses
façades et ses arcades ne le lassait jamais, surtout à la tombée
du soir, lorsque les lumières vives éclataient et faisaient scintiller
tout ce qu’elles mettaient en exergue. Il partageait absolument
le point de vue de celui qui avait écrit que le cœur de ville
d’Arras était, à lui seul, un musée d’architectures.
Au bout d’un moment de méditation, il consulta sa montre.
Le moment de se rendre à la gare pour accueillir Diéri n’était
plus loin. Il vida d’une goulée son verre et alla régler la note.
Quittant la terrasse, il se faufila dans un passage sombre entre
les magasins pour accéder à un parking improvisé situé juste en
dessous des fenêtres du vieux bâtiment qui abritait les bureaux
de SOS banlieues. En se glissant à l’intérieur de sa voiture, il
repensa à sa promenade à travers les rues de Médina Gounass
avec une excitation qui para ses lèvres minces d’un sourire
éclairant son visage maigre dont le bas était dévoré par une
barbe négligée.


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tes sapcr s àuhîtres ; Saint-Loes cap sutélreiv ss,maa rong evesrn juuoglqisoate l’ue due cépoqreb ,siu ed uaecanégéll’tot ecega, surtla téran sivllseuo t àedt ai rduats’chtasyap ed etse ua per s suillees fa evoJla n ;aconla, arak Dmeom cs ceva elatipac vaia tafti
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B uaobmonid eugmmcoune dat é nsi lvaiacnoh rùo ; Ziguioloniale’l sevalcsE sed onisMaa ldee itv si ,alroeéedG île r l’. Sulongsioegarruc sed ,s,relèiler ves du ener,setlib uoe Kile d et rène sedvrestteia seieva ént ptévuré.sM ia sedupsiq u’il séjournait on roùn losau ditnev nu tiannord, C pieur àlatepésotid a avloélqut exi uné la puf n temalahu tiPour metexquis. iaesl A’rt e à’llles que fus queS nél seia,sgélades ontiét, ie vuel tnesidnoc srilleure enseigneiane tolég s àemAfd’caris.inl Ieuq nob mon erbB urra,aS ha dudu suue afriqen Aecneirépxe sed éulumcc aitva anod vélepo suam laères dues de mistiameuq li’itseleelqus mepe tntsen eucnsnqé xocla qsur tes éfasnu snad ressatneaué itcuisompre neste ta odelcsnts à s’les enfanier erdtiavtsa s,tees ls leuladtte onnee maoù ld e’qneu eedpscapoe ndmoreiv vurec snad siam ettcomment se débroiullia tottuc e DderiiéBr. o unté’s tiaamed édneulimiu aéealét euqitsalp ne ep nap une Suruse.uoetétd poer arprext l àunt dee icérneipsnad el ongeait rrir, pl resn uouc,np uosiop ua ahC .noslsbos ndfémae dd eotrug aredxu réptaite auartim alosiaeénné’s urhedue ep r, asl sem uœsr . À’lualité de vie eturB e onsnocétatque d,ansin ncle ,el semu n ànu la famimbres delliv nu tuoT .sedaé trennccoe aga suapec nsesnu ait , avxigusi ee tttienemèrt enrraceélerus qal uelle s’ouvraien tlpsueiru soptrmifan so Ce.alliu tiaté’lbmuh enmeure deassee, bceu ,vauoerenc urs, des deux sœamnid sereérl aev nx eues dix serèrte sort f siColluse épo son étea’nî,al aMhk sirvo asius aitaleppar es lI .été énitslaéll e’lon où il avait bmaBl ,ièm a ,erountiera Mntm aavenaéld iop tulavaille défient aD .snoias el sn pes luratntseréA LLAF ABUORAentirent’e lèspre uavtilia q ’ue da hôt sonavec M leubmeimé ssre d ruœc uaduat sedil lis, it s’avad naiuivm ia sal lnspp’atearntmeeuq ec nred reioccupait au deuxèiemé ategd u’ n
Casseurs de solitude
chialer grave comme un môme. Dans ces endroits, il avait
connu l’amour et l’amitié. Ces sentiments, enfouis au plus
secret de lui-même, remontaient à la surface et le transportaient
loin d’Arras, quand la solitude le tenait dans ses rets, en dépit de
la présence de Ginette, sa compagne et celle de Manon, sa fille
mignotée qui vivait à Lille auprès de sa mère partie avec un
autre homme, cinq ans auparavant.
À Arras, je me défonce au boulot. Mais dès que je désire vivre un bon
coup, je plaque tout et bonjour le Sénégal
! Voilà ce que Bruno confiait
à ses copains.
Bien au chaud au volant de sa Renault soigneusement
rangée en bordure du trottoir en retrait de l’endroit réservé aux
taxis, Bruno regardait sortir et dévisageait les passagers du TGV
qui venait d’entrer en gare. De loin, il distingua la seule tache
noire en mouvement parmi la foule monocolore, bringuebalant
avec une lourde valise à la main et un sac de sport en
bandoulière. Il ouvrit la portière et alla à sa rencontre. Il
s’empressa de relever le col de son manteau et enfonça son
bonnet jusqu’aux oreilles dont l’une arborait, au lobe, une
boucle argentée, car la morsure du vent frais qui commençait à
souffler se faisait incisive. Le voyant accourir, Diéri déposa son
faix et lui ouvrit les bras. Les deux hommes s’étreignirent alors
chaleureusement. Puis Bruno se détacha, saisit avec force la
valise et marcha devant, à grandes enjambées.

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4.

Diéri avait coutume de se réveiller à l’aube. Comme s’il avait
entendu l’appel d’un
muezzin
, il ouvrit les paupières. Puisqu’il
n’avait pas éteint la lumière en se couchant, il se souleva de
surprise et, sans sortir de sa couverture, promena son regard
autour de lui. Il mit quelques secondes à réaliser qu’il n’était pas
dans sa chambre à Médina Gounass. Le grand lit au matelas
moelleux sur lequel il était légèrement plié en deux, l’abat-jour
sur une table de bois veillant à côté d’un livre d’or et d’une pile
de revues touristiques, les murs blancs et nus qui l’entouraient
attestaient qu’il venait de passer une première nuit loin du
bercail.
Il se laissa retomber, tira la couverture jusqu’au menton et
essaya de se souvenir. Il eut du mal à reconstituer les faits dont
l’enchaînement avait conduit à sa présence aux premières
heures du jour dans cette piaule froide où le calme serait plat
sans le ronronnement agaçant de l’appareil de chauffage
incrusté dans le mur. Il avait les idées en vrac dans sa tête si
lourde qu’elle semblait ne pas faire partie de son corps. Il pensa
alors qu’un bon bain lui ferait un grand bien.
Dès qu’il posa les pieds sur le plancher nu et que son regard
buta sur sa valise et sur sa veste jetée sur l’unique chaise, ce fut
le déclic. Des visages, des prénoms et des bribes de
conversations jaillirent dans sa mémoire. Il entendit à nouveau
Bruno lui dire : «
pas la peine de ranger tes affaires. Tu dors ici pour
cette nuit. Demain, Manon vient te chercher. »
Michel et Marie lui
avaient souhaité la bienvenue et l’avaient accueilli à leur table
pour le dîner. Hugonin, le conteur haïtien, véritable boute-en-

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