Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Ce que nous sommes

De
210 pages
Au quotidien ou dans des situations exceptionnelles, les douze personnages présentés ici vivent des histoires qu'une empathie tantôt maîtrisée, tantôt asservissante, rend singulières, mystérieuses ou simplement touchantes. Ce recueil de nouvelles aborde l'intime de chacun d'entre nous, renvoie aux liens indicibles et indéfinissables qui nous unissent et nous déterminent.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Ce que nous sommes Dominique Giocondi
Petites histoires compassionnelles Stephan di Bernardo
Julien, par sa seule présence, sème un trouble équivoque dans un
village du Var. Une panne de voiture va bouleverser la vie de Sabrina.
Stella, née dans un village perché en montagne corse, tombe amoureuse
d’une personnalité pour le meilleur et pour le pire. Un jeune homme est
confronté au retour anxiogène de sa mère. Un déménagement provoque
la rencontre de deux enfants qu’une attraction irrésistible entraîne sur une Ce que nous sommesvoie inattendue. Marc rentre un soir chez lui et trouve sa maison vide.
Marine n’a d’yeux que pour les siens qu’elle idéalise. Carole traverse la vie
avec une naïveté touchante. Non-Paul, Franco-Khmer, s’interroge sur sa Petites histoires compassionnelles
relation avec l’énigmatique Johanna.
Au quotidien ou dans des situations exceptionnelles, les douze Nouvelles
personnages présentés ici vivent des histoires qu’une empathie tantôt
maîtrisée, tantôt asservissante rend singulières, mystérieuses ou simplement
touchantes.
Dominique Giocondi est née à Paris en 1954, psychomotricienne et mère de
deux enfants.
Stephan di Bernardo est né à Villeurbanne en 1970, auteur de chansons,
réalisateur sonore et comédien voix-of.
Leur rencontre en Corse où ils ont vécu va les conduire sur le chemin de
l’écriture autour d’ un thème qui ne les laisse pas indiférents et objet de ce
Préface du Dr Jocelyne Rapteletrecueil : l’empathie.
ISBN : 978-2-343-01212-4
19 euros
Dominique Giocondi
Ce que nous sommes
Stephan di Bernardo









Ce que nous sommes
Petites histoires compassionnelles




Dominique Giocondi
Stephan di Bernardo










Ce que nous sommes
Petites histoires compassionnelles

Nouvelles















Préface du Dr Jocelyne Raptelet

























































































































































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01212-4
EAN : 9782343012124
Un grand merci à tous celles et ceux qui nous ont
aidés et encouragés durant l'écriture de ce projet.



Sommaire




Préface ................................................................................ 11
Avant-propos .................................................................... 13
L'histoire de Julien ............................................................ 17
L'histoire de Sabrina ......................................................... 41
L'histoire de Stella et Antoinette .................................... 55
L'histoire de Pierre-Donatien ......................................... 77
L'histoire de Pierre et Coline .......................................... 95
L'histoire de Marc ............................................................. 125
L'histoire de Marine ......................................................... 143 Carole .......................................................... 157
L'histoire de Non-Paul et Johanna ................................ 175
9 Préface




Ce que nous sommes : un livre qui, avec grande pudeur,
aborde l’intime de chacun d’entre nous, renvoie aux
liens indicibles et indéfinissables qui nous unissent et
qui déterminent La Rencontre avec l’Autre dans la
complexité de l’indéfini du Hasard et sous le sceau
d’émotions complexes qui parfois nous échappent. Ren-
voie au déterminisme complexe des liens entre les sujets
– des liens de sympathie induits par le sujet lui-même.

Nous sommes immédiatement plongés dans l’intime
de ces vies simples en apparence mais confrontées aux
turbulences des sentiments, des questionnements exis-
tentiels, des rencontres qui tiennent d’un pseudo-hasard
où le hasard n’a pourtant pas de prise. Tous les liens de
l’Être en Relation sont questionnés : les liens amoureux,
les liens fraternels, les liens de hasard des rencontres, les
liens constants d’attachement primaire à la mère dont
on ne se dégage jamais et qui, dans l’inconscient de
notre vie, la conditionne, les liens à la mère-patrie, les
liens éternels et les liens éphémères qui peuvent boule-
verser notre histoire et changer le déterminisme de
notre vie. Tous ces liens qui s’expriment ou qui se
devinent nous renvoient à ce sujet en quête d’un idéal
de vie, du bonheur qui s’agite dans une constante fuite
en avant, pour échapper à la conscience de l’inélucta-
bilité de la finitude, de la mort – Thanatos.
11
Ces vignettes questionnent sur la légèreté de l’être
en quête de la liberté qui tente de se dégager de toutes
les contraintes intrapsychiques et extrapsychiques ren-
voyant au poids des Interdits des Sociétés dans lesquels
les sujets évoluent. Chacun pourra s’identifier dans
toutes ces histoires de vie – ces moments de vie – qui
interrogent sur de grands thèmes : l’amour, la mort, la
liberté, la sexualité, le lien primaire à la mère, à la mère-
patrie… Nous demeurons jusqu’au bout de ces vies qui
défilent, pris dans l’ébullition complexe de ces sujets en
quête d’un absolu et dans le même temps d’un idéal de
vie, d’une illusion de la maîtrise de nos émotions et de
notre destinée.

L’empathie est un sentiment qui bouleverse nos cer-
titudes sous l’égide de nos émotions, de nos affects
internes soumis dans la subjectivité de la rencontre avec
l’autre. En fait, cette empathie nous renvoie à notre
propre attente, nos désirs plaqués, et se constitue dans
une projection de tous nos désirs – le transfert. Toutes
ces vignettes posent la question existentielle fondamen-
tale : Qui suis-je ?, opposant l’être de Raison et l’être de
Passion placé dans l’inéluctabilité de sa destinée.


Dr Jocelyne Raptelet
Psychiatre
12 Avant-propos




Ce recueil de nouvelles prit naissance lorsque,
contrariés par des aventures personnelles qui nous
avaient une fois encore plongés dans des abymes de
questionnements et d'épreuves que nous trouvions
interminables, nous réalisâmes enfin que la raison de
nos tourments prenait racine en cette position mal
distanciée, mal maîtrisée, que nous adoptions face à des
individus ou des situations affectives qu'une sympathie
ou un intérêt particuliers nous poussaient à accom-
pagner ou à soutenir.

Cela nous interrogea sur la nature même de notre
amitié. Il y avait tant de différences entre nous, a priori,
que rien n'aurait pu permettre de deviner la suite de
notre histoire. Nous n'avions ni le même âge, ni le
même parcours familial, ni le même métier… et pour-
tant. Notre point sensible, le terme n'est pas choisi au
hasard, était celui que nous venions de découvrir :
l'empathie extrême, la compassion au sens psycholo-
gique ; cette identification envers les êtres dont la
destinée heureuse paraissait toute tracée et que les
accidents de parcours, les mélancolies dévastatrices, les
faiblesses de l'âme en détournent ; ce transfert excessif,
parfois sordide, qui consiste à alléger l'autre de ses
difficultés ou de ses tourments. Etat du narcissisme ?
13
En partie, car nous pensions que le miroir qui devait
nous être tendu en retour devait principalement refléter,
à tort, l'effort généreux que nous déployions pour deux
et nous satisfaire d'avoir croisé le chemin de l'autre sans
hasard.
Que d'erreurs et d'épreuves nous ont fait grandir :
nous voyions enfin cette forme d'empathie sous un œil
plus aguerri ! Alors que l'accession à l'autre, la compré-
hension d'autrui sont en effet incontournables pour
qu'une relation, et au-delà une société, se fasse et se
maintienne, partager pleinement l'émotion de celui ou
celle qui captive notre ego peut avoir des conséquences
au mieux décevantes, au pire perverses comme la
manipulation.

Même au sein de notre amitié, nous avons quelque-
fois fait les frais de cet élan maladroit du cœur. Sans
doute simplement parce que l'un n'était pas réceptif aux
attentions de l'autre à l'instant T et dans les modalités
inconscientes intimes que nous nous imposions à soi-
même. Toutes ces rares fois où nos miroirs respectifs ne
reflétaient pas idéalement dans l'autre cette sorte
d'abandon personnel. Probablement pour des raisons
hors propos. Mais surtout par manque de confiance en
soi.
S'impliquer n'est pas annihiler sa personnalité, se
projeter n'est pas s'oublier : c'est ce qui a conclu ces
expériences vécues à différentes étapes de notre vie,
ponctuées de nos réflexions à la maturité grandissante.
Nous avons trouvé enthousiasmant de les coucher sur
papier sous forme de petites histoires divertissantes. La
plupart ont été inventées pour la circonstance, d'autres
14 romancées. N'étant pas spécialistes du comportement
humain, ces nouvelles sont cousues d'une écriture légère
et sans analyse profonde. Mais nous espérons qu'elles
pourront interpeler le lecteur et que celui-ci se reconnaî-
tra peut-être dans l'une de ces situations, amusantes,
complexes, parfois dramatiques. Elles racontent des
relations du quotidien, avec la tentative de mettre en
exergue toutes sortes d'empathies, de la simple bonté à
la longanimité la plus obstinée et la plus destructrice que
nous pouvions supposer. Ces personnages sont tous en
interaction et, de près ou de loin, influent malgré eux
sur le destin de chacun, comme ils ont, pour certains,
touché une partie de nous-mêmes à un instant de notre
vie. C'est ici un hommage "entre les lignes" que nous
adressons (et d'amicaux remerciements) à celles et ceux
qui nous ont parfois inspirés.

Puisse ce partage, que constitue la lecture de cet
ouvrage, être le point de départ de conversations et de
prises de conscience sur le sujet. Le monde a plus que
jamais besoin d'empathie. Pourvu qu'elle n'effraie pas,
en s'assimilant à une quelconque faiblesse, et qu'au-delà
d'une simple valeur morale, elle soit pour chacun une
raison naturelle d'exister.



15 L'histoire de Julien





"Lundi 3 mai.

Quelle joie ! J'ai eu un coup de fil de Claire ce matin ! J'avoue
que ce qu'elle m'a annoncé m'a transporté d'enthousiasme pour
Philippe : Il a enfin trouvé un associé ! Cela faisait déjà plusieurs
mois qu'il s'impatientait d'en trouver un pour son cabinet médical
de campagne. Des mois qu'il cherchait ce jeune médecin qui
accepterait de s'installer en repli des grandes villes, ces villes si
lumineuses et si bruyantes qu'il avait quittées avec Claire à la
suite d'une discussion un certain jour de mars voilà de cela plus de
dix ans. Je me souviens de façon très précise, malgré mon jeune
âge, de cet instant qui m'avait attristé et fait pleurer en cachette
pendant des heures.

Nous habitions avec mes parents dans un petit immeuble des
Batignolles. Notre appartement était mitoyen du studio de mon
cousin Philippe à qui je rendais visite quotidiennement. A mon
retour du lycée Carnot, nous partions souvent ensemble nous bala-
der au square pour effrayer les pigeons et manger des bonbons
acidulés en cachette de ma mère qui faisait, à cette époque, la
chasse aux colorants ! Parfois, plutôt que venir dîner chez mes
parents, Philippe m'invitait chez lui à manger des pâtes, agré-
mentées de beurre ou de ketchup. Les soirs où sa petite amie
Claire venait lui rendre visite, nous avions droit, en supplément de
fête, à des petits lardons et du parmesan frais qu'il allait acheter
19
chez Monsieur Peuvrier, notre fromager. C'était le bonheur ! Et
puis il y eut ce fameux mois de mars : Paris était encore une fois
sous la grisaille, paralysé par des grèves de transports. Les tra-
vailleurs, perdus sans leurs métros et leurs trains de banlieue, me
semblaient comme happés par le sol, fixés par une pesanteur
soudainement accablante. Le Parisien cherchait de l'air et moi je
suffoquais de ses agitations exaspérées et exaspérantes. Je revois
encore cet instant où Claire, dans l'embrasure de la porte attendait
Philippe de son retour de faculté. A peine arrivé sur le palier,
Philippe lui déclara avec une certaine détermination dans la voix :
"Claire, je n'en peux plus de cette foutue ville. Allez !
Chiche ! On se casse au plus vite : comme ça, on profitera enfin de
la capitale comme les touristes, eux, en profitent !"
Presque aussitôt elle acquiesça et prit la chose comme un pari
fou qui vise un dessein de vie insolite : "Chiche !" Elle lui laissa
le choix de la destination.
"Plutôt au soleil", s'étaient-ils dit.

Ainsi, à la fin de leurs études respectives, et après un court
passage en Corse où ils avaient eu la chance d'habiter, bien
qu'infortunés, dans une chambre louée à peu de frais auprès d'une
"Madame Antoinette" et de sa sœur dont ils m'écrivaient le com-
portement étrange qui me faisait hurler de rire, ils eurent la
possibilité de s'installer à Calliard, en léger retrait de ce petit
village pittoresque des hauteurs du Var. Associé dans un premier
temps au Docteur Labège, figure emblématique de la région pour
avoir été le maire du village durant douze ans, ce dernier partit
peu de temps après à la retraite et laissa Philippe seul à ses
patients, dont les origines géographiques couvraient les trois collines
alentour. Claire, devenue sa femme, avait trouvé à quelques
kilomètres de là un travail d'assistante de direction dans une
20