Cela commence toujours par un rêve

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Yazid est un jeune homme qui a perdu tout contact avec sa mère, suite à un conflit familial qui le traumatisa à l'âge de cinq ans. Douze ans après, il retrouve secrètement celle dont le souvenir l'a hanté durant toute son enfance. Mais Yazid a changé, comme le pays, l'Algérie des années soixante-dix, où les rêves d'une jeunesse furent brisés par les bouleversements politiques et l'irruption de l'islamisme dans la société. À mesure que celle-ci change, Yazid et ses amis ne se reconnaissent plus en elle.
Publié le : vendredi 2 octobre 2015
Lecture(s) : 14
EAN13 : 9782336391571
Nombre de pages : 208
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Cela commence Hamid BENCHAAR
toujours par un rêve
Yazid est un jeune homme qui a perdu tout contact avec sa
mère, suite à un confl it familial qui le traumatisa à l’âge de cinq
ans. Douze ans après, à la faveur d’un voyage offert par son père
pour sa réussite au baccalauréat, il retrouve secrètement celle
dont le souvenir l’a hanté durant toute son enfance. Mais Yazid
a changé, comme le pays, l’Algérie des années soixante-dix, où
les rêves d’une jeunesse furent brisés par les bouleversements
politiques et l’irruption de l’islamisme dans la société. À mesure Cela commence
que celle-ci change, Yazid et ses amis ne se reconnaissent plus
en elle. toujours par un rêve
Après l’assassinat de son meilleur ami par la horde islamiste,
il ne reste plus à Yazid que l’exil vers le Canada où une autre
déception et des désillusions l’attendent.
Roman
Hamid BENCHAAR est un écrivain canadien d’origine
algérienne, né dans les Aurès, en Algérie. Diplômé
d’une école d’ingénieurs en France, il travaille comme
consultant dans les technologies de l’information.
Après avoir vécu en Algérie, puis en France, il s’installe
au Canada. Son premier roman, L’Enfant de la haute plaine, publié
en 2014 chez L’Harmattan, raconte la guerre d’Algérie à travers les
yeux d’un petit garçon de sept ans.
Illustration de couverture : Hassane Amraoui, Le rêve.
Lettres
du mondeISBN : 978-2-343-06934-0
19,50 € Arabe
Hamid BENCHAAR
Cela commence toujours par un rêve












Cela commence toujours par un rêve




Lettres du Monde arabe

Fondée en 1981 par Marc Gontard, cette collection est
consacrée à la littérature arabe contemporaine. Réservée à
la prose, elle accueille des œuvres littéraires rédigées
directement en langue française ou des traductions.
Les œuvres poétiques relevant du domaine de la
littérature arabe contemporaine sont publiées dans la
collection Poètes des cinq continents et le théâtre dans la on Théâtre des cinq.


Derniers titres parus :

Mebarki (Farid), Du couscous dans le biberon, 2015 .
Khemmal (Abdelkrim), Les rebelles du mont noir, 2015.
Khedher (Mahmoud-Turki), L’antique refrain de
Sidi-elMeddeb, 2015.
Laqabi (Saïd), Gnaouas, 2015.
Redouane (Najib), A l’ombre de l’eucalyptus, 2014.
Jmahri (Mustapha), Les sentiers de l’attente, 2014.
Alessandra (Jacques), Café Yacine, 2014.
Heloui (Khodr), La rue des Églises. Il était une ville paisible :
Tripoli au Liban-Nord, 2014.
Abbou (Akli), Le terroriste et l’enfant, 2014.
Naciri (Rachida), Appels de la médina (tome 2), 2014.

Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr
Hamid BENCHAAR












Cela commence toujours par un rêve

Roman







































































































Du même auteur

L’Enfant de la haute plaine, L’Harmattan, 2014.

Liberté choisie et appartenance subie, Dictus Publishing, 2013.





























































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06934-0
EAN : 9782343069340

On raconte qu’au temps de la dynastie abbasside, en se rendant,
un jour, au marché, un chevalier de Bagdad fut abordé par la
Mort. Celle-ci lui donna rendez-vous pour le lendemain. Terrorisé,
l’homme sauta sur son cheval et quitta immédiatement la ville. Il
galopa toute la journée et toute la nuit. Quand il arriva à
Samarra, au petit matin, il trouva la Mort qui l’attendait à l’entrée
de la ville. « C’est ici que je t’ai donné rendez-vous », lui dit-elle.

PREMIÈRE PARTIE
C’est dans le vide de la pensée que naît le mal.
Hannah Arendt

*
Yazid remet le disque de Jimmy Hendrix sur la
platine. Depuis ce matin, il écoute le même morceau, la
même chanson : May This Be Love. Jimmy Hendrix est
mort depuis déjà quatre ans, mais Yazid ne l’a appris
que depuis l’année dernière. Lorsque son ami Youcef lui
a prêté ce disque que sa sœur, hôtesse de l’air chez Air
Algérie, a ramené d’un voyage à Londres. Depuis, il l’a
gardé. Et il l’écoute. Sans se lasser. La chanson parle des
chutes d’eau. Ou, peut-être, de la chute du chanteur. Et
celle de Janis Joplin. Décédée la même année que lui.
Un autre trente-trois tours que Rachel, le professeur de
littérature française, lui fit découvrir. Cry Baby. Disparue
aussi, la même année que Jimmy. La chanson ne parle
pas d’amour, mais d’émotion. Celle qu’on ressent
lorsqu’on écoute Hendrix. Avec cette façon particulière
qu’il avait de jouer de la guitare. C’est une métaphore.
Hendrix compare aux chutes d’eau les larmes qui lui
viennent, sous l’effet de l’émotion, lorsqu’il écoute sa
guitare. Mais ce n’est pas juste que cela. Dans cette
chanson, Hendrix fait littéralement pleurer sa guitare.
Les phrases y sont courtes, mais fortes, car c’est la
guitare de Hendrix qui prend toute la place. Certains ont
cru y voir un hymne à la drogue, celle qui a emporté le
chanteur. Prématurément. Mais Yazid ne le pense pas.
C’est plutôt un hymne à la manière dont Hendrix joue
de la guitare. Il avait toujours cherché à approcher son
instrument de la voix humaine. Comme Vivaldi avec le
violon. Il avait cherché à l’approcher le plus de la voix
de l’opéra.
Yazid a appris que Jimmy Hendrix avait enregistré
cette chanson en une seule journée. Et ne l’avait jamais
rejouée. Elle résume le destin de ce grand chanteur. Le
destin des jeunes de ces années-là. Celui de Yazid, de
Youcef, et tous leurs amis, dont le monde, à peine
commencé, va bientôt mourir. Menacé par un autre
monde. Qui monte parallèlement. Et qui va submerger
le leur. Et les emporter. Comme une vague irrésistible.
Les mondes parallèles existent. Jusque-là Yazid en
connaissait deux. Celui des morts, et celui des vivants. Ceux
décrits par Carl Gustav Jung. Les deux mondes ne se
connaissent pas, mais ils communiquent entre eux. Par
des rêves ou des visions. Comme le lui raconta un jour
son ami Zine. La grand-mère de Zine, avant de mourir,
avait commencé à recevoir des visites. Dans la chambre
où elle était clouée au lit, le corps dévoré par la
gangrène, chaque jour, un proche disparu la visitait. Une
fois, c’était sa sœur. Une autre fois, son frère. Tous deux
pourtant morts depuis plusieurs années. Ils la
réclamaient. Ils l’appelaient. C’étaient les signes qu’ils lui
envoyaient. Elle avait été désignée pour les rejoindre. Pour
leur apporter les nouvelles du monde des vivants.
Quelques mois auparavant, elle était tombée dans la
cour, après avoir raté une marche. Fracture du col du
fémur. Une façon de mourir au-delà de quatre-vingts
ans, avait dit le père de Yazid, le Docteur M., qu’on
avait appelé à son chevet. Mais elle n’avait pas encore
quatre-vingts ans. À l’hôpital, on lui mit une sorte de
12 prothèse en fer qui lui dévora la hanche, et aggrava son
cas. Et c’est déjà attaquée par la gangrène qu’on l’a
renvoya chez elle. Plus d’espoir, avaient dit les
médecins. C’était une denrée rare, l’espoir, dans le pays.
Alors, ils préfèrent le réserver à ceux qui en avaient le
plus besoin. Comme les jeunes. Mais ces derniers en
doutent, car, d’année en année, ils se sentent envahis par
le désespoir. Les deux mondes parallèles existent, mais
ils s’ignorent.
Dans sa chambre, à l’écart du reste de la maisonnée,
Yazid a fermé la porte. Il allume une cigarette. Depuis
quelques mois, il fume. En cachette. Des Ilhem.
Mentholées. Il aime être seul. Il a la chance d’avoir une chambre
pour lui, isolée du reste de la maison. Une sorte
d’appartement qui ne communique pas avec les autres
pièces. Ainsi, il a l’impression d’habiter seul. À une
époque où des familles entières s’entassent à dix ou à
douze dans de minuscules logements, il se sent
privilégié. Loin de la pollution humaine. En bonne santé.
Physique et morale. Être en bonne santé signifie, pour la
plupart des gens, ne pas avoir de maladie, pas de bobo ;
la santé du corps en un mot. Mais qu’en est-il de la santé
de l’esprit ? N’est-elle pas à classer au même niveau que
celle du corps ? L’une des causes de la détérioration de
la santé de l’esprit, c’est la présence des autres. Non
seulement celle des hommes et des femmes que nous
côtoyons tous les jours, mais leur présence physique ou
virtuelle, à travers la télévision, le téléphone, le courrier.
Tout cela fait en sorte qu’il est pratiquement impossible
de pouvoir être seul, c’est-à-dire être soi-même. Et qui
dit ne pas pouvoir être seul dit ne pas pouvoir être libre.
« Tout notre mal vient de ne pouvoir être seuls », avait
13 déjà remarqué La Bruyère. Mais sans les autres,
comment faire valoir nos « propriétés » ?
L’amour, la haine, la colère, l’envie sont les propriétés
de la nature humaine. L’homme étant une partie de la
nature, il est par conséquent soumis à la même nécessité
que tout ce qui l’entoure.
Cependant, il n’y a pas de fatalité, et on peut
s’affranchir de ses servitudes. La philosophie, la
psychanalyse ou la religion peuvent nous aider en cela, en nous
donnant la lucidité qui nous manque. Pour affronter la
réalité. Et l’imagination, pour s’évader. La solitude
également.
Le fait de se retrouver avec soi-même, de se
questionner, de faire le point permet aussi de relativiser les
choses et de réajuster sa conduite envers soi-même, et
envers les autres. Les autres sont aussi les mots. Qu’ils
vous lancent comme des flèches, des balles de fusil. Ne
dit-on pas que la parole est comme une cartouche ? Une
fois sortie, impossible de la retenir. Alors pour se
protéger des autres, et de leurs bouches lance-flammes, il faut
les éviter. Dans sa chambre, Yazid se sent parfaitement
à l’abri. Hors d’atteinte. Hors cible.
Yazid avait aussi l’habitude d’écouter les chanteurs
français, comme Charles Aznavour. Ce fut d’ailleurs le
premier qu’il découvrit, quand il déménagea avec ses
parents à Annaba, au lendemain de l’indépendance.
Jusque-là, il n’avait jamais écouté de la musique
occidentale. Dans le cinéma Olympia, où il allait regarder les
films de Hercule et Samson, entre les séances et à
l’entracte, on mettait la chanson Et Pourtant. Dans cette
chanson, Aznavour avait une voix de ténor. Comme
celle de Pavarotti, que Yazid découvrira plus tard. C’est
d’ailleurs cette voix qui fit que Yazid aime l’opéra. Il
14 découvrit, par la suite, combien la musique classique,
que les Arabes appellent, à juste raison, la musique
mondiale, était intégrée dans les compositions des plus
grands chanteurs égyptiens. Ce que beaucoup de ses
compatriotes ignoraient. Évidemment avec la
suppression de l’enseignement de la musique et du dessin, dès
les premières années de l’indépendance, ils ne risquaient
pas de le découvrir. Pour les chrétiens, la musique fait
partie de la prière. Elle accompagne la messe. Elle serait
même la prière, pour certains. Alors que pour les
fanatiques musulmans, elle serait un péché, un blasphème.
Et dire que des gens ont été égorgés, en Algérie, dans
des faux barrages, parce que les terroristes ont trouvé
des CD dans leurs voitures !
Un jour, le professeur de français de Yazid donna
une dissertation sur le thème d’une chanson
d’Aznavour, Emmenez-moi au pays du soleil. La misère
serait-elle moins pénible au soleil ? Telle était la question.
Yazid, tout embrigadé par l’idéologie de l’époque,
répondit que non. Et que ce sont les impérialistes
occidentaux qui le prétendent, afin de maintenir les
populations sous-développées dans la résignation et
l’acceptation de leurs conditions misérables. Plus tard,
lorsqu’il découvrit la supercherie des politiciens du pays,
il eut vraiment honte de ses réflexions puériles.
La découverte de l’opéra vint avec la chanson La
bohème. Il adorait cette histoire d’amour et d’amitié dans
Paris, sous la neige et la froidure. Ni la faim, ni la
maladie, ne réussissent à tuer l’espoir. La fougue et la vitalité
de cette jeunesse, on la voit partout et à toute époque,
comme aujourd’hui, en Algérie. C’est l’opéra de Puccini
qui a inspiré la chanson d’Aznavour.
15 C’est en découvrant ce monde merveilleux de la
musique classique que Yazid fut persuadé que si Arthur
Schopenhauer avait connu Puccini ou Verdi, il n’aurait
jamais étalé ses états d’âme et son ennui de vivre sur
mille pages de son œuvre, Le Monde comme volonté et comme
représentation.
Écouter Mozart c’est comme écouter psalmodier le
Coran par Abdessamad. Yazid en écoutant l’air de la
comtesse dans Les Noces de Figaro se rappela la première
fois quand il vit le bonheur dans les yeux de son fils
alors que ce dernier avait les écouteurs collés aux
oreilles. S’étant rapproché de lui, il entendit pour la
première fois cet air de Mozart.
Plus tard, à Montréal, Yazid assista pour la première
fois à un spectacle d’opéra. C’était La Traviata, de Verdi.
Ce fut un spectacle prodigieux. Le drame, les voix, les
costumes, le décor, pour lui ce fut la découverte d’un
autre monde. Un spectacle complet qui l’avait mené très
loin, et lui avait donné des sensations jamais éprouvées
auparavant. C’est que la musique classique ouvre les
sens. C’est par elle qu’on peut atteindre les autres.
Éprouver de l’empathie. Avoir supprimé son
enseignement en Algérie a peut-être contribué à créer des
monstres.
Yazid remet la chanson de Jimmy Hendrix. Il pense à
sa mère. Et à leur prochaine rencontre. Va-t-il la
reconnaître ? A-t-elle changé ? Dans ses souvenirs, c’était une
belle femme, toujours élégante dans son tailleur bleu
marine. Les cheveux châtains, bien coiffés, comme les
Parisiennes dans les revues féminines. Mais ses
souvenirs remontent à ses cinq ans. Il y a très longtemps. Une
fois sa mère répudiée, son père avait brûlé toutes les
photos. Où elle figurait. Et tous les objets qu’elle avait
16 touchés. Il avait changé la chambre à coucher, et brûlé
le lit où elle avait dormi. Si bien que la maison n’avait
même pas gardé son ombre, ni son esprit. Mais son père
n’avait pas réussi à la chasser du cœur de Yazid. Il
pensait l’avoir fait. Il le croyait. Les premiers temps, alors
que Yazid réclamait sa mère, son père lui répétait qu’elle
était partie et ne reviendrait plus. Qu’il fallait l’oublier.
Ne plus en parler. Puis ce furent les menaces, lorsque
l’enfant insistait. Puis les coups. Alors Yazid comprit. Et
se tut pour toujours. Mais dans son cœur, sa douleur
demeurait profonde. Et chaque fois qu’il y pensait,
c’était comme un couteau dans la plaie.
Depuis qu’il sait qu’il va la retrouver, Yazid croit au
bonheur qu’il va rencontrer de nouveau, après toutes
ces années de vide.
17 *
Est-il possible de façonner son destin, d’être sûr que
le chemin qu’on a choisi, celui qui est tout au bout de
cette ligne rectiligne est le meilleur ?
Voilà le genre de question qu’on se pose à l’orée de
sa mort. C’est-à-dire lorsqu’il est déjà trop tard. Et
qu’on ne peut plus faire marche arrière, et refaire
d’autres choix, lorsqu’on est pris et que le destin, le
mektoub, ou le libre arbitre, appelez-le comme vous
voulez, se rit de nous.
C’est écrit par avance. Et il n’y a pas moyen
d’échapper à son destin. C’est comme un logiciel
implanté dans l’homme, dès sa conception, et qui évolue et
se perfectionne à mesure que celui-ci avance dans
l’existence. Avec le timing des évènements qui se
déclenchent comme prévu, tout le long de la vie. Maladie.
Accident. Rencontre. Yazid croit en partie au mektoub. Oui,
le programme informatique existe dans le corps, porté
notamment par les gènes. Mais pour ce qui est des
évènements de la vie, Yazid pense qu’il est possible de les
contourner, de se jouer d’eux. Car la vie est un mélange
de hasard et de destin.
Le mektoub, c’est lorsqu’une personne est assise
contre un mur, et qu’elle sait que le mur risque de
tomber, d’un côté ou de l’autre. S’il tombe de l’autre côté,

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