Ces années assassines

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Début des années 1990. Sierra Léone. Une terrible guerre tribale éclate. Commence alors une lutte armée entre le Front Révolutionnaire Uni et l'Armée de la Sierra Léone pour le contrôle du pays et de ses abondantes mines de diamants. Entre massacres et abus, intimidations et enrôlements de force, Jonah, jeune sierra léonais d'une dizaine d'années, nous relate son expérience au sein de la faction rebelle : sa mobilisation, sa formation militaire, la drogue et les crimes de guerre, mais aussi l'amour... Ce roman est l'histoire déchirante de cet enfant-soldat, de sa chute vertigineuse dans l'enfer des combats à son incroyable périple pour le salut de son âme et de son pays.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
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EAN13 : 9782296673229
Nombre de pages : 136
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Prologue Je vais vous conter mon histoire, l’histoire de mon enfance, l’histoire de mes années de souffrances et de combats au sein du Front Révolutionnaire Uni (Revolutionary United Front en anglais - RUF) de la Sierra Léone, l’histoire qui a modelé l’homme que je suis à présent… Le RUF était une faction armée de rebelles Sierra Léonais et Libériens menée par Foday Sankoh, individu très proche de Charles Taylor, lui-même responsable de la guerre civile qui éclata au Libéria en 1989. La rébellion entreprise par Sankoh était en quelque sorte une extension à la Sierra Léone de la guerre civile libérienne. L’objectif était, comme toujours, économique sur fond politique: le contrôle du pays permettant celui de ses abondantes mines de diamants. Quand je regarde un diamant aujourd’hui, je ne peux voir une pierre hautement précieuse et d’une pureté incomparable car je sens toutes les cicatrices de mon âme se rouvrir et une incontrôlable envie de crier pour tous ceux qui sont injustement morts durant cette guerre tribale à résonnance internationale (les pays développés étant les principaux acheteurs de diamants). Cette tuerie dura onze ans et fut responsable de l’exile de plus de deux millions de sierra léonais (principalement en Guinée) ainsi que de la mort de cent à deux cent mille individus dont beaucoup n’avaient pas dix-huit ans.
Je n’étais qu’un enfant… Un enfant converti en soldat… Un enfant forcé à perpétrer des actes d’une inimaginable cruauté… Un enfant dont l’âme si pure se gangrenait chaque jour un peu plus… Trop d’enfants sont encore de nos jours enrôlés dans des factions armées. En 2008, l’Organisation des Nations Unies a indiqué que cinquante huit organisations recrutaient encore de force des enfants pour les utiliser comme soldats et ce, dans treize pays sur trois continents. Ces malheureux voient leur existence détruite et porteront à jamais les stigmates de leur passé traumatique. Le temps est venu d’intensifier la lutte pour mettre un terme définitif à cette infamie et laisser les enfants être des enfants…
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1. On ne doit mettre son espoir qu’en soi-même. VirgileJe naquis en 1981 dans un village Mendé près de Daru, en Sierra Léone. Daru est une petite ville de la province de Kailahun à quelques centaines de kilomètres de la frontière avec le Liberia. Je naquis dans une maison délabrée au coin de la rue, sans fenêtre, sans porte, sans lit, sans vie... Les dix premières années de ma vie je les avaient passées là, à survivre l’enfer des débordements de violence de mon géniteur… Ce dernier faillit me tuer une fois déjà : alcoolique notoire, il tomba sur ma mère le jour où celle-ci m'accordait mon câlin annuel. Je reçus tous les coups de poings en pleine figure. Inutile de dire qu'il n'était pas question d'hôpital et que j'eusse même de la chance qu'on me procurât quelques soins au lieu de me jeter aux ordures pour recyclage. Ma mère, pauvre créature oubliée de tous, alternait entre cycle dépressionnaire et état de parfaite absence, végétant la plupart du temps perdue dans ses pensées ou dans le néant. Je me suis toujours demandé à quoi pouvait-elle songer, si toutefois tel était le cas. Peut-être était-elle tout simplement en « stand-by » intellectuel suite au traitement de guerre intensif que lui infligeait mon père dès qu'il en avait
l'occasion, c'est-à-dire presque tous les jours. J'y avais pensé, oui, j'avais pensé à m'évader, à m'enfuir, à me libérer de cette gangrène, à sauver ma peau de cet enfer terrestre ; mais il y avait Lili ma petite sœur âgée de deux ans qui ne pouvait compter que sur moi pour sa propre survie physique et mentale. Grâce à son jeune âge, Lili ne se rendait pas vraiment compte de notre situation à tous, mais elle ne tarderait pas à être confrontée à la réalité et je me devais de la protéger des atrocités environnantes. Partir avec elle? Impossible. Elle ne pouvait tout de même pas se nourrir de n’importe quoi, elle n'avait que deux ans! Bien que physiquement aliéné à cette maison et ses habitants, j'arrivais à m'évader le soir, quand tout le monde dormait et même quelques fois en pleine journée... Assis près d'une fenêtre sans verre, je partais à la conquête du monde, à la découverte d'îles sauvages et de civilisations perdues, de grandes villes et de richesses. Il est vrai que le retour à la réalité m'était insupportable au début, si bien que j'aurais voulu dormir tout le jour, mais il y avait Lili... Alors au fur et à mesure, je commençais à inverser l'ordre des choses: cette vie fantastique, je la vivais secrètement, intérieurement dans mes rêveries. Il me suffisait donc de devenir fiction... Je m'imaginais dans un de ces pays de tout et de rien où les filles se montrent librement mais où traverser hors des clous est défendu. Fascinantes sont les cultures si différentes de la sienne! Aux antipodes l'une de l'autre. Tout cela bien sûr, je le tenais du Grand Chef Paramount qui nous contait les récits fantastiques de ses voyages au bout du monde. Ses aventures, le Grand Chef nous les racontait tous les mardis lors de la grande réunion hebdomadaire du village. Les habitants, après avoir exposé leurs revendications, s'asseyaient en cercle autour de l'orateur. Une fois tout le monde installé, le silence se faisait et le Grand Chef commençait sa chasse aux mauvais esprits en saupoudrant
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