CES TERRES JAUNES ROMAN

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Ces terres jaunes, ce sont les terres de l'enfance, les terres âpres de l'Algérie où se sont rencontrés les deux protagonistes de ce récit pendant la guerre. Ce sont enfin ces terres qu'on "n'habitera pas toujours, notre délice" et que seule l'écriture, peut-être, permettra de réinvestir.ŠAntoine décide, à presque trente ans, d'arrêter de travailler pour se consacrer à l'écriture. Pendant une journée entière, il tente d'accoucher le sujet de son livre. Il y voit comme un jeu de miroirs où se bouscule tout ce qui lui parvient du dehors depuis l'aube jusqu'au crépuscule, les gens rencontrés la veille, les souvenirs de son enfance dans les Causses, l'Algérie et un mystérieux aspirant du contingeant rencontré à Constantine et ses propres rêves.
Publié le : mercredi 1 juin 2011
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EAN13 : 9782296464728
Nombre de pages : 120
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Ces
 
 
 
  
terres
 
 
  
 
 
 
 
 
 
jaunes
 
 
                                © L’Harmattan, 2011 5 7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris - http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-55081-0 EAN : 9782296550810
 
      
Géraud de Galard  
Ces terres jaunes  Soirée chez Madeleine Darnage ou une journée dans la vie d’Antoine     roman          
 
 
 
 
   à A. M. A.         
«Nous nhabiterons pas toujours ces terres jaunes, notre délice.» Saint-John Perse (Anabase VII)
                     Ce texte présenté à lautomne 1965 auxEditions de Minuit - avec la mention quelque peu provocante : « Pour un nouveau Nouveau roman » - a été entièrement réécrit au printemps et à lété 2000, mais en veillant à conserver au plus près le ton (lauteur avait 32 ans) et le contexte, notamment la proximité de la guerre dAlgérie et la référence littéraire quétait encore leNouveau roman.
 
 
Ce 11 juin 1965
             Chaque fois quil se mettait à sa table cétait la même chose ; il revenait toujours à la question, la seule qui importait pour lui en ce temps-là : le sujet de son livre. Ce nest pas quil commençait un livre nouveau dès quil sinstallait devant sa feuille mais il se retrouvait à chaque fois imaginant son héros en train de sinterroger sur le livre quil voulait faire Etrange exercice dun écrivain (disons plutôt dun apprenti écrivain) écrivant lhistoire dun écrivain qui ne parvient pas à écrire.  Jeu de miroirs accouplés par lequel, à force de faire reculer limage dans le tunnel des images successives, il parviendrait peut-être à animer un sujet figé Il sétait pris à méditer sur ce phénomène de deux miroirs se faisant vis-à-vis où lon se voit indéfiniment, de plus en plus petit, jusquà se perdre, comme si limage pouvait creuser les murs, plus que les murs, la maison, mais aussi la maison dà côté  des deux côtés -, toutes les maisons, les unes après les autres, comme un couloir étroit, de plus en plus étroit, long, infiniment long, beaucoup plus long, beaucoup plus étroit que la rue, se développant au-delà des rues, au-delà de la ville, de toutes les villes, cette image que donnent deux miroirs se faisant vis-à-vis dans la chambre, peut-être, au bout  mais lequel ? -, à
 
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lendroit où le reflet cesse dêtre discernable, où limage que lon aperçoit de soi-même peut être prise pour un autre, allait-il enfin découvrir quelque chose, quelquun ?  Le ciel, ce matin-là, était libre. Il y avait du soleil plein la chambre. Cétait depuis longtemps la première belle matinée et la fraîcheur de lair contenait déjà lannonce de la chaleur quil ferait tout au long du jour. La brise qui venait de la fenêtre ouverte lui ébouriffait les cheveux. Ceût été le bonheur avec un temps pareil si Antoine navait eu ce besoin (un vrai sentiment de nécessité) de sasseoir à sa table, cette conviction quil devait demeurer là, entre quatre murs, courbé sur sa chaise, dans cette position nécessaire comme on lui disait enfant que la posture de la prière est la condition indispensable à la prière même.  Depuis ce temps quil pensait quil écrirait, il fallait bien quun jour il se décidât à sy mettre pour de bon. Mais, cette décision, il la prenait dans la contrainte ; car il se contraignait à rester ainsi enfermé tandis quil faisait si beau à lextérieur, quil aurait pu aller sinstaller à quelque terrasse de bistrot comme autrefois où il ne connaissait pas bonheur plus grand que de prendre son café crème le matin tout en regardant le manège de la rue avec son cahier à portée de main, distrait par les gens qui passent, parfois provoquant un regard, soutenant plus longtemps lun dentre eux jusquà se remplir le cur dun dialogue quil jouait à prolonger bien après que ce regard, fugitif, mais si fortement insisté malgré la rapidité du passage, eût disparu. Il couvrait alors quelques lignes, comme pour se donner une contenance, parfois des pages du cahier.  Mais, sortir dès le matin comme les autres prennent le métro, ceût été compromettre tout le reste du jour, risquer deffaroucher linspiration, en tout cas leffort quil lui fallait faire pour se mettre à sa table une fois pris le café quil
 
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