CHAMBRES NOIRES

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Ils sont de tous âges et de toutes conditions ces hommes et ces femmes étranglés dans leurs solitudes, leurs angoisses ou leurs cauchemars.ŠNous les croisons tous les jours ces hommes et ces femmes dont les regards peuvent être des cris, mais que nous n'entendons pas. Au fond du silence et de la nuit, la lumière peut-elle encore scintiller ?
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296810648
Nombre de pages : 132
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Chambres noires
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55122-0 EAN : 9782296551220
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Chambres noires Nouvelles
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Du même auteur :
Essais : La Belle Epoque et son envers, éditions A. Sauret – 1980 en collaboration : Fenêtre ouverte sur le christianisme, éditions Durante – 1998 Poésie :Feux de pierre, éditions Librairie-Galerie Racine – 2002 Añjali, éditions Librairie-Galerie Racine – 2005
Sommaire Chape de plomb……………………….……… page 9 La machine à tuer…………………………….. page 17 Fatou……………………...……………….…. page 25 Le brouillard vert…………………………....... page 29 Putréfaction……………...………………….... page 37 Vincent, Natacha et moi………........................ page 43 Adrien Vandamme……………...……………. page 49 L’ultime blessure……...…………...…………. page 53 Asphyxie……..……………...……………….. page 59 Palmyre……..………………………...………. page 63 Le secret…....………………...………...……… page 69 Les dernières braises…....…………………….. page 75 Le vieux….………...………...……….............. page 79 Le petit marchand de fleurs…....……............... page 83 La seconde mort………………...…...………... page 89 Les cancrelats…....……………...…...………... page 97 L’homme du banc…....…………...…...…........ page 101 Le varan………….………...…...……….......... page 107 Lata…………………………………………… page 117
Chape de plomb Depuis la rue on ne me voit pas derrière mes rideaux. Je ne les savais pas aussi sales mais là, le nez dessus, ils m’imposent leur crasse qui me dérobe davantage encore aux regards. Une quinzaine de personnes s’amassent au pied de mon immeuble. Leurs visages sont graves, leurs gestes lents. Ils se comptent, interrogent les fenêtres pour s’assurer que tout le monde est bien présent. Mais oui vous êtes tous là, au grand complet, je suis le seul à manquer car la grippe me cloue au lit. C’est du moins ce que vous croyez. Moi, je ne sais pas ce que je dois croire. Ludo avait juste quinze ans et il est mort, voilà l’unique certitude. Pour le reste… Y suis-je vraiment pour quelque chose ? Le tragique résulte parfois d’actes anodins dont la légèreté suffit à mettre en branle une machine infernale. Je n’ai rien fait pour arrêter celle-ci. Le ciel anthracite promet un orage. L’air me manque, je me sens emmuré. Ces rideaux épais qui sentent le tabac froid, le fouillis poussiéreux de ma pièce… un relent de vieille tanière que j’ai l’impression de respirer pour la première fois. Peut-être l’émotion affûte-t-elle mes sens… ma bouche est toute râpeuse et il ne me reste plus une goutte de bière. J’aurais quand même dû faire mes courses hier soir mais je n’ai pas osé sortir car j’étais censé avoir la grippe. Je me suis juste permis, tremblant et emmitouflé, de remettre de l’argent au gardien pour contribuer à l’achat de la gerbe. On s’est tous cotisés mais c’est moi qui ai donné le plus. Après ce que j’ai fait, je devais bien cela aux parents de Ludo. Ils ne sont pas
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encore sortis mais la messe commence à dix heures alors qu’il est à peine neuf heures. Je veux les voir même si cela va me faire mal. C’est un entêtement stupide. J’aurais mieux fait de me lever de bonne heure pour partir en forêt avec Ganesh, il fallait fuir. Même ce courage-là m’a manqué. Je me suis réveillé presque comme d’habitude, replié sur de méchants rêves, le front moite et content d’être invisible derrière ma porte fermée à double tour. Je pense que toute ma vie j’ai vécu enfermé. Cloîtré dans mes fantasmes, nourri par mon égoïsme. Lorsque ma femme l’a compris elle m’a d’ailleurs quitté et je n’ai pas tenté de la retenir. C’était voici plus de quinze ans. Comme toujours en cas de revers, j’étais parti à Bombay, officiellement pour y rencontrer mes fournisseurs, en vérité pour m’aider à tirer un trait sur dix années de mariage. Ce ne fut pas très douloureux car Nicole m’accablait avec ses désirs d’enfant et de vie tellement conformiste. Je ne lui ai donné ni l’un ni l’autre. Je n’ai du reste jamais rien donné à personne alors aujourd’hui, à soixante-six ans, je me retrouve seul. J’espère qu’ils ne vont pas tarder à partir. Il n’était pas question que j’aille à cet enterrement. C’est un peu de ma faute si Ludo est mort et ce "peu", à la faveur de l’office religieux puis de l’inhumation, m’aurait broyé. J’aurais craint que ma culpabilité, si tant est qu’elle existe, fût écrite sur mon visage. J’ai hâte de sortir pour me noyer dans la vie et le bruit, pour boire une bière fraîche en me persuadant que ce malheur ne me concerne pas. Ça y est, voilà les parents de Ludo. Les groupes se défont, on entoure le couple, des mots s’échangent, surtout avec le père. Sa femme paraît voûtée, toute frêle dans son manteau gris trop serré. Elle marche aussi doucement qu’un vieillard. Le gardien arrive à son tour, des portières claquent, les unes après les autres les voitures démarrent. Je me sens soulagé
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