Changeline

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Victime d’un accident de voiture, Iris Dale meurt quelques jours plus tard à l’hôpital de Salem.
Une mort qui passe inaperçue, car une changeline, créature métamorphe, l’a remplacée. Sa mission : réveiller la magie quasi absente de ce monde et combattre les créatures malfaisantes qui tentent de l’envahir.
Cette substitution ne va pas sans problèmes dans la vie familiale et scolaire “d’Iris Dale”.
Les choses se compliquent pour la métamorphe quand elle commence à éprouver des sentiments pour Sam, un élève du lycée.
Les lois d’Elfirie, monde d’origine des êtres magiques, sont pourtant formelles : un changelin n’a pas le droit de tomber amoureux.
Il lui faudra choisir entre son devoir et son cœur.
Sam l’acceptera-t-il sous sa véritable identité ? Pourra-t-elle vivre cette vie humaine comme elle le souhaite ?
Publié le : lundi 24 octobre 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026207344
Nombre de pages : non-communiqué
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Mélusine Chouraki

Changeline

 


 

© Mélusine Chouraki, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0734-4

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Internet : www.librinova.com


 

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“Oh ! Kitty ! Ce serait merveilleux si on pouvait entrer dans la Maison du Miroir ! Faisons semblant de pouvoir y entrer, d’une façon ou d’une autre. Faisons semblant que le verre soit devenu mou pour que nous puissions passer à travers.”

Ce qu’Alice trouva de l’autre côté du miroir
– Lewis Carroll

 

Prologue

 

Rien ne bougeait dans la pièce, excepté la poitrine de la jeune fille allongée sur le lit.

Un bandage entourait son pâle visage, une perfusion était reliée à son bras droit. Un “bip” résonnait régulièrement, tandis que les machines affichaient les fonctions vitales de la blessée sur un écran de contrôle.

La porte de la salle de bains attenante s’ouvrit, sans que rien ni personne ne l’ait poussée. La glace au-dessus du lavabo se troubla. Le porte-peignoirs, l’armoire de toilettes et la cabine de douche qui s’y reflétaient disparurent, noyés dans une substance laiteuse qui finit par se dissiper, révélant une silhouette humaine, enveloppée d’un manteau gris sombre. Derrière le personnage, s’étendait un paysage terne et aride : poussière et rocaille à perte de vue.

L’homme tendit le bras comme pour s’assurer de cette frontière impossible entre les deux mondes, mais à peine toucha-t-il la surface que son corps s’écoula, tel un liquide, à travers le miroir, pour se matérialiser à nouveau en une forme solide de l’autre côté.

Il retira vivement la main pour rompre le contact avant que le même processus ne s’effectue en sens inverse.

Le visiteur promena son regard sur la pièce. Il prit une profonde inspiration, comme s’il cherchait à s’accoutumer à la différence d’atmosphère. Dans cet air épais, humide, chaque respiration était un effort. Cela passerait. Il n’en était pas à son premier voyage.

Il pénétra dans la chambre, s’approcha du lit où reposait la malheureuse qui oscillait entre la vie et la mort. Quoi qu’en disent les machines, il savait qu’elle n’en avait plus pour longtemps.

Lentement, il passa la main au-dessus du visage tuméfié de l’adolescente. Une brume bleutée s’en échappa peu à peu, flotta un instant, indécise, puis vint s’accrocher à ses doigts. Il la regarda palpiter. Elle était faible, mais nettement perceptible pour ses sens magiques.

— Tu peux venir, tout est prêt, dit-il à la présence qui se tenait de l’autre côté du miroir.

Une deuxième personne, vêtue d’une cape et d’une robe de la même couleur terne que l’homme, se matérialisa dans la salle de bains. Plus petit que son compagnon, ce nouveau venu ôta sa capuche, révélant le visage d’une fille au teint pâle. Deux oreilles pointues dépassaient de sa longue chevelure blanche. Elle entra dans la chambre, puis vint se poster devant la malade.

Les pics de la courbe du cardiogramme s’espacèrent pour finalement disparaître. Bientôt, l’écran n’afficha plus qu’une ligne droite. Le “bip” cessa, faisant place à une sonnerie aiguë.

L’étranger ôta les tubes et les électrodes reliant le corps sans vie aux machines, et le prit dans ses bras.

Il fit un signe de tête à sa complice qui s’approcha de lui, puis il lui offrit le pâle brouillard bleu qu’il avait extrait de la moribonde. La fille aux cheveux blancs le recueillit dans ses mains. Au contact de ses doigts, la brume s’étira, tourbillonna autour d’elle jusqu’à l’envelopper complètement. Lorsqu’elle se dissipa, l’étranger sourit. Une réplique parfaite du corps qu’il tenait dans ses bras lui faisait face.

Satisfait, il se dirigea vers le miroir et toucha la glace. Il réapparut de l’autre côté, chargé de son précieux fardeau.

Il avait fait l’échange. La suite était entre les mains du destin.

 

Chapitre 1
Renaissance

 

J’avais attendu ce moment si longtemps.

Hier encore, j’étais une habitante d’Enh Uyl, province du royaume d’Elfirie. Province est un bien grand mot, car c’est une terre inhospitalière dont la faune et la flore ont disparu il y a des millénaires. Le genre de choses qui arrive lorsque les dragons ne prennent pas soin de leur monde. Aujourd’hui, elle sert de refuge aux changelins, ces créatures magiques issues de l’union impure entre deux races.

La loi interdit aux habitants d’Elfirie de s’accoupler avec ceux qui ne sont pas de leur peuple, car cela donne naissance à des êtres hybrides dotés du don de métamorphose.

Je suis un changelin, fruit de l’amour d’un elfe et d’une nymphe. Je sais peu de choses de mon père, même si j’ai hérité de sa capacité à me fondre dans un décor afin de me soustraire à la vue d’un ennemi. Pourtant, cela ne me fut d’aucun secours face à des elfes qui parvinrent à déjouer mon camouflage féérique. J’ai aussi le don de respirer sous l’eau comme ma mère, Anathéa. Toute mon enfance, j’ai vécu avec elle dans un lac de Peu’rl Uyl, territoire des sirènes et des nymphes.

Les elfes savaient que mon père avait eu une aventure avec une créature des eaux. Certains fermèrent les yeux sur ce sacrilège, mais quand le secret de mon existence fut dévoilé à la cour d’Arn Yg Zaal, la garde royale se mit en chasse pour attraper les coupables : ma mère, cette maudite étrangère qui avait corrompu un prince de sang elfique, et moi, rejeton bâtard de cette union.

Ils sondèrent chaque recoin du lac, chaque grotte sous-marine. Ma mère et moi fûmes capturées dans des filets, puis tirées sur la terre ferme. À peine sorties de l’eau, nous fûmes séparées.

Ma mère fut emmenée dans une lande sablonneuse au sud d’Elfirie. Là, sur un promontoire rocheux qui surplombait les dunes, ils l’attachèrent à un vieil arbre desséché. Une nymphe ne pouvait vivre longtemps sur la terre, elle devait rester en contact avec l’eau. À mesure que le soleil était monté dans le ciel, la malheureuse avait enduré une lente agonie sous les rayons brûlants de l’astre impitoyable. Elle était morte au crépuscule, en murmurant mon nom si j’en crois mon maître, face à un magnifique coucher de soleil.

Quant à moi, les gardes m’emmenèrent toujours plus loin vers le sud, à Enh Uyl, en ignorant mes cris et mes pleurs. J’étais trop jeune pour comprendre que j’avais réchappé de peu d’une fin atroce. La séparation d’avec ma mère me paraissait le pire des châtiments. Pourtant, selon la loi d’Elfirie, la sentence à mon encontre était sans appel : la mort. N’étant qu’une enfant innocente, j’aurais bénéficié d’une certaine clémence : plutôt que de m’attacher à un arbre en plein soleil, on m’aurait simplement jetée du haut d’une falaise.

Depuis quelques années, les conseillers royaux avaient adopté une nouvelle politique. Sous le harcèlement de mes questions, mon maître avait tenté de m’expliquer cette indulgence qui me sauva la vie. Mais les raisons qu’il donnait variaient selon son humeur. La rareté des naissances en Elfirie. Quelqu’un avait jugé idiot de gâcher nos capacités de métamorphe. La reine des elfes, réputée trop douce, avait intercédé auprès du roi pour qu’on mît fit fin à ces pratiques barbares. Les membres du Conseil, après avoir folâtré avec des créatures d’autres espèces, voulurent sauver leur progéniture en abolissant la peine capitale… J’ai fini par comprendre que tous ces évènements avaient contribué. Ne faut-il pas plusieurs sources pour nourrir un fleuve ? Toujours est-il que le Conseil décida d’exiler les changelins plutôt que de les exterminer.

Mon père, noble de haut rang à la cour des elfes, ne s’était jamais manifesté dans ma vie. Le plus douloureux pour moi fut d’apprendre qu’il n’avait rien fait pour prévenir ma mère de l’arrivée des gardes.

Plus tard, lorsqu’ils m’abandonnèrent à mon triste sort dans le désert inhospitalier d’Enh Uyl, j’ai erré sans but. J’étais terrorisée.

C’est un passe-miroirs, un mage originaire de Wy’dj Uyl, la terre des sorciers, qui m’a trouvée, roulée en boule et grelottant dans une crevasse. Il avait un physique humain et il arborait son éternelle tunique grise sous une cape de la même couleur. Je ne l’ai jamais vu porter d’autres vêtements. Malgré la sévérité qu’affichait constamment son visage, ses gestes étaient doux et attentionnés. Tout comme moi, il était seul et n’avait pas de nom, juste un pouvoir et un rôle à jouer. De cette ressemblance naquit notre affection mutuelle.

C’était lui, mon passe-miroirs, qui m’avait raconté cette histoire, un conte bien cruel pour l’enfant que j’étais. Mais comme il disait souvent : “Pas de liberté sans vérité, pas de pouvoir sans savoir.”

Il m’enseigna comment maîtriser mon don de métamorphose, l’art de franchir les miroirs, comment donner la mort ou la vaincre, et tant de choses sur le monde où j’avais vu le jour et d’autres que je rêvais de visiter.

Durant des mois, j’ai observé les humains à travers la surface vitrifiée des roches d’Enh Uyl, car celles-ci communiquent avec leurs miroirs. Mais ce n’était pas comme si je vivais parmi eux… jusqu’à ce que mon maître m’appelle au chevet d’une mourante.

Je me suis avancée jusqu’au lit de la jeune fille. Avec une invocation puissante, le maître lui vola sa mémoire, juste avant que l’âme ne quitte le corps.

En absorbant ce fragment de vie, j’ai éprouvé un choc, comme si j’étais frappée par la foudre. J’ai ressenti le besoin impérieux de prendre forme et, tandis que je fusionnais avec ces souvenirs d’un passé tourmenté, je changeai, changeai, changeai…

Ainsi, je naquis une seconde fois, moi le changelin, destiné à devenir une humaine.

À mesure que je découvrais ma nouvelle apparence, je fus envahie par une foule de sensations inattendues. J’avais la bouche sèche et un mal de tête que je m’efforçai de dissiper. J’entendais mon cœur battre à un rythme plus lent dans ma poitrine, tandis qu’elle se soulevait et s’abaissait. L’air entrait dans mes poumons. Ils avaient perdu leur capacité à filtrer l’eau. Je palpai ma chevelure : plus longue, plus fournie, moins soyeuse, presque une crinière. Mais surtout, je sentais palpiter en moi des émotions que je n’avais éprouvées qu’à de rares occasions dans mon ancien monde : anxiété, chagrin, irritation.

La métamorphose terminée, je peux dire que j’étais devenue tout ce qu’il y a de plus humaine.

Les souvenirs que le passe-miroirs avait prélevés sur la mourante faisaient partie de ma conscience. Hélas, il n’en restait pas suffisamment. Ma vie d’emprunt était incomplète, fragmentaire. J’avais quelques réminiscences de ces trois dernières années, mais il me manquait tout un pan de l’enfance. Et la plupart des images dont je disposais étaient trop sombres ou trop floues, comme un film dont les bobines auraient été endommagées.

Lors de l’accident de voiture, la malheureuse jeune fille avait traversé le pare-brise, avant d’être projetée à plusieurs mètres de son véhicule… C’était peut-être la cause de cette amnésie partielle.

Je fis l’inventaire des éléments dont je disposais : Je m’appelle Iris Dale. J’ai seize ans et demi. Je suis née le 25 mai 1999 à Duluth, dans le Minnesota. Je suis en première année au Salem High School, dans l’état du Massachusetts…

Par le feu des dragons ! Ses résultats scolaires étaient catastrophiques et elle ne comptait plus les colles ni les visites au bureau du proviseur. Cerise sur ce gâteau indigeste, elle avait rompu de façon dramatique avec son petit-copain Sean, juste avant l’accident. Quant à ses relations avec ses parents, elles étaient faites d’accrochages qui tournaient souvent à la dispute.

Je fis la grimace. Son caractère rebelle ne me plaisait guère. J’aurais du mal à m’adapter à cette nouvelle vie. Je m’attendais à m’installer dans une existence tranquille, agréable, et je me retrouvais sur un champ de bataille. Mais c’était désormais ma vie ! et je devais faire avec. Et puis, soyons honnêtes, ça ne pouvait pas être pire que le désert d’Enh Uyl, sans parler d’être jetée du haut d’une falaise.

D’après mon maître, certains conteurs humains de jadis évoquaient des créatures appelées “changelins” : leurs mères, elfes ou fées malveillantes, échangeaient leur progéniture démoniaque contre des enfants terrestres qu’elles emportaient avec elles, pour les ramener des années plus tard ou les garder à jamais. Y avait-il une part de vérité dans ces légendes ? Les elfes nous avaient-ils condamnés, ma mère et moi, pour des crimes commis par leurs ancêtres ? Cette idée m’avait inquiétée : je craignais d’être persécutée en ce monde comme je l’avais été dans l’autre.

Mon maître m’avait rassurée avec cet argument douteux :

— Aujourd’hui, tu ne risques rien, car ce monde a changé. Les gens ne croient plus en vous.

À bien y réfléchir, je préférais être prise pour un démon plutôt que pour une légende.

Cette jeune humaine était ma mission. Ce ne serait pas facile, car j’ignorais ce qu’Iris voulait faire de sa vie. Je n’avais qu’une vague idée de ce qu’elle avait ressenti à certains moments. Les instants précédant l’accident étaient confus, mais j’y trouvai deux sentiments dominants : le chagrin et la colère.

Sang et noyade ! À peine je commençais d’interpréter ce nouveau rôle que le trac me prenait à la gorge. Je m’apprêtais à aller devant la glace pour appeler le passe-miroirs, lui dire que j’avais besoin d’autres renseignements sur cette humaine, mais je n’en eus pas le temps.

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