Changer de vie, changer de langues

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Comment rendre compte par la parole de son parcours de vie et de son plurilinguisme, de sa migration, des choix et non - choix en matière de langues ? Quelle analyse adopter, quelle analyse adopter, quelle position assumer, comment restituer ces paroles et en proposer une lecture lorsqu'on est chercheur en sciences du langage. A travers ce travail qui donne à lire des récits de vie de migrants maliens vivant tous depuis vingt ou trente ans à Marseille, ces questions ont été abordées, et une approche est présentée.
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
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EAN13 : 9782296353862
Nombre de pages : 318
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CHANGER DE VIE, CHANGER DE LANGUES
Paroles de migrants entre le Mali et Marseille

Espaces Discursifs Collection dirigée par Thierry Rlllot
La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels. ..) à l'élaboration / représentation d'espaces qu'ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires,. .. - où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne - au-delà du seul espace francophone - autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance; elle vaut également pour les diverses variétés d ~une même langue quand chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus largement encore aux faits relevant de 1 évaluation sociale de la diversité
~

linguistique.

Jean-Michel ELOY (sous la dir.), Des langues collatérales :Problèmes linguistiques, sociolinguistiques et glottopolitiques de la proximité linguistique (Volume I et II), 2004 M.A. AKINCI, J.J.DE RUITER, F. SAGUSTIN, Lyon,2003. Michael A. MORRIS (sous la linguistiques canadiennes, 2003. LANDICK 2003. direction Le plurilinguisme de), Les politiques à

Marie (éd.), La langue française dentité langagière

face aux institutions,

LEE Nam-Séong, éditorial), 2003.

du genre (Analyse du discours

ELOY Jean-Michel, BLOT Denis, CARCASSONNE Marie et LANDRECIES Jacques, Français picard, immigrations (une enquête épilinguistique) , 2003.. MARCELLESI Jean-Baptiste, BULOT Thierry, BLANCHET Philippe, Sociolinguistique (épistémologie, langues régionales, polynomie),2002.

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6102-X EAN:9782747561020

Cécile VAN DEN AVENNE

CHANGER DE VIE, CHANGER DE LANGUES
Paroles de migrants entre le Mali et Marseille

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37
10214 TOl'ino

ITALIE

Je tiel1s à rel11ercier pour ce travail: Le docteur DOl1111bia, atigui et Kal1i Diakité, Dall10l1 et S Rokia Coulibaly, Sidi et Nél1é Traoré, ainsi que toutes les perSOl111es 111' accueillie chez elles dural1t l11es qui ont enquêtes à Marseille, 111' 011tinvitée aux fêtes, 111' 011tdOll11éde leur tel11ps. ..I ren1ercie tous ceux qui à une étape ou l'autre de ce e travail, 011trelu, critiqué, suggéré.

INTRODUCTION
L'Ï1n1nigration venue d'Afrique sub-saharienne est l'une des plus récentes en France. D'origines nationales diverses, constituant un ense1nble sociale1nent très hétérogène, les Inigrants d'Afrique subsaharienne restent assez Inal connus. Depuis quelques années, l'opinion publique française, façonnée par les 1nots, les Ï1nages, les événeInents ln is en avant par les Inédias, a construit une Ï1nage stéréotypée de l'iIn1nigré africain autour de l'ethnonY1ne Malien, à partir essentiel1elnent de trois faits: «Un cha1ier pour le Mali» (expulsion en cha1ier de 102 Maliens, en 1986, à l'instigation de Charles Pasqua), «Les Maliens de Vincennes» (1992), «Les sans-papier de SaintBernard» (1996) auxquels s'ajoutent les différents procès d'exciseuses « Inaliennes ». Les Maliens sont réduits à cette Ï1nage de «clandestins», aux pratiques inassÎ1nilables. Paral1èlelnent, COlnlne en contre-point, on voit apparaître dans les rayons «littérature de voyages» ou «photographies» des librairies, nOlnbre d'ouvrages sur le Mali, les Maliens, ici et/ou là-bas, télnoignant d'un autre type de rapport, d'un autre type de représentation: celui de la fascination. Cette fascination selnble le lot des happy felv, tandis que la stig1natisation est le propre du grand public. Ces Maliens, stiglnatisés COl11IlleÎ111migrés ici, objet de fascination pour les voyageurs là-bas, ont un rappoli indéniable avec notre histoire nationale, COlnIlle d'autres peuples, hier colonisés par la France, aujourd'hui, par un retour de balancier, venant y tenter leur chance (ainsi avant eux les Algériens). Pour un Malien tenté par l'é1nigration, la France est un horizon «naturel», qui va de soi; pour les institutions françaises, l'iIll1nigration lllalienne est un problè1ne. Le Malien au Mali, surtout celui qui a été scolarisé en français (la langue officiel1e), qui a étudié l'histoire de France et la littérature française au lycée, en sait souvent plus long sur la France que le Français n'en sait sur son pays. S'il n'a pas été scolarisé, la télévision nationale Inalienne diffusant largel11ent les Î111agesdes chaînes françaises, il est au courant de ce qui fait l'actualité ici. Il aura vu notaIlllnent les Î111agesdes «Maliens de Vincennes» ou des «sans-papier de Saint-Bernard». COlnIlle le dit une des felnlnes Î1111nigrées rencontrées: «Je connaissais déjà la France sans y pénétrer dedans [...] on avait d~jà la télévision - les radios - les journaux et tout» (8intou Coulibaly). Le Mali fait paliie de l'enselnble des pays fi4ancophones. Mêlne s'il est peu parlé par l'enselnble de la population, le français est au Mali langue officiel1e et langue d'enseignelnent. Le choix par les dirigeants des Etats

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Introduction

nouvel1elllent indépendants de l'Afrique sub-saharienne du français COllllne langue officielle est une conséquence directe des choix linguistiques faits par la colonisation: toute l'adlninistration coloniale française s'est faite en français (à la différence, par exelnple, de la colonisation al1elnande puis britannique en Afrique de l'Est qui a fait le choix du swahili C0111111e langue d'adlllinistration ~ la Tanzanie indépendante a pu alors choisir le swahili COll11nelangue nationale). SYIllboliquel11ent,le français est la langue de l'ancien colon, lnais il est égalel11entla langue dans laquelle s'est faite l'Indépendance, et la langue de la Illodernité. C'est ce rappoIi cOlnplexe du Mali à la France, du Mali à la langue française, qui a tout d'abord guidé Ina recherche, à travers une envie de connaissance, dépassant stiglnatisation et fascination.

CHAPITRE PRELIMINAIRE
Des Maliens de langue bambara à IVIarseille Les études socio-anthropo logiques pOliant sur les Maliens en France s'attachent essentiel1elnent à la population soninké, 111ajoritairedans la Inigration (QuiIninal, 1991). Il en est de Inêlne des études sociolinguistiques, qui, par ail1eurs, sont rares 1. D'autres populations Inaliennes, aux caractéristiques sociologiques différentes, sont présentes dans la Inigration et sUliout représentent d'autres enjeux sociolinguistiques dans la Inesure où ces populations, en l' OCCUITence, parlent balnbara. Si le fi4ançaisau Mali est langue officielle, le balnbara est la grande langue véhiculaire, il tend à devenir, dans les représentations et dans les pratiques cOlnlnunicatives, la langue nationale. Ce sont ces Inigrants, Maliens de langue balnbara, que j'ai choisi d'étudier. La population Inalienne est sUliout présente, et «visible», en région parisienne (Montreuil, en banlieue est de Paris, est parfois nOlnlné «Balnako-sur-Seine») et en Seine-MaritiIne. J'ai Inené Ines enquêtes dans une grande ville d'iInl11igration,Marseil1e, Inais où la population Inalienne est une population Ininoritaire, échappant ainsi en quelque sOlie à la stiglnatisation de proxÏ1nité. Les conditions d'enquête s'en sont trouvées facilitées2. Le plurilinguisme migrant

En France, pendant longtelnps, les études linguistiques sur les Inigrants ont pOlié principalelnent d'une pali sur les enfants de lnigrants (priIno-an4ivants ou «deuxièlne génération»), et d'autre pali sur l'acquisition de la langue-cible (par les enfants, en situation scolaire, ou par les adultes priIno-aITivants, en situation d'apprentissage infonllel). L'essentiel des études pOlie donc sur la « deuxièlne génération ». La scolarisation est un enjeu politique et social iInportant pour l'intégration des enfants de migrants. Or l'institution scolaire véhicule l'idée que le
1 Le seul ouvrage approfondi est la thèse de Fabienne Leconte, portant sur la deuxièlne génération issue de la Inigration africaine. Les populations Inaliennes étudiées sont les populations soninké et peul (Leconte, 1996). 2 En 1995, pour une pré-enquête, j'avais Inené des entretiens biographiques auprès de Maliens dans la lutte des « sans-papiers» de l'église Saint-Bernard. Les paroles recueillies à Marseille sont détachées de ce cliInat de lutte et de revendication, et laissent apparaître le quotidien ordinaire.

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Chapitre préli1ninaire

bi1inguisn1e des enfants de ]nigrants est un handicap expliquant leur échec scolaire. Les études de type psycholinguistique ont pour but essentie11e]nent de répondre à ce préjugé (voir par exen1ple les travaux de F. François, G. Vennès, M. LapaITa). E11es lnettent en luI11ière nota]n111ent les problè]nes liés à la ]ninorisation linguistique, au «bilinguislne interdit ». Des études sociologiques et sociolinguistiques sur les représentations qu'ont les enseignants du bilinguisllle de leurs élèves viennent co]npléter ce type d'approche. E11es ]l1ontrent égalelnent que le bilinguis]ne reste un attribut d'élite, propre aux classes 111oyennes, et qu'il est ]nal perçu en ce qui concerne les populations i111]11 igrées (G. ValTo, 1990). Celiaines de ses études peuvent avoir CO]n]11edéfaut de trop se focaliser sur la langue-cible. L'ouvrage de C. Deprez fait un état des lieux des études nlenées sur ces enfants (Deprez, 1994). EUe y écrit: «Leur bilinguisJ11e, sans cesse évoqué, sera tronqué car les évaluations ne porteront que sur leurs pelforJ11anCeS dans la langue dOJ11Ïnante, négligeant tout un pan de leur répertoire et de leurs c0171pétences. L'autre langue est celle qu'on invoque toujours sans l'étudier ;aJ11ais» (Deprez, op. cil. : 32). Avec l'intérêt qui naît, dans les années 70-80, pour ce qu'on appelle «l'interculturel» et plus précisélnent, en linguistique, pour les pratiques langagières, des études vont se consacrer aux pratiques des ll1igrants dans les deux langues. Les travaux du Centre de didactique des langues de Grenoble nota]l1lnent et sUliout ceux deL. Dabène et J. BiUiez télnoignent de cette préoccupation. Ces études s'attachent sUliout à décrire des «parlers bilingues» à la fois dans le cercle falnilial et dans des groupes de jeunes3. La langue d'origine est ici envisagée CO]nl11epa]iie du répertoire linguistique (lGu]nperz) du locuteur bilingue et ce que l'on cherche à voir est la façon dont le locuteur util ise ce répe]ioire (en alternant les langues, en réservant l'utilisation de l'une ou l'autre à telle ou telle fonction, ou au contraire en ]nélangeant). Il reste que la première génération ]nigrante reste très peu prise en co]npte par la recherche sociolinguistique. De Inê111e que l'on a pu longtenlps penser que les lnigrants n'étaient que de passage, les pratiques linguistiques de la prelnière génération n'étaient pas prises en cOlllpte, celle-ci étant en quelque sOlie considérée CO]l1lnesacrifiée. Or, puisque la falnille est la prelllière instance socialisatrice, on ne peut cOlnprendre la deuxièlne génération si l'on ne cOlnprend la pre111ière. Pour cette raison, j'ai choisi de travaiUer sur la prelnière génération, les pères et les lnères, ceux qui ont é]l1igré /iInlnigré.

3 Dabène, Billiez, 1984.

Chapitre prélin1inaire

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Terrain et démarche
Les entretiens ont été lnenés sur une période d'une année en 19961997 auprès de 15 personnes toutes originaires du Mali et vivant à Marseille. J'ai fait leur connaissance grâce à un n1édecin d'origine lnalienne, iInpliqué socialelnent et politiquelnent dans la COlTIlnUnauté lnalienne de Marseille. Il n1'a ouvert son carnet d'adresse et ln'a fait rencontrer trois falnilles. Chacune de ces falnilles ln' a ensuite recoInInandée auprès d'autres falnilles alnies. Elles font donc toutes partie d'un réseau de connaissance. Je Ille suis toujours présentée COllllne étudiante en linguistique travaillant sur le balnbara et lnenant cette recherche en vue de l'obtention d'un diplô]ne. Cela restait donc finalen1ent dans le dOlnaine du « privé », ce que traduisaient les gens avec qui j'ai 111enéces entretiens en disant: «C'est Ï1npoIiant pour toi, on va t'aider». Cela ]11'a pennis d'instaurer une relation qui a pu devenir très personnelle. Les entretiens ont eu lieu au dOInicile des personnes rencontrées, ce qui n'exclut pas la présence d'autres personnes, les enfants en bas âge notal11Inent, la télévision alluInée, le téléphone qui sonne... En revanche, cela pennet de diIninuer certains aspects forInels de la situation d'entretien par la présence du cadre fal11ilier. Celiaines felnlnes In' ont accueillie et parlé en poursuivant une tâche n1énagère (cuisine, repassage... ). Ces entretiens sont des entretiens biographiques: la consigne était de raconter sa lnigration depuis le dépali du Mali jusqu'à lnaintenant. Les questions orientent dans ce sens. Par ailleurs, ces entretiens avaient une théInatique linguistique forte~ qui pouvait venir « d' elle-Inêlne », dès lors que je ln' étais présentée COlnlne étudiante en linguistique. J'ai Inené des entretiens de durées inégales et dans des conditions différentes à chaque fois. Celiains entretiens sont des tête-à-tête, d'autres des entretiens auxquels ont pris pali plusieurs locuteurs (entretien avec plusieurs lnelnbres de la falnille dans un cas, entretiens de couple, entretien collectif qui a pris l'allure d'une «causerie »). Dans l'un et l'autre cas surgissaient des élélTIents intéressants, différents et cOInplé]llentaires. J'ai, en Inoyenne, ]nené deux entretiens avec chaque personne, parfois plus quand il s'est avéré que davantage de telnps était nécessaire pour que la parole surgisse U ainsi lnené quatre entretiens 'ai avec SaliIn Bouaré). Dans deux cas, plus «difficiles», je n'ai lnené qu'un seul entretien. Le tout représente un corpus d'environ trente heures d'em'egistreInent. Pour rendre con1pte de Illanière pertinente des paroles singulières recueillies, une connaissance de l'univers social dans lequel elles s'inscrivent était nécessaire: «c'est uniquel11ent quand elle s'appuie sur

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Chapitre préli111inaire

une connaissance préalable des réalités que la recherche peut faire surgir les réalités qu'elle entend enregistrer» (Bourdieu, 1993: 916). Ainsi, tout au long de I11a recherche, la connaissance du terrain par l'observation participante (activités quotidiennes, courses en ville, repas, discussions falnil iaIes, paI1icipation à des fêtes) a fOI1enlent aidé à la I11enée et à la conlpréhension des entretiens, de 111ênlequ'en contre-point, les séjours et observations Inenées au Mali4. Il s'agissait dans ce cas de « tenir les deux bouts» de I'histoire lnigratoire, et de ne pas perdre de vue que ces individus Inigrants sont à la fois élnigrés et inllnigrés. L'entretien, une interaction

Tout entretien est une interaction sociale 111enée avec un chercheur. Les questions posées peuvent orienter le récit, selon qu'elles sont plus ou moins neutres ou personnelles. De plus, toutes les connaissances qu'a le chercheur, sur d'autres histoires I11igratoires, sur le pays d'origine, influent sur la conduite du récit. La connaissance s'affinant, les preInières interactions ne sont pas conduites de la 111ênle nlanière que celles qui suivent, ce11aines questions, cel1aines reI11arques, sont induites par des récits précédelnlnent recueillis. En ce qui concel11e l'enquêté par ailleurs, le «choix» des événelnents racontés n'est pas toujours conscient, il est bien souvent induit par la situation d'entretien, « cadre social particulier dans lequel une partie de la "171é1710ire" sujet (de ses expériences, de ses pratiques...) va pouvoir du s'actualiser» (Lahire, 1998 : 92). En effet, « les expériences évoquées par l'enquêté, la J11al1Îère dont il en rendra C0/71pte, les expériences intentionnellelnent tues COJ1llnecelles qui, inconscie1711nent, ne pourront apparaître, tout cela dépendra de la .fOrJ11e J11ê171e prendra la relation que sociale d'entretien qui constitue une sorte de filtre «décidant» du dicible et de l'indicible [...] » (ibid. : 93). En l'occurrence, le face-à-face iInposé, hOI11111e-feInIne ou feInIne-feI11Ine, a pu détenniner le choix des événeI11ents racontés, je In'efforce d'en tenir cOInpte. La langue {l'entretien

J'ai l11ené les entretiens en français. La conduite d'entretiens en français avec des gens dont ce n'est pas la prenlière langue n'est évidelnl11ent pas neutre. En effet, si l'on postule une ce11aine organisation fonctionnelle et sYI11bolique du répeI10ire linguistique de l'individu plurilingue, il faut adl11ettre que le choix d'une de ces langues place

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Où j'ai rencontré~ en transpoliant

courrier,

paquets,

argent, des membres

des

familles installées à Marseille. J'ai par ailleurs séjourné avec une falnille dans sa maison à Ségou, lors de vacances passées au pays avec leur fille cadette, pendant l'été 1998.

Chapitre préli1ninaire

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l'entretien dans un certain cadre~dans un dOlnaine de référence détenniné. Parler en fi4ançais en France avec des nligrants Inaliens place d'elnblée l'entretien dans le cadre de référence du pays d'accuei1. Les façons de dire, les sujets abordés n'auraient pas été les 111êlnes baInbara (ainsi Sybille en de Pury traitant de l'utilisation de la traduction en contexte de 111édiation interculturel1e Inontre bien C0111111ent passant d'une langue à, l'autre, «en les locuteurs font surgir des concepts différents», Pury, 1998 : 144). Par exelnple, si un locuteur francophone dispose pour catégoriser les langues des tennes langue, patois, dialecte, il n'existe en baInbara qu'un seul tenne, kan. Il faut donc considérer que nous nous plaçons ainsi dans un systèIne de représentation induit par l'utilisation de la langue française, lnais surdétenniné par les langues non utilisées dans l'entretien et cependant présentes «en dessous» Ge reprends ce tenne utilisé par l'une des felnlnes avec qui j'ai Inené un entretien). Il faut ainsi être particulièreInent attentif aux possibles Inalentendus. COlTIIne l'a déjà été il souligné par d'autres, la cOInInunication interculturelle est une «C0J11111Unication à hauts risques» (Giacolni, Heredia, 1984). Choix de transcription Même sans travailleur fonnelleInent à une description du français parlé, j'ai choisi une transcription au plus près de la parole, notant hésitations, pauses, redites, «fautes»... La réécriture en effet suppose une prelnière interprétation qui peut bloquer toute interprétation ultérieure autre, en gOInlnant un lapsus, l'olnniprésence des silences,... lesquels peuvent se révéler, à la relecture, signifiants. Le plus souvent possible également j'ai noté des éléInents paraverbaux, nota1111nentles rires, ITIarqueurs de prise de distance, d'ironie, de recherche de connivence... Les circonstances externes qui entourent l'entretien (le lieu, le InOlTIent e d la journée, ...), Ine selnblent Ï1nportantes dans la Inesure où elles peuvent avoir des influences sur la parole. Ce type de transcription seul pennet d'éviter la surinterprétation initiale, qui peut fausser une analyse ultérieure. Seul il pennet égalelnent que le corpus recueilli soit utilisé par d'autres, travaillant à partir de l'écrit sans recours à l'oral initia1. Pour Ina part, je suis souvent revenue aux enregistreInents lorsqu'une transcription Ine selnblait à la relecture douteuse. Par ailleurs, j'ai pris soin égalelnent de ne pas gomIner Ines questions, Ines reInarques, dans la Inesure oÙelles peuvent détenniner le propos en construction, lnontrer un Inalentendu après coup, ou révéler une connivence. Objet: une analyse socio-lliscursive de paroles lie nligrant!!.~ C0J1l111ent que dit [...J quelqu'un peut-il renseigner l'observateur sur ce les représentations. qu'il a - ou qu'il se fait - des choses ou des phéno171ènesqu'il traite? (Grize, 1989 : 152)

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Chapitre préliIninaire

Mon propos est d~appréhender à travers les entretiens les représentations que les locuteurs construisent de leur parcours Inigratoire et du lien qu~ils établissent entre leur 111igration et leur «parcours linguistique» (recoInposition de leur plurilinguislne, acquisition de nouvelles langues, prédo111inanceou non du français, trans111issionou non de la langue d~origine aux enfants, etc.). (,es représentations ne sont jaInais données dans le discours. De ce fait, une analyse qui resterait siInpleInent lexico-sélllantique serait naïve. Elle supposerait en effet une conception transparente du langage. Cette analyse est utile dans la Inesure où eUe permet de découvrir ce que les ethnologues appellent «catégories indigènes» et d'entrer dans le systèlne de valeurs de l'infonnateur. Cependant, elle laisse de côté tout ce que peuvent nous apprendre les «façons de dire» (et non pas seuleInent le dit) sur ces représentations. A la suite d'autres auteurs (voir les études de L. Mondada, C. Oesch-Serra, et d'autres linguistes suisses influencés par les travaux de l'école de J.B. Grize, lnais égaleInent les travaux en praxéInatique), j'envisage donc les représentations COlnIneen construction dans le discours. Mon analyse doit donc rendre cOInpte à chaque fois d'une parole qui utilise ce que la langue Inet à sa disposition pour fonnuler ce que le locuteur veut expriIner. Par ailleurs, cette parole s'expriIne au cours d'une interaction particulière, l'entretien, choisi COlnlneInéthode d'investigation, et qui est «un événe171ent c017l1nunicationJ1elau cours duquel les interlocuteurs, y c0171prisl'enquêteur, construisent collective171entune version du Inonde» (Mondada, 1996 : 224). Cette «version du Inonde» ne s'appréhende pas uniquelnent à travers des «objets de discours», Inais égaleInent à travers ]'ensel11bledes Inoyens verbaux et para-verbaux Inis en œuvre au cours d'une interaction (Inise en récit, modalisation énonciative, 11lais aussi silences, rires...). Enfin, il faut articuler cette parole individuelle et «l'univers discursif» (Achard, 1986 : 13) dans lequel elle s'inscrit. Le cadre théorique global dans lequel je Ine situe est celui qu'a développé l'analyse de discours telle qu'elle s'est construite en France, et qui accorde une place iInportante à la notion d'interdiscours. Cela m'aInène à considérer qu'il est toujours possible de déceler «un discours socialelnentpréforlné derrière la «libre)) énonciation d'un individu» (Flahault, 1978: 81). Mais là où l'analyse de discours en France s'est spécialisée dans l'étude des discours politiques (et ensuite dans l'étude des discours Inédiatiques), mon objet consiste en «paroles ordinaires». J'adopte alors les positions théoriques de la praxélnatique, utilisant le tenne interdiscours avec une plus grande extension de sens, à savoir tout discours antérieur au discours actuellelnent tenu. Je suis donc attentive au dialogislne interdiscursif par lequel «le locuteur, dans sa saisie d'un

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o~iet, rencontre des discours antérieurs sur le 171ê171e ol?iet, avec lesquels il entre en interaction» (Brès, 1997 : 105). Dans les entretiens, les phrases récurrentes peuvent être des indicateurs d'interdiscours. En effet, COlnlne le souligne J. C. I(auflnann, « les phrases sociale171ent i171portantes sont les plus banales et les plus passe-partout» (I(aufinann, 1996: 96). Elles tén10ignent d'une incorporation de fraglnents de social (idées, iInages, n10dèles, expressions) par l'individu, qui les exprÏ1ne à l'état brut: «ces fi-ag171ents non personnalisés ou .faible171ent personnalisés ne circulent pas au hasard: ceux qui circulent ainsi, et qui restent inchangés d'un individu à l'autre, correspondent à des processus sous-jacents essentiels, qui doivent nécessaire112ent s'exprÙner de cette lnanière: ils prennent la .fOrl11ed'un "pot-pourri de notions disparates" qui fondent le sens COl71171Un autour d'une question (Geertz, 1986: 115) » (Kauflnann, 1996 : 96). Le discours social se construit autour d'élélnents du lexique, collocation, fonnules figées... que Marc Angenot nOl111ne idéologè112es (Angenot, 1989: 894). L'analyse doit rendre cOlnpte des variations de formulation selon les contextes d'énonciation: «dans un état du discours social, l'idéologèn1e n'est pas Jl1onosén2Îque ou 1110novalent; il est /12alléable, dialogique et polyphonique. Son sens et son acceptabilité résultent de ces Inigrations à travers les for171ations discursives et idéologiques qui se dffJérencient et qui s'ajJi-ontent, il se réalise dans les innolnbrables décontextualisations et recontextualisations auxquelles il est soun2Îs» (ibid). Etant donnée la prépondérance du Inédia télévisuel, certaines iInages sont constitutives du sens COl11lnunautour de ce11aines questions. Dans la parole recueillie lors d'entretiens, ces iInages transparaissent dans des lnises en récit, des descriptions. Je les considère COl11lnedes élél11ents particuliers de l'interdiscours ordinaire. Je rejoins en cela les analyses d'A. Roche et M. C. Taranger à propos des entretiens biographiques l11enés avec des fel111nes, qui elnpruntent à d'autres matériaux, écrits ou visuels: «Les histoires de vie 111êlent à l'expérience propre et au récit personnel toutes sortes de 171atériaux e/11pruntés : à d'autres tél110ins, à des livres d'histoire, à des rOlnans, au ciné111a, à la télévision. [...] Entre ces Inatériaux hétérogènes, souvent entre111êlés de façon inextricable, le rapport est cOlnplexe. Ce qui peut paraître au pre171Îer abord e171prunté et rapporté se révèle générale171ent être aussi une façon de dire sa propre expérience» (Roche, Taranger, 1995 : 25). Attentive à la façon dont la parole est traversée par des discours hétérogènes et est façonnée par des genres discursifs divers, Ina 111éthode d'analyse doit beaucoup aux analyses d'O. Ducrot autour de la notion de polyphonie. Par ailleurs, ne perdant j alnais de vue que l'entretien de

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recherche est une interaction sociale, j'utilise égaleInent dans Ines analyses celles de la théorie de l'énonciation et de la praglnatique. .r ai donc été aInenée à utiliser des outils d'analyse divers et à pratiquer parfois ce que je revendique aussi COInnle un bricolage. Cela In'a seInblé peIiinent dans cette perspective « sociolinguistique discursive» que j'ai adoptées. Enjeux La recherche présentée s'inscrit dans le cadre plus vaste de la recherche en sciences sociales sur la Inigration (éInigration/in1Inigration). Une des Inanières de le faire est de donner la parole aux Inigrants et de rendre cOInpte de ces paroles, non à travers une gril1e de lecture préétablie Inais en tâchant de cOInprendre, à travers ce qui est dit, les logiques propres aux individus. Cela pennet ainsi, dans un enjeu qui rejoint celui des post colonial studies (et de façon particulièreInent pertinente puisque ces populations proviennent d'anciennes colonies de la France, et que cette Inigration peut être envisagée COInIne une conséquence de la colonisation), de ne pas Ï1nposer une Ï1nage de l'autre, et de rendre cOlnpte du lieu d'énonciation des Ï1nages de soi et des autres. Cette recherche voudrait s'inscrire dans ce que poun4ait être l'écriture d'une histoire COIll1nune de l'ancienne Inétropole et de ses anciennes colonies, qui perdure dans des liens éconoIniques et politiques, que réactivent constalnlnent les flux 111igratoires, et dont la langue paliagée, le français, ne fait pas seulelnent l'objet d'enjeux sYlnboliques ou de prestige, COInlne poulTait le laisser croire la nlanière dont se construit et se justifie la francophonie politique.

J'ai fait le choix dans cet ouvrage qui reprend un travail Inené pour n1a thèse de doctorat6 de privilégier l'édition des entretiens qui étaient Inon corpus de travai1. Ce choix Ine tient à cœur dans la Inesure où ces paroles recueil1ies Ine seInblaient constituer des doculnents qui ont un intérêt en soi, et une épaisseur, dont mes perspectives d'analyse ne pouvaient rendre compte intégralelnent. On peut donc lire chaque entretien ici dans sa quasi-totalité, COl111ne récit de vie. Les analyses proposées servent de un cadre à ces différents entretiens-récits de vie (celiaines analyses reviennent globalelnent sur une série d'entretiens, d'autres rendent cOlnpte d'entretiens paliiculiers). El1es sont là pour souligner les
5

J'ai choisi de ne pas développerdavantageici la descriptiondes différentsoutils
dans l'analyse soutenue de Illes en décelnbre

que .rutilise~ lTIOnapproche se donne à voir « en action» entretiens. 6 Thèse nlenée sous la direction de Robeli Chaudenson. 1999 à I~Université de Provence.

Chapitre préli1ninaire

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convergences et différences, elles en proposent aussi une interprétation. D'autres approches sont possibles, et seront pennises, je respère, par cette édition.

PARTIE

1

TRAJECTOIRES ET LANGUES: GENERALITES

CHAPITRE

1

DU MALI A LA FRANCE
Le Mali: histoire, pays, peuples, langues

Bre.frappel historique: du Soudanfrançllis au Mali L'actuel Mali est l'Etat indépendant qui a succédé à l'ancien Soudan fi4ançais, l'un des telTitoires de la Fédération d'Afrique Occidentale Française (AOF) pendant la période de la colonisation française. La conquête coloniale de cette région s'est achevée en 1894; en 1895, le Soudan est intégré dans l'Afrique Occidentale fi4ançaise. Les frontières actuelles du Mali cOlTespondentà celles qui ont été fixées pour le Soudan français, définitivement après plusieurs l11odifications, en 1947. En 1956, une loi-cadre dote ces telTitoires d'une celiaine autonol11ie,au sein de ce qui s'appellera ensuite la COI11111unauté fi4anco-africaine. En 1959 est votée la Constitution du Mali, donnant naissance à une Fédération l11alienneregroupant le Dahollley (actuel Bénin), la Haute Volta (actuel Burkina Faso), le Sénégal et le Soudan fi4ançais.A la suite de difficultés au sein de la Fédération, et notal11l11entd'une opposition fOlie de conceptions politiques entre Léopold Senghor, dirigeant du Sénégal, et Modibo Keita, dirigeant du Soudan, le Soudan se retire de la Fédération et accède seul à l'Indépendance le 22 septel11bre 1960, prenant le nOI11 de République du Mali, nOI11 reprend celui du royaul11edu Mali dont les qui origines rel110ntent au Xèmesiècle et dont Soundjata J(eita fit un vaste elllpire au XIIIèmesiècle. La colonisation fi4ançaiseau Soudan français a donc duré 65 ans. Plus de trois générations. Les hOl11l11es j'ai rencontrés ont tous vécus la fin que de la colonisation, celiains sont alTivés français en France et le sont restés. Celiains, alTivés en France après l'Indépendance, ont perdu puis repris cette nationalité française. D'autres sont devenus Maliens et le sont restés en France. Ce rappel est nécessaire pour signifier que parler à leur propos de «Maliens» l11asque la cOl11plexité des situations postcoloniales. Le Mali contenlporain : paJ)s, peuple, langues

Le Mali est un vaste pays (deux fois plus étendue que la France - voir
carte en annexe) ; peu peuplé cOI11pte tenu de sa superficie, il cOl11pte environ dix 111illions d'habitants. Il est le point de rencontre des

Il

Chapitre 1

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Du Mali à la France

populations sahariennes et de celles de l'Afrique Noire. Au nord~ vivent des Talnasheq, de langue berbère, et des Maures, de langue hassanya, un dialecte de l'arabe. La population du Mali est Inajoritairenlent rurale. Elle est essentiel1elnent Inusuhnane (68 010),es anÏ1nistes seraient un peu plus l de 30 %, les Chrétiens un peu plus de 1 0/0. Le groupe ethnolinguistique le plus Ï1nportant (40% de la population) est le groupe Inandingue, qui englobe les Balnbara (en balnbara, on dit ba111anan)et les Malinké, ainsi que les Sarakolé (qui se nOlnlTIenteux-lnêlTIeSsoninké). En tant qu'ethnie inscrite dans un espace géographique donné et culturellelnent hOlTIogène,l'ethnie balnbara est un produit de l'adlninistration coloniale française et de l'ethnologie coloniale (Amselle, 1995). De nos jours, les Maliens ont repris à leur cOlnpte l'invention des colonisateurs français: «ba171bara est l'une des grandes catégories ethniques grâce auxquelles les habitants de la République du A1ali s'ident(fient l71ufuelle111enf»Bazin, 1985). C'est l'ethnie Inajoritaire ( dans la 11l0itiéoccidentale du territoire allant de Balnako à Djenné. Les autres groupes ethnolinguistiques Ï1npoliants sont les Peuls, les Songhays, les Sénoufos, les Dogons. Le français a été choisi à l'Indépendance COlnlllelangue officielle du Mali. Il est la langue de l' enseignelnent, et la langue de l' adnlinistratÎon. L'essentiel des progralnlnes de radio et de télévision est en français. Cependant, la Inajorité de la population est loin de Inaîtriser le français (parlé par environ 8 à 10% des Maliens). Par ailleurs, coexistent une douzaine de langues, langues des différents groupes ethnolinguistiques cités ci-dessus. Dix de ces langues ont le statut officiel de langue nationale (balnbara, peul, songhay, tamasheq, bobo, bozo, dogon, sénoufo, Ininyanka, soninké). La langue la plus Ï1nportante et qui a pris un statut de langue véhiculaire est le balnbara. Selon la classification linguistique, le balnbara est un dialecte du Inandingue, langue parlée au Mali, au Sénégal, au Burkina Faso et au nord de la Côte d'Ivoire. Entre les différents dialectes l'intercolTIpréhension existe souvent. Le balllbara lui-lTIêlne est parlé essentiellenlent au Mali. Au sein du banlbara les usages sont variés. On parle aujourd'hui de ba111bara standard pour désigner un systèlne convergent dans lequel aurait eu lieu une sorte d'hannonisation des différents parlers. Certains préfèrent le tenne de ba111akokan«langue de Balnako» puisque c'est la rencontre dans la éapitale de locuteurs de régions différentes qui a provoqué cette harmonisation. COlnmeje l'ai signalé, le balnbara est l'une des dix langues nationales du Mali; par ailleurs, il fait paliie des quatre langues (avec le peul, le songhay, et le talnasheq) privilégiées par l'Etat Inalien dans la Inise en place d'une alphabétÎsation fonctionnelle, et dans des expérÏ1nentations en école primaire (nolnlnée «lnéthode convergente»). Par ailleurs, langue de

Chapitre 1 - Du Mali à la France la capitale

-,) 7""

- il est langue d'intégration urbaine à Balnako -, il est aussi langue de l'appareil d'Etat (des fonctionnaires). Son statut est donc différent de celui des autres langues 111aliennes. Ainsi que le fonnule Gérard DUlnestre: «le bll111bata n 'est plus ulle langue ethnique /7Iais une langue "neutre" qui déborde de son territoire propre» (Dulllestre, 1994). Il infiltre les langues régionales, dans lesquel1es on peut noter des elnprunts nOlnbreux au balllbara. Le balnbara est d'autre pali dans une sOlie de rapport de COlllplélllentarité avec le français: «JI fait pièce au français dans tous les lieux oÙ prédol11Ïne statutairel1Ient la langue officielle» (ibid.). Ainsi, à la télévision l11alienne, le président de la République prononce ses discours d'abord en français puis en balllbara. Par ailleurs, les fonctionnaires baIllakois en poste dans le nord n'apprennent pas le songhay et le tal11asheq, alors qu'à l'inverse, les fonctionnaires originaires du nord en poste à Bal11ako sont contraints de se Illettre au bal11bara. COIllIne l'écrit Alllselle, « cette d0171Ïnation et cette Ùnposition 171assive du ba171bara sur presque toute l'étendue du Mali a transfor111é les locuteurs des autres langues [...] en autant de 171Ïnorités . ethniques» (Al11selle, ibid. : 86).
La migration malienne en France

Histoire nligl"atoire La présence africaine en France l11étropolitaine est relativelllent ancienne. Dès le lendel11ainde la PreInière guen.e l11ondiale,des anciens cOlllbattants de l'Afrique occidentale et de l'Afrique orientale française (les «tirailleurs sénégalais») ont trouvé des elllplois et se sont installés dans celiaines villes pOliuaires (Bordeaux, Marseille) et à Paris. C'est ensuite, et jusqu'à la fin des années cinquante, l'époque des navigateurs: la navigation l11archande est «la niche privilégiée d'une catégorie d'Africains d'origine 171aJ?jak, soninké, toucouleur, et venant du Sénégal et du Soudan français (l'actuel i'/Iali)>> (Diop, 1996: 31). Ils s'elllbarquent à Dakar, et au ternle de leur périple s'installent bien souvent dans une ville pOliuaire (celiains anciens navigateurs sénégalais ont ainsi créé, à Marseil1e, des restaurants et des hôtels qui accueillent essentiel1elnent leurs cOlnpatriotes). A cette Inêlne époque est introduite par les colons français au Sénégal la culture de l'arachide qui va bouleverser l'éconolnie locale. Une ligne de chelnin de fer est construite le long de la route de l'arachide, reliant Dakar à Bal11ako. A l'ouest du Mali existe déjà une tradition de 111igrantssaisonniers. Ceux-ci trouvent à s'enlployer dans les plantations d'arachide. Ce sont les Inigrants que l'on appelle les Navétanes (de navet en wolof qui signifie hivernage, période de culture de l'arachide). L'adlninistration coloniale va favoriser cette fonne

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Chapitre 1 - Du Mali à la France

d'Î1TIlTIigration.Au IUOluent de l'Indépendance, le Sénégal et le Soudan qui avaient fonné une union vont se séparer. Face à cette fenneture des frontières, les Maliens vont chercher d'autres voies de lnigration: ce seront la Côte d'I voire, le Congo et la France. Jusqu'aux années soixante et aux Indépendances, les Africains de l'Afrique sub-saharienne ne sont pas recensés COlUlne étrangers, puisque ressortissants des colonies françaises. Après les Indépendances, «des accords vont lier l'ancienne J71étropole et les pays nouvelle111ent indépendants (A1ali, l\1auritanie, Sénégal) per111ettant ainsi la circulation sans contrainte des personnes dans les deux sens» (Diop, ibid. : 32). La France des' années soixante est en plein essor éconolnique.L'industrie a besoin de bras. Des recruteurs sillonnent différentes régions du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie. Arrive ainsi en France une Î1npoliante population d'Afrique Noire, essentiellelnent des Soninké et des Toucouleurs, lnais égalelnent des Africains originaires de Guinée Bissau, de Casalnance et de la Petite Côte (Sénégal). Dans les années soixante-dix, on voit apparaître d'autres f01111es d'iInlnigration, celle des bana bana (lnarchands alnbulants) wolof, appartenant généralelnent à la congrégation Inusuhnane lnouride, celle des Inarabouts, venus du Sénégal, de la Galllbie, de la Guinée et de la Mauritanie, celle des réfugiés, en provenance du Zaïre et du Congo, diplôlnés et originaires des zones urbaines, et celle des étudiants, du Bénin, du Togo et de la Côte d'Ivoire essentiellement, dont beaucoup vont s'installer en France au tenue de leurs études. Jusqu'en 1974, date de suspension de l'iInlnigration, «le systè111e instauré par les l11igrants sahéliens fonctionnaient sur le J110dèle de la noria» (Diop, ibid. : 32), c'est-à-dire d'une rotation: les travailleurs restaient de deux à quatre années en France puis se faisaient relllplacer par un frère ou un cousin. C'est ainsi que l'on trouve dans les foyers de travailleurs afdcains des quotas de lits par village, et que celiains foyers sont 1110noethniques. Suite à la crise éconolnique, Giscard d'Estaing, arrivé au pouvoir en 1974, suspend l'iIuluigration et instaure le regroupeluent faluilial. Ce que l'on peut nOlUluer « la réduction des espaces Inigratoires » (Barou, 1990) (à savoir la fenneture de la frontière Sénégal-Mali après les Indépendances, puis l'arrêt du flux 111igratoire vers la France après 1974) a provoqué «non pas un J710UVel11ent fixation en France, con1Jue dans le de cas d'une partie de l'il11J71igrationJnaghrébine, J71aisplutôt l'installation dans un J710UVenlent d'allers-retours dans lequel la réalité des retours c0111pte 1110ins que le 111aintien de différentes for111es d'échange avec le pays d'origine» (ibid.: 101). Cependant, certains Africains engagent d'autres stratégies et COlnlnencent à se sédentariser, dans les années quatre-vingts. Dans les années quatre-vingt-dix, suite au durcisselnent des

C,hapitre 1 Du Mali à la France
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nlesures pour l'obtention des visas, apparaît une i111111igration clandestine, d'holll1lles jeunes essentiellelllent. Caractéristiques nligratoires Au recenselllent de 1990, les étrangers originaires d'Afrique Noire anciennelllent sous adlninistration française étaient au nOlllbre de 178 133 (étant donné le nOlnbre probablelllent plus élevé de 111igrants sans titre de séjour, les chiffres posent problèllle), les plus nOlllbreux étant d'abord les Sénégalais, puis les Maliens, les Zaïrois, les Canlerounais et enfin les Ivoiriens. L'enquête de l'INED dirigée par M. Tribalat (Tribalat, 1996) appolie des données précieuses sur les caractéristiques socioculturelles de l'iInmigration en provenance d'Afrique sub-saharienne, non pas en fonction de leur appalienance nationale Inais en fonction de leur appartenance ethnolinguistique. Elle distingue ainsi les Peul et les Mandé (Soninké et Balllbara), qui peuvent être 111aliens,nais aussi sénégalais, ou l guinéens. Ces deux groupes représentent le tiers des iIll1lligrés d'Afi4ique Noire résidant en France. Les Mandé plus précisélnent représentent 23,5% des Inigrants d'Afrique Noire. Cette enquête ne distingue donc pas Soninké et Balllbara. Pour se faire une idée, des chiffres plus anciens que j'ai pu trouver 1110ntrentque les ]l1igrants 111aliensd'origine Inandé se répartissent, en 1981, entre 79,3% de Soninké et 9,8% de Balnbara7. Les caractéristiques socioculturelles sont les Inêlnes. Ce sont en Inajorité des migrants d'origine rurale et analphabètes. Toujours selon l'enquête de l'INED, 62% des Inigrants lnandé sont enfants d'agriculteurs ou d'ouvriers agricoles. 71 % des ho]n]nes et 64 % des fenl]l1eS n'ont jalnais été à l'école, ]noins de 40% Inaîtrisent le français. L'iIn]nigration Inalienne en France est la deuxiènle plus iIllpoliante venant d'Afrique sub-saharienne, après l'iInlnigration sénégalaise. Elle est souvent stig]natisée dans les média et les discours officiels et cette stiglnatisation a gagné l'opinion publique. Des données. précises et objectives sur ce phénolnène sont donc paliiculièrelnent nécessaires. La population malienne au recensenlent de 1990 représente 29 260 personnes (de nationalité Inalienne actuelle ou antérieure)8 pour l'enselnble du pays, 80% sont iInplantés en région parisienne. Il existe en fait une tradition Inigratoire au Mali, et ce fait est une donnée culturelle ancienne. Cette tradition Inigratoire est particulièrelnent prégnante chez les Soninké, Inajoritaires chez les Maliens de France. Ce fait a des causes éconolniques et culturelles. La région de Kayes, à l'ouest du Mali, dont sont originaires les Soninké, est une région pauvre en ressources.
7 Chiffres: 8 Chiffres: Ministère de l'Intérieur, source :Condé, Diagne, 1986. INSEE, source: Population, nov.-déc. 1993, n06.

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A Marseille, l'iInll1igration en provenance d'Afrique Noire, bien que perpétuant une culture lnigratoire séculaire (les prell1iers iInn1igrés originaires d'Afrique Noire débarquent avec les bateaux reliant Marseille aux cOlnptoirs cOlnlnerciaux ouest-africains dans les années 1910), est une des plus récentes et vient prendre le relais dans le qualiier de Belsunce, lieu traditionnel de transit des Inigrants, de l'ill1111igration Inaghrébine: «Suivant ces trois grands aÎnés, Ar171éniens, .luffs et Maghrébins, les «gens du Fleuve», Maliens et Sénégalais Ùnposent la réalité de leur présence. [...] Etudiants et revendeurs sénégalais et 171aliensde col[fichets sont venus de plus en plus n0171breuxà A ix-enProvence et à Marseille où ils se sont associés aux Ghanéens et aux C0l11oriens» (TaITius, 1995). Les associations de type cOlnlnunautaire sont un puissant facteur de cohésion: «Le lien social est étroit, quel que soit le statut de chacun; la puissance C0I11111Unautaire a,fricaine est noire 1110Ù1Sasée sur un e.f(et de l11asse, sur le rassel11ble171ent type b de l11aghrébin, que sur cette capacité de l11élange: étudiants, enseignants, 111édecins,revendeurs, ouvriers se retrouvent dans les .(êtes afi.icaines organisées à Marseille» (ibid.). Les la/Igues dans la 111igration ouest-africaine Le soninké est la langue la plus utilisée en tant que langue Inaternelle panni les travailleurs ayant Îlnllligré en France. Selon celiaines estimations, elle serait parlée par environ 50% des Inigrants (originaires du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie) (Galtier, 1994). Le bal11bara vient en seconde position, à la fois comlne langue prelnière et COlnlne langue seconde pour la plupali des autres Maliens itnn1igrés. Cette prédolllinance du soninké sur le balllbara (non représentative de la situation linguistique au Mali) s'explique par la prédolninance du groupe soninké dans la Inigration lllalienne en France (voir supra). Les autres langues d'Afrique de l'Ouest bien représentées en France sont le peul et le 1volof Selon l'étude coordonnée parMe Tribalat (Tribalat, op.cit.), la lllajorité (54%) des lnigrants d'Afriqu~ Noire parlent exclusivelnent français à leurs enfants et 34% utilisent leur langue Inaternelle avec leur conjoint. Les Inodalités de la COlll1llunicationfalniliale se différencient selon les origines géographiques et linguistiques différentes des parents et sont explicables par une série de facteurs sociologiques: origine rurale/urbaine; niveau de scolarisation; présence ou non d'une comlllunauté structurée en France; place et fonctions occupées par le français dans le pays d'origine; hOlllogénéité linguistique de la falnille ; le nOlnbre de locuteurs de la langue en France; le caractère collectif ou individuel de la Inigration en France; la vie cOlnlnunautaire des IneJllbres

Chapitre 1 Du Mali à la France
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du groupe ethnolinguistique en France 9. Les I\1andé, lnajoritairenlent
d'origine rurale, analphabètes, ayant une fOlie cohésion cOlnnlunautaire, tranSlllettent davantage leur langue que d'autres groupes (ainsi les 11ligrants originaires d'Afrique centrale, souvent étudiants, universitaires, et/ou delllandeurs d'asile politique, tranSlnettent peu leur langue en France). Nous verrons qu'en contexte où les Maliens sont plus 11linoritaires, C011l11le à J\1arseille (par opposition avec la région parisienne), et pour des lnigrants plus instruits Inais parfois plus isolés, la translnission est Inoins évidente.

9

Voir:

Leconte,

1997 : 105"-106.

CHAPITRE 2 DES« CULTURES DE LA LANGUE» DIFFERENTES
La lnigration est un phénolnène de rupture dans la vie d'un individu, entraînant ce que B. Lahire nOlnlne un «décalage» ou un «désajustelnent» : les schèlnes d'actions incorporés lors de la socialisation dans le pays d'origine peuvent se révéler inopérants dans la société d'accuei1. De ce fait, elle peut servir de révélateur à une pluralité de principes «gouvernant» les pratiques langagières. La population lnigrante étudiée est une population particulière dans la lnesure où il s'agit d'individus socialisés tout d'abord au Mali, dans un pays où la culture de la langue est essentiellelnent orale et plurilingue (essentiel1elnent lnais pas exclusivelnent, car la différence est grande entre culture urbaine et culture rurale), et ils sont installés depuis vingt à trente ans en France, pays de culture écrite et d'«idéologie lnonolingue». Etant donnée cette socialisation «hétérogène», ils portent en eux plusieurs schélnas culturels (des habitus différents, pour reprendre la tenninologie de P. Bourdieu), activés ou non selon les situations. On peut égalelnent observer l' élnergence de «logiques Inétisses» (pour reprendre le tenne de J.L. Alnselle). Les Etats nés de la décolonisation langue officielle/langues (Afrique occidentale) nationales :

Pour les élites africaines qui ont fait les Indépendances, l'objectif était de substituer à «l'Etat colonial» un «Etat national», «conçu C0171/71e l'é171anation peuple tout entier», et qui ne pouvait donc que revêtir des du fon11esunitaires et centralisées (M'Bokolo, 1985 : 334). Cet unanÏlnislne a alors condalnné ce qui était nOlnlné «tribalisn1e» ou «r~gionalislne», c'est-à-dire les Inouvelllents qui auraient voulu une prise en cOlnpte des différences régionales ou «ethniques». C'est dans ce contexte politique qu'il faut cOlnprendre les choix effectués en lnatière de langue. Le choix de la langue de l'ancien colon COlnlllelangue o.fficielle (en l'occurrence le français en Afrique de l'Ouest) allait dans le sens de cet unanÏlnislne. Dans celiains Etats récellllnent indépendants, la langue de l'ancien colon peut être représentée COlllmelangue de la Inodell1ité : c'est ainsi le cas du français en Tunisie.

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Chapitre 2 - Des cultures de la langue différentes

Dans les Etats d'Afrique sub~saharienne coexistent institutionnel1elnent une langue officielle (qui peut être l'une des langues autochtones, COlnlne c'est le cas du s\vahili au Kenya, Inais qui est bien plus souvent la langue de l'ancien colon) et une ou des langues nationales. Ces langues nationales sont souvent réduites à des fonctions elnblénlatiques : «le titre de langue nationale, accordé sans problè/11e à une Ollplusieurs langues vernaculaires, ne les rapproche pas pour alitant du statut des langues nationales en Europe» (Baggioni, 1997 : 192). Le Inaintien de la langue de l'ancien colon conl1ne langue de l'enseignelnent relevait égalelnent d'un souci praglnatique et éconolnique : enseigner en langues locales suppose nécessairelnent un travail préalable de transcription, description et standardisation (dans la ll1esure où il s'agit de langues orales), et la conception et l'édition de Inanuels. Mais surtout, dans des telTitoires extrêmelnent plurilingues, il suppose le choix d'une/de plusieurs langues, qui ne seront de toute façon pas toutes langue prelnière des enfants scolarisées: sur quelles bases effectuer ce choix? Le lnaintien du fi4ançais en Afrique de l'Ouest par exelnple pennettait d'éluder ces difficultés. L'idéologie monolingue de la France: une conception de la Nation et de l'intégration nationale

Contrairelnent à cette situation décrite, existe en France un «idéal lnonolingue» (Achard, 1987: 38) produit de l'histoire de la constitution de l'Etat-nation français et consécutif à l'élaboration du concept de «langue nationale», qui a abouti à une «un?fOr/11isationd'un espace C0l11111Unicat?f le plan d'un terj~itoire national par le /110nolinguis111e» sur (Baggioni, op.cit. : 76) Le monolinguislne a donc à voir avec le Inodèle de la Nation JO.Parce que la France est culturelleInent et «ethniquelnent» hétérogène (l'une des nations les plus hétérogènes d'Europe, selon Braudel), caractéristique renforcée depuis le XIXe siècle par une itnlnigration unique en Europe, «l'unité culturelle, au n0/11 du projet politique, y a tOl~joursété particulière111enta.ffir/11ée 171ise œvre par et en des institutions centralisées, et en particulier par le systèl71ed'éducation»
10 Soit la définition que donne D. Schnapper de la nation: « la nation historique lnoderne - sYl1zboliquel1zent née avec la Révolution .française et qui a connu son épanouissel1zent en Europe occidentale jusqu'à la Prel1Ûère Guerre l1zondiale - a été une fOrlne politique, qui a transcendé les différences entre les populations, qu'il s'agisse des d{fférences objectives d'origine sociale, religieuse, régionale ou nationale (dans les paJ"s d'il1l1nigratÏon) ou des différences d'identités collectives, et les a intégrées en une entité organisée autour d'un projet politique conZ111un» (Schnapper, 1991 : 71).

Chapitre 2 - Des cultures de la langue différentes 31 (Schnapper, 1991 : 78). L'adoption du récent article 2 de la constitution qui stipule que «la langue de la République est le ji-unçais» et le fait qu'il rende la signature de la charte européenne des langues 111inoritaires inconstitutionnelle confinnent cette idéologie lnonolingue]]. La nation, selon Schnapper, se constitue par un «processus d'intégration continue» (ibid. : 81). La politique d'intégration à l'égard des iInlnigrés, qui se situe dans ce lnême cadre idéologique de conception de la Nation passe en France par l'iInposition d'une langue unique, notalnlnent à travers la scolarisation. La conception des langues d'origine dans le système scolaire français Dans les années soixante et jusqu'au début des années soixante-dix, les langues d'origine des lnigrants ne sont envisagées que COlnnle un handicap à l'intégration (cette lnanière de voir les choses perdure parfois chez les enseignants, nous le velTons dans les analyses des entretiens). En France, en 1970, sont créées les CLIN (Classes d'initiation à la langue française) destinées à intégrer «les priIno-aITivants» non francophones. Lorsque la collaboration au sein d'un établisselnent scolaire est insuffisante, se pose alors le problèlne de la marginalisation de ces élèves. Par ailleurs, cela contribue à renforcer l'idée chez les enseignants que la langue parlée par l'élève dans sa falllille est responsable des difficultés scolaires. On ne parle pas pour ces enfants de bilinguislne qui reste un attribut d'élite. Cependant, par ailleurs, dans les années 1970-1980, on tente de mettre en place, pour les enfants de «deuxièlne génération», un enseignelllent des langues d'origine (Elco : Enseignelnent des langues et cultures d'origine). De 1973 à 1981, des accords bilatéraux ont été passés avec huit pays expoliateurs de nlain-d'ceuvre qui doivent recruter et rélnunérer leurs propres enseignants: Portugal, Italie, Tunisie, Espagne, Maroc, Yougoslavie, Turquie, Algérie, accords qui soulignent la nécessité d'un enseignelnent de langue et culture d'origine. En outre, la création de CEFISEM 12dans les régions les plus concernées favorise la prolnotion de l'éducation des enfants de lnigrants. COlnlne le souligne G. ValTo, le problèlne de cette délnarche est qu' « elle a créé deux catégories de langues étrangères à l'école: les
Les termes employés lors du débat autour de la charte ténloigne de cette idéologie. Le conseil constitutionnel a rejeté la charte au nOIn de « l'indivisibilité de la nation », de «l'unicité du peuple fi-ançais» et Jean-Pierre Chevènelnent brandissait le risque de « balkanisation ». 12 Centres de Fonnation et d'lnfonnation pour la Scolarisation des Enfants de Mi£rants. ]]

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