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CHASSE CROISE SUR FADOUGOU (T 1) LA DENT DE L'AIEULE

De
138 pages
Arthur, jeune cadre de l'administration publique de son pays, investit son génie et ses énergies pour sauvegarder la paix et la cohésion dans son village, Fagoudou, dont une partie des habitants est entrée en rébellion contre Lopangoni, chef-lieu de département, suite au décès d'un des leurs dans des conditions tout du moins suspectes.ŠDans Chassé-croisé sur Fadougou, les premiers angles d'un vaste tableau social se dévoilent... et la mort rôde et frappe, dans la nuit et la savane africaine.
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CHASSÉ-CROISÉ SUR FADOUGOU
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Dernières parutions Lulla Alain ILUNGA,La gestion du pouvoir, 2011. Esther GAUBERT,Brukina, rose du désert, 2011. Marcel KING JO 1er,Tina ou le drame de l’espèce humaine, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,La Tourmente. Les aventures d’un circoncis, 2011. Robert DUSSEY,Une comédie sous les tropiques, 2011. Alexis KALUNGA,Vivre l’asile, 2011. Nenay QUANSOI,Souvenir d’un jeune Africain en Guinée et en Tunisie, 2011. Nadine BARI et Laby CAMARA,L’Enfant de Xéno, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,Une mort temporaire, 2011. Édouard Elvis BVOUMA,L’amère patrie. Nouvelles, 2011. Roger FODJO,Les Poubelles du palais, 2011. Jean FROGER,La Targuia, 2011. Pierre LACROIX,Au chevet de l’Afrique des éléphants. Fable,2010. Jeanne-Louise DJANGA,Le gâteau au foufou, 2010. Dina MAHOUNGOU,Agonies en Françafrique, 2010. Elise Nathalie NYEMB,La fille du paysan, 2010. Moussa RAMDE,Un enfant sous les armes et autres nouvelles,2010. Raymond EPOTÉ,Le songe du fou, 2010. Jean René Ovono Mendame,La légende d’Ébamba, 2010. Bernard N'KALOULOU,La Ronde des polygames, 2010. Réjean CÔTE,La réconciliation des mondes, A la source du Nil,2010. Thomas TCHATCHOUA,Voyage au pays de l'horreur,2010. Eric-Christian MOTA,Une Afrique entre parenthèses. L'impasse Saint-Bernard(théâtre), 2010. Mamady KOULIBALY,Mystère Sankolo, 2010. Maxime YANTEKWA,Survivre avec des bourreaux, 2010. Aboubacar Eros SISSOKO,Moriba-Yassa. Une incroyable histoire d'amour, 2010.
Frédéric Traoré F CHASSÉ-CROISÉ SURADOUGOU La dent de l’aïeule, tome I Roman
Du même auteur Les affres de l’enfer. La dent de l’aïeule, tome II, 2011. La guerre des pauvres et le destin de Hassan Guibrilou. La dent de l’aïeule, tome III, 2011. © L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris Fabrication numérique : Socprest, 2012 Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54606-6 EAN : 9782296546066
À ma grand-mère, Gbahan Sébadian Marie Simone Zoumbara
Chapitre 1 Le village en furie Après une demi-journée d'un voyage harassant sur une route caillouteuse, criblée de flaques d'eau et de nids-de-poule, la petite voiture de marque japonaise s'engagea dans une petite piste vicinale étroite et sablonneuse. Rivé au volant, les dents serrées et le cerveau en ébullition, Arthur voyait à peine la petite bande jaunâtre filer sous les roues de sa "fidèle guimbarde ", comme il avait lui-même baptisé sa petite voiture de couleur bleu horizon. Nous étions au mois d'août. La savane était verdoyante. La nature respirait la puissance de la félicité et la tendre volupté d'une divine gestation. L'herbe était haute et grasse, truffée d'insectes espiègles et peuplée d'animalcules multiformes. Le sol, gorgé d'eau grâce aux nombreuses pluies de ce mois béni pour les paysans, exhalait une fragrance suave et enivrante. Arthur percevait à peine la magnificence ambiante dans laquelle il s'engouffrait de plus en plus. Tout son esprit était préoccupé par ce qui l'attendait à Fadougou, son village natal. « Fameux Fadougou ! Village de fous ! jura-t-il. Quand donc la paix y reviendra-t-elle ? » Le bourdonnement du petit moteur emplissait les bois. En le percevant, les petits oiseaux s'effrayaient, s'éjectaient des feuillages, zigzaguaient, affolés, au-dessus de la piste vicinale, puis s'engouffraient à nouveau dans le royaume de verdure. Bientôt Arthur traversa un village, puis un second et un troisième. Tous semblables, ces villages Tokawa ! À son passage, les femmes saluaient, les enfants, égayés, applaudissaient. Arthur s'engagea dans la « dernière brousse » qui devait mener à Fadougou et aussitôt son cœur se mit à battre plus violemment. Il était à présent sur les terres de ses ancêtres. Ces champs de mil, de maïs, d'arachides étaient ceux de ses oncles, cousins et alliés de tous genres. Les ancêtres de Fadougou, tous des hommes de la terre, des cultivateurs invétérés, hantaient ces lieux sacrés où ils s’étaient jadis courbés pour marier leurs efforts à la fécondité de la terre. Ils flânaient encore dans ces sentiers tortueux qui allaient d'un champ à l'autre, y déversant, le matin, les cultivateurs enthousiastes et en ramenant, le soir, les corps fatigués des paysans pourtant heureux. Le jour tombait progressivement avec toute la solennité d'une fête pastorale qui s'achevait. L'ombre qui montait de la terre et les rayons rubescents du soleil qui embrasaient la végétation, après s’être réverbérée dans la voûte céleste, stratifiaient la nature en deux couches, l'une, clair-obscur, prémices des menaces nocturnes, l'autre, jaune or, vertiges d'une journée de feu. Arthur connaissait très bien ces lieux. Ici, c'était le champ de Loba. Là, celui de Massan que prolongeait celui de Panga. Plus loin, derrière
ces arbres altiers, s'étendait le vaste domaine de la famille de Lancina. Oui, Arthur connaissait bien les terres de Fadougou pour y être souvent revenu accomplir des cérémonies rituelles et surtout prendre part à des parties de chasse. Le village de Fadougou comptait, en effet, dans ses murs des chasseurs chevronnés, parrainés par des génies de la brousse et de la nuit. Arthur frémit à cette idée de chasse, car la partie de chasse qui se préparait cette fois-ci à Fadougou était d'une tout autre nature que celle, sportive et culturelle, qu'il affectionnait. Il s'agissait d'une chasse terrible, d’un drame programmé qu'il lui fallait enrayer à tout prix ! Le jeune fonctionnaire ne vit aucun paysan se dresser à son passage, comme d’ordinaire, le torse nu ruisselant de sueur et fièrement cambré au milieu des jeunes tiges de mil avec l’éternelle daba accrochée à l’épaule. Il ne dépassa aucun groupe de femmes, portant sur la tête des calebasses pleines de feuilles de haricots ou de gombo. Aucun enfant, mu de sa puérile fantaisie, ne surgit comme d'habitude des broussailles pour tenter de rattraper sa voiture à la course. Tout cela n'était guère pour le rassurer. Bientôt, les derniers champs avant le village furent atteints et dépassés. Le jeune fonctionnaire au volant de sa voiture traversa un troupeau de moutons sans berger, puis il vit dans les arbustes des chèvres, hautes sur pattes, qui broutaient par-ci par-là. Après avoir franchi un dernier écran de résiniers et d'arbres à karité, Fadougou, son village, lui apparut soudain, au milieu d'une vaste clairière herbue. Arthur s'approcha des maisons, ralentit sa voiture et finit par éteindre le moteur. Abasourdi, il écarquilla les yeux comme pour voir à travers les murs, créer ce qui n'existait pas. Il tendit l'oreille, à la recherche de tous ces bruits qui, normalement, devraient l'envahir : apostrophes, salutations joyeuses, cris innocents d'enfants, bruits de pilon dans des mortiers, braiments d'ânes, aboiements de chiens, bref, tous ces sons qui composaient la sourde clameur d'un village ! Mais, ce jour-là, personne ! Rien ! Pas la moindre silhouette, ni d'hommes, ni de femmes, ni d'enfants ; pas même celles de ces vieilles gens au corps raide, désormais insensibles aux vaines agitations d’ici-bas, qui aimaient à marcher d'un pas brisé aux abords des concessions. Arthur avança jusqu'aux premières habitations. Il pénétra dans le Quartier de l’Éléphant, aussi loin que lui permit la largeur des ruelles étroites. Il s'arrêta de nouveau. Cette fois-ci, il ouvrit la portière et sortit. Le silence était total. Un silence de deuil ! Toutes les maisons étaient closes : portes en tôles de récupération ou en bois grossièrement taillés, fermetures en paille habilement tressée, tous les huis demeuraient étrangement fermés ! Atmosphère hallucinant, à vrai dire, cauchemardesque même ! C'était bien la dernière chose à laquelle pouvait s'attendre Arthur. Situation imprévisible, invraisemblable ! Une mince fumée désespérée s'échappait des dernières cendres d'un foyer en pierres. Elle s'étirait, se tortillait et s'éparpillait dans la brise vespérale non sans avoir au préalable dessiné, en filtrant les rayons dorés du soleil, des formes fantaisistes et diaprées sur le mur voisin gris et rugueux. Plus loin, sous un manguier touffu, un lourd pilon traînait par terre à
côté d'un mortier trapu, fendu à la base que l’on devinait précipitamment renversée. Sur un promontoire, au milieu d'une concession, une farine de sorgho de couleur opale séchait en dépit de la douce menace de la brise du soir. Où étaient donc partis tous les habitants de Fadougou ? Quel cataclysme s'était-il brusquement abattu sur le village ? Par quel incroyable maléfice un méchant génie avait-il pu faire disparaître toute cette population ? Arthur en était à ces conjectures lorsque, soudain, un cri strident retentit du milieu du village et le fit tressaillir. Aussitôt, mille cris semblables fusèrent de partout à la fois formant un charivari aussi incongru que terrifiant. Instantanément, les bois alentour se secouèrent et leur lisière obscure enfanta des centaines d'êtres humains qui s'élancèrent à une allure folle en direction du village. Le cri de guerre s'amplifia. Armés de machettes, de mousquets, de couteaux, d'arcs ou de lances, mais aussi de haches, de pioches et de barre à mine, les paysans, comme un essaim d'abeilles fondirent sur le jeune homme pétrifié. En quelques secondes, il fut saisi, terrassé et solidement attaché à un poteau de fortune. Arthur n’en croyait pas ses yeux. Ce qui lui arrivait dépassait tout ce qu'il pouvait imaginer. Sans voix, il scrutait ces visages fermés et menaçants ; il regardait ces torses nus ou sommairement vêtus, ces bras aux muscles saillants, armés d'objets de mort. Arthur reconnaissait à peine ces visages qui lui étaient pourtant familiers, tellement la haine les avait émaciés, renfrognés et figés dans une mortelle détermination. Quand sa bouche put enfin s'ouvrir, ce fut pour bégayer : - Qu… qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ? Aucune réponse. Les visages se détournaient. Les regards fuyaient le sien. - Mais... que se passe-t-il donc ? Que signifie tout ceci ? Pas la moindre réponse. Toujours ce silence de mort. - Vous ne voulez rien m'expliquer ? C’est bien cela ? On vous a tous ensorcelés, pardi ! Comme vous vous taisez, alors, faites de moi ce que vous voulez et les forces du mal seront comblées ! - Tu veux nous sacrifier… risqua enfin une voix. - Quoi ? Que dis-tu ? Vous sacrifier ? interrogea Arthur, incrédule. - Tu nous as trahis, Arthur, fit une autre voix, plus ferme, celle-là. Et toi seul sais pourquoi. Tu n’es plus des nôtres ! - Incroyable ! Inimaginable ! Mais, dites-moi donc que je rêve ! - Tu sais bien que tu es parfaitement éveillé, Arthur… - Mais enfin, réfléchissez donc ! D’où vous vient pareille absurdité ? Qui vous a conté une telle fable ? Allons ! Expliquez-moi ce qui se passe. Je vous en prie, expliquez-moi ! Vous risquez de commettre une erreur que vous regretteriez tout le restant de vos jours ! Une hésitation parcourut la foule puis un lourd silence s’installa. - Danko ! cria Arthur en interpellant un de ses assaillants, dis-moi ce qui se passe. Et toi, Loboi, explique-moi tout ! Sékou ! … Mais, on vous a tous jeté un sort, peut-être ? Soudain une voix de crécelle retentit derrière la foule, une voix de