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Ecritures arabes Collection dirigée par Marc Gontard

Collection Ecritures arabes N° N° N° N° N° 1 2 3 4 5
BAROUDIAbdallah, Poèmes sur les âmes mortes. ACCAD Evelyne, L'Excisée. ZRIKA Abdallah, Rires de l'arbre à palabre. Poèmes. La Parole confisquée. Textes, dessins, peintures de prisonniers politiques marocains. ABA Noureddine, L'Annonce faite à Marco ou A l'aube et sans couronne. Théâtre. ABA Noureddine, C'était hier Sabra et Chatila. AMROUCHEJean, Cendres. Poèmes. AMROUCHEJean, Etoile secrète. SOUHELDib, Moi, ton enfant Ephraim. BEN Myriam, Sur le chemin de nos pas. Poèmes. TOUATI Fettouma, Le printemps désespéré. ABA Noureddine, Mouette ma mouette. Poèmes. BELHRITI Mohammed Alaoui, Ruines d'un fusil orphelin. Poèmes, suivi de L'Epreuve d'être. Pamphlet. BENSOUSSANAlbert, L'Echelle de Mesrod. Récit. MORSY Zaghloul, Gués du temps. Poèmes. BELAMRIRabah, Le Galet et l'Hirondelle. Poèmes. BEKRI Tahar, Le chant du roi errant. Poèmes. HOUARILeila, Zeida de nulle part. LAABI Abdellatif, Discours sur la colline arabe. BEREZAK Fatiha, Le regard aquarel. AMROUCHE Jean, Chants berbères de Kabylie. KALOUAZAhmed, Point kilométrique 190. Roman. SAOUDIFathia, L'oubli rebelle. Beyrouth 82. Journal. BEN Myriam, Sabrina, ils t'ont volé ta vie. Roman. KACIMI El Hassani, Le mouchoir. FARÈs Nabile, L'Exil au féminin. GUEDJ Max, Mort de Cohen d'Alger. BEN Myriam, Sabrina, ils t'ont volé ta vie. Roman. RAITH Mustapha, Palpitations intra-muros. Roman. YACINE Jean-Luc, L'escargot. Roman. LAABI Abdellatif, L'écorché vif. LAABI Abdellatif, Le Baptême chacaliste. COISSARD G. et DJEDIDI H., Chassés Croisés. TAWFIK El Hakim, L'Ane de sagesse. BOUKHEDENNA Sakinna, Journal: Nationalité: Immigré(e).

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Hafedh DJEDIDI . Guy COISSARD

CHASSÉS CROISÉS

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1987 ISBN: 2-85802-865-6

«Alors, dit-elle, demeure auprès de moi pour m'épauler. Lorsque viendra le désir tu n'auras qu'à tendre les bras et je plierai sous ta simple pesée comme le jeune oranger lourd d'oranges. Car tu mènes au loin une vie avare et qui n'enseigne point de caresses. Et les mouvements de ton cœur, comme l'eau d'un puits ensablé, ne disposent point de prairie où devenir. » Saint-Exupéry. CITADELLE

MAJID: SOUSSE EN TUNISIE. TROIS HEURES QUARANTE-CINQ

MINUTES. LE MATIN

La ville dort encore, alourdie des rêves de ses habitants ramassés sous les draps de laine. La lumière des lampadaires, jaune, absorbée en partie par l'humidité qui ruisselle sur les murs, finit de se perdre dans la poussière fatiguée des rues. Elle forme ici et là des triangles de lueur pâlotte, teignant l'obscurité de cette fin de nuit hivernale que je traverse drapé dans ma protection de laine, comme je le faisais autrefois, quand cette ville savait ouvrir les bras, et étreindre! Ce sac me pèse. J'aurais dû l'alléger davantage... Je la soupçonne d'y avoir encore mis ses sempiternels gâteaux! Ma mère ne changera jamais. Il lui faut toujours fourrer des victuailles dans mon sac. Têtue ma mère! Je la vois encore, cette fois où elle m'a fait rater une voiture de louage, arriver vers moi, haletante, les pans de sa mélia rouge en débandade, me criant de loin d'attendre. «Les gâteaux! Tu as oublié les gâteaux! » Tendre et sans gêne, maman. Lumière blanche mimant l'éclat du jour, tout le long de la route de la plage. Elles sont récentes ces lampes à néon. Encore un service rendu aux touristes par... TunisieTourisme. Peur de l'obscurité. Dangers des crevasses. Elles me rappellent la mort pitoyable de grand-père, mort la nuit, tombé dans un trou noir creusé par l'ONAS, sous un lampadaire éteint. Grillé grand-père! Zut! voilà qu'il se met à pleuvoir. Tant pis pour les traînards de la saison. Ils n'en mourront pas. 7

Plus que quelques mètres pour sauver mes godasses de l'usure et atteindre la terrasse du café !... Personne. Curieux quand même ce café humanisé le jour, déshumanisé la nuit. Combien d'années a-t-il bouffé de ma vie? Pas un seul recoin où je n'ai usé mes jeans et ma langue, à étaler avec les copains les petites et grandes misères de nos années de passion et d'enthousiasme. Non, pas drôles du tout ces flopées d'années livrées aux colères primaires... Regard oblique sur la route lavée d'eau. De temps en temps passe en ronflant une berline ou une 404 bâchée. Paquets de lumière et crissement de pneus sur l'asphalte mouillé: voilà un spectacle qui ne manquerait pas d'horrifier grand-mère. Aucune comparaison avec ses équipées révolues d'ancienne nomade. Plus de bruit de sabots sur les chemins mouillés de rosée. Eh oui, grand-mère, plus de chants de grelots, plus de courses à travers les haies de cactus pour repêcher les poules récalcitrantes, plus d'épines dans les plantes des pieds. Finie l'errance grandmère! La mienne continue entre des blocs d'immeubles... Quels gros lampions! Pas bonne du tout cette pluie, elle va encore éroder le sol. Comment atteindre la station? Brr! fait frisquet. Frisson jusqu'à l'échine malgré le burnous. J'en ramène le pan sur l'épaule et fixe la route, ruban noir, lavé d'eau, ruisselant. Mon cœur vibre à l'appel de ce nouveau départ. Me voilà encore repris. Les routes ne me lâcheront jamais. Mon regard suit le faisceau lumineux d'une voiture qui quitte la route et pointe son nez vers le café! Encore un égaré. Le café n'ouvrira pas ses portes avant... Oui, pas avant au moins une heure. La voilà qui se range devant la terrasse. ... Ses vitres fumées empêchent d'en voir les occupants. Les phares s'éteignent lentement et replongent la terrasse dans le demi-jour des réverbères. Les balais des essuieglace continuent leur va-et-vient arrogant. Rien à voir avec les canassons que grand-père avait enfourchés... Deux voyageurs à l'intérieur sans doute... Non, ce sont des appuietête. Le moteur laissé au ralenti maronne comme pour démarrer puis se tait complètement, brisant net le mouve-

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