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Chemin des pas perdus

De
108 pages
De la chambre de bonne à l'hôtel de luxe, du "bouillon" Chartier" aux dîners d'ambassades, tel est l'itinéraire cahoteux d'un comédien. Il faut accepter cela avec la même constante humeur, car là n'est pas le but du jeu. le véritable but, c'est d'aller sans idée préconçue à la rencontre de quelqu'un qu'on finit un jour par reconnaître: soi-même. Et comme le vent efface toute trace, c'est au vent que j'écris ces quelques souvenirs d'une vie dont j'affirme aujourd'hui qu'elle fut belle.
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Collection Récits
Robert SIREYGEOL
Chemin des pas perdus Récit
Chemin des pas perdus
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02910-8 EAN : 9782343029108
Robert Sireygeol
Chemin des pas perdus
L’Harmattan
Rue des Écoles Le secteur «Rue des Écoles» est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons: historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus Narèce (Francine), François-Élie (Mandy),De l’olympisme au handisport, 2014. Malka (Jean),Le désir d’apprendre, 2014. Martory (Yvon),Le Syndrome de Blas, 2014. Larbodière (Marie-Flore),Une année singulière, 2014. Bastien (Barbara),Carnets de femmes, 2014. Servin (Michel),L’entretien froid, 2014. Bizet (Claude),Oser l’impossible, 2014. Lassère (Bernard),Un avenir de gloire, 2014. Gonse (François),Professeur d’anglais en Chine, 2014. Temple (Henri),Théorie générale de la nation, 2014. Marc (Jacques),Paroles en l’air, 2014. Adam (Norbert),dans la campagne…Mes jeunes années courent, 2014. ^^Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
«Le crépuscule, la pénombre peu à peu envahissent la chambre, comme parfois au théâtre seul dans la salle, et la scène n’est éclairée que par un lumignon, et qu’il semble que les personnages vont apparaître à chaque ins-tant par une coulisse... J’ai l’impression aussi que notre mission, à nous co-médiens, est une soumission à des sentiments, des pen-sées, à une âme supérieure, à un monde qui est au-dessus de nous, d’où nous sommes venus et où nous repartons... 1 Et au fond, le théâtre est plus vrai que la vie... »
Je relis ces mots de Louis Jouvet, et je retrouve à l’instant la même émotion qui m’emportait et me faisait courir dans ce vieux Bordeaux, à la recherche d’un cours de théâtre, d’un maître qui m’aiderait à traverser le miroir des apparences. Le monde autour de nous était clos et muet, sur lequel nous butions. J’ai couru longtemps avant de comprendre que le bonheur était la course elle-même. Ce chemin de rencontres et de portes ouvertes sur de somptueuses énigmes. Le théâtre comme école: un apprentissage permanent !
Ah !Bordeaux noire et dure de mon enfance, fermée à tous les rêves de ma jeunesse, comme je t’ai haïe! Bor-deaux de mes amis «si plaisants en faits et en ris » comme je t’aime encore! Il n’y avait alors de salut qu’en la fuite. Et Paris, seule, s’ouvrait à nos engagements, par tous ses
1 | Louis Jouvet |Le Comédien désincarné |Éditions Flammarion, 1954.
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théâtres différents, ses animateurs célèbres, son public nombreux,sa gloire! De la chambre de bonne à l’hôtel de luxe, du «bouil-lon Chartier» aux dîners d’ambassade, tel est l’itinéraire cahoteux d’un comédien. Il faut accepter cela avec la même constante humeur, car là n’est pas le but du jeu. Le véritable but, c’est d’aller sans idée préconçue à la ren-contre de quelqu’un qu’on finit un jour par reconnaître: soi-même.
Et comme le vent efface toute trace, c’est au vent que j’écris ces quelques souvenirs d’une vie dont j’affirme aujourd’hui qu’elle fut belle.
Robert Sireygeole Né rue Dupaty à Bordeaux le 26 avril 1935
ÉTÉ 41
C’est, bien sûr, la route dont je garde précis le souve-nir premier. La route déserte, ou presque, sous le soleil d’été. Le fossé plein d’herbes hautes, profond, qui nous coupe de l’ombre derrière lui, et le silence d’une fin de matinée. Maman est devant moi; elle marche sans m’at-tendre, vive, une petite valise à la main et son sac en ban-doulière sur le ventre. Elle marche vite, tandis que moi je traîne, refusant sans oser m’en plaindre toute cette route que nous avons à parcourir. Non, je ne suis pas d’accord, mais j’ai appris à me taire. C’est comme ça avec maman. On ne parle pas à tort et à travers, surtout devant un étranger, un soldat. Alors je fais un truc à la mode en ces temps-là :de la résistance passive.
Hier, nous avons pris le train pour venir ici. Je m’en faisais une fête, mais ce fut un drôle de voyage. D’abord, le train bondé se traînait sous le soleil. Nous étions dans le couloir, serrés les uns contre les autres. Nous avons été arrêtés à Langon, longtemps. « C’est la ligne » a dit maman. Nous attendions de repartir, les voyageurs transpirant, debout, regardaient s’approcher deux soldats allemands qui contrôlaient nos laissez-passer. J’ai alors demandé à faire pipi, et maman m’a conduit jusqu’aux cabinets. Un homme qui était près de nous, nous y a suivi, est entré avec nous, et s’est caché derrière la porte ouverte quand nous en sommes sortis. Un soldat nous attendait. Maman
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