Chercheur d'or en Patagonie

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A la fin du XIXe siècle, alors que l'univers s'offrait à la cupidité des aventuriers, un jeune Roumain de bonne famille, formé dans les meilleurs écoles d'ingénieur de Paris, initié aux arcanes de la maçonnerie dans la loge de l'Ordre de la Rose du Parfait Silence, abandonna une brillante carrière de bâtisseurs de ponts, pour se dédier à la quête de l'or, lorsqu'on découvrit des pépites dans les bottes des pilleurs d'épaves sur les côtés de la Terre de Feu. Loin de chercher fortune, il était animé par l'ambition du pouvoir absolu.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
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EAN13 : 9782296680593
Nombre de pages : 177
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Ce livre est un hommage à la pertinence de Daniel Ares qui a exhumé de l’histoire Jules POPPER, ce héros trop vite enseveli par ses contemporains. e Sa vie est une épopée dans ce XIX siècle consacré à la découverte d’un monde meilleur, face à la cupidité d’une société qui amassait des fortunes.
Je n’ai pas besoin d’argent, ou plutôt, ce n’est pas l’argent dont j’ai besoin, ni même le pouvoir, je recherche seulement ce que le pouvoir permet d’acquérir et qui ne peut s’obtenir sans lui : la conscience tranquille et solitaire de la force.
Fiodor Dostoïevski,L’adolescent.
I
LA FIEVRE DE L’OR
Nous sommes le 12 octobre 1884. Un silence glacial accueille, sans émotion, la salve de canons que tirent sur la baie d’Ushuaia les quatre frégates de la marine argentine. Le colonel Augusto Lasserre commande l’expédition qui vient fonder une sous-préfecture sur le village d’Ushuaia. Pour la première fois le drapeau bleu et blanc flamboie sur l’Ile Grande de la Terre de Feu en présence d’une douzaine d’aborigènes décontenancés, mais amusés. Le révérend père Thomas Bridges, directeur de la mission anglicane qui colonise la région depuis un demi-siècle, affiche une moue ironique. Les indiens Yamanas, qu’il a regroupés pour rendre les honneurs au flambant représentant de la nation argentine, ne parlent qu’anglais et viennent de hisser le fanion rouge et blanc de la Patagonian Missionery Societyqui ressemble étrangement au pavillon britannique.
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C’est à l’évidence un jour historique pour ce minuscule hameau qui devient ainsi, officiellement, la ville la plus australe de l’univers. Un grand jour ! Pour cette raison le révérend Bridges a célébré, pour l’honorer, une messe en anglais (comme cela est courant), qu’il accompagna de vœux appuyés (comme cela aussi est courant) à la gloire de Sa Majesté, la reine Victoria d’Angleterre… Le jeune capitaine de la Marine argentine, Felipe MéndezPaz(qui fait office par délégation de gouverneur local), rappelle, en marmonnant au révérend, qu’il convient d’invoquer dans ses prières le Président de la République, le général Julio Argentino Roca.Of course, of courseacquiescemisterBridges. Un grand jour,sure. Un grand jour pour la baie et pour toute la région. On pourrait même dire le jour le plus important de l’histoire depuis 1881 lorsque Roca mit fin (pour la première fois) aux éternels conflits avec le Chili au sujet de la délimitation de la frontière. Jour qui aura permis, trois ans plus tard, que la Marine argentine plante son pavillon sur la côte et établisse un gouvernement sur « Ces terres lointaines qui sont appelées à être la Mecque de nouvelles cités, d’entreprises et de progrès », au gré du flot des paroles qu’égrène le discours du nouveau gouverneur MendezPaz. Vivats et applaudissements. Un jour de gloire, surtout pour le jeune Pazqui vit la plus belle opportunité de sa vie. Il a vingt-cinq ans, il vient de l’Ile des Etats, de San Juan de Salvamento où il était jusqu’à ce jour Sous-préfet, même pas Préfet, moins que chef d’une garde de prisonniers condamnés comme lui à croupir sur une terre sans destin. Et maintenant il est gouverneur. Il a revêtu pour l’occasion l’uniforme d’apparat qu’il conservait pour les grandes occasions et il a perdu plus d’une nuit à griffonner ce beau discours que le vent lui a ravi. Un grand moment, c’est sûr. C’est si vrai que Pazet Bridges, une fois l’acte terminé, posent ensemble pour une photo officielle. Les bœufs terminaient de rôtir dans leur cuir quand le
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chœur des enfants Yàmanas chanta une douce chanson qui parlait de Liverpool et de la générosité de ses gens. Tout est harmonie, respect mutuel, espérances chrétiennes, grandes promesses blanches. Et les indiens sourient de toutes leurs énormes dents déployées. Tout en mangeant, déjà émoustillé, et en confiance, le révérend Bridges, en anglais (of course) rappelle à Paz, qui mastique une viande coriace, les besoins urgents de l’Ile et de la Mission qu’il anime. Il ajoute au passage, avec orgueil, les efforts et les sacrifices de ses prédécesseurs, depuis les jours lointains de Sir Francis Drake. Avec une mesure toute britannique, le révérend raconte pour Paz, qui mastique encore mais plus en douceur, le voyage historique que le courageux capitaine Robert FitzRoy, au commandement du Beagle, un tout nouveau brigantin de la Royal Navy, entreprit à la découverte de l’Ile Grande et des multiples îles plus petites qui marquent le contour de ce canal au nom prestigieux et évocateur pour les marins du monde. Pour le cas où Pazaurait pu l’ignorer,misterBridges lui rappela que c’est précisément lors de ce voyage que le jeune Sir Charles Darwin découvrit ces terres inconnues. En outre, c’est sur cette même plage où ils déjeunent, cette Terre de Feu, que le capitaine FitzRoyet Darwin (au nom de l’Homme), mirent en doute, pour la première fois, les révélations de la Bible. Mister Bridges, lui qui n’a pas de doute, raconte que c’est le capitaine FitzRoyqui a pris sur la plage une pierre ronde et dit à Darwin : « ça, une pluie ne le fait pas en quarante jours ». Et cette révélation se produisit ici, ilya cinquante ans, alors que le capitaine Paz, qui maintenant digère lourdement sa viande coriace, ne pouvait pas imaginer qu’il allait naître un jour. C’étaient les temps de gloire de la débâcle de l’empire espagnol, alors que la Grande-Bretagne semait ses colonies d’un bout à l’autre de la terre, rien qu’en plantant l’Union Jack au chant de quelques strophes du God Save the Queen. Mais c’est une chose de conquérir, et toute une autre de dominer. La
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Grande-Bretagne, consciente de sa responsabilité, devait assurer un flux interminable de navires par le détroit de Magellan et, pour en garantir le contrôle, elle devait en posséder les rives.Of course ! C’est la raison pour laquelle le capitaine FitzRoyet Sir Charles Darwin vinrent depuis Londres pour voir à quoi ressemblaient toutes ces îles, abandonnées par leurs gouvernements, mais inestimables pour leur empire. C’est l’époque où ces braves navigateurs, bravant la faim, les pirates et les tempêtes, doublèrent le Cap de Bonne Espérance, traversèrent le Cap Horn, longèrent les canaux de la Terre de Feu, étudièrent leurs sols, relevèrent leurs côtes, décrivirent leur faune, dressèrent leurs cartes et remplirent des milliers de notes qui ornent les étagères de la RoyalAcademy. Pouryparvenir ils durent faire face aux sauvages de ces lieux et un jour, pris de doutes scientifiques, ils en emportèrent trois exemplaires vivants en Angleterre afin de mieux les étudier et de voir à quoi ils pouvaient bien être utiles. Mais après les études d’usage il fut admis qu’ils ne servaient à rien. Au contraire. C’étaient trois Indiensyun garçon, une fillette et unamanas : adolescent. FitzRoyprit la décision de les faire monter à bord du Beagle et, face à leurs convulsions de terreur, les mit aux fers pour les ramener à Londres. Là, entre les mains savantes des ethnologues, on leur coupa les cheveux, les vêtit, et leur enseigna des rudiments de culture britannique avant de les présenter à la famille royale. Guillaume IV et son épouse Adélaide trouvèrent ces petits êtres tellement sympathiques qu’ils leur offrirent, un bonnet de soie aux garçons et un sac brodé pour la fille, qui ravirent les enfants. La fille, réticente, n’obéissait qu’au frère aîné, et le plus petit, indépendant, faisait le plus de progrès dans la quête de la société. Ainsi passèrent trois années de classes, de catéchisme et de visites, jusqu’au jour où FitzRoy, sans Darwin, décida de les ramener sur la même plage où ils avaient été enlevés. Les sauvages de la tribu ne les reconnurent pas, mais ils les
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