Chopin, les civils et moi

De
Publié par

Ce livre fait suite à Chopin, la Guerre et moi, et poursuit les amours de cette jeune collégienne tout juste sortie de la Légion d'Honneur, éperdument éprise de Chopin, qu'elle appelle Frédéric, et de son œuvre. 1968, lycée des Vertugadins. Isabelle ne se moque pas d'elle, quand elle fait la révérence lors d'une interro orale. Isabelle est la seule à comprendre que, saoule de joie, son amie pleure en écoutant les deux Concertos de son Amour, ou se chagrine de ne pas savoir jouer correctement l'"Étude révolutionnaire" de Frédéric.
Publié le : mardi 5 mai 2015
Lecture(s) : 5
EAN13 : 9782336381701
Nombre de pages : 114
Prix de location à la page : 0,0071€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Marie-Véronique Gauthier
Un jour de vacances dans le civil, en écoutant sur
mon tourne-disque le magnifi que « Shéhérazade » Chopin,
de Rimsky-Korsakov, je me suis mise devant une
glace et j’ai tout dirigé. J’étais saoule de joie. Mais
avec les deux Concertos de mon Amour, c’est plus les Civils di cile, je n’y arrive pas, c’est trop beau et je pleure
trop, bien qu’Isabelle m’encourage. Elle est la seule
au lycée des Vertugadins à comprendre ma passion
pour Chopin et ma Légion d’Honneur chérie. Elle ne et moi
rigole jamais comme certains garçons, quand je fais
Romanla révérence lors d’une interro orale.
Au début, les élèves étaient surpris mais ça y est,
maintenant, ils ont pris l’habitude de se moquer
de moi. Isabelle passe son temps à me consoler. Je
pleure par exemple parce que je n’arrive pas à jouer
correctement l’« Étude révolutionnaire » de Frédéric.
Marie-Véronique Gauthier est agrégée de musicologie
et Docteur d’État. Elle a enseigné la musique au collège
et, parallèlement, a soutenu une thèse d’Histoire sous la
direction de Maurice Agulhon. Elle écrit des essais, romans
ou récits.
Photo de couverture :
© Tomasz Wieja / Thinkstock.
ISBN : 978-2-343-06312-6
9 782343 063126
12,50 €
Rue des Écoles / Littérature
Marie-Véronique Gauthier
Chopin, les Civils et moi
Rue des Écoles / LittératureRue des Écoles

Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux
personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique,
politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction
(romans) et des textes autobiographiques.


Déjà parus

Loozen (Jean-Luc), Campo Grande, 2015.
Alcaraz (Nadia), La rage fut mon pays d’accueil, 2015.
Berkowitz (Nadine), Les vingt vies de Mathilde, 2015.
Cerasi (Claire), Identité, identités, 2015.
Ferrier-Mayen (Andrée), La terrasse, 2015.
Télégat (Constantin), La star et les pantins, 2015.
Philippart (André), Un milieu social face à la pauvreté, 2015.
Ducrocq (François), Théorie du stock froid, 2015.
Jacques-Yahiel (Simone), Ma raison d’être (réédition), 2015.
Albert (Thierry), Quel est votre nom ?, 2015.
Mbuyi Mizeka (Alfred), L’enfant noir d’Afrique centrale, 2015.
Alain Nesme, Léa la Sainte, 2015.





Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr CHOPIN, LES CIVILS ET MOI© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06312-6
EAN : 9782343063126Marie-Véronique Gauthier
Chopin, les Civils et moi
*
roman Du même auteur
eChanson, Sociabilité et grivoiserie au XIX siècle, Aubier,
1992.
Le Cœur et le Corps. Du masculin dans les années
soixante. Des hommes écrivent à Ménie Grégoire, Imago,
1999.
Chopin, la Guerre et moi, Imago, 2000.
Le Bonheur est dans la classe, Imago, 2001.
Folies, Terra Cotta, 2012.
Une Goy, la Shoah et les Juifs, Edilivre, 2014.
INTRODUCTION



1 Ce livre fait suite à Chopin, la Guerre et moi dans
lequel une jeune pensionnaire de la Maison d’Education
de la Légion d’Honneur (les Loges, au cœur de la forêt de
Saint-Germain en Laye, non mixte, devenue L.H dans le
discours de l’adolescente), tient son journal de 1965 à
1968. La fillette est en uniforme bleu marine orné d’une
collerette blanche et d’une grande et large ceinture de
laine au liseré blanc qui descend des épaulettes pour
ceindre la taille et s’attacher derrière au moyen d’une
épingle à kilt. Chaque classe est représentée par une
couleur : verte pour la sixième, violette pour la cinquième,
aurore (orangée) pour la quatrième et enfin bleue pour la
troisième. Les grandes classes sont à la Maison de Saint
Denis et il n’en est pas question dans le livre. Dans les
années soixante, les camarades de la jeune pensionnaire,
dont certaines aristocrates, parlent beaucoup de la Seconde
Guerre Mondiale. En effet, la majorité ont un père officier
qui a combattu aux côtés des forces alliées. Notre héroïne
se plaît beaucoup à la L.H, contrairement à nombre de ses
camarades et raconte sur un ton enjoué les punitions, les
peines mais aussi les joies de cette vie recluse.
A l’arrivée en « verte », on donne le choix entre la
pratique de l’escrime, du violoncelle et du piano. Comme
toutes les filles de sa famille ont joué du piano depuis le
début du vingtième siècle, elle s’inscrit. Et là, elle ressent
un choc qui va entièrement bouleverser son existence
d’enfant : jouant maladroitement le quatrième prélude de
2Frédéric Chopin , elle tombe éperdument amoureuse de

1 Chopin, la Guerre et moi, Imago, 1999
2 Compositeur romantique de père français et de mère polonaise,
1810-1849
7 l’œuvre et du compositeur, l’appelant familièrement
« Frédéric » dans son texte. Dès lors, sa vie tourne autour
de sa passion, quitte à lasser certaines amies. Lors du
bouleversement politique de mai 1968, elle ne va pas dans
le parc interdit faire la folle avec ses camarades
« révolutionnaires », des bleues (troisièmes) surtout, elle
rentre sagement dans son dortoir et rêve à son bien-aimé.
Elle n’ira pas en bleue car ses parents l’inscrivent après les
Evénements au lycée de Meudon où elle rencontre la
mixité et le civil. Elle va désespérément chercher parmi
ses camarades garçons un visage qui lui rappellerait son
dieu, en vain. Le livre s’achève à ce moment-là.
8 REGRETS
Décembre 1968
Depuis que je suis dans le civil, au Lycée des
Vertugadins, à Meudon, je passe mon temps à regretter ma
chère L.H. L’uniforme majestueux, avec son béret, sa
collerette blanche et ses ceintures de couleur selon les
classes, même si la laine de l’uniforme piquait quand on
sortait des douches. Justement, la ceinture de couleur
bleue aurait mieux fait tenir les jupes que Maman me coud
et peut-être fait oublier mon acné qui me défigure. Ici, tout
le monde est habillé différemment et je trouve ça ridicule.
Et en plus il y a les garçons, forcément avec des pantalons
alors que les filles n’ont pas le droit et sont en jupe.
Maman m’a cousu une robe chasuble grise et elle me fait
mettre dessous des chemisiers de couleur.
C’est le 29 mai 68 qu’il a fallu rentrer dans les familles,
je n’ai pu garder que mes ceintures, mon béret, ma
collerette et une feuille du grand tilleul de la cour, cueillie
en 1967 et conservée entre deux feuilles de papier. Ici, il
n’y pas de grand tilleul, je dois appeler mes camarades par
leur prénom, ce n’est marqué nulle part mais il paraît que
cela se fait dans le civil. Des fois, Maman me fait porter
des bas qui tiennent soi-disant tout seuls. C’est un
supplice, ils descendent sans arrêt. Ou bien elle me fait
mettre des collants. C’est encore pire, ça fait des palmes
sous les jambes quand ils sont trop petits et ça remonte
sous les aisselles on essaie de prendre ma taille. Je
supplie Maman de mettre des chaussettes hautes, comme à
la L.H et elle accepte.
9 Je regrette les révérences, la grande mais surtout la
petite. D’ailleurs, quand un professeur m’interroge au
tableau, je fais toujours la petite révérence, personne ne
rit, à part un ou deux garçons, personne ne me gronde, la
classe est simplement étonnée, comme s’ils avaient vu un
martien. Je regrette les notes de discipline qu’on se mettait
chaque soir. Il fallait être parfaitement honnête et personne
ne trichait.
Au lycée, ce sont les surveillants qui punissent et les
élèves rouspètent. Je regrette quand même les
surveillantes méchantes qui nous privaient de sortie un
week-end car lors des privations de sortie, on s’amusait
bien avec les camarades et l’on avait le dimanche du rôti
de dindonneau pour une fois délicieux. Je regrette l’abbé
Juillet qui avait dit que j’étais sainte parce que je priais
tout le temps devant lui et allais me confesser plus que les
autres. Je regrette la punition des vingt-cinq paires de
chaussures à cirer, tout le dortoir, car j’avais écouté
Claude François sur un petit poste de radio apporté par
une fille que je n’ai pas dénoncée. Je regrette nos
conversations sur la Guerre. La vicomtesse de Résigny
disait que c’était mieux d’être noble que d’être
Commandeur de la Légion d’Honneur comme Papa. Et
nous nous disputions parce que sa famille n’avait rien fait
pour être noble alors que Papa avait risqué sa vie pour
combattre les Allemands. Je regrette les sept « Notre
Père », sept « Je vous salue Marie », sept « Actes de
contrition » à dire au lit avant que la lumière s’éteigne
quand j’avais fait une bêtise.
La nourriture était tellement mauvaise que je dessinais
des sandwichs sur du papier et je les mangeais, comme le
coton qui descendait de ma tunique de danse grecque, le
pain brûlé lors du cours sur le gaz carbonique sans que la
prof ne me voie. J’ai même mangé des Frédéric pour
m’imprégner de mon Amour, de mon Dieu. Et en mai
10

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.