Chronique des mues

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"En quelques instants l'été céda sa profusion à la nuit diurne et froide, avancés sur la banquette, front contre le pare-brise, nous regardâmes la coupole de ciel, le trou maintenant boursouflé de viande épaisse, bouffie." Dans une langue volontiers poétique aux accents parfois baroques, l'auteur entrelace des mythes en toile de fond de ce récit. Il y a un vieil homme qui annonce les décès de la commune, le cheminement de deux adolescents dans leur propre obscurité. Cet ouvrage constitue tout un réseau d'oppositions appelées à "muer".
Publié le : mardi 1 juin 2004
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EAN13 : 9782296363502
Nombre de pages : 180
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CHRONIQUE DES MUESEcritures
Collection dirigée par Maguy Albet
Déjà parus
Myriam DONZELOT, La Métamorphose de l'Axolotl, 2004.
Joseph POLI, Mirka, 2004.
Anna Luisa PIGNATELLI, Unfief toscan, 2004.
Jacques HURÉ, L'incendie de l'hôpital. journal 2000-2002,
2004.
Derri BERKANI, Le tournesol fou. La bleuite, 2004.
BUISSON Jacques, Brocanteur de l'oubli. A la femme
dévoilée...,2004
BRADY Patrick, Guruwari, un rêve de l'Australie profonde,
2004.
DELLlSSE Luc, La fuite de l'Eden, 2004.
DURIN Jean, Le grand esprit vert, 2004.
LAPRIE Gérard, Le grand passé, 2004.
JEANJEAN Anne-Marie, SUN Shanshan, L'os et l'esclave,
2004.
DUMONT Pierre, L'absence, 2004.
MOUNIC Anne, L'autre et lefuret du bois joli, 2004.
OLINDO-WEBER Silvana, Le détroit de Messine, 2004.
COHEN Daniel, D 'humaines conciliations, 2004.
GARCES Maria del Carmen, Regarde-moi dans les yeux, 2004.
BRAMI Daniel, Feu ma haine, 2004.
ZEBOUCHI Zine-Eddine, À moins que, 2004.
MÜNCH Anne V., Diagonale de l'exil, 2003.
COPETTE Véronique,Fil de mer, 2003.
TOCHET Michelle, Monde sauvage, 2003.
RUGGIERO Giovanni, Le couteau de la mémoire, 2003.
SPIELMANN Michel, Rencontres (Nouvelles), 2003.
BILLIA Laurent, Le Huan, 2003.
AMAR Hanania Alain, Fantasmagorie, 2003
ABDESSALAM Chekib, 3m2pour l'antilope, 2003
IMBERT Gérard, Patrimonium. l'ombre du Père, 2003.
MOUNIC Anne / VERMES Vivienne, Métamorphoses, 2003.
BETEND F., Turquoises, 2003.
VAMOS Miklos, La neige chinoise, 2003.Lionel-Edouard MARTIN
CHRONIQUE DES MUES
Récit
L'HARMATTANL'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris
FRANCE
L'Harmattan Hongrie
Hargita u. 3
1026 Budapest
HONGRIE
L'Harmattan Italia
Via Degli Artisti, 15
10124 Torino
ITALIE
cgL'Harmattan, 2004
ISBN: 2-7475-6610-2
E~:9782747566100Trqyant le pis de ma mémoire,je suis, de
mon dire, substance: corps de mots donné
à la morsure d'autrui. La Parole se repaît
de la parole de ma chair.
Me parleront des lèvres à venir, - comme
on parle à quelqu'un et comme on parle
une langue.
Fraternellement, le poète s'offre à
l'articulation de ses semblables, il emplit
leur bouche, s'infond dans leur être, et son
dire scande leurs gestes, ajoute son
envergure à leur brassée terrestre, aide à
leur devenir de livres ouverts, - d'oiseaux,
de papillons.I
erticalité de ma langue maternelle.
V Je dis l'arbre debout, la poussée du
désir, l'éventrement des terres creuses, la brûlure du
serpent conjurée par la lumière.
Mémoire encavée, qui d'enfance source en
marronniers pourvoyeurs de fruits vernis.
Près du château de mes jeunes années, il s'en
dressait un groupe de quatre, ancestraux, drus dans le
ciel et de fût massif, en face d'un labyrinthe redevenu
bosquet de buis, sans taille depuis des lustres. Je
m'aventurais parfois dans les allées encore tracées,
encombrées de rejets, pour y faire l'épreuve d'un
double égarement: celui que la main d'un jardinier
s'était, au siècle de Voltaire, ingénié à susciter par un
jeu d'impasses et de sentiers circulaires, et celui que
désormais composait la nature redevenue sauvage.
A la réflexion: marronniers ou platanes? Mon
souvenir s'empreint d'incertitude; il me semble
pourtant revoir les marrons en automne, bogue
9ouverte, écrasés savonneux sous les roues des
voitures; mais j'évoque aussi bien l'écorce des arbres,
pelée comme l'échine des baudets du Poitou, et le
dessin d'îles baroques sur les troncs: le temps passé
réveille l'imaginaire, et hybride mieux que le présent
les éléments incompatibles, clone des hippogriffes faits
d'emprunts à des lieux, des moments différents.
J'hésite, et ne puis revenir au château, dont les héritiers
ont défendu l'accès aux étrangers, - si bien qu'étranger,
je le suis à certaines marges de mon enfance, où seule
la mémoire m'autorise encore droit de passage.
Dans la cour des communs, passé le carré de
grands arbres, la cave s'enfonçait bruyamment dans le
calcaire. L'écho des pas faisait le gros dos dans l'air
vineux, on descendait par un escalier large, conçu pour
le passage des foudres, taillé à même la roche; au bas
des degrés, un pressoir géant, désaffecté, ne foulait
plus qu'une ombre jamais bien dispersée par la lueur
d'une ampoule crue dans sa cupule de porcelaine. Sous
les voûtes pourrissaient des vendanges centenaires
qu'on ne soutirait plus, et que laissait à l'abandon, sans
même les distiller, la vieille lassitude décavée d'une
noblesse de province.
Les marronniers surplombaient ces profondeurs,
y coulaient, au plus fort de l'été, un air frais et guttural.
Il me semblait s'établir, entre ce gouffre creusé de
main d'homme et la cime des arbres une continuité
sans faille (comme au terrier du renard s'assonance le
charnier du busard), - pierre et bois consubstantiels. Je
liais l'énormité complexe des racines enfoncées dans la
10glaise, leur crispation dans le tuffeau, au baiser matinal,
rugueux et peu causant de mon grand-père.
La partie supérieure, d'où prenaient les marches,
hébergeait la vache et des instruments aratoires.
Odeur, rémanente à jamais, de la litière souillée,
du lait sonore, binaire, trait dans le seau de fer blanc,
des très anciennes poussières accrochées aux arantèles,
crevées sous le poids du temps, du salpêtre détaché
des murs, effilochées en lambeaux grisâtres. Tout était,
dans ce contexte, fracture, cassure, usure; rien n'y
paraissait neuf, rien n'y avait l'éclat de l'acier dérouillé
par les groies, du manche de frêne poli par la paume
ensalivée avant l'effort, la paille même y brillait
faiblement, comme le litre étoilé de vin rouge,
immuablement couché dans le foin des râteliers, où
tétaient mon grand-père et ses complices, - le métayer
de la ferme d'à côté, dépendance du château, ou des
journaliers, engagés pour quelque tâche ingrate.
Étable et remise à la fois, les lieux tenaient de
cette illusion d'optique où un bâton plongé dans l'eau
paraît brisé à qui regarde: un essor rompu, un élan
retombé comme celui des poules aux rémiges rognées
dont l'envol s'affalait implacablement dans leur
condition d'animal domestique voué au trépas.
Dehors, immenses, les marronniers faisaient quant à
eux plein usage de la terre et du ciel.
Mémoire, aussi, (mais ne suis-je pas, comme on
dit de langage, victime d'un abus d'imagination, et
l'évocation de mon enfance ne s'enrichit-elle pas
d'images que l'âge adulte, nourri de scènes de fiction
11cinématographique et romanesque, y réfléchit à
rebours ?), - mémoire, donc, d'une grange, attenante à
l'étable; là, non plus la perpétuelle semi-obscurité des
lieux remémorés comme de ces clichés en noir et
blanc des années soixante, des cartes postales
maladroitement colorisées, mais la clarté d'un vaste
puits de lumière inondant de soleil l'intérieur cuivré,
métallique des lieux.
La partie médiane de la charpente s'était
effondrée et n'avait pas été refaite, il manquait à la
couverture de longues travées de tuiles, arrachées par
une bourrasque d'un autre âge, et jamais remplacées;
entrelacs, sur le sol, de tessons rougeâtres, retournés,
grumeleux, à leur matière originelle, et de chevrons,
poutrelles, voliges, dont seuls les nœuds, charnus
encore d'un peu de bois, avaient résisté à la pourriture.
Élever le regard:
L'œil aux combles, comme entre les feuillages
mus par la brise, envisageait une trouée de ciel, un
vitrail unicolore et changeant parfois traversé par une
nuée de freux et la sagaie d'un rayon doré. Y nichaient
aussi des pigeons, et leurs fientes invétérées étamaient
les objets entreposés, en estompaient les formes à la
façon des neiges dont le précipité emplit les vides,
nivelle les choses.
Et, parmi l'accumulation désordonnée des
rebuts: des charrettes, cabriolets, gerbières, tilburys,
carrioles, aux brancards désertés, levés comme des
bras pour saisir la lumière tombée du ciel,
témoignaient des travaux des champs et d'une
ennuyeuse oisiveté promenée jadis sur les chemins de
12la commune, dans un - imaginé - vaporeux de cygnes,
tulles, valenciennes, guipures, abrité d'ombrelles
légères, caressé de mains gantées gris perle.
Et de vieilles voitures.
Noires, lourdement carrossées, à demi ensevelies
sous les gravas:
De Dion-Bouton, Panhard et Levassor,
Rosengart, Avion-Voisin, Delage, (d'autres encore,
Rosalie, Juva4) bivouaquaient en cercle autour d'une
Monaquatre, en panne ou passée de mode,
abandonnée à la volaille au profit d'une nouvelle
marque qu'ils n'avaient pas tardé à remiser aussi.
Quête effrénée de l'apparat; cela /esavait menés,
casqués de cuir, enlunettés de mica tels d'ogresses
libellules humaines, par tous les temps et toutes les
routes, élargissant à l'aune de la vitesse et de
l'autonomie des véhicules le rayon de leur pénétration
automobile, allant toujours plus loin, jusqu'au
mythique Paris joint un jour, avant 14, par un de leurs
aïeuls qui, député, déboulant à la Chambre couvert de
trois cents kilomètres de poussière, fit la une de la
gazette locale.
A ce tape-à-l'œil ruineux, ils mangèrent, dit-on,
leur avoir: alors même que déjà le Front Populaire
avait sonné le glas des grands propriétaires, contraints
de déclarer leurs gens, obérés de charges sociales, ils
continuèrent de s'adonner à leur coûteuse passion,
achetant sans compter sans jamais s'abaisser à la
revente, engrangeant littéralement les voitures comme
d'autres les récoltes, affectant de porter, le dimanche,
13frac et robe longue, d'orgarùser des rallyes conclus par
des orangeades esseulées dans le jardin d'hiver.
A la réflexion: marronniers ou noyers? Si j'ai
souvenir de fruits, de bogues enfermant un noyau
dense et dur, ne peut-il s'agir de noix, aussi bien que
de marrons? Mais comment alors, acculés à la ruine,
pris à la gorge, n'auraient-ils pas cédé à la tentation de
vendre les grands arbres dont la chute menaçait de
longue date les tourelles du château, et que, s'il avait
suffi d'un coup de vent pour emporter la toiture de la
grange, une tempête un peu violente, grosse
d'embruns adantiques, trouverait bien (disait
grandpère) à arracher, abîmer sur les verrières, balafrant la
pierre de taille, fracassant les fenêtres, les
encorbellements, émiettant le pain noir des ardoises?
Nousdironsma~nnùrL
A nous autres jeunes gueux étaient interdits les
abords du château: non pas formellement, car jamais
les châtelains, qui d'ailleurs ne s'abaissaient guère à
nous parler, ne s'étaient exprimés dans ce sens, mais
par un non-dit marqué de l'évidence atavique qu'à
chaque race étaient alloués un territoire, une infime
portion du monde, où nul empiétement n'était
possible, sauf à être bien né, riche, notable.
Nous étions de la sorte, jeunes pouilleux,
cantonnés dans un espace circonscrit par une poignée
de pôles (maisons de notre parentèle, quelques champs
à l'entour du village), peu distants les uns des autres,
où se déroulait le principal de nos existences. Seuls des
êtres d'exception avaient accès à ces lieux mythifiés
14appelés mer, Paris, Espagne, vacances, auxquels
faisaient écho des gestes, des attitudes, des façons de
parler étrangers à nos manières de rustres.
De ces endroits relevait le château, nous le
contemplions de loin.
Les vieux maîtres, frère et sœur, et tous deux
célibataires, une fin de race sans héritiers, ne devaient
pas nous voir, nous aurions dérogé à notre état si nous
avions, même involontairement, forcé leur regard à
condescendre jusqu'à nous (pourtant, nous auraient-ils
prêté la moindre attention, nous auraient-ils seulement
vus, si d'aventure nous avions passé dans leur champ
de vision ?).
Nous évitions donc d'encourir le danger d'être
aperçus.
Or, tous les chemins sur le domaine
convergeaient en étoile vers la haute demeure et ses
grands arbres, les emprunter nous exposait aux. yeux
possibles des châtelains; aussi déployions-nous des
ruses de Sioux pour échapper à leur emprise, marchant
courbés dans tout le périmètre interdit, guettant
l'ouverture d'une fenêtre, un crissement de pas sur le
gravier.
Rien ni personne, jamais, ne survenait: le
marquis, comptable dans une entreprise
châtelleraudaise, partait tôt le matin dans sa vieille
Ami6, rentrait tard, et sa marquise de soeur vivait quasi
recluse, confite en souvenirs et bondieuserie, se faisait
livrer par l'un des épiciers du bourg. Plus de famille,
seuls de lointains petits cousins, abondamment
disséminés dans tout le pays, et qui leur rendaient de
rares visites.
15Présence humaine guère perceptible, donc, dans
ce château de Belle au bois dormant, mais la crainte
nous imprégnait si bien, nous était devenue, avec les
années, tellement consubstantielle que nous n'aurions
pas pu nous en défaire. Des générations de jeunes
croquants avaient dû, bien avant nous, l'éprouver, et,
devenus adultes, la transmettre à leur progéniture avec
leur pratique de la vie champêtre et l'articulation de la
parlure au moyen de laquelle ils tranchaient
abruptement dans la parole.
Ceint d'hectares de forêts, boqueteaux, halliers
percés de laies, le domaine nous offrait maints terrains
d'exploration.
Clairières, mares, - tous lieux nommés dont mes
grands-parents dressaient à voix rocailleuse le
portulan, émaillant leurs propos d'appellations
tourmentées par les siècles, fichées depuis des époques
sans mémoire dans ce bout du monde de terre
poitevine.
Certains arbres, d'essence peu commune,
remarquables par leur taille ou leur emplacement,
étaient ainsi individualisés, au même titre que les
carrefours de sentes, roches amoncelées, accidents de
terrain.
C'est parmi ces mots, noms courants devenus
noms propres, connus des seuls habitants de
l'exploitation, qu'ordinairement nous tenions nos
assises, construisions nos cabanes, cueillions nos
fleurs, nos fruits sauvages, champignons, herborisions,
chassions les papillons (et me reviennent, dans nos
filets de rude ficelle, de somptueux machaons, qui
16finirent épinglés sur des bouchons de liège, la
poussière micacée de leurs ailes délicatement fixée
d'un trait de laque capillaire, en ces années
d'indéfrisables) .
Trappeurs dans l'âme, colons nourris de la
lecture de Jack London et de nos habitudes de
maraude, quand nul ne traversait un champ sans y
prélever sa dîme de feuilles de chou, luzerne, dont
nourrir ses lapins, nous vivions dans un monde clos,
symboliquement circonscrit de murettes de pierres
sèches, où rien pour ainsi dire n'entrait et d'où sortait
le seul très peu de nos surplus, fromages de chèvre,
quelques volailles, légumes; univers sans fortune, où
l'argent se faisait rare, mais, dans notre imaginaire
d'enfants, nous étions riches à millions de nos
produits, que nous vendions sur les marchés, et nous
utilisions le revenu pour bâtir, racheter le château, en
faire fructifier les dépendances, taillant, vendangeant,
boulangeant, cuisinant le cochon dans les communs
relevés de leur ruine, roulant carrosses, automobiles de
luxe, aux beaux jours éployant sous les marronniers
des chaises longues.
Nulle autre idée de vacances, en effet, que ce
séjour idyllique, étendus, vivants gisants, dans des
transats sur ce carré de terre au-dessus de la cave, les
yeux dans les ramures roucoulant de tourterelles, nous
qui, communément, nous allongions dans la nature sur
de mauvaises couvertures de coton, à la dure du sol, et
nos flancs s'imprimaient de l'empreinte des racines,
vertébrant nos reins de vide végétal, comme si un
arbre avait, possédant nos jeunes corps, fripé nos
chairs de ces mêmes nervures, encore à demi
17prisonnières du bourgeon, dont pendant le sommeil
l'oreiller parfois creusait nos joues.
Nous rêvions ainsi de sièges moelleux, et la
matière s'en déformait pour accueillir nos lombes,
d'enrobements matelassés. Et notre dos imposait sa
courbure aux garnitures des fauteuils, méridiennes,
bergères contemplés dans les livres d'histoire, et
attestés par grand-père dans les salons du château, et,
disait-il, jusque dans les chambres.
Tout réverbérait le faste, dans notre esprit, les
murs mêmes des pièces les plus humbles de la haute
demeure se lambrissaient de panneaux dorés, la
lumière y était plus vive qu'ailleurs, le français parlé
làbas relevait de cette pureté fameusement ligurienne
dont l'instituteur quelque peu méprisant, nous rebattait
les oreilles, invoquant Racine, Molière, Corneille,
Boileau en exorcisme à notre parlure de ploucs, tout
juste bonne à dire nos existences bornées, ternes,
rabougries, chétivement mécaniques.
Dans de telles conditions, ouvrir la bouche
devant un étranger devenait un supplice. Jamais la plus
petite béatitude langagière ne nous serait accordée.
Pécores, nous étions, face à autrui, muets,
engoncés dans nos mots comme dans un vêtement de
mort, retaillé, avec assez de lâche, pour épouser notre
âge, mais dont la toile, raide de l'empois des habits du
dimanche, empestait encore le vieux pauvre, l'antimite,
nous gênait aux entournures.
Nous nous condamnions ainsi à n'avoir que peu
d'interlocuteurs, nous refusant à l'amitié possible des
jeunes Parisiens qui, pendant les congés scolaires,
18

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