CHRONIQUE DU TEMPS PASSÉ

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Jeune garçon, à l’orée de l’adolescence, il découvre la guerre, qui appartient au monde des adultes. À peine sorti de l’enfance, il l’observe comme un spectacle déroutant, parfois effrayant, parfois comique, toujours intéressant. Derrière le récit d’un exode avec un troupeau de vingt vaches, amenées de la Meuse jusque dans la Nièvre, le récit d’un retour dans le village détruit et la reconstruction d’une vie qui essaie d’être la plus « normale » possible, le lecteur n’oublie pas le terrible visage de la guerre, les vies bouleversées. Ce temps n’aura cependant pas pu détruire la sensibilité de Roger-Alexis Rocca, et ces pages témoignent de son formidable goût pour la vie.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 41
EAN13 : 9782296296718
Nombre de pages : 100
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Roger-Alexis

ROCCA

CHRONIQUE DU TEMPS PASSÉ

UN ADOLESCENT EN TEMPS DE GUERRE

Vivre et l'Ecrire

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRlE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2002

ISBN: 2-7475-2922-3

Collection Vivre et l'Ecrire
Déjà parus
Ecrits de jeunes : 100 lettres d'adolescents Reste encore un peu, j'ai pas fini de grandir Le stylo sauvage J'en ai marre de me retenir J'aimerais bien aider le monde à se lever Le livre de mes pensées secrètes Ici j'ai tout: la maison, le travail et l'école Les visages infinis Réponds-moi vite Grand-Mère, je t'aime Poèmes L'imparfait ne me décrit pas Les ados du garage Mais qui donc pense à moi Ecrits d'adultes et de retraités: Saisons adultes Merci pour le timbre L'encrier des espérances Sous les pierres mon cœur Donnez-moi donc de vos nouvelles Vivre et l'Ecrire J'en ai croisé bien des chemins Sans elle? Sans ailes Mon ftère des limbes Par monts et par mots Malgré tout - Du Valdahon à Figuig Nous allons sauter les barrières Ecrire pour ne pas perdre la main Grattez l'écorce Des Bas Buissons aux Eaux Vives Moi, Maxime, 97 ans Territoires Larko Parcelles d'infini La petite fille attendait

Vivre et l'Ecrire Limours : Que reste-t-il quand il ne reste rien ? Eh! Ça va pas ? Le petit carnet Limours en Hurepoix, we trace des associations pour le XXIo siècle Vagues d'Ecrits (Vivre et l'Ecrire en Bretagne) Ça bouillonne dans ma tête Vivre et l'Ecrire Orléans : Eux, nous, émoi Rêves de vacances, vacances de rêve

LE 10 MAI 1940
En pleine leçon de choses, dans l'après-midi du 10 mai 1940, il est 3 h 37. Tout se passe en un clin d'œil. Un bruit de tonnerre sec, un autre, puis un autre et encore d'autres, tous rapprochés jusqu'à sept fois. Durant cette déflagration imprévue, brève, hallucinante, le plafond en torchis de l'école se désagrège en mille petits morceaux au-dessus de nos têtes, provoquant d'énormes volutes de poussières. Le sol est jonché de gravats légers et l'on peut à peine voir le maître d'école à travers l'atmosphère de poussières jaunes qui stagne dans la salle. Stupéfait, le maître met quelques secondes à réagir devant la soudaineté de l'événement. Curieusement, les élèves figés par la peur, restent à leur place sans mot dire. Pas un cri, pas un pleur, jusqu'à ce que vienne en gesticulant, la maîtresse de la classe voisine, criant Hermine !, Hermine! Elle a eu peur, elle est partie, Ferdinand, va vite la chercher, dit-elle affolée à notre maître qui est aussi son mari. S'imaginer en la circonstance qu'Hermine la chienne avait plus d'importance que nous, il n'y a qu'un pas. Tout le petit monde se leva enfin et attendit le retour du maître quelques instants plus tard, revenu hagard nous dire de rejoindre le plus rapidement possible nos familles respectives. Nous partîmes en courant. Comment fut réglé le sort de la classe des petits de quatre, cinq et six ans? Je l'ignore encore.

Sans nos affaires abandonnées précipitamment dans l'enceinte de l'école, mon ITère et moi retrouvons nos parents à demi surpris de nous voir revenir plus tôt que prévu. Eux aussi se posaient mille questions et les conversations dans le voisinage allaient bon train sur ce qui venait de se passer... Que s'était-il passé? L'Allemagne avait déclaré la guerre à la France au mois de septembre précédent et le ITont des hostilités s'était cantonné jusqu'alors aux ITontières de l'est où l'on ne signalait que de brèves escarmouches. Les journaux mentionnaient chaque jour, un communiqué de guerre dans un petit pavé encadré que j'étais chargé à l'école de découper et de collationner pour les archiver. Le 10 mai 1940, les Allemands passent à l'offensive sur un large ITont, envahissant à vive allure la Belgique, le Luxembourg et la France de l'Est. Des colonnes de blindés déferlent à travers les campagnes belges et luxembourgeoises sans trop rencontrer de résistance. Une guerre éclair, une guerre moderne qui surprend l'état-major ITançais en retard d'une guerre. En avantgarde, il y a surtout l'aviation allemande en charge de bombarder les routes et les centres névralgiques de nos régions ITontalières. C'est ce qui se passe. Notre village et ses voies de communication ne présentent pas un grand intérêt pour les stratèges militaires ennemis. Alors, pourquoi nous avoir pris pour cible avec des bombes? Ce qui est arrivé, je l'ai su plus tard. De tous les échos que j'ai entendus, j'en ai fait la synthèse.

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Dans la journée du 10 mai, les avions ennemis traversent le ciel d'est en ouest et vice-versa pour le retour. On entend le ronronnement de leurs passages et pour nous, les gosses, ça ne va guère plus loin. Mais voilà, un de ces avions, pourchassé par des avions de chasse ftançais et par la D.C.A. (défense antiaérienne), aurait été touché. Sans doute, pour mieux se sortir d'une situation difficile ou périlleuse, il n'a pas hésité à larguer son chargement de bombes, n'importe où, à la discrétion du pilote du bombardier afin d'augmenter ses chances de retour vers l'Allemagne. Et c'est comme ça que ces bombes, au nombre de sept, furent destinées par le hasard et le destin en plein centre de mon village. Presque simultanément, les deux premières bombes tombèrent à quelque vingt-cinq mètres de notre salle de classe où plus de cinquante élèves de neuf à douze ans écoutaient la leçon de choses du maître. Fort heureusement, trois gros murs solides et épais nous séparaient des points de chute. Faisant office de bouclier, leur solide présence nous a protégés de la catastrophe. A quelques mètres près, c'eût été le carnage. Dans les trois salles de classe à plus de cinquante élèves, on aurait dénombré des dizaines de victimes parmi nous. Le 10 mai n'était pas notre jour pour aller au paradis. Les cinq autres bombes se disséminèrent un peu plus loin, sur une centaine de mètres dans un terrain de jeux de la commune. Le sort voulut qu'un garçon de dix-sept ans qui se trouvait à proximité sur le pas de la porte d'entrée de sa maison rut touché par un éclat de bombe.

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Il décéda le jour même dans le courant de la nuit. Il était ms unique et la détresse de ses parents fut incommensurable. D'après les impacts et les cavités dans le sol, les bombes ne devaient pas être d'un trop gros calibre mais la panique gagna néanmoins le village tout entier. Une autre aventure s'initiait.

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