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Chroniques Birmanes

De
303 pages
Ces chroniques sont le récit d'aventures rocambolesques vécues par Jean Paganes, routard en Birmanie, le pays mytique de Kipling qui fait fantasmer, mais aussi celui de la Junte, avec ses zones d'ombre et de non-droit, qui fait peur. Il a sans relâche parcouru le pays. En avion, bateau, pirogue, train, pick-up, char à bœufs, carriole, rickshaw… Et surtout à pied, au milieu des gens. Souvent amoureux, émerveillé, rêveur. Parfois tendu, énervé, dégoûté. Et aussi pris de paranoïa dans ce pays de dictature. Jean Paganes et à travers lui l'auteur, fin connaisseur de la Birmanie, fait partager au lecteur ses impressions sur ce pays étonnant.
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CHRONIQUES BIRMANES Nouvelles de Voyage

Illustration de couverture: La Birmane de Kipling par Galienni

Jean-Claude Augé

CHRONIQUES BIRMANES
Nouvelles de Voyage

Illustrations de Galienni

L'Harmattan 5-7, rue de rÉcole-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ItalÏa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur

Journal-Gyaw Ma Ma Lay. La Mal-Aimée. Traduit du birman par Jean-Claude Augé et Khin Lay Myint. Collection Lettres Asiatiques. Editions L'Harmattan, Paris 1993, 240 pages. La Pagode d'Or. Aventures en Birmanie. Collection Jeunesse. Editions L'Harmattan, Paris 1995, 96 pages.

cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-5949-1 EAN : 9782747559492

A mes chères Mio et Clio qui m'ont accompagné dans mes écritures

TABLE DES NOUVELLES

1. LA FEE ELECTRICITE DE GOLDEN VALLEY
2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. SHWEDAGON, ENTREE NORD LE PARFUM DE LA DAME DE RANGOUN LA CHUTE INFERNALE LA PLACE DU BONZE
LE SAYADAW DE THAMANYA IL N'Y A PAS QUE LA FOI QUI SAUVE ! LA BIRMANE DE KIPLING LE PLUS GRAND BOUDDHA DU MONDE

13 25 41 61 73 95
113 125 147 163 181 205 231 245 273 289

10. LA 501ème MARCHE Il. LA DANSEUSE DE MOULMEIN DE MOULMEINGYUN

12. L'INSTITUTEUR

13. L'EXPRESS DE MARTABAN 14. TETU COMME UNE MULE DE BILU GYUN 15. LES AMOURS D'UN MON 16. HAPPy HOUR AU STRAND HOTEL

PROLOGUE
C'est ici un livre de bonne foi~ cher lecteur. Ecrit par moi~ Jean Paganes~ sans fard ni complaisance~ tant pour le pays que j'ai retrouvé après trente ans~ que pour moi-même. Des Chroniques rédigées à partir de mes notes de voyage prises au jour le jour~ agrémentées de quelques esquisses croquées sur le vif ravais décidé que je pouvais retourner en Birmanie, ayant appris l'élargissement d'Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix 1991 - malheureusement de nouveau internée depuis muni de ce précieux visa de 28 jours octroyé par la Junte pour ouvrir le pays au tourisme. Un pays désormais dénommé "Myanmar" mais que je m'obstine à appeler "Birmanie"~ en raison des réminiscences littéraires qu'il évoque pour moi: Orwell~ Maugh~ Lewis~ Kessel~ Loti et surtout Kipling~ le chantre de l'Empire Britannique. A cause des souvenirs vieux de trente ans qui m'y rattachent. Et aussi des consonances: harmonieuses~ féminines dans "Birmanie"~ qui riment avec jolie~ poinsettie~ féerie~ et qui vous fait esquisser un sourire quand vous prononcez ce nom. Au contraire~ brutales et

masculines dans "Myanmar" qui riment pour moi avec
~

cauchemar~ barbare... et un son final qui vous laisse la bouche ouverte~ comme si vous alliez crever! E~ cher lecteur - ce générique masculi~ à mon corps défendant~ vous englobe aussi~ chère lectrice~ mais avec tant d'affection! - aimeriez-vous vraiment lire des "Chroniques

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Myanmaresques" - cauchemardesques, abracadabrantesques ! plutôt que "Birmanes" ? Que vous soyez mélomane, opiomane, nymphomane, avec ce nom, au moins, vous êtes en situation d'aimer! C'est donc un livre sincère, cher lecteur. Qui ne présente pas la Birmanie sur papier glacé, comme le Pays aux Mille et Un Bouddhas, aux Cent Mille Pagodes, la Terre d'Or et de Sman, le Royaume des Rubis... Comme Aragon, je pense que "rien n'est dangereux comme les belles images, c'est avec cela qu'on pervertit les esprits". Le pays que je prétends décrire est attachant, mais il a ses zones d'ombre. Beau par ses paysages, le sourire de ses habitants, laid par sa misère extrême, et sa dictature, cette Hydre de Lerne moderne dont il ne parvient pas à triompher, après tant et tant d'années. Le pays où la charette à boeufs, la lampe à pétrole avoisinent les sites Internet et les palaces dernier cri... Ces Chroniques sont avant tout un carnet de voyage intime, des notes et des réflexions qui me révèlent à moi-même et aux autres. Grâce à cette distanciation incroyable que permet le dépaysement intégral, le déracinement de ses habitudes. Comme le dit Montaigne, ce sage qui est aussi mon maître à penser: " le voyager me semble un exercice profitable. L'âme y a une continuelle exercitation à remarquer des choses inconnues et nouvelles. " De fait, j'ai sans relâche parcouru le pays. D'abord la Basse, puis la Haute-Birmanie. En avion, bateau, pirogue, train, pick-up, char à boeufs, carriole, rickshaw... Et surtout à pied, au milieu des gens. Dans les paillotes, les gue sthouse s, les hôtels borgnes ou les palaces. Les restaurants chics, aussi bien que les gargotes et les teashops - surtout les teashops ! Tantôt planifiant et maîtrisant bien mes pérégrinations. Tantôt au hasard - Balthazar! - à la merci des aléas de ma "road story". Souvent relaxe, amoureux, émerveillé, rêveur... Parfois tendu, énervé, dégoûté. Et aussi

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pris de paranoïa dans ce pays de dictature. Mais sauvé du découragement et du désespoir par l'humour et l'ironie, la dérision, autre distanciation nécessaire quand on voyage dans l'inconnu. Sauvé surtout par la rét1exio~ l'introspection, qui permet de relativiser, de faire face à cette "insoutenable légèreté de l'être" qui nous rend si vulnérable et si fragile. Voilà une approche des choses que j'ai l'ambition, cher lecteur, de vous faire partager dans ces Chroniques. Tout en faisant mon possible pour vous distraire. Est-ce pour moi, en cet âge avancé de la vie, le début d'un commencement de sagesse? C'est Alyse, ma compagne - viscéralement attachée à Paris, mais qui m'a laissé partir seul quatre semaines à l'aventure dans ce pays du bout du monde - qui me le dira... Jean Paganes

Il

Les Birmans portent toujours le costume national: longyi à fleurs pour les femmes, paso à carreaux pour les hommes.

LA FEE ELECTRICITE

DE GOLDEN VALLEY

L'Airbus A 300 de Thai Airways International roule dans l'obscurité sur le tarmac de Mingaladon Airport, et s'immobilise devant la modeste aérogare lugubrement éclairée. Le jour et la nuit avec Dan Muong, le lumineux aéroport international de Bangko~ quitté 50 minutes plus tôt! TI est 18h 45. Contrôle du passeport, examen minutieux du visa m'octroyant 28 jours. " Pas un de plus, Mr Paganes ", insiste l'immigration officer. Quelques vigoureux coups de tampon, puis je suis envoyé à un guichet où s'est formée une longue queue. C'est pour le change obligatoire de 200 dollars contre
200 Foreign Exchange Certificates

- ou

FEC. Dans le modeste

hall règne un brouhaha babélien à cause des groupes de touristes étrangers. Mais je constate avec plaisir que - hormis
les employés et les militaires

- les autochtones

portent toujours

le costume national: aingyi et longyi à fleurs noué sur le côté pour les femmes; chemisette et paso à carreaux noué sur le devant pour les hommes. A supposer que je me sois retrouvé ici à mon insu, par la magie de la lampe d'Aladin, j'aurais pensé sans hésiter, voyant ainsi ces êtres bruns à la démarche souple et indolente: mais bien sûr! JE SUIS EN BIRMANIE ! S'il y a un pays au monde qui vous met dans l'ambiance dès l'arrivée, c'est bien celui-ci!

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Dans la lumière blafarde des néons, derrière les barrières de sécurité, j'aperçois une pancarte en carton brandie au-dessus des têtes, avec mon nom griffonné en rouge. L'homme qui l'agite est hilare, comme s'il avait trop bu. Il se présente comme le chauffeur de taxi envoyé par Daw Thida Nyunt Than. Une ancienne collègue que je n'ai pas revue depuis mon départ de Birmanie, il y a trente ans. J'ai réussi à maintenir avec elle une correspondance, malgré la censure et les carences de la poste birmane. L'homme s'empare de mon sac et me conduit au parking non éclairé où stationne sa petite Toyota. Je monte en serrant contre moi le colis contenant des cadeaux pour ma vieille amie: un foulard de soie, un flacon de parfum, et du fromage. Et les deux derniers numéros du Monde pour cette intellectuelle passionnément francophile. Nous roulons dans l'obscurité. L'éclairage blafard des lampadaires jalonnant la sortie de l'aéroport a fait place aux feux des rares voitures que nous croisons. Rien qui puisse accrocher mon regard à l'aftùt d'une trace du passé, ou d'une nouvelle construction. A quoi ressemble donc la Birmanie maintenant? D'après mon expérience des voyages aériens, le développement d'un pays se mesure d'emblée au bétonnage de la zone aéroPQrtuaire, à la qualité des infrastructures, à l'urbanisation récente des alentours... A présent, dans le halo des phares apparaissent fugacement des paillotes, des hangars en tôle, puis des bâtiments en dur éclairés avec parcimonie. Frustré de ne rien voir d'intéressant, et le chauffeur étant plus rigolard que disert, je repense à Thida Nyunt Than, que j'appelais plaisamment "TNT". Elle, si douce et si menue, toujours drapée dans un longyi seyant, simple et gracieuse comme une tanagra! Bientôt, nous pourrons évoquer le bon vieux temps, quand, jeunes profs dynamiques à

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l'Institute of Foreign Languages, nous étions pleins d'ambition pour la Birmanie nouvelle. Celle née en 1962 du coup d'Etat du Général Ne W~ qui avait imposé le "Burmese Way to Socialism"... Hélas, si ce régime autarcique, qui a rendu le pays complètement exsangue, a bel et bien disparu, la Junte, elle, est toujours là, plus forte que jamais' Avec, en plus, l'idéal socialiste définitivement supplanté par la cupidité capitaliste de la clique au pouvoir. Dans sa dernière lettre, reçue avec un mois de retard, Thida Nyunt Than m'avait paru effondrée. Son mari - un ex-étudiant part time, promu Directeur du Board of Management du port de Rangoun - était mort d'une crise cardiaque. Sans descendance, avec une faible retraite, elle avait dû quitter le logement de fonction de Link Road attribué à son mari, ancien colonel, pour le laisser à un cadre de l'armée qui le convoitait depuis longtemps. Un bel appartement situé dans le quartier résidentiel de Shwegondine au pied de la pagode Shwedagon, à deux pas du joli Royal Lake. Et sur le même palier que celui de l'une des filles du Général Ne W~ c'est tout dire' A présent, il lui fallait vivre dans une modeste maison de South Okkalapa, un quartier populaire de Rangoun. Cette vieille amie, très cultivée, versée dans notre langue, auteur de nombreux ouvrages de grammaire, mais néanmoins désargentée et seule, percluse de rhumatismes, m'avait littéralement appelé au secours' Elle voulait que je vienne la réconforter' Une idée avait germé dans mon esprit: pourquoi ne pas profiter de l'ouverture récente de la Birmanie au tourisme et de l'extension à 28 jours du visa pour effectuer le "voyage du souvenir" dont je rêvais depuis longtemps? Un retour aux sources qui commencerait par mes retrouvailles avec ma chère TNT ! A ma demande, mon amie avait retenu une chambre au Classique Inn, une guesthouse tenue par une

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anCIenne étudiante de ftançais~ dont les parents sont fort riches. La Toyota passe sur un pont qui, semble-t-il, enjambe des voies ferrées car~ en contrebas, des signaux rouges et verts piquettent la nuit noire. rai beau scruter~ je ne vois rien. Où est-on? Mais où donc est passé Rangoun? Le trajet me paraIt interminable. Je pense de nouveau à ce que je vais dire à Thida. Pas question de parler politique. C'est un sujet tabou dans ce pays. De plus~ elle sait encore mieux que moi que les universités ont été maintes fois fermées - parfois pendant des mois d'affilée. Des étudiants ont été emprisonnés, torturés, blessés, massacrés, surtout pendant l'insurrection de 1988. Et certainement~ parmi eux, des étudiants de notre IFL ! Mais ma collègue~ toute charmante qu'elle soit~ est de par son mari, même décédé, de connivence avec la Junte. Comment se fait-il qu'un régime aussi cruel ait des collaborateurs aussi pacifiques? Pour ne pas l'effiayer, je ne vais pas lui souffler mot de ma visite de demain après-midi à Aung San Suu Kyi, la bête noire du régime. Avec la journaliste de Vogue, que j'ai renseignée sur la Birmanie juste avant de quitter Paris... Le taxi tourne brusquement sur la gauche. De misérables cahutes apparaissent dans le champ des phares. Nous avons quitté la route goudronnée pour un chemin de terre. La suspension gémit~ les essieux grincent. Je suis ballotté par les cahots que soulignent les folles arabesques lumineuses des phares. Le chauffeur rit de me voir ainsi malmené dans sa petite voiture. L'obscurité ambiante m'oppresse de plus en plus. Où va-t-on ? Ce n'est pas possible~nous ne sommes pas à Rangoun! C'est tout juste si je remarque ici la faible lueur d'une lampe à pétrole accrochée à une masure, là le rougeoiement lointain d'un brasier. Sans doute s'y prépare-t-il la pitance du soir~si j'en juge par l'odeur âcre de la fumée et les

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relents de cuisine qui traversent le taxi. Le halo des phares rase à présent les murs lépreux de quelques habitations en dur. Serait-ce South Okkalapa? Le chauffeur me le confirme, avant de s'arrêter pile à la hauteur d'un gros tas de pierres. Aussitôt, surgit des ténèbres la lueur vacillante d'une lampe à pétrole. C'est Thida Nyunt Than, que je reconnais d'abord à peine dans le faisceau peu flatteur de la lampe qu'elle tient contre sa poitrine: les traits accusés par l'éclairage en contre-plongée m'apparaissent considérablement vieillis... Mais ne doit-elle pas avoir la même impression en me dévisageant ainsi? Malgré les outrages de l'âge, nous nous reconnaissons immédiatement. Après une chaude accolade et un échange de mots affectueux, Thida me conduit à sa demeure en me guidant fermement par la main. Son allée est en train d'être repavée, et cela peut être dangereux. Je me tords effectivement la cheville sur un petit tas de pierres. Les yeux fixés sur la silhouette gracile, je monte des marches à tâtons pour me retrouver sur une terrasse obscure, où nous laissons nos chaussures, selon l'usage birman. Nous entrons dans un salon faiblement éclairé par deux bougies disposées aux extrémités d'une table basse, et une autre sur une commode en bambou. Thida me fait asseoir sur un canapé en rotin, à ses côtés, après avoir été porter la lampe à pétrole sur la terrasse. - C'est à cause de l'odeur... Désolée, mais il n'y aura pas de lumière pour notre soirée, mon pauvre Jean ! - Y-a-t-il une panne de secteur? Un attentat, comme autrefois? - Pas du tout! C'est à cause de la pénurie de courant. Chaque quartier en est privé à tour de rôle: South Okkalapa ce soir. Puis demain Thingangyun, Kamayut, etc... - Et le quartier de Classique Inn, la guesthouse où je dois dormir ce soir?

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- Pas de problème: elle est située à Bah~ au coeur de Golden Valley, le quartier chic où sont concentrées toutes les résidences des officiers supérieurs, des hauts fonctionnaires et des diplomates étrangers. Ici, c'est un quartier pauvre. Thida ajoute en riant: le gouvernement estime qu'après avoir trimé toute la journée, les gens pauvres doivent se coucher très tôt pour être en forme le lendemain! Mais il ne pense pas aux retraités! Quand la coupure a eu lieu vers 18 heures, je finissais de regarder La Petite Maison dans la Prairie... Heureusement, avec une amie de Kamayut, nous nous racontons les épisodes manqués autour d'une tasse de thé. De toute façon, quand ce feuilleton sera terminé, ils le repasseront. On n'a pas le choix! En attendant, quand il fait noir, je passe des heures à méditer devant mon petit autel. Tu sais que je suis une fervente bouddhiste. - Je te plains, ma pauvre TNT ! Tiens, pour te consoler, voici quelques petits cadeaux de France... rouvre le paquet et, à la lueur d'une bougie, présente les articles l'un après l'autre. - Oh le joli foulard vert, ma couleur préférée! Comme tu l'as bien choisi! C'est la Tour Eiffel? - Non, c'est l'Arc de Triomphe. Et le foulard est bleu... - Et cette boîte jaune... Ah! C'est "Calèche", mon parfum favori! Je vois que tu n'as pas oublié... - Non, la boîte est blanche: c'est la dernière création de Kenzo. Thida me prend les deux mains avec force. - Oh merci, Jean! Comme c'est gentil! Je lui tends un petit sac en plastique soigneusement scotché. - Devine ce que c'est? Elle s'escrime sur le paquet, à l'aveuglette. Une puissante odeur s'en dégage. - Oh ! Du camembert, j'en suis sûre!
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- Gagné, Thida ! TIdoit être bien à point, car cela fait des jours qu'il est dans mon sac. TIy a aussi de la Vache Qui Rit. Tiens voici aussi Le Monde. A lire demain, quand tu y verras plus clair! Thida m'embrasse sur les joues avec effusion. Malgré l'âge, elle a gardé l'enthousiasme de sa jeunesse. Toute contente, elle
m'annonce qu'elle a

-

exprès pour moi

-

confectionné

un

byriani, ce plat indien dont je raffolais autrefois. Elle saisit une bougie et m'invite à passer à table. - Pardon, Thida, mais je voudrais d'abord passer aux toilettes. - C'est un peu compliqué, dans le noir. Il faut redescendre les escaliers, tourner à droite, puis encore à droite, longer la maison jusqu'à un jardinet. Attention à la mare: on ne la voit pas à cause des lentilles d'eau. Mais les crapauds-bumes sont là pour la signaler. Immédiatement derrière le muret, sur la gauche, il y a une petite cahute en planches. TIfaut enjamber la rigole, monter trois marches, et c'est là. La porte se ferme avec la ficelle entortillée autour du loquet. Veux-tu une bougie, ou la lampe à pétrole? - Merci, mais finalement, je crois que je reste ici...

- Je vais demander à ma petite bonne karen qui dort dans la soupente de t'accompagner. - N'en fais rien, je peux me passer des toilettes, pour le moment.
- Alors, assieds-toi près de cette bougie. - Le dîner aux chandelles en tête à tête est vraiment une charmante idée. Et rien que de penser à ce byriani dont je peux déjà humer la délicieuse odeur... - Hélas, surprise par la soudaine coupure d'électricité, j'ai éparpillé les clous de girofle et les gousses de cardamome. Je n'ai pas pu les récupérer entre les caillebotis de l'appentis où je cuisine. J'ai aussi renversé un bol de ghi...

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- Ce n'est pas grave, chère amie ! L'essentiel, c'est que nous soyons ensemble ce soir! C'est tellement romantique dans ces ténèbres et le silence de la nuit! - Désolée pour cette chaleur étouffante. Le ventilateur, évidemment, ne fonctionne pas. Peux-tu m'éclairer ton assiette avec la bougie? Je déguste à la main le délicieux plat de riz à la viande de mouton, en me pourléchant les doigts avec volupté. Un plaisir que j'avais anticipé depuis Paris. Ah ! si ma copine Alyse me voyait - elle qui a tellement horreur de me voir manger ainsi! Thida revient avec l'autre bougie et une bouteille. Dans le halo, je reconnais la bouteille brune à étiquette bleue. Je la palpe avec une joie non feinte. - De la bière de Mandalay, exactement comme autrefois! La première du séjour, et certainement pas la dernière! Je bois la bière au goulot, car je n'y vois goutte. Son goût me renvoie trente ans en arrière, à mes beuveries du Strand Hotel entre expatriés. Je voudrais bien parler du passé, mais Thida revient sur la mort de son mari. C'est arrivé au Tatmadaw Golf Club à l'issue d'une partie de golf disputée avec des copains de l'armée. TIa succombé, malgré les soins prodigués par le Major Thein Win, son partenaire de golf et aussi médecin-chef du Defence Services General Hospital, qui était pourtant tout proche. Puis elle évoque avec tristesse son éviction de l'appartement de Link Road et sa solitude dans ce quartier déshérité. Pour lui changer les idées, je lui parle de mon projet de voyage. Me rendre partout où il était interdit d'aller du temps du "Burmese Way to Socialism" : Ie Rocher d'Or, Rpa An, Moulmein et le Sud du Tenasserim... - Mais il ne faut pas aller là-bas, à cause des rebelles môn! Demain, que fais-tu?

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- Ma première visite sera bien sûr pour la pagode Shwedagon. Ensuite, je verrai... Après-demain, je pars pour Pégou ; puis Kinn Monn Camp... - Sois prudent, Jean! Je crois que les étrangers n'ont pas encore le droit d'aller là-bas. A cause de la guerilla karen. Les bougies sont presque éteintes. TI est temps de prendre congé. Après avoir récupéré mes chaussures, j'affionte de nouveau la nuit noire, précédé de mon hôtesse qui tient à bout de bras la lampe à pétrole. Le chauffeur allume ses phares pour signaler sa présence. Je crie à Thida d'aller de l'avant, et urine en vitesse sur le tas de cailloux.
A la voiture, ma vieille amie me serre dans ses bras avec une vigueur étonnante vu son âge et son état malingre. Alors que le taxi démarre, elle me fait promettre de lui faire signe dès mon retour à Rangoun, avant de repartir pour la HauteBirmanie. Après un ultime geste d'amitié, elle s'enfonce dans les ténèbres. Au bout d'une dizaine de minutes de cahots dans le noir absolu, le taxi retrouve le confort de la route goudronnée et un semblant d'éclairage. A un tournant, les phares illuminent soudain de hautes touffes de joncs et des frondaisons qui bordent la route. Une bouffée d'air frais, chargée d'une forte odeur d'humus, envahit la Toyota. " Inya Lake" me lance laconiquement le chauffeur. Nous contournons un bosquet, puis le taxi oblique sur la gauche et s'engage dans une rue bordée de murs et de portails munis d'interphones et de caméras de surveillance, :éclairés par des spots et des lampadaires. Nous sommes certainement à Golden Valley. Par intermittences, j'aperçois à travers les feuillages des rangées de fenêtres brillamment éclairées. A un carrefour, nous débouchons sur une résidence imposante. Les battants du grand portail blanc sont ouverts. L'entrée est violemment éclairée par des projecteurs latéraux

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qui m'éblouissent. Un ballet incessant de voitures oblige le chauffeur à s'arrêter. " German Ambassador Residence" m'informe-t-il. Deux grosses limousines sortent de la propriété par l'allée bordée de bornes lumineuses comme une piste d'aéroport. Du parc, entre les bosquets tout verts, illuminés par des projecteurs disséminés dans la pelouse, parviennent des groupes d'invités en tenue de soirée. Des policiers birmans en casque blanc tentent de canaliser toute cette mondaine agitation. L'effervescence a disparu. Le taxi redémarre et à peine quelques dizaines de mètres plus loin, s'engage sur une allée inclinée flanquée de part et d'autre de réverbères qui éclairent les palmes jaune-vert de jeunes cocotiers. Nous parvenons à un bungalow cossu. A la lumière crue des spots du porche, je m'aperçois que la Toyota est bleue, bosselée et couverte de taches de rouille qui lui donnent un air d'épave bonne pour la casse. Je règle ma course et prie le chauffeur d'être là demain matin, dès 6 heures, pour me conduire à la Shwedagon. Dans le salon lambrissé de teck, un monsieur et une dame à l'air respectable sont assis avec une jeune femme, enfoncés dans des fauteuils en cuir. Les yeux rivés sur un magnifique téléviseur stéréo 16/9, 82 cm, ils regardent une émission de TV5 en ftançais : un documentaire sur le Palm Beach de Cannes.La jeune femmevient vers moi avec un large sourire: Monsieur Jean Paganes ? Je suis Ma Su Su Aye, l'ancienne étudiante de français du Dr Thida Nyunt Than. Voici mes parents, les propriétaires du Classique Inn. Su Su Aye me conduit au bout d'un couloir et me fait entrer dans une pièce, petite, mais meublée d'un élégant mobilier en teck de style européen. Sur un guéridon, près du minibar, trône un poste de télévision, que la jeune femme met en marche pour m'en montrer le fonctionnement avec la

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télécommande: " Pour avoir TV5 en français, appuyez sur la touche 15... Voici le minibar : il y a une bière de Mandalay et des mignonnettes de whisky et de gin, ainsi que du soda... " Remarquant mon ftissonnement, elle s'écrie: " J'ai mis la climatisation en début d'après-midi. Quand vous sortez, ne l'éteignez pas, pour conserver la fraîcheur ambiante. Si vous avez trop froid, mettez sur "fan". " - Pardon, où sont les toilettes? - Juste à côté! Comme vous avez demandé la chambre la moins chère, les toilettes sont extérieures, mais juste à côté, dans une belle salle de bains pour vous tout seul, avec eau chaude à volonté. Je laisserai le couloir allumé toute la nuit, ainsi que les spots au-dessus du lavabo... OK ? Installé sur le confortable lit double, tout en sirotant un Glenfiddich Special Reserve on the rocks, je regarde négligemment le journal de TV5. Encore une manif de fonctionnaires en colère! A République, il me semble... Fabuleux, cette télévision par satellite, mais zéro pour le dépaysement! Cette mondialisation me déprime, m'afllige même... Quand je pense qu'il y a trente ans, la Birmanie était un pays cathodiquement fermé! Je parcours le New Light of Myanmar, mis gracieusement à ma disposition. Comme dans son ancêtre, le Working People's Daily, il y a les mêmes articles de propagande, et une débauche de photos des dirigeants de la Junte en action: offrandes à des bonzes, méditation dans des pagodes, inauguration de chantiers. .. Secretary 1. Lt Khin Nyunt attends donation ceremony... General Maung Aye inspects bridge construction... Senior General Than Shwe and wife offer robes to Sayadaw... Et toujours à la une, le grand encart avec les slogans de la Junte. Assommant. Rien sur le reste du monde, encore moins sur la France. Si je le voulais vraiment, avec Internet à Classique Inn... Mais ce zapping d'un continent à l'autre, d'un 'pays riche

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à un pays pauvre, ce mélange des genres entre dictature et démocratie, tout cela me donne le tournis. TIest plus de minuit, et je gèle! La couverture n'est pas de trop. Quel contraste avec la chaleur moite et étouffante de tout à l'heure dans le quartier misérable de South Okkalapa ! C'est avec appréhension que je pense à ma pérégrination de 28 jours dans la Birmanie profonde. Seul avec mon sac à dos, en marge des circuits touristiques, à l'écart du tourisme de masse. Et probablement en butte à des tracasseries policières. .. Cette Birmanie avec ses zones d'ombre et de misère, dont mon passage chez Thida m'a donné l'avant-goût. Est-ce bien cela la Birmanie nouvelle qui m'attend: un vaste et sombre archipel du Goulag, avec ici et là un point lumineux, un îlot de prospérité? Comme par exemple ce soir, à Golden Valley - la bien nommée! - où je gourme un confort tout occidental, dans des draps propres et bien trais. A des années-lumière de ce trou noir nommé Okkalapa , J'arrête le climatiseur, la télévision, coupe le téléphone, éteins la lampe de chevet. Me voici prêt à explorer un nouveau monde. A NOUS DEUX, LA BIRMANIE !

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SHWEDAGON, ENTREE NORD

Exact au rendez-vous, le jovial chauffeur de Thida est venu me prendre à 6 heures au Classique Inn, comme convenu. En me raccompagnant hier soir, mon amie m'avait recommandé de me rendre à la Shwedagon très tôt. Mêlé à la foule des fidèles avant la vague des touristes déversés par cars entiers dès 9 heures, je pourrai ainsi échapper au droit d'entrée de cinq dollars exigé des étrangers. Elle m'avait conseillé d'emprunter le zaungdan Nord, l'un des quatre escaliers monumentaux couverts permettant d'accéder à la pagode. Délaissé par les tour-opérateurs, il est plus discret et plus authentique. Et c'est le plus proche. Nous quittons l'îlot de verdure de Golden Valley. Aux villas somptueuses nichées dans de luxuriants jardins succèdent de petits immeubles lépreux, maculés de traînées noires et suintant d'une humidité verdâtre au milieu de terrains vagues et de dépotoirs. Le quartier de Link Road est plus accueillant, avec ses bungalows défraîchis, mais propres, et ses lambeaux de verdure soignée qui lui confèrent des allures de vieille belle coloniale. J'ai une pensée émue pour la pauvre Thida en
passant devant les immeubles austères - propriété de Thatmadaw, l'armée birmane - où elle vivait heureuse, il y a peu. Mais rien à voir avec Golden Valley... Dommage que son

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époux, fauché dans la force de l'âge, n'ait pas eu le temps de s'élever dans la hiérarchie de la Junte! Malgré son revers de fortune, j'ai retrouvé mon amie très sereine, gaie même, contrairement à ce que sa lettre laissait présager. En fait, je ne m'en suis guère étonné, la sachant bouddhiste convaincue. Pénétrée de l'anicca - le principe de "l'impermanence" de
l'existence prêché par Bouddha

-

elle s'est affranchie

du

désespoir à force de méditer. Comme tous les Birmans, les pauvres surtout, adeptes de ce bouddhisme theravada qui prône la résignation. Une méditation renforcée par les longs délestages électriques, qui accompagnent ses soirées sans télévision, depuis qu'elle est seule à Okkalapa ! Empruntant la face nord de la colline de Singuttara, nous nous élevons au-dessus de toute cette décrépitude et contournons, dans la nature ressuscitée, le "Memorial to the Fallen Heroes", un mausolée en marbre dédié au Bogyoke Aung San, le héros national, et à ses compagnons assassinés à l'aube de l'indépendance. C'est précisément sa fille, Aung San Suu Kyi, détenue par la Junte, que je vais voir cet après-midi... Soudain, de la verdure jaillit en surplomb l'immense stûpa d'or, dont la brillance est encore adoucie par la lumière du petit matin. Incroyable, irréelle, sublime vision! Le vocabulaire me manque, cher lecteur, pour exprimer, vous communiquer mon enthousiasme. Que faire, sinon appeler à la rescousse les écrivains consacrés, séduits avant moi par la tt plus belle pagode du monde, la plus impressionnante, la plus grandiose", selon le Guide du Routard. Kipling d'abord: tt Un mystère doré, une superbe merveille étincelante". Puis notre Pierre Loti, qui la découvre de loin en venant de Calcutta, et de plus près avec une Birmane. "Une jolie Birmane au pagne jonquille" écrit-il dans Pagodes d'Or:

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De la verdure jaillit le stûpa d'or de la Shwedagon.

" Quelque chose arrête, déroute les yeux. On croirait une grande cloche en or, surmontée d'un manche d'or. C'est bien de l'or à n'en point douter. Cela brille d'un éclat si fin ! " Que peuvent mes pauvres mots à côté de ces merveilles d'écriture? La Shwedagon est, en effet, sans cesse redorée avec de l'or appliqué depuis des siècles par les pèlerins, qui prennent parfois sur leurs richesses, et surtout sur leur pauvreté, pour accomplir cet acte bénéfique pour leur karma. Sans oublier les donations des puissants: pesants d'or et fortunes royales, caisses de l'Etat et des corporations, et, à ce jour, prébendes des militaires. C'est le sanctuaire le plus sacré du pays, où tout Birman rêve de venir en pèlerinage au moins une fois dans sa vie. Pas un foyer qui n'ait sa photo posée sur le petit autel à côté de Bouddha! C'est aussi l'ultime espace de liberté laissé au pays. Au printemps 1988, il servit d'agora aux étudiants en colère qui avaient pensé y trouver un asile inviolable. Avant les massacres d'août qui ensanglantèrent Rangoun. D'après la légende, le stûpa fut élevé il y a 2500 ans pour recueillir huit cheveux donnés par Bouddha à deux frères marchands revenus d'Inde. L'endroit choisi fut Singuttara, dernier maillon de la chaîne de Pégou, au lieu-dit Dagon... D'où "Shwedagon", "Shwe" signifiant "Or" -le nom donné à la pagode autour de laquelle s'est développé Rangoun. Le stûpa n'avait alors que neuf mètres de haut. Il s'est agrandi au cours des siècles grâce à la dévotion des rois môn et birmans et aux reconstructions successives dues à huit séismes. Pour devenir cet imposant zedi, visible à des miles à la ronde. Arrivé au zaungdan, je prends congé du chauffeur de Thida, ne désirant aucunement l'associer à mon escapade chez Aung San Suu Kyi. Après avoir confié chaussettes et chaussures, pour 20 pyas, à une petite fille en haJillonsfaisant office de

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"dame de vestiaire"~ je m'engage dans la pénombre du grand escalier aux marches incurvées par une immémoriale usure. Sans prêter attention aux échoppes qui vendent bouddhas~ photos de sayadaw~ chapelets~ fleurs~bâtons d'encens et autres articles religieux. Je veu~ en effet~ parvenir à la grande esplanade avant sept heures pour en repartir avant neuf heures. De la rampe ornée de dragons~ j'observe tout en montant les kyaung - ou monastères - et les zayat - les maisons pour pèlerins - accrochés dans la verdure. Arrivé sur le vaste parvis dallé de marbre blanc~je ressens le même choc visuel qu'il y a trente ans. Dans la douce lumière du jour naissant apparaît la vision féerique à laquelle je m'attendais. Mais encore plus ftanchement dorée~ plus colorée comme si le décor avait été refait à neuf Les tazaung sont bien là~ avec leur toiture pyramidale à étages~ s'étirant en flèche couronnée d'une ombrelle. Ils renferment des centaines de bouddhas de toutes tailles en plâtre~ en laito~ en albâtre~ revêtus de dorures; le plus souvent assis dans la position de l'Eveil~ mais aussi debout ou allongés. TI y a ces pagodons pointus avec leur flèche annelée~ aussi ftaîchement redorés que l'énorme stûpa central qu'ils encerclent~ et dont je n'ai pas oublié la structure symbolique. D'abord~ les trois terrasses moulurées qui forment la base octogonale. Puis le kaung laung bon en forme de cloche; le baunggyit~ ou "turban torsadé" ; le tabejk~ ou "bol à aumône renversé" surmonté du kyalan~ la fleur du lotus; la flèche bulbeuse~ appelée hngetpiawbou~ en forme de bourgeon de bananier. Vient ensuite le hti~ l'ombrelle à clochettes d'or et d'argent sertie de pierres précieuses; puis le hngetmana~ la girouette ornée de joyaux. Et tout en haut~ le seinbou, un globe d'or incrusté de diamants~ rubis, saphirs et topazes. L'immense esplanade est déjà grouillante de fidèles aux pieds nus: hommes, femmes, jeunes ou vieux, enfants, bonzes et
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bonzesses vont et viennent, seuls ou en groupe. TIs méditent dans les tazaung, prient devant les temples et les autels, se prosternent devant les images du Bouddha, somnolent dans un coin. D'autres, en rang d'oignons sur les marches carrelées, bavardent, fument le cheroot, musardent, désoeuvrés. Et pas un seul touriste étranger en vue ! Une ville dans la ville, mais intégralement sainte, réduite à une vaste zone piétonne circulaire, sans boutiques ni marchés. L'atmosphère, chargée de parfums de fleurs et d'encens, y est feutrée sans être silencieuse, empreinte d'une piété toute individuelle. L'air résonne du tintinnabulement de myriades de clochettes éoliennes, ponctué du son plus grave des gongs soulignant une ofITande. Au fond, sur la gauche, s'élève une haute pyramide tronquée, aux côtés peints d'images colorées, comme une bande dessinée, en total contraste de style avec les tazaung. Je me souviens vaguement que c'est le temple de Mahabodhi, construit à l'image du sanctuaire de Bodhgaya en Inde. Le lieu où Gautama eut son Eveil sous le figuier banian sacré - ou bodhi-tree - que les Birmans ont réussi à cloner dans l'enceinte de la Shwedagon à partir d'un greffon rapporté de là-bas! En me rapprochant du Mahabodhi pour mieux étudier l'imagerie des jataka je suis arrêté par une rangée de femmes, toutes affublées du même chapeau chinois à large bord - y compris une toute petite fille qui ressemble à un champignon ambulant. Consciencieusement, elles balaient les dalles de marbre dans un mouvement d'ensemble gracieux, sinon efficace. Revenant sur mes pas, j'aperçois la grande face d'ivoire de Gautama qui me fixe d'un sourire énigmatique du fond de son tazaung. Comme s'il m'invitait à m'approcher! A l'entrée, sur le côté, un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants entoure un petit bouddha d'albâtre, devant lequel

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