Chroniques d'une cité ordinaire

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Pourquoi ce livre ? Parce que je voulais vous faire partager l'enfance qui a été la mienne dans une cité défavorisée de la banlieue du Havre et vous faire vivre ces moments forts, bons ou mauvais, qui ont rythmé ma jeunesse.
Ce voyage que je vous propose est empli de larmes et de rires, de douceurs et de violences. Ce sont là des histoires de vie dans l'ombre écrasante des HLM. Ma vie...
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
Lecture(s) : 295
EAN13 : 9782336279596
Nombre de pages : 195
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Rachid SAKJI

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Témoignage

En couverture : Les enfantsdel’auteur.

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Pour Laurence,Andi,Chems,Hélel etHilmi.

Et à mes parents.

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Introduction

Toutes ces histoires sont vraies. Elles nous sontarrivéesà
mesamis ouàmoi, cela dépend. Jevais tenterdevous les
raconteravecmesyeuxdel’époque. J’aidonc entre9et 16
ansje crois.Lamémoire étantcequ’elle est,jenesuis pas
sûr quetoutcelasoitdans le bon ordre.Je compte doncsur
votreindulgencepour nepas m’en tenir rigueur.
J’ai sélectionné desfaits oudeshistoires qui ont ponctué
majeunesse danscequartier quej’ai tenté d’oublier passé
mesdix-huitans.Mais quevoulez-vous,mes parentsy
habitentencore(cela faitdeuxfois quevialepaiementdu
loyer ils payent lavaleur totale del’appartementHLMqu’ils
occupentdepuis40ans!)et sitôt quej’yremets les pieds,les
souvenirsaffluent.Lesbonscommeles mauvais.
Lemieuxpour moiestdevous les raconter, deles
exorciseren quelques sortes.J’ai tellementvoulu vivrelavie
desautres pour oublier lamiennequandj’étais jeunequ’il
est temps maintenant quevousveniez vivrelamienne.
Bonnelecture.

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Sylvie

Nous formionsungroupe.Celui quela destinéevous
assigne demanière aléatoirequandvous naissezet
grandissezdansun quartierdéfavorisé.Un peucomme cette
famillequel’onvousdonne àlanaissance et sur laquelle
vous ne cessezdejeterun regard circonspect toutaulong de
votrevie.Nous nousétions rapprochés, disons plutôt
naturellement, habitant lemêmeimmeubleou vivantdans la
mêmeportiondequartier.C’était leplus souventà coupde
«jepeuxjouer ?»oude «tut’appellescomment ?».Nous
nousétionsdécouvertsvers l’âge desept, huitans, âge
difficileoùtout nous paraissait mieuxchezl’autre,ses
fringues,sa famille,ses jouetset mêmesa coupe de
cheveux!
Dans le groupe,nous n’avions pas réellementdeplaceni
devéritablemeneur, chacun se différenciaitdepar ses
problèmes,leplus souventfamiliaux.Celui qui n’avait pas
l’aird’avoirdesoucis nousfascinaitet on s’imaginait très
bienêtre àsaplace et n’avoir, dans lavie, àrépondrequ’à
un seul problème crucial:savoircequ’onallait mangerce
midi.
IlyavaitdoncMagid, filsdeparents mixtes qu’on
entendait s’engueuler régulièrement lorsquenous
l’attendionsdans la cage d’escalierdeson immeuble.
C’étaitungarçon trèsbeau, avecunvisage finetagréable
àregardeilr ;avaitbeaucoupdesuccèsauprèsdesfilles,
mêmes’il nesemblait pas s’en soucier.Apparemment, ce
qui sepassaitchezluiet les scènesauxquelles ilassistait
accaparaientcontinuellement ses penséset jelui notais très
souventdesabsencesd’attention, commes’il seprojetait sur
un mur les images invisiblesd’unfilmapparemment triste;
d’uncoup il paraissait plusvieuxet trèsabattu.Puisvenait
Ahmed, filsd’immigrésalgériens,leroidel’embrouille,
toujoursfourré dansdescoups tordus quifinissaient

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invariablement mal.Pas trèsbeau,un nezqui lui mangeait la
figure,il n’avait pas son pareil pour imaginerdes situations
quidevaient lui procurerun quelconque bénéfice,les mettre
en pratique et, après quetoutait logiquementfoiré,
disparaîtrepouréviterderencontrer les types qui le
recherchaient pour luidemanderdephysiquesexplications.
Laurent,lui, était le filsd’unancien para etd’unemère
kabyle,ramenée dans lesbagagesaprès la findela guerre
d’Algérie. En plusdel’épousequ’il semblaitavoirarrachée
àsa famille, comme ellenous l’avaitditun jour sur letonde
la confidence,lepère deLaurentétait revenudesa guerre
avecune espèce de case en moins, cequi lerendait
extrêmementviolentet totalement lunatique. Et malgréles
efforts incommensurables pouréviter son regard,jevoyais
quelquefois passercettelueur métalliquequi luivoilait les
yeuxet m’indiquait que cetype étaitvraimentfou. Celame
terrifiaitaupointdeme donner la chairdepoule. Jel’évitais
dumieuxquejepouvaiset nous n’attendions jamais Laurent
dans sonescaliercommenousavions l’habitude dele faire
entrenous. Laprésence de cepèrejuste au-dessusdenos
têtes nousfilaitde drôlesdesensations,un peucommeun
enfant quiapeurderegarder sous son lit lanuit,persuadé
quele croque-mitaineval’attraper par lescheveux.
J’aimaisbeaucoup Laurent, c’étaitdenous touscelui qui
avait leplusdeproblèmeset,pourtant, c’étaitcelui qui riait
lepluset leplus souvent.Mêmesi samère et luiétaient
régulièrementbattus,nous lesavions parfaitement,il tentait
toujoursdenerien laisser transparaître.Lorsqu’ilétaitavec
nous,ilavaitune attitudequejetrouvaisun peuétrange,
commes’il respiraitunairextrêmement pur qui lerendait
totalementeuphorique.Petit, desyeuxclairs sousune coupe
de cheveuxhirsutes,il me donnait toujours l’impression,
lorsqu’il sortaitde chezlui,qu’ilvenaitdes’exercerà des
séancesd’apnée.Lesouffle court,les jouescreuseset les
yeuxtrès rouges,il nousentraînaitvitetrès loinde chezlui,
le couet latêtetendusvers l'avant.Achaque fois jeme
disais que cela avaitdûsacrémentbarderderrièrelaporte de
sonappartement.Laurent, bien qu’ayantcontinuellement

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