Chroniques des Terres Mixtes – Episode 3

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Éfin'del, un elfe de lumière, a choisi de s'incarner sur les Terres Mixtes afin de s'y consacrer à la magie. Il est recueilli tout bébé par le sorcier humain Féodinthus, qui l'éduque selon ses vœux. La mahliade Sildra veille également sur Éfin'del, dont le corps est né d'un pépin accordé par cette belle nymphe des pommiers. Liés l'un à l'autre, ils vivent en parfaite harmonie, mais la rumeur de leur bonheur parvient aux oreilles du nigromancien Æstrynax. Celui-ci, poussé par la rancœur qu'il nourrit depuis longtemps à l'égard de Féodinthus, voyage jusqu'à la tour du sorcier et, tapi dans l'ombre, s'apprête à mettre en œuvre de bien sinistres desseins.
Publié le : vendredi 30 octobre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782373830019
Nombre de pages : 17
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Extrait

Le matin s’étira à la façon d’un chat, dénouant ses muscles et dégainant ses griffes. Agrippée, la traîne de la nuit s’y déchira un peu, répandit des roses flamboyants sur le pâle tapis que foulerait bientôt le soleil. Un astre impitoyable, en cette saison, qui décolorait jusqu’au ciel et consumait les énergies.

La journée s’annonçait aussi accablante que les précédentes. De quoi se sentir épuisé dès le sortir du lit ! Féodinthus en soupirait déjà quand un vent frais, illogique mais bienvenu, lui redonna le sourire. Ragaillardi, le vieillard songea qu’il devait profiter de l’aubaine. Cela faisait trop longtemps qu’il macérait dans les bras de la lassitude. La taverne, avec ses bouteilles aux flancs givrés grâce à l’élémentaire de froid qui dormait dans la cave ; avec ses servantes girondes qui se laissaient aimer pour jouir, ensuite, des enchantements nichés dans son bâton… Tout cela produisait sur lui un irrésistible appel. Alors, sitôt lavé et habillé, il se pencha à la fenêtre pour hurler à pleins poumons :

« Les enfants, j’ai à faire au village ! »

Encore alanguis de sommeil, l’elfe et la mahliade marmonnèrent un vague assentiment. Ils ne bronchèrent pas davantage lorsque le vieux sorcier, juché sur une licorne écarlate au crin de foudre, jaillit de la tour, traversa le jardin puis dévala la colline à vive allure.

« Le voilà bien étrangement monté, constata Sildra en bâillant largement. Il a encore joué avec son cercle d’invocation…

— Que veux-tu, ma douce ? Il aime tant impressionner les filles de salle. »

Quelques gouttes de rosée perlaient encore au revers des feuilles. Ils les recueillirent afin de les boire. Et tandis qu’ils vaquaient ainsi, gracieux comme des biches, une ombre entra dans le jardin.

En silence.

Pourtant, le pas de l’arrivant n’était pas plus discret qu’un autre. Mais sa présence figea le jardin merveilleux, comme si les frimas de l’hiver venaient d’y pénétrer. Stridulations et pépiements se turent, les feuilles se retinrent de bruire, et Sildra eut soudain l’impression que la sève, en elle autant qu’au creux de son pommier, durcissait en morceaux de glace.
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