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Comme on parle à ses rêves

De
134 pages
Enfant, j'ai longuement rêvé de l'Afrique, de ses espaces infinis ouverts à l'aventure et aux exploits. J'avançais dans la touffeur des forêts, à travers les savanes peuplées de fauves et de troupeaux d'éléphants et je me perdais dans les vents de sable des déserts sans limites. J'imaginais le choc de rencontres avec des guerriers farouches et impitoyables, la découverte de peuples magnifiques, la révélation de civilisations mystérieuses... Mon premier contact avec l'Afrique réelle remonte au temps où, jeune coopérant, je fus envoyé au Gabon pour y enseigner. Comme on parle à ses rêves est né de cette première expérience.
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Gaston Lotito
Comme on parle à ses rêves Roman
/ Littérature
Rue des Écoles
Rue des Écoles Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus Cornman (Julian),Déréliction, essai, 2016. Breynaert (Jacques),ou l’éloge de la médecine Atypique, , témoignage, 2016. Dubau (Christian),L’Homme de Mechta, récit, 2016. Lherbier (Philippe),Le banc d’Axel Ramon Dias, roman, 2016. Fakhoury (Marcel),L’homme aux deux mémoires, roman, 2016. Jourda (Mathieu),L’amour traquenard, récit, 2016. Le Ménahèze (François),L’École nous donna des ailes, récit, 2016. Sezionale Basilicato (Isabelle),Lau et le feu, roman, 2016. Penin (Manuel),Collège des quartiers, chronique, 2016. Vanoosthuyse (Michel),vacances allemandes du KG 37476 Les , récit, 2016. Agzanay (Mohamed),Des interrogations pour apprendre, essai, 2016. Hamm (Frédéric),Êtes-vous prêts à l’émergence d’un nouveau système ?, essai, 2016. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
COMME ON PARLE À SES RÊVES
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10320-4 EAN : 9782343103204
Gaston LotitoComme on parle à ses rêves roman
DU MÊME AUTEUR
CIELS BRÛLANTS, SAHEL – 1985, L’Harmattan, 2010.
Chapitre I
Le Cercle des métis
La nuit luisait dure et bleue comme un saphir. Je montais dans l’autorail à wagon unique qui reliait Mende à Montpellier une fois par jour en semaine. J’étais alors le responsable de la Santé publique du département, leDDASS, comme on dit. Nous nous connaissions à peu près tous un peu, nous les passagers de cette navette, fonctionnaires, chefs de service, responsables d’agence en poste dans la petite préfecture et qui allions suivre régulièrement les affaires de nos compétences à Nîmes ou dans les bureaux de la capitale régionale. La ligne avait été maintenue surtout pour nous et nous l’empruntions volontiers pendant les mois du long hiver lozérien. Parfois même, deux gendarmes encadrant un prisonnier, menottes aux poignets, venaient compléter notre panel administratif.
Quelques voyageurs de hasard, souvent des jeunes tentés par des randonnées en ski de fond dans la rudesse et la pureté de nos hautes terres, en vêtement de sport et trimballant leur attirail de camping, le visage brûlé de soleil et de froid, venaient s’installer en visiteurs parmi nous. Comme à mon habitude, en prenant place, j’avais sorti une provision de lectures – des journaux, une note de synthèse à me remémorer, un livre – qui
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m’accompagnerait pendant les six heures de voyage que comportait l’aller-retour. Je ne manquais pas de me donner un peu de confort en me calant dans une encoignure près d’une fenêtre. Plus tard, à l’heure où le soleil se lève, je pourrais de cette place m’éblouir des paysages cévenols quand il commence à les éclairer. Ce matin-là, nous étions peu nombreux et, dans mon compartiment, j’étais seul jusqu’à l’instant même du départ quand déboula une forme emmitouflée où s’accrochait un accompagnement de sacs. Elle vint s’affaler sur la banquette qui me faisait face. À l’arraché, je ramenai vers moi ma serviette et les imprimés que j’avais déposés à côté. Je compris qu’il s’agissait d’une femme quand ce passager se dressa sur la pointe des pieds pour ranger ses affaires dans les filets porte-bagages. Elle se retourna, étendit son anorak et s’en enveloppa comme d’une couverture. Elle gardait les yeux mi-clos sans doute dans l’intention de s’endormir rapidement. En effet le sommeil la prit aussitôt, la rendant lointaine, tout en me permettant de l’observer. Elle était encore jeune, pas très grande, le teint foncé, un visage ovale et des paupières en amande prises dans de larges arcades que soulignaient ses sourcils bruns. Des lèvres à peine épaisses, froissées, carminées. Un nez fin, un peu renflé aux narines.
À un mouvement qu’elle fit pour se lover dans ses vêtements, je fus brusquement troublé, secoué. Une émotion m’envahit. J’ai dû rougir et peut-être trembler. J’avais chaud. Pour reprendre mon calme, j’ai défait le nœud de ma cravate et déboutonné le col de ma chemise. J’aurais volontiers baissé la vitre pour m’aérer.
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Mon agitation lui fit ouvrir les yeux. Ses pupilles noires étincelaient dans la blancheur de la cornée. Ce regard qui me croisait maintenant, je l’avais déjà rencontré, j’en étais sûr. Mais où ? Quand ? Sans doute l’illusion du déjà-vu déjà vécu ? Un vertige passager. Un mot se mit à cogner dans ma tête. Il se répétait à chaque secousse de l’autorail. Il cherchait à se fixer. Le voici : « métis » ! « Bon, ça va bien maintenant ? Oui, c’est une métisse. On le voit, on le sait, tu n’arrêtes pas de nous le chanter. Arrête de bégayer et plonge-toi dans la lecture ! » Mais non, je ne parvenais pas à évacuer l’importun. Il ne me lâchait pas. Il exigeait de moi que je lui ouvre une porte. Il finit par se loger dans une enseigne de néon : Le Cercle des métis. C’était le nom d’une boîte à la mode à l’époque où, jeune médecin, j’accomplissais mon service national coopérant à Libreville, au Gabon. Oui, c’était au Cercle des métis que je l’avais rencontrée. À peu près une fois par semaine je sortais avec mes amis, Louis, le prof et Henri, un militaire attaché à notre mission. En ouverture de la soirée nous allions prendre l’apéro à l’hôtel Louis. C’était pour respirer l’odeur d’Odette, affolante barmaid, nous repaître de ses formes, nous mettre en condition. Puis nous allions dîner dans un boui-boui dans le vent : Le Coup de fourchette, Le Petit Bidule… Bien requinqués, la petite fête se prolongeait par une virée en boîte où nous attendait le bonheur épicé de nous faire draguer par des demoiselles entreprenantes et pas forcément désintéressées. Ce soir-là, direction Le Cercle des métis.
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