Confessions d'un libertin

De
Publié par

Une vie mondaine, - où le plaisir et l'extravagance touchent à leur comble, - mène peu à peu Fran à une misère qu'il ne pourra vaincre que grâce aux efforts inlassables de Safiatou, épouse d'un expatrié grec établi depuis plusieurs années à Conakry, et qu'il a rencontrée par le plus grand des hasards. C'est le début d'une nouvelle vie qui le fera successivement magasinier, homme d'affaires, mais aussi prisonnier.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
Lecture(s) : 204
EAN13 : 9782296196568
Nombre de pages : 119
Prix de location à la page : 0,0070€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

CONFESSIONS D'UN LIBERTIN

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harrnattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05497-4 EAN : 9782296054974

Mamady Koulibaly

CONFESSIONS D'UN LIBERTIN
Roman

L'Harmattan

À tous ceux qui luttent pour le triomphe de l'universelle fraternité.

CHAPITRE PREMIER Les freedom fightersl de Charles Taylor intensifiaient leurs attaques meurtrières aux portes de Monrovia, cependant qu'en Guinée, où les réfugiés libériens et sierra léonais affluaient par milliers, les temps devenaient de plus en plus durs. Pour survivre, j'avais contracté tellement de dettes qu'il y avait des quartiers que je ne courais plus de peur que des créanciers ne me coupent la route. Toutefois, le plus dur pour moi, ce n'était pas d'être coupé de certains lieux que j'aimais bien, mais d'être obligé de tenir le moins longtemps possible au foyer à cause des bouderies et des regards hostiles de Françoise. Pour fuir des scènes de ménage insoutenables, je sautais du lit avant le lever du jour; je faisais semblant d'aller aux toilettes, prenais une miche de pain beurré et sortais sur la pointe des pieds. Une fois hors de la cour, je marchais à grands pas pour aller regarder des joueurs de pétanque au quartier Matam3, ou, - histoire d'oublier mes soucis, - je me mettais à beloter, à jouer aux dés, aux dames, aux échecs, à tout jeu pouvant occuper mon esprit tout entier pendant une bonne partie de la journée. Enfin, lorsque la faim me tenaillait le ventre, j'allais manger au bar Bandé National, non pas pour la qualité des mets mais pour la modicité des prix habituellement appliqués. Un jour que je passais devant une boutique bien achalandée, j'ai trébuché sur une pierre. Et malgré toute
Freedom fighters: de l'anglais, combattants de la liberté, nom que se donnaient les rebelles de Charles Taylor. 2 Charles Ghankey Taylor: né le 28 janvier 1948, ancien président libérien (1997-2003) connu pour avoir dirigé la rébellion (1989) contre Samuel Doe et participé à la déstabilisation de plusieurs Etats ouest africains. Exilé au Nigeria en août 2003, il est arrêté en mars 2006 alors qu'il tentait de s'enfuir au Cameroun. 3 Matam : quartier de Conakry relevant de la commune de Matam.
1

9

ma détermination à me tenir en équilibre, je me suis retrouvé par terre. Mais avant de me relever, comme j'ai été heureux de ramasser des billets d'argent! Une foule d'idées se sont entrechoquées dans ma tête. Cependant, l'idée d'aller au plaisir, de le vivre dans toute sa plénitude, l'a emporté sur toutes les autres. Et puisque Tama, ma maîtresse, m'avait quitté après m'avoir mis complètement à sec, je suis allé chercher une prostituée dans un hôtel. Mais, ô bonnes gens! Qui allais-je trouver là? Ma Françoise! Oui, ma Françoise la sermonneuse. Elle avait mis une crème d'une rare qualité, un corsage si étriqué et un fard si provocant pour les yeux, les joues et les lèvres, que j'ai failli ne pas la reconnaître. C'est en essayant un geste osé que j'ai entendu une voix à laquelle mes oreilles étaient on ne peut plus habituée, la voix de Françoise me demandant pardon. Tout ce que j'ai pu dire, c'est: - Partons d'ici. Il y avait plusieurs mois que nous faisions chambre à part. Mais ce jour-là, Satan nous avait réunis dans la honte, entre les murs de 1'hôtel et loin du foyer conjugal. À la maison, Françoise a plusieurs fois voulu me donner des explications: - C'était ma première fois d'aller à l'hôtel. Il n'y avait rien à la maison. Rien du tout. J'ai agi par nécessité, et non pour ce que tu veux croire. Regarde comme le petit a fondu, et surtout comme il manque d'habit! C'est trop cruel de le laisser vivre ainsi! Elle parlait, parlait, alignant tout ce qu'elle trouvait de solide pour justifier son recours au plus vieux métier du monde. Je l'ai écoutée jusqu'au bout sans mot dire. Après tout, il y avait tant de gens qui vendaient leur chair pour subvenir à leurs besoins! Et puis, n'étais-je pas en partie responsable de tout ce qui lui arrivait? Mon affection pour la vie mondaine était telle que j'avais baptisé ma demeure la bamboula et opté pour une vie intense où le plaisir et

10

l'extravagance touchaient à leur comble. Ma devise se résumait en ceci: peu importe que la vie soit brève ou longue; l'essentiel est qu'elle soit bien remplie à l'image de celle des fourmis qui rendent le dernier soupir dans un carton de sucre ou un verre de miel. J'avais rencontré Françoise dans des circonstances exceptionnelles. Elle criait sa colère au téléphone à un homme qui s'était montré indigne de sa confiance; mais malheureusement, elle n'avait pas composé le bon numéro. Quand elle a raccroché, j'ai attendu une poignée de minutes, puis je l'ai appelée pour lui expliquer que c'est à moi qu'elle avait parlé et non à celui qui l'avait déçue. Elle a vérifié les appels sortants et entrants, puis elle m'a rappelé pour me présenter ses excuses. Quelques semaines plus tard, à l'occasion de la fête des Rameaux ou de Pâques, - je ne me rappelle plus exactement, -je lui ai souhaité bonne fête; puis j'ai essayé de l'oublier. Mais le destin avait prévu que l'histoire devait continuer: elle m'a téléphoné un matin de bonne heure pour m'annoncer la perte d'un de ses frères de lait. J'ai mis cette occasion à profit pour connaître sa demeure et aller lui adresser mes condoléances. Je l'ai trouvée débout au milieu d'une foule de visiteurs profondément attristés. Elle portait une tenue traditionnelle de la Guinée Forestière, et des rayons de larmes perlaient sur ses joues. Je lui ai tendu un mouchoir pour qu'elle s'éponge les yeux. C'est ce jour-là que nos regards se sont rencontrés pour la première fois. Les jours suivants, après plusieurs échanges d'appels téléphoniques, nous avons commencé à nous fréquenter, à nous confier l'un à l'autre. Cependant, à mesure que le temps passait, je découvrais qu'il n'y avait rien de plus difficile pour un impatient que la conquête d'un cœur de femme blessée. Je m'empressais de répondre à tous ses appels. Je me montrais le plus aimable possible auprès

Il

d'elle en lui offrant des bijoux de valeur et en lui contant des histoires plaisantes; mais chaque fois que je me croyais près du but, elle me rappelait par un geste subtil que je n'en étais encore qu'à mes débuts, que j'avais beaucoup d'efforts à fournir pour gagner sa confiance. A cause des déceptions qui lui déchiraient le coeur, elle hésitait encore à s'engager dans une nouvelle aventure. J'ai demandé sa main un soir de décembre, après une brève promenade au bord de l'Océan Atlantique. Nous étions assis sur un rocher à fleur d'eau. Une brise paradisiaque, de temps en temps, caressait nos cheveux; et nos regards enflammés allaient de la surface rugueuse du rocher aux teintes féeriques du couchant, et de celles-ci aux ébats des piroguiers installant ou retirant leurs filets de pêche. Elle n'avait rien dit. Elle s'était contentée de sourire et d'agiter un pan de son foulard bleu outremer. Sa réponse est tombée bien des mois après, au moment où je commençais à croire qu'elle ne me dirait jamais oui. - Combien de mois se sont écoulés depuis notre première rencontre? m' a-t-elle demandé un matin, dans leur cour, et peu de temps après une partie de dés âprement disputée à l'ombre d'un oranger. - Dix-huit, ai-je répondu. Exactement, dix-huit mois et six jours. Et si je tiens compte de l'heure de ma montre, je pourrai rajouter trois heures et quart. Elle a souri. Puis me regardant droit dans les yeux, elle a laissé entendre ces mots que j'attendais depuis si longtemps: - Je crois que ce temps est largement suffisant pour prendre en toute conscience une décision qui engage pour la vie. Es-tu prêt? J'ai acquiescé d'un hochement de tête: - Oui, ma bien-aimée, nous allons être unis pour le meilleur et pour le pire.

12

Quelques semaines plus tard, nous avons confirmé nos engagements à la mairie devant l'officier d'état-civil et de nombreux amis. Depuis, que de hauts et de bas ont marqué notre vie de couple!

13

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.