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Contes et mythes wolof

De
252 pages
Ces contes proviennent des monarchies wolof (Jolof, Waalo, Kajor, Baol) qui régnèrent au Sénégal du XIIIe jusqu'au début du XXe siècle. On peut diviser ce long temps en trois périodes : le système lamanal, l'ère ceddo (tieddo) et l'islamisation. Chacun des contes renvoie donc à telle ou telle période, selon son éthique et sa vision du monde.
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CONTES ET MYTHES WOLOF Du Tieddo au Talibé
Bilingue Wolof - Français Troisième édition revue et corrigée par Jean-Léopold Diouf
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CONTES ET MYTHES WOLOF
Du Tieddo au Talibé
Lilyan Kesteloot et Bassirou Dieng
CONTES ET MYTHES WOLOF
Du Tieddo au Talibé
Bilingue Wolof - Français
Troisième édition revue et corrigée par Jean-Léopold Diouf, enseignant à l’Inalco
Collection « Oralités » Sous la responsabilité d’Auguste Mponde et Lilyan Kesteloot L'Harmattan - IFAN
DES MÊMES AUTEURS Bassirou Dieng L’épopée wolof du Kajoor, texte bilingue plus étude littéraire, 1200 p., Université de Paris III, 1987. L’épopée du Kajoor, Dakar, CAEC-ACCT, 1993. L’épopée de Songo Aminata Diop, héros de la communauté lébou,Presses universitaires Dakar, 2004. (Avec I. Wane et M.S. Toure) L’épopée de Boubou Ardo, Presses du Centre d’études médiévales, Université de Picardie, Amiens, 2004. L’épopée de Cheikh Ahmadou Bamba de Serigne Moussa Ka, Presses universitaires Dakar, 2006. Société wolof et discours du pouvoir. Analyse des récits épiques du Kajoor,Dakar, Presses Universitaires de Dakar, 2008. Bassirou Dieng & Lilyan Kesteloot Contes et mythes du Sénégal, Dakar, ENDA-IFAN, 2001. Les épopées d’Afrique noire, Paris, Karthala, Unesco 1997, 2009. Lilyan Kesteloot (Avec J. B. Traoré, A. Traoré et A. Hampaté Ba) Épopée bambara de Ségou, Paris, L’Harmattan, 1993. (Avec C. Mbodj) Contes et mythes wolof, Dakar, NEA - ENDA, 1983. (Avec C. Barbey et S. Ndongo) Tyamaba, mythe peul, Dakar, IFAN, 1986. Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, 2001. Dieux d’eau du Sahel, voyage à travers les mythes, Paris, L’Harmattan, 2008. re © 1 éd., 1989, Éditions Présence Africaine, Paris e © 2 éd., 2010, Presses universitaires de Dakar © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06361-4 EAN : 9782343063614
INTRODUCTION Le recueil ici présenté est composé de trois sortes de textes : desléeb (contes) qui commencent souvent par une formule-code fixe et se terminent par une autre. Desmàyequi sont plus brefs, genre d'anecdotes se terminant souvent par l'ouverture d'une discussion du type : quel est celui des deux, ou des trois, qui est le plus ceci ou cela ? Enfin descosaandans lesquels on trouvera des mythes d'origine aussi bien que certains récits mémorables et directement reliés à l'histoire du pays wolof. Par conte nous entendons un récit populaire assez court d'aventures imaginaires avec des personnages ou des animaux, types de la comédie sociale. Pour le mythe, nous tenterons une définition à partir de Littré, Eliade, Malinowski et Lévi-Strauss. Le mythe est donc un récit des origines relatif à des temps ou des faits que l'histoire n'éclaire pas. C'est une histoire sacrée liée au rite et présupposant une réalité extra-humaine. Il répond à un besoin religieux et à des contraintes et des impératifs d'ordre social. Le mythe révèle et résout, de manière symbolique, une contradiction non consciente à l'intérieur de la société concernée. Ces textes ont été enregistrés auprès de traditionnistes d'origine rurale ; ils ont été entièrement retranscrits, puis traduits ou retraduits par nos soins. Certains ont été suivis d'une enquête permettant de tenter une explication. Nous tenons à remercier tout d'abord nos étudiants de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar et nos informateurs qui nous ont aidés à rassembler ce florilège : Pierre Guèye, technicien linguiste à l'IFAN, qui nous a guidés dans les traductions, et Georges Lagneau qui en a peint la couverture. Les linguistes Souleymane Faye (UCAD) et Jean Léopold Diouf (INALCO) ont bien voulu corriger les transcriptions en wolof. Enfin Charles Becker (CNRS) a revu une grande partie de l'ouvrage. Nous les remercions vivement. Voici donc une troisième édition de ces récits wolof. Quels furent nos critères d'un choix parmi la forêt des contes ? Tout d'abord, une certaine lassitude. En effet, à lire et traduire un grand nombre de contes, nous commençons à ressentir une impression de déjà vu, devant les grands motifs d'Aarne et Thompson et leurs combinaisons variées qui circulent. Et là nous nous interrogeons. Il y a en effet dans ce pays, comme ailleurs, les contes passe-partout qui traînent dans tout recueil de contes africains, quelle que soit la langue d'origine, à savoir : « Les alliés animaux », « La fille capricieuse », « Les deux sœurs ». Mais pourquoi leur donner la priorité ? Nous en avons cité pour mémoire que quelques jolies variantes, afin que l'amateur de contes se retrouve en terrain familier. Mais nous avons préféré les contes plus rares, ceux qui ne sont pas les premiers qui montent à la bouche des traditionnistes : ainsi « Banjikoto »,
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« Jarbi-Jarbi » ou encore « La fille du roi du Saloum », conte qu'on ne risque guère de rencontrer ailleurs qu'au Sénégal. Enfin la majeure partie de notre recueil contient des récits spécifiquement wolof « Biram Jéey koo Njaay », « Jaak et le Waalo », « La bataille de Yoof », « Le génie de Mbul », « Le mythe de Njaajaan Njaay », « Le mythe de Ngalik » et « Le mythe de Kalom », autant de récits qui nous feront plonger au cœur de l'identité wolof. Nos critères furent donc essentiellement des critères culturels et historiques. Puisque dans ce pays, la culture est inséparable de l'histoire. Et contes, anecdotes, ou mythes nous introduisent au sein d'une société dominée par la royauté et/ou la religion. Mais, nous direz-vous, on peut dire cela de pas mal de récits folkloriques dans maints pays. Stipulons que, ici, il s'agit de la monarchie wolof et de l' « Islam noir », l'un et l'autre étant assez particuliers. Et qu'il est même indispensable d'avoir des vues précises de ces deux phénomènes pour pouvoir interpréter ces récits sans trop d'erreurs. Car si dans les contes passe-partout il est assez simple de pratiquer des analyses structurales ou psychanalytiques, leur donnant ainsi une valeur universelle bien commode, dans les récits typiquement wolof où les clés sont dans les événements du passé, où le conte transpose une structure sociale précise : lejaami-buur(esclaves de la couronne, guerriers) ou lekal(parenté à plaisanterie) ou legarmi(noble) par exemple, on se trouve obligé de retrouver cet événement, cette institution, cette particularité de l'histoire ou de la société, avant de tenter tout essai d'interprétation. 1. L'IDENTITE WOLOF ET L'HISTOIRE DU PAYS Dès lors, il s'agit de savoir clairement de quelle espèce sont cette monarchie, cette société, cette religion ? Nous avions déjà tenté une approche du système de valeurs wolof dans notre premier ouvrage (Contes et mythes wolof, éd. NEA, 1983) ; nous les résumions en quelques grands vecteurs autour dujom(fierté-honneur), de la teraanga(générosité), dujàmm(pacifisme), lakersa(maîtrise de soi), la sutura(pudeur, discrétion) et aussi lefeyyu(vengeance) et lemuus(ruse). Ceci n'était qu'un schéma rapide qu'il fallait bien sûr compléter par l'inventaire très complet de Assane Sylla dans saPhilosophie morale des 1 Wolof, auquel cependant nous fimes alors peu référence. Aujourd'hui, cette étude du professeur Sylla nous semble infléchie trop souvent vers une morale complètement ou presque submergée par le dogme musulman. Cela conduisit le professeur Sylla à contredire le bon sens et la lucidité des jugements de Mohamadou Kane devant les contes de Birago Diop ; rappelons cette réflexion de notre malicieux collègue : «Ces récits deviennent facilement une longue suite de méfaits, de délits que la morale la plus accommodante ne saurait tolérer. La seule justification 1 Dakar, éd. Sankoré,1970, et IFAN 1985.6
de la sympathie dont jouissent aux yeux de l'auditeur les personnages responsables de ces actions se trouve dans leur finesse, dans leur 2 intelligence . » Assane Sylla s'en offusquait et insistait pour que les contes soient « étudiés de près, dans leur contexte culturel ». Or si l'on suit ce très juste conseil, et nous l'avons fait soigneusement depuis trente ans, on s'aperçoit bien vite que le professeur se faisait des illusions, - sur l'orientation générale des récits à contenir une portée éducative ou édifiante ; si cela est fréquent pour lesléeb,ce n'est pas le cas pour lesmaye ni lescosaan; nous avons mis en évidence ailleurs la diversité des fonctions 3 que les contes peuvent emprunter ; - sur le type de morale des Wolof à l'époque où ces récits furent créés. Car tous les récits, qui mettent en scène la royauté et la noblesse, prônent le système de valeurs lamanal ouceddo;et les valeurs ceddon'ont pas grand-chose à voir avec la morale musulmane. Nous en revenons donc à l'histoire et à la nécessité de comprendre ces contes et ces mythes parallèlement à l'épopée, en référence à cette histoire des royaumes wolof. Les royaumes wolof débutent au XIIIe siècle dans le Waalo, puis le Jolof, dont le Kajoor s'affranchira au XVIe siècle. Ce dernier contrôlera le Bawol et sera prééminent sur les autres jusqu'à la conquête coloniale. Soit depuis le début, sept siècles d'existence. Pareille structure a dû s'établir lentement sur des bases solides. Il y a eu de petitslaman (chefs de terre) obéissant et rendant tribut à unlamanprincipal qui, plus tard, sera à son tour dominé par un roi (buur) centralisateur ou même deviendra souverain avec cour, armée, etc. (comme dans le cas du Dammeel du Kajoor). Féodal aussi le rapport avec la classe paysanne sur le dos de qui vit la classe privilégiée. Car les véritables victimes de ce système furent bien les paysans, comme l'écrit 4 Abdoulaye Bara Diop : « LesBaadolosubissaient non seulement l'exploitation en payant des redevances, mais ils pouvaient perdre tous leurs biens à la suite de pillages, même internes, et être réduits en esclavage, c'est-à-dire subir la spoliation absolue. [ ... ] C'était la domination politique qui rendait possible cette exploitation mais non, la forme du système économique. Elle avait donc un caractère extra-économique et reposait essentiellement sur la violence s'exprimant ouvertement dans le pillage. » Nous ne pouvons résister à la tentation de rapprocher ce texte tiré d'un ouvrage de référence sur la société wolof, du jugement lénifiant que Assane 2  KANE, M.,Essai sur les contes d'Amadou Koumba,Dakar, NEA, Extrait de sa thèse de 3èmecycle, 1968. 3 KESTELOOT,L.et MBODJ, C.,Contes et mythes wolof,Dakar, NEA, 1983. 4 DIOP, A.B.,La société wolof,Paris, Karthala, p. 195 et suiv. 7
Sylla formulait un peu vite et s'appuyant davantage, nous supposons, sur la société léboue : « Toute l'organisation repose sur un ordre naturel ou traditionnel admis par tous (!) fondé par exemple sur le droit d'aînesse, la noblesse du sang, les privilèges du premier occupant de la terre, la préséance accordée au savant 5 ou au héros . » Bien entendu, M. Sylla se base sur quelque chose. Il considère surtout les catégories socioprofessionnelles. Mais il a totalement oublié que c'est sur la classe paysanne que repose le mode de production tout entier. Même l'esclavage est à réinterpréter dans ce sens.
2. LES STRATES CULTURELLES Ch. A. Diop situe la formation des Wolof comme peuple dans l'Egypte pharaonique. Selon d'autres, l'ethnie wolof se serait constituée ou développée à la faveur de la création, sous l'impulsion de Njaajaan Njaay, de l'empire du Jolof où se seraient fondus plusieurs groupes (soose, seereer, haalpulaaren) 6 pour donner naissance à la langue et au peuple wolof : le Grand Jolof , fondé vers le XIIIe siècle, était un détachement du Tekruur. Il fonctionnait sur la base d'un système social et administratiflamanaljusqu'au XVIe, siècle qui coïncida avec la dislocation de la plupart des grands ensembles politiques de l'Ouest africain. Le systèmelamanal
Leslamanatsétaient des communautés sédentaires constituées par des lignages ou des clans. Leur organisation tournait autour de la terre, de la famille et du sacré. A la tête de chaque groupe se trouvait unlaman,sorte de patriarche, qui assumait les fonctions religieuse, politique, juridique et foncière. Il répartissait les terres, percevait les redevances et assurait la fertilité par des offrandes et des sacrifices en faveur des divinités ancestrales. G. de Villeneuve écrit à ce sujet : « Les peuples qui habitent entre les fleuves du Sénégal et de la Gambie vivaient autrefois indépendants. Chaque village était gouverné par un chef avec le titre de laman. Ce chef n'agissait qu'avec le conseil des vieillards ; les 7 peuples étaient heureux ; rarement la discorde venait altérer leur félicité » . Le développement dulamanat,avec la croissance des redevances, favorisera la transformation du pouvoir de gérance dulamanen un pouvoir de domination et d'exploitation. L'intrusion de la violence comme moyen privilégié de conquête du titre préparera l'avènement d'un autre mode de
5 SYLLA, A., O.c. p. 130. 6  BOULEGUE, J.,Les anciens royaumes wolof (Sénégal). Le grand Jolof (XIIIe au XIVe siècle),Khartala, 1987. 7 L'Afrique ou histoire, mœurs, usages et coutumes des Africains. Le Sénégal,Paris, Nepveu, 1814, tome 3, p.1l. 8
gouvernement. Du système clanique, l'on passera progressivement à une organisation de type étatique. L'èreceddo À partir du XVIe siècle, le Kajoor, le Waalo, le Bawol, le Siin et le Saalum commencent à sortir du giron du Jolof pour devenir des entités autonomes régies par des monarchies. Dans ce contexte d'amplification de la traite négrière, de la poussée almoravide et de razzias,le pouvoir est au bout du fusil(Mao Tse Toung).Cette époque, rapporte Boubacar Barry, est marquée par un « cycle infernal de guerres civiles et de guerres extérieures 8 entre les Etats de la Sénégambie » . Lesystème ceddomarque l'émergence de la figure royale forte. Celle-ci concentre le pouvoir avec l'appui des notables qui forment le Conseil de Gouvernement et des chefs de provinces (kangam)qui se voyaient déléguer l'essentiel des attributs deslaman. L'islamisation Du XVIIe au XIXe s., la traite négrière déstabilise en profondeur les sociétés sénégambiennes. L'islam, présent dans cette région de l'Afrique depuis le IXe s., va prendre de plus en plus d'importance dans la défense des populations face aux négriers(cfB. Barry, 1988). La première réaction vient d'un marabout berbère, Nasir El Din, qui, dans la seconde moitié du XVIIe s., entreprit une campagne soutenue par les marabouts locaux. La conséquence politique la plus remarquable de cette entreprise est la révolution théocratique intervenue au Fouta Tooro en 1776, conduite par Suleymaan Baal. Les Etats du Kajoor et du Bawol opposèrent une première résistance à cette révolution.  Le mouvement islamique prit une grande ampleur au XIXe siècle. Un soulèvement maraboutique en 1825 au Waalo ne connut pas de succès. Un autre mouvement est noté au Njàmbur (région de Louga, Sénégal) contre le pouvoir royal en 1859. Mbaba Jaxu organisa la théocratie du Rip en 1860. Amadu Séexu créa dans le Fouta une entité entre 1869 et 1875. Le projet maraboutique vise la restauration des valeurs sociales et morales, en s'inspirant de l'Islam. Il faut dire que les régimesceddo,qui instaurèrent deux siècles de violence, avaient profondément subverti les valeurs traditionnelles. Mais la pénétration française, qui se développe dans le même contexte, percevra bientôt l'Islam comme un frein à ses visées. Entre l'Islam, qui réorganisait la société en communautés solidaires, et la colonie française, qui mettait en place une administration pour une meilleure exploitation des richesses, il y eut un conflit ouvert et implacable. Des autorités coloniales comme Carrère, Paul Holle et Archinard proposèrent une action énergique contre ce qu'ils appelaient « le péril de l'islam ».
8  BARRY, Boubacar,La Sénégambie du XV au XIXème siècle. Traite négrière, islam et conquête coloniale,Paris, L'Harmattan, 1988. 9