Contes et nouvelles lesbiennes

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Ce recueil contient de nouvelles versions de contes traditionnels tels que La Belle au Bois dormant, Cendrillon, La petite ille aux allumettes et Le Chat botté. On y trouvera également des nouvelles qui mettent en scène des lesbiennes, illustres et obscures, qui ont des soucis identiques à ceux des autres femmes : vivre des relations authentiques, qu'elles soient amicales ou amoureuses, tout en gardant leur liberté et leur autonomie grâce à un métier plus ou moins épanouissant.
Publié le : mardi 5 janvier 2016
Lecture(s) : 13
EAN13 : 9782336401232
Nombre de pages : 116
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PAULA DUMONT
CONTES ET NOUVELLES LESBIENNES
Contes et nouvelles lesbiennes
Contes et nouvelles lesbiennes
Paula DUMONT
Contes et nouvelles lesbiennes
De la même autrice Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, L’Harmattan, 2009. La Vie dure, éducation sentimentale d’une lesbienne, L’Harmattan, 2010. Lettre à une amie hétéro, propos sur l’homophobie ordinaire, L’Harmattan, 2011. Le Règne des Femmes, conte philosophique, L’Harmattan, 2012. Les Convictions de Colette, Histoire, politique, guerre, condition des femmes, L’Harmattan, 2012. Portée disparue, Aller simple pour Alhzeimer, L’Harmattan, 2014. Entre Femmes, 300 œuvres lesbiennes résumées et commentées, L’Harmattan, 2015. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08117-5 EAN : 9782343081175
Pour Laëtitia
AVANT-PROPOS
Il y a quelques années, je pensais écrire un recueil de contes où les femmes, et surtout les lesbiennes, auraient le rôle central et non celui que l’on trouve dans la plupart des contes traditionnels, celui de faire-valoir ou de récompense du héros qui vient de triompher de tous les obstacles qui se sont trouvés sur son parcours. Au moment où j’ébauchais quelques textes, je m’imaginais que je trouverais de nombreuses histoires qui se prêteraient facilement à une transposition. Mais j’ai dû très vite constater qu’il n’en était rien. En effet, les rôles attribués aux femmes et aux hommes, dans notre culture, sont si différents qu’il n’est guère possible de les transposer d’un sexe à l’autre sans tomber dans l’invrai-semblance. J’ai dû abandonner une version féminine deRiquet à la houppe parce que, s’il est permis à un homme de ne pas être beau tout en restant séduisant, c’est un lourd handicap pour une femme, même si elle est pleine d’esprit. De même, j’ai renoncé à transposerLe vaillant petit tailleur, des frères Grimm, qui surmonte tous les obstacles grâce à sa ruse et son opiniâtreté, car il est actuellement impensable de faire jouer un tel rôle à une jeune femme, fût-elle la vaillance personnifiée. Que dire enfin deBarbe-bleue, qui met en scène un mari qui assassine ses femmes les unes après les autres et deGriselidis, où une épouse, présentée comme un modèle, accepte d’être traitée comme un paillasson par un mari jaloux ? C’est alors que j’ai tenté de ne pas me limiter aux contes européens de Charles Perrault, de Jacob et Wilhelm Grimm et du célèbre Hans Christian Andersen. Pour ce faire, j’ai feuilleté lesContes des mille et une nuits, mais je me suis aperçue rapidement que j’y retrouvais des obstacles identiques à ceux de notre culture. Inverser les rôles de Shéhérazade et de son sultan de mari, qui menace de la décapiter au lendemain de leur nuit de noces, paraîtrait invraisemblable et scandaleux à nos contem-porains. Il me fallait admettre que même si les contes jouent avec la vraisemblance, ils s’inscrivent dans la culture d’une société prête à les recevoir. Sans doute faudrait-il quitter la parodie et
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faire preuve d’imagination pour créer de nouveaux personnages qui ouvriraient un chemin à de nouvelles manières de vivre. Mais comme je suis dépourvue d’imagination, et que mes contes s’inspirent tous de mon vécu ou de celui de mes amies, j’ai limité mes ambitions dans ce domaine semé d’embûches. Cependant je ne pouvais me résoudre à ne pas publier les histoires deCenjupon, dePrincesse au Bois dormantet de L’épagneule casquée, qui sont des parodies deCendrillon, de La Belle au Bois dormantet duChat botté. J’ai donc résolu de les compléter par des nouvelles que j’ai écrites au cours des dernières années. Certaines reprennent une thématique qui m’est chère, celle des lesbiennes célèbres comme dansMarga-ritas ante porcos, et celle des femmes obscures qui doivent perpétuellement se cacher pour ne pas être en butte au rejet et à l’agressivité. D’autres illustrent différentes formes d’amour, possessives ou généreuses. D’autres enfin, qui mettent en scène des enseignantes, montrent des lesbiennes qui ont les mêmes soucis que leurs sœurs hétérosexuelles, gagner leur vie grâce à un métier qui certes est passionnant, mais aussi source de remise en question et d’adaptation au temps présent. Les lesbiennes qui peuplent ce recueil sont donc des femmes comme les autres, qui aiment, souffrent, travaillent et survivent dans un monde misogyne et lesbophobe. Femmes d’hier et d’aujourd’hui, célèbres ou cachées, en proie à bien des difficultés, mais courageuses, aimant la vie et prêtes à se battre pour faire évoluer une société archaïque et ô combien machiste. Les textes qui les mettent en scène n’ont d’autre ambition que de faire réfléchir en amusant, comme tous les autres contes traditionnels des pays européens.
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PRINCESSE AU BOIS DORMANT
Il était une fois deux jeunes femmes, Iris et Zoé, qui, vivant ensemble depuis quelques années, s’était mis en tête d’engendrer. Ce ne fut pas une mince affaire car, dans le royaume où elles vivaient, la procréation médicale assistée était injustement réservée aux hétéros qui, on le comprendra aisément, pour la plupart d’entre eux, n’en avaient nul besoin. Mais comme toutes les femelles en mal d’enfant, elles étaient fort obstinées, si bien qu’elles eurent recours à tous les stratagèmes imaginables, don de sperme d’un ami gay, séjours dans d’autres pays aux mœurs plus clémentes et insémination artificielle, mais en vain. En désespoir de cause, elles en arrivèrent à ce qui leur semblait la pire des solutions quand elles se résignèrent à des pratiques hétérosexuelles. C’est assez dire combien furieuse était leur envie d’être mères. Après un véritable parcours de la combattante et alors qu’elles désespéraient et se croyaient en proie à une malédiction de la grande Déesse, leur vœu fut enfin comblé, pour leur plus grand bonheur. Zoé, la plus jeune des deux femmes, se trouva enceinte et accoucha d’une petite fille qu’elles baptisèrent Princesse. Pour faire part de leur félicité à tous leurs amis, les deux mères organisèrent une grande fête à laquelle elles convièrent toutes celles et tous ceux qui voudraient se réjouir avec elles. Comme elles étaient de fines cuisinières, il y eut affluence au banquet. On fit ripaille pendant trois jours et quand on fut enfin rassasié, on passa à la cérémonie des dons, car dans ce royaume il était d’usage qu’une demi-douzaine de sorciers se penchent sur le berceau des bébés pour les gratifier d’un cadeau. Le premier sorcier donna à Princesse la beauté, le second l’esprit de répartie, le troisième la grâce et le quatrième l’intelligence. Mais le cinquième sorcier, qui avait, du temps de sa jeunesse, été épris d’Iris, mais qui n’avait pas digéré d’être éconduit, à plus forte raison au bénéfice d’une femme, déclara d’un air dégoûté que Princesse se percerait la main avec une brochette et qu’elle en mourrait.
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