Contes juifs

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L'autodérision est la caractéristique de l'humour juif. C'est ce que vous constaterez en lisant ces contes, où des événements historiques, géopolitiques ou tout simplement gastronomiques sont décrits à travers la culture et les règles religieuses du judaïsme. En suivant des espions, des ministres, des rabbins, des alpinistes, des trafiquants d'armes, et bien d'autres encore, vous voyagerez de Prague à Sydney, des vallées les plus reculées du Pakistan aux collines de Jérusalem...
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782296207929
Nombre de pages : 108
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Contes juifs

Du même auteur Jura Sauvage: de combes en crêtes au fil des saisons, Cêtre éd., Besançon, 1995 Lumières des Alpes: des premières lueurs de l'aube aux derniers feux du crépuscule, Cêtre éd., Besançon, 1999 Juifs et Chrétiens, requiem pour un divorce, éd. L'Harmattan, Paris, 2001 Lettre à un ami chrétien propalestinien, éd. du Cosmogone, Lyon,2003 Lettre sur l'antisémitisme, autopsie des mythes de la haine, éd. du Cosmogone, Lyon, 2005 D'Abraham à Hitler, Histoire d'une famille juive alsacienne et de ses racines, éd. L'Harmattan, Paris, 2005 L'Ethique juive en Dix Paroles, éd. MJR, Genève, 2007 Dictionnaire alphabétique des sourates et versets du Coran, éd. L'Harmattan, (à paraître)

Francis WEILL

Contes

juifs

Philosophiques

(un peu) (à peine) (presque pas) et (le plus possible) Drolatiques Halachiques

Talmudiques

L'Harmattan

(Q L'Harmattan,

2008 75005 Paris

5-7,rue de l'Ecole polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harma ttan@wanadoo. fr ISBN: 978-2-296-06517-8 E..-\N : 9782296065178

Celui qui récite un verset du Cantique des Cantiques comme si c'était une chanson projàne, celui qui récite un verset de la Tora mal à propos dans un banquet provoque le déluge. Car alors la Tora se revêt d'une toile à sac et se tient devant le Saint Béni pour se plaindre: - Maître de l'Univers, tes enfants se sont fait une harpe sur laquelle ils se moquent de moi. Il répond: - Eh bien ma fille, à quoi
veux-tu donc qu'ils s'occupent quand ils sont à boire et à

manger? (B. Sanh. lOla).

Avant -propos
Pourquoi des contes juifs, plutôt que des contes catholiques, musulmans ou hindouistes? Parce que l'humour juif est une réalité autonome. Voilà plus de deux mille ans que les Juifs sont calomniés, expulsés, emprisonnés, poursuivis, déportés, assassinés. Aujourd'hui même, comme hier et comme demain sans doute, ils apprennent le matin qu'un potentat moyen-oriental veut les annihiler; à midi qu'un dictateur sud américain approuve cette excellente idée; le soir enfin ils voient à la télévision les croix gammées qu'un nostalgique de la shoah a peint sur les tombes de leurs parents, ou encore les cendres d'une synagogue incendiée. Que font alors les Juifs, qu'ils soient américains, français, ou australiens? Organisent-ils un pogrome punitif? Bouclent-ils une ceinture piégée? Chargent-ils un camion d'explosifs destiné à une foule innocente sur un marché? Font-ils sauter un premier ministre? Non; d'abord ils pleurent; puis ils racontent une histoire et rient aux éclats en se moquant d'eux-mêmes. L'autodérision est une arme absolue, inépuisable, qui se joue des frontières et des civilisations. L'histoire, le récit, en hébreu agadah, est une riche composante des trente-deux volumes du Talmud, le corpus de commentaires élaborés par des rabbins érudits pendant des siècles. Car le conte le plus léger en apparence peut être riche d'un sens allégorique ou secret, et devenir un midrach, une parabole dont il convient de rechercher la vraie signification - les significations. Ces même rabbins du Talmud, qui ont développé avec sérieux les raisonnements philosophiques qu'imposent les distorsions du monde et l'apparent silence de Dieu, qui ont détaillé avec subtilité les règles de l'observance cultuelle et l'application de la Loi, religieuse, civile ou pénale, ont su faire une place à l'humour libérateur; le texte que nous avons placé en exergue de ces contes le démontre. Ces maîtres

utilisaient eux-mêmes l'humour quand la tension de la minutie religieuse devenait trop forte. Ainsi, au cours d'une discussion très sérieuse sur les modalités de la construction des murs de la cabane, qui, pendant la fête des Tentes, Soukkot, doit rappeler les temps bibliques de l'errance dans le désert, l'un d'eux, à propos de la hauteur des murs, pose la question suivante: - Et
si cette cloison est figurée par un éléphant?

Vhumour juif a donc ses lettres de noblesse. Et dans bien des histoires juives la question de l'existence de Dieu, celle de Sa justice, celle du triomphe du mal, qui taraudait les prophètes, transparaît. En voici deux exemples; ce sont des histoires juives tirées du folklore de ces villagesjuifs d'Europe centrale, les shtettl d'avant la catastrophe. Je ne sais plus où je les ai lues ou entendues. Que leur auteur, s'il y en a un, veuille bien m'excuser. Dans la première de ces histoires des pluies abondantes ont entraîné une crue de la rivière. Veau monte. les habitants commencent à fuir en barque. L'une des barques fait un détour jusqu'à la maison de Mochele (diminutif de Moïse). On lui crie: - Mochele, viens! Tu habites près de l'eau, tu vas te noyer! Mais Mochele répond: - Vous êtes tous des mécréants, alors
que moi je suis pieux. Allez-vous en ! Sauvez-vous en barque! C'est

votre seul espoir. Mais moi je prie: Dieu me sauvera! Le lendemain l'eau est encore montée. Mochele est monté au premier
étage,. une barque fait à nouveau le détour.

Même réponse: - Allez-vous en, mécréants! Je prie, D. me sauvera. Le lendemain Mochele s'est réfugié au deuxième étage; on lui crie: - Mochele, saute! C'est la dernière barque! Même réponse: - Je prie, D. me sauvera! Mochele prie, mais bientôt il prie sur le faîte du toit. Et bientôt il ne peut plus prier: il s'est noyé. Il arrive au ciel, et exige avec véhémence de la part de l'archange d'accueil une entrevue immédiate avec le Seigneur. Ce n'est pas facile. De guerre lasse l'archange et le Seigneur acceptent. Mochele est mis en présence de son créateur, et rouspète: - Seigneur, tu n'es pas juste!

-

Je ne suis pas juste?

Comment

peux-tu

dire cela, Mochele

?

- Seigneur, tu as sauvé tous les mécréants et transgresseurs de Ta Loi. Et pour moi, Tu n'as rien fait! - Comment Mochele, Je n'ai rien fait pour toi? Comment peux-tu dire cela? Trois fois Je t'ai envoyé des barques!

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La seconde des deux histoires concerne le pauvre habitant d'un autre shtettl. Il survit à peine grâce à l'œuf quotidien d'une poule fidèle. Un jour un éclair l'illumine: - Si, au lieu de manger
l'œuf je le fais couver j'aurai un, puis deux, puis trois poussins, des poules, des quantités de poules et d'œufs :je deviendrai riche! Ainsi

fait-il; il devient riche. Mais un matin, en descendant dans la cour nourrir ses poules, il en trouve neuf à terre, mortes. Le spectre d'une catastrophe se lève. Il se précipite pour demander conseil à son rabbin. - Rentre, lui dit celui-ci, et récite à haute voix tout le livre des Proverbes. L'éleveur récite. Le lendemain il y a douze poules à terre. Nouvelle visite chez le rabbin. - Pas de problème, rentre, et récite tout le livrede l'Ecclésiaste.Il récite. Le lendemain, quinze poules sont mortes. Il court chez le rabbin: - Pas de problème,
rentre et récite la première moitié du livre des Psaumes. Il récite. Et le lendemain... une visite hâtive chez le guide spirituel de la communauté s'impose à nouveau. - Rentre, et récite la seconde moitié des Psaumes. Il récite. Le lendemain, hélas, il faut à nouveau courir chez le rabbin. Celui-ci lui dit: - Ecoute, j'ai encore
des solutions, mais as-tu encore des poules?

Voilà donc pourquoi j'ai écrit ces contes juifs. Pourquoi philosophiques et talmudiques? On vient de le voir. Pourquoi « halachiques » ? La halacha, la voie, est la voie de la sainteté par l'observance. Certains observants estiment ne l'être jamais assez. Un pieux, un hassid, a toujours sur sa droite des plus observants que lui, et sur sa gauche des mécréants. L'observance peut ainsi devenir une fuite en avant. Il s'amorce ainsi une dérive cultuelle qui n'est pas sans générer une tension sociétale. Une tension? Une difficulté? Des conflits internes? La solution est là, à portée de tête: en rire. C'est bien pourquoi ces contes devaient être « drolatiques », expression d'une mission irréductible. Beaucoup de ces contes ont été écrits au cours des années 1980-1993, soit pour l'almanach annuel du KKL* de Strasbourg, soit pour le bulletin de la communauté juive de Besançon, Reflets, aujourd'hui disparu. Ils ont été actualisés, à l'exception du premier: ce texte a en été effet rédigé dans l'atmosphère pesante
*KKL : Keren caritative. Kayemet Leyisraël, fonds de développement pour Israël, association

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de l'époque du rideau de fer; nous avons souhaité la conserver. Parmi les événements politiques auxquels certains contes font référence, il y en a de récurrents: on trouvera ainsi un conte bâti autour des menaces que faisait courir Sadam Hussein il y a quinze ans déjà! Mais l'essentiel, c'est-à-dire l'humour, n'a, me semblet-il, pas vieilli. Rire, être en joie sont des commandements bibliques: « o.. et parce que tu n'auras pas servi l'Eternel ton Dieu avec joie et contentement de cœur au sein de l'abondance, tu serviras tes ennemis... » (Dt. 28 : 4). Alors cherchons dans ces pages joie et contentement de cœur. L'actualité est tous les jours plus pesante, plus cruelle, plus angoissante? Alors rions, rions et rions encore, de plus en plus fort.

Note: dans le texte, le signeOrenvoie au lexique; le signe* aux notes.

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