Corde noire

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Une enfance sortie de la peinture de genre illustrant l'âge d'Or des Pays-Bas, la formation implacable chez les jésuites de Gand, une jeunesse erratique, l'entrée chez les franciscains, l'initiation au Couvent. Soudain, le cordelier Pierre Cordé se voit confier une mission d'espionnage au profit de l'Angleterre et de la France face aux Provinces néerlandaises dont l'hégémonie économique universelle étonne et inquiète.
Publié le : vendredi 8 mai 2015
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EAN13 : 9782336379623
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Bernard Forthomme
Bernard Forthomme
Corde noire
Une enfance sortie de la peinture de genre illustrant l’âge d’Or
des Pays-Bas, la formation implacable chez les jésuites de
Gand, une jeunesse erratique, l’entrée chez les franciscains,
l’initiation au Couvent. Soudain, le cordelier Pierre Cordé se Corde noire
voit confi er une mission d’espionnage au profi t de
l’Angleterre et de la France face aux Provinces néerlandaises dont
l’hégémonie économique universelle étonne et inquiète.
Viendront les voyages à Jérusalem en mission offi cielle, un
Bernard Forthomme
Bernard ForthommeBernard Forthomme détour par les Açores, l’esclavage algérois, la traversée entière
Théologique de la folie Une logique de la folie Bernard Forthomme
Reprise de Gilles Deleuzedu Sahara blanc et noir, la construction d’une villa italienne
Cet ouvrage constitue le premier tome d’une théologique de
la folie qui se veut distincte tout autant de la théologie, car Si Deleuze a contribué à mieux nous faire entendre la puissance
elle n’implique pas la foi mais seulement la liberté engagée Théologique de la folie affrmative du désir et la portée métaphysique des hallucina-en plein désert ! Après avoir mis ses talents d’architecte au
par son acte, que de la philosophie, car cette hospitalité de tions et des délires, il n’a fait, dans une certaine mesure, que
la folie place la libre contingence et l’existible au cœur de sa prolonger le sens de la fêlure dans le roman naturaliste et son Une logique de la folierecherche. Contingence qui se différencie non seulement de idéologie du fatum social ou héréditaire.service d’un étrange trafi quant, Soura Belyn, Pierre Cordé
la nécessité et du hasard, mais du dosage artifi ciel de l’un par Il s’agit surtout d’une logique de la folie qui excède la
quesBernard Forthomme Bernard Forthomme Bernard Forthomme
Corde noire l’autre, comme mode de production d’une aventure. Une logique de la folie Bernard Forthomme tion du langage et des choses ; non seulement par le recours à Reprise de Gilles Deleuze
Reprise de Gilles Deleuze
Une enfance sortie de la peinture de genre illustrant l’âge d’Or
des Pays-Bas, la formation implacable chez les jésuites de Cette partition initiale offre une logique de la folie variée Si Deleuze a contribué à mieux nous faire entendre la puissance la colère nomade ou à la production de l’image confgurant le
Gand, une jeunesse erratique, l’entrée chez les franciscains,
l’initiation au Couvent. Soudain, le cordelier Pierre Cordé se affrmative du désir et la portée métaphysique des hallucina- profi te de l’occasion pour s’en affranchir. Ce qui provoque la Corde noire tions et des délires, il n’a fait, dans une certaine mesure, que
voit confer une mission d’espionnage au proft de
l’Angleterre et de la France face aux Provinces néerlandaises dont qui s’aventure à ressaisir la totalité, mais aussi ce qui prolonger le sens de la fêlure dans le roman naturaliste et son désir fni mais illimité comme la surface d’une sphère, mais
idéologie du fatum social ou héréditaire. Une logique de la folie
l’hégémonie économique universelle étonne et inquiète.
Viendront les voyages à Jérusalem en mission offcielle, un Il s’agit surtout d’une logique de la folie qui excède la
question du langage et des choses ; non seulement par le recours à par une authentique tentative d’apprécier la portée proprement
Bernard Forthomme Bernard Forthomme détour par les Açores, l’esclavage algérois, la traversée entière Bernard Forthomme l’excède. Elle approche de l’unité du quelqu’un visitée par Reprise de Gilles Deleuze
Théologiques de la folie du Sahara blanc et noir, la construction d’une villa italienne Une logique de la folieReprise de Gilles Deleuze Bernard Forthomme la colère nomade ou à la production de l’image confgurant le
la folieCet ouvrage cons qui se veut distitue le premier tome d’une tincte tout autant de la théologie, car théologique de Si Deleuze a contribué à mieux nous faire entendre la puissance désir fni mais illimité comme la surface d’une sphère, mais
parelle n’implique pas son acte, que de la philos la foi mais ophie, car cette seulement la liberté engagée hospitalité de Théologiques de la folie en plein désert ! Après avoir mis ses talents d’architecte au tions et des délires, il n’a fait, dans une certaine mesure, queaffrmative du désir et la portée métaphysique des hallucina- e
la folierecherche. Contingence qui s place la libre contingence e différencie no et l’existible n s au cœeulement deur de sa service d’un étrange trafquant, Soura Belyn, Pierre Cordé prolonger le sens de la fêlure dans le roman naturaliste et sonidéologie du fatum social ou héréditaire. Une logique de la folie par une authentique tentative d’apprécier la portée proprement métaphysique des hallucinations et des formes du délire, sans
BernCorde noireard Forthomme Bernard Forthomme l’autre, comme mode de production d’une la nécessité et du hasard, mais du dosage artifcaventuriel de l’un e. par Une logique de la folieReprise de Gilles DeleuzeBernard Forthomme Bernard Forthomme tion du langage et des choses Il s’agit surtout d’une logiq ; non seulement par le recours àue de la folie qui excède la ques- Reprise de Gilles Deleuze l’univers, de la libre singularité plurielle, ses perversions métaphysique des hallucinations et des formes du délire, sans
desUterre et de la France face aux Provinces néerlandaises dontl’Gl’initiation au Couvent. Svoit hne enfance sanég Pdconfer émo, uays n-Base jeunie écoune , la formation implacable chez lesortie de nesmission sne eromiqla ratiqpeintuud’espionnage oudain, le cordelier Pe uue,n l’re de genre illusivenerstrelle étoée ch au ez proft nlesn trant e et inierre Cordé s fde r jésanl’âge d’Ol’Anglecisuitesqcainuiète. de-ser, Corde noire qui s’aventure à ressaisir la Cette partition initiale offre une logique d totalité, mais aussi ce quie la folie variée affrmative tions et des délires, il n’a fait, dans une certaine mesure, queSi Delidéologie du prolonger le sens de la fêlure dans le roman naturaliste et soneuze a contridu fatumdésir bué à m social ou héréditaire.et la portée ieux nous faimétaphysique re entendre la des hallucina puissance - Une logique de la folie profte de l’occasion pour s’en affranchir. Ce qui provoque la désir la colère fni nomade mais illimité ou à la comme production la surface de l’image d’une confgurant sphère, mais le
l’univers, de la libre singularité plurielle, ses perversionsla folieCet ouvrage consparelle n’implique pasla foliel’excède. Elle approche de l’unité du quelqu’qui s’aventure à ressaisir la lal’autre, comme mode de production d’une recherche. Contingence qui s néceCette partition initiale offre une logique d son acte, que de la philosssit place la libre qui s é Théologiqueset e veut disdu Bernhasatitue le premier tome d’une la foi maiscontingencerd, tincte tout autant de la théologie, carard Fmais e différencie noophie, car cette orthommedu stotalitéeulement la liberté engagée de la fodosage et l’exis, mais aussi ce quiatiblertifcaventure la folie variéen sthéologique deiellie au cœhosun eulement dede vispitalité del’un e.ur de sitée parpar a ThéologiqBernard F uesorthomme de la folie profen du Sservice détour Viendront découverte pleite aharde par n d’un a blanc et noirdésertl’oles les dccasu étrange Açores, voyages centre ! ion Après pour de l’esclavage trafquant, , la consà al’AvoiJérusalem s’en fr rique maffranchir. is truction d’une villa italienneSoura algérois, auseen s XtalVmission Belyn, Ients ICe e la siècle,traversée qui d’archiPierre offcielle, provoque l’ocre de lateCordéentièrecte un ala u Si Delidéologie du affrmative prolonger le sens de la fêlure dans le roman naturaliste et sontions et des délires, il n’a fait, dans une certaine mesure, quetion du langage et des chosesmétaphysique la jamais désir par colère Il sune fni euze’agit vouloir authentique nomade mais a contriUne logique de la foliesdu uReprise de Gilles Deleuzefatumrtodésir des illimité quitter ut Bernard Forthommeou bué à md’une hallucinations social ou héréditaire.tentative et à le la la comme plan loproduction portée ieux nous faigiq d’apprécier d’immanence.; non seulement par le recours àue de lala métaphysique et surface des de fore entendre lal’image formes liela d’une quportée i excède la qudes du confgurant sphère, proprementdélire, hallucina puissancemaissansesle -- Une logique de la folieReprise de Gilles DeleuzeBernard Forthomme l’univers, de la libre singularité plurielle, ses perversionsl’excède. Elle approche de l’unité du quelqu’un visitée par tion du langage et des chosesla par métaphysique désir jamais colère Il sune fni ’agit vouloir authentique nomade mais surtodes illimité quitter ut ou d’une hallucinations tentative à le la comme plan loproduction giq d’apprécier d’immanence.; non seulement par le recours àue de lala et surface des de fol’image formes liela d’une quportée i excède la qudu confgurant sphère, proprementdélire, maissansesle- Reprise de Gilles Deleuze découverte du centre de l’Afrique au XVIIe siècle, l’ocre de la par métaphysique une authentique des hallucinations tentative d’apprécier et des formes la portée du proprementdélire, sans jamais vouloir quitter le plan d’immanence. découverte du centre de l’Afrique au XVII siècle, l’ocre de la
Ea Dux daniel Céroo hebénes la mavec slité corporelle avec ses séismes viscéraux, et du dépassementhumeurset obsessions, de la particularité du désir illimité avec seslibertésde la généralité langagière vers la M13, rue de l’École polytechnique, 75005 Pl’AventurFISBN Bernard O acurizonaquette de la couveroderltés: 979-10-309-0023-1 ess J avec elle-même.nitéForthome hallucinationsés orageus (Puites (Pararisis de P, Cerf, me, né à Liè, Belleses aris où sture et logo2013 (Centr Lettres et s’accomplit la liberté, de l’individua) et esge, est profee SL déliresa Pens, èvr2 0: A14es).ndy P). Aée fr, où la liberté totalité apocalyptique publié une sseur deancisarisockett caine théologieT. héologie deUprend desn s xxeuil de € aux -, MirPhilosophieoir et contre miroirs / Ea Dux daniel Céroo hb enées de rôlespar la Correstourmentée de l’homme moderne, rencontré par une multitudeavant Robinsonsvie savane ur un îlot desinf ou de pernie, pondance néerlandaisle —déss Tropiquesonnages voilà ert vert quelques séquences de l’existence, et dont l’aventure esde durant prèsla jungle, e authentique. d’un an, longtempset le dés t insert pirée icibleu, la mystiquesdépliement OrizonsISBNla volonté perBernard Forthomme(Centre Maquette 13, délires en fricheFturacultéseLe présent essai s’efforce de prolonger une intuition restéerue (P : 978-2-336-29865-8arisde Sèvres). Jdont de és: la prise au sérieux de la dimension «l’École , Cerf, uites» la qu’elle aurait pu suggérer.verest la couverture Parmi , s2013catégorie polytechnique, 2014une e (Bru, fra) ).occultation ou ses nc xelleset la iscaderniers logoTpsychiatrique héologie du frin, e, Les 75005 : nseigne aux FacultAndy ouvrages, siusau , Parislieu Pockett2010 a), nc-pard’être retenons obsolète La théolog théologiquelerés Jésuil’explication, Les aventures de (Pdesarisie de l’aventes de Paris «, Éditions délires » des28 €le - La main d’AthénaPhilosophie humeurset obsessions, de la particularité du désir illimité avec ses orageuses où s’accomplit la liberté, de l’individua- en frichemystiquesdépliement délires (Centre Bernard ForthommeLe présent essai s’efforce de prolonger une intuition restéeSèvres). dont : la prise au sérieux de la dimension « » qu’elle aurait pu suggérer.est la Parmi catégorie une , fra occultation ses nciscaderniers psychiatrique in, enseigne aux Facultouvrages, au lieu d’être retenons obsolète théologiqueés Jésuil’explication, Les aventures dedestes de Paris « délires » des le jamais Le présent essai s’efforce de prolonger une intuition restéevouloir quitter le plan d’immanence.
Fortehomme_Folie_Couv_040315.indd 5 TBéoer lonagriqd F ueor detho lamm foelie 04/03/2015 18:42:39 MBernard Forthomme, 13, rue de l’École polytechnique, 75005 POest profrizonaquette essseurde aux Fla couverture acultésofm, né à Liège en Jésuiteset logo de P 1952 : arisAndy , philosophe et théologien, (Centre SParisockettèvres). Forthomme_2014_-155x240_couverture.indd 1-3 U RneB pe err loinse dagriqd Fe Gueoilr deltehs Do lammel feuzoeleie 29/07/2014 16:15:44 de la généralité langagière vers la lité corporelle avec ses séismes viscéraux, et du dépassement totalité apocalyptique, 13, Orizonsla volonté perFturacultéserue (Parisde Jésl’École , Cerf, uitesver, s2013polytechnique, 2014e (Bruxelles) ).ou la Théologie du fr, Les75005 sius, Paris2010 anc-par), La théologie de l’avenler (Paris, Éditions - La main d’Athéna savane infnie, le désert vert de la jungle, et le désert bleu, la en frichedélires dont : la prise au sérieux de la dimension «la catégorie psychiatrique obsolète théologiquedes « délires » des Le présent essai s’efforce de prolonger une intuition restée jamais vouloir quitter le plan d’immanence.
ISBN : 979-10-309-0006-4 20 € MirContemporainsoir et contre miroirs / avec slibertés es avec elle-même. hallucinations et ses délires, où la liberté prend des Maquette ISBN : 978-2-336-29865-8de la couverture et logo : Andy Pockett 28 € Philosophie vie sur un îlot des Tropiques durant près d’un an, longtemps mystiquesdépliement » qu’elle aurait pu suggérer.est une occultation au lieu d’être l’explication, le et obsessions, de la particularité du désir illimité avec ses en friche : la prise au sérieux de la dimension « théologique » des
Fortehomme_CordeNoire_Couv_040315.indd 5 Bernard Forthomme 04/03/2015 18:53:18 Bernard Facultés JForthomésuites de Pme, né à Lièaris (Centrge, est profee Sèvres). A publié une sseur de théologieThéologie de aux Forthomme_2014_-155x240_couverture.indd 1-3 Bernard Forthomme 29/07/2014 16:15:44 (Centre Bernard ForthommeSèvres). Parmi , fra ses nciscaderniers in, enseigne aux Facultouvrages, retenons és JésuiLes aventures detes de Paris
Corde noire l’Aventurla modernitée (P (Pararisis, Cerf, , Belles 2013 Lettres) et La Pens, 2014).ée franciscaine. Un seuil de U Rneper loise dgiqe Gue il deles D lael feuzoleie avant Robinson — voilà quelques séquences de l’existence la volonté perturFacultése (Paris Jés, Cerf, uitesver, s20132014e (Bruxelles) ).ou la Théologie du fr, Lessius, 2010 anc-par), La théologie de l’avenler (Paris, Éditions - délires dont la catégorie psychiatrique obsolète des « délires
13, rue de l’École polytechnique, 75005 POrizons aris tourmentée de l’homme moderne, rencontré par une multitude mystiques » est une occultation au lieu d’être l’explication, le
ISBN Maquette de la couver: 979-10-309-0023-1 ture et logo : Andy Pockett 45 € 13, Orizonsrue de l’École polytechnique, 75005 Paris La main d’Athéna Le présent essai s’efforce de prolonger une intuition restée
MirPhilosophieoir et contre miroirs / de rôles ou de personnages, et dont l’aventure est inspirée ici ISBNMaquette : 978-2-336-29865-8de la couverture et logo : Andy Pockett 28 € Philosophie humeurs orageuses où s’accomplit la liberté, de l’individua- dépliement qu’elle aurait pu suggérer.
par la Correspondance néerlandaise authentique.
Bernard Forthomme, franciscain, enseigne aux Facultés Jésuites de Paris
(Centre Sèvres). Parmi ses derniers ouvrages, retenons Les aventures de
Fortehomme_Folie_Couv_040315.indd 3,5 05/03/2015 14:03:13 Bernard Forthomme, ofm, né à Liège en 1952, philosophe et théologien, en friche : la prise au sérieux de la dimension « théologique » des
Bernard Forthomme est professeur aux Facultés Jésuites de Paris (Centre Sèvres). Forthomme_2014_-155x240_couverture.indd 1-3 Bernard Forthomme 29/07/2014 16:15:44 lité corporelle avec ses séismes viscéraux, et du dépassement la volonté perverse (Bruxelles, Lessius, 2010), La théologie de
l’aventure (Paris, Cerf, 2013) ou la Théologie du franc-parler (Paris, Éditions
Téologique de la folie Une logique de la folie Facultés Jésuites, 2014). savane infi nie, le désert vert de la jungle, et le désert bleu, la
Reprise de Gilles Deleuze
Orizons délires dont la catégorie psychiatrique obsolète des « délires de la généralité langagière vers la totalité apocalyptique,
13, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris Orizons La main d’Athéna
Maquette de la couverture et logo : Andy Pockett 13, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris mystiques » est une occultation au lieu d’être l’explication, le
Maquette de la couverture et logo : Andy Pockett Philosophie
ISBN : 979-10-309-0006-4 20 € avec ses hallucinations et ses délires, où la liberté prend des
Miroir et contre miroirs / ISBN : 978-2-336-29865-8 28 €
Contemporains dépliement qu’elle aurait pu suggérer.libertés avec elle-même. vie sur un îlot des Tropiques durant près d’un an, longtemps
Bernard Forthomme, franciscain, enseigne aux Facultés Jésuites de Paris
Bernard Forthomme, né à Liège, est professeur de théologie aux
Fortehomme_CordeNoire_Couv_040315.indd 5 05/03/2015 14:08:53
Forthomme_2014_-155x240_couverture.indd 1-3 29/07/2014 16:15:44 (Centre Sèvres). Parmi ses derniers ouvrages, retenons Les aventures de
Bernard Forthomme Facultés Jésuites de Paris (Centre Sèvres). A publié une Théologie de Bernard Forthomme
la volonté perverse (Bruxelles, Lessius, 2010), La théologie de
l’avenl’Aventure (Paris, Cerf, 2013) et La Pensée franciscaine. Un seuil de Corde noire Une logique de la folie avant Robinson — voilà quelques séquences de l’existence
ture (Paris, Cerf, 2013) ou la Théologie du franc-parler (Paris, Éditions Reprise de Gilles Deleuzela modernité (Paris, Belles Lettres, 2014).
Facultés Jésuites, 2014).
Orizons tourmentée de l’homme moderne, rencontré par une multitude 13, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
Orizons La main d’AthénaMaquette de la couverture et logo : Andy Pockett
13, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
ISBN : 979-10-309-0023-1 45 € Miroir et contre miroirs / Maquette de la couverture et logo : Andy Pockett Philosophiede rôles ou de personnages, et dont l’aventure est inspirée ici
Philosophie
ISBN : 978-2-336-29865-8 28 €
par la Correspondance néerlandaise authentique.
Fortehomme_Folie_Couv_040315.indd 3,5 07/04/2015 13:04:53 Bernard Forthomme, ofm, né à Liège en 1952, philosophe et théologien,
Forthomme_2014_-155x240_couverture.indd 1-3 29/07/2014 16:15:44
Bernard Forthomme est professeur aux Facultés Jésuites de Paris (Centre Sèvres). Bernard Forthomme
éologique de la folie Une logique de la folie
Reprise de Gilles DeleuzeOrizons
13, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
Maquette de la couverture et logo : Andy Pockett
ISBN : 979-10-309-0006-4 20 €
Miroir et contre miroirs /
Contemporains
Fortehomme_CordeNoire_Couv_040315.indd 5 07/04/2015 13:08:18
Théologiques de la folie Bernard Forthomme
Corde noire Bernard Forthomme
Une logique de la folieReprise de Gilles Deleuze Bernard Forthomme
Théologiques de la folie Bernard Forthomme
Une logique de la folieReprise de Gilles Deleuze Bernard Forthomme
Corde noire Bernard Forthomme
Une logique de la folieReprise de Gilles Deleuze Bernard Forthomme
Théologique de la folie Bernard Forthomme
Une logique de la folie
Bernard Forthomme
Reprise de Gilles Deleuze
Bernard Forthomme
Corde noire
Une logique de la folie
Bernard Forthomme
Reprise de Gilles Deleuze06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 1 07/04/2015 12:41:40Daniel Cohen éditeur
www.editionsorizons.fr
Littératures, collection dirigée
par Daniel Cohen
Littératures est une collection ouverte à l’écrire, quelle qu’en soit
la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ; démarche
éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il est difficile de
blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût des genres qui lui ont
rallié un large public, il reste que, prescripteurs ici, concepteurs
de la forme romanesque là, comptables de ces prescriptions et de
ces conceptions ailleurs, ont, jusqu’à un degré critique, asséché
le vivier des talents. L’approche de Littératures, chez Orizons, est
simple — il eût été vain de l’indiquer en d’autres temps : publier
des auteurs qui, par leur force personnelle, leur attachement aux
formes multiples du littéraire, ont eu le désir de faire partager
leur expérience intérieure. Du texte dépouillé à l’écrit porté par
le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons, entre
tous les critères supposant déterminer l’oeuvre littéraire, le style.
Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord le style, et
ensuite le vrai » ; plus tard, le philosophe Alain professant : « c’est
toujours le goût qui éclaire le jugement », ils savaient avoir raison
contre nos dépérissements. Nous en faisons notre credo.
D.C.
ISBN : 979-10-309-0006-4
© Orizons, Paris, 2015
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 2 07/04/2015 12:41:40Corde noire
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 3 07/04/2015 12:41:40Du même auteur
Une philosophie de la transcendance. La métaphysique
d’Emmanuel Lévinas. Postface d’Emmanuel Lévinas, Vrin, Paris, 1979
(Couronné par l’Académie Royale de Belgique, 1980).
L’être et la folie, Bibliothèque de l’École Pratique des Hautes
Études (en Sorbonne), tome 104, Peeters, Paris, 1997.
De l’acédie monastique à l’anxio-dépression. Histoire philosophique
de la transformation d’un vice en pathologie, Les Empêcheurs
de Penser en rond, Paris, 2000.
L’expérience de la guérison, Les Empêcheurs de Penser en
rond — Le Seuil, Paris, 2002.
La folie du roi Saül, Les Empêcheurs de Penser en rond — Le
Seuil, Paris, 2002.
Sainte Dympna et l’inceste. De l’inceste royal au placement familial
des insensés, L’Harmattan, Paris, 2004.
Par excès d’amour. Les stigmates de François d’Assise, Éditions
Franciscaines, Paris, 2004.
La Jalousie. Élection divine, secret de l’être, force naturelle et
passions humaines, Éditions Lessius, Bruxelles, 2005 (Diffusion
Éditions du Cerf).
Le Chant de la création selon François d’Assise, Éditions
franciscaines, Paris, 2006.
La Conversation et les écoutes difficiles, Éditions franciscaines,
Paris, 2007.
Prier 15 jours avec l’Abbé Pierre, Nouvelle Cité, Paris, 2008.
Théologie des émotions. Structurée par l’expérience théâtrale,
Éditions du Cerf, Paris, 2008.
Histoire de mon bonheur malheureux, texte de Camilla da Varano
(1491), établi, annoté et introduit par B. Forthomme, Éditions
Franciscaines, Paris, 2009 (Diffusion Éditions du Cerf).
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 4 07/04/2015 12:41:40Naviguer dans la haute mer de Dieu — Opuscules spirituels, texte
de Camilla da Varano (1458-1524), établi, annoté et introduit par
B. Forthomme, Éditions franciscaines, Paris, 2010.
Les aventures de la volonté perverse, Éditions Lessius, Bruxelles,
2010 (Diffusion Éditions du Cerf).
Homme, où es-tu ? Abrégé d’anthropologie critique, Éditions
Lessius, Bruxelles, 2011 (Diffusion Éditions du Cerf).
Il Canto del corpo ardente. La stigmatizzazione di San Francesco
d’Assisi, in prospettiva critica, ed. Messaggero, Padova, 2012.
Théologie de l’aventure, Éditions du Cerf, Paris, 2013.
La voie libre. Théologie du franc-parler, Éditions Facultés Jésuites
de Paris, Paris, 2014.
Histoire de la théologie franciscaine. De saint François à nos jours,
Éditions franciscaines, Paris, 2014.
Une logique de la folie. Reprise de Gilles Deleuze, Orizons, Paris,
2014
La pensée franciscaine. Un seuil de la modernité, Les Belles Lettres,
Paris, 2014.
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 5 07/04/2015 12:41:40Dans la même collection,
les publications récentes
Éric Colombo, Par où passe la lumière..., 2013
Jean-Louis Delvolvé, Le gerfaut, 2013.
Patrick Denys, Épidaure, 2012
Toufic El-Khoury, Léthéapolis, 2014
Raymond Espinose, Lisières, Carnets 2009-2012, 2013
Pierre Fréha, Nous irons voir la Tour Eiffel, 2012
Nicole Hatem, Surabondance, 2012
Henri Heinemann, L’Éternité pliée, Journal, édition intégrale.
(5 volumes parus sur 6) dont Le Voyageur éparpillé, tome VChants d’Opale, 2013
Gérard Laplace, La façon des Insulaires, 2014
Didier Mansuy, Facettes, 2012, Les Porteurs de feu, 2012
Andrée Montero, Le Frère, 2014
Lucette Mouline, L’Horreur parturiente, 2012Museum verbum, 2012Zapping à New York, 2013
Laurent Peireire, Ostentation, 2014
Michèle Ramond, Les saisons du jardin, 2014Les rêveries de Madame Halley, 2014
Bahjat Rizk, Monologues intérieurs, 2012
Antoine de Vial, Americadire, 2013
Guy R. Vincent, Séceph l’Hispéen, 2013.
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 6 07/04/2015 12:41:40Bernard Forthomme
Corde noire
roman
2015
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 7 07/04/2015 12:41:40In piam memoriam carissimae matris meae
Sylviette Marie Rosalie Goffinet (1929-2014)
06b_Fortehomme_Bk-int_CordeNoire_Big-TxtNoir_050315.indd 8 07/04/2015 12:41:40I
Maquillage
Il a pour fin de créer une unité abstraite dans le grain et la
couleur de la peau, c’est-à-dire un être supérieur. Le noir rend
l’œil plus profond et singulier, une apparence plus décidée de
fenêtre ouverte sur l’infini. Le rouge qui enflamme la
pommette augmente encore la clarté de la prunelle et ajoute à un
beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse.
Charles Baudelaire
a porte était restée entrouverte. Le miroir de la pièce interdite Lrenvoie des bruits colorés, une cornue, la soie ménagée, des
voix d’hommes. Le regard de l’enfant se précise. Quelque chose
se passe, mais cela s’insinue en lui, se tamise, sans se fixer. Deux
doigts effleurent la porte en frêne, sans qu’il ose pénétrer dans
l’espace chargé de conciliabules. Un monsieur tout de noir vêtu
et très digne, examine un liquide ambré contre le jour. Baldwijn,
le chat, tapi sagement aux côtés de la maman, l’a déjà repéré de
son regard fendu. L’œil vert et mi-clos, les oreilles dressées vers
l’arrière comme un frère mystérieux, l’avertit qu’il ne serait pas
sage d’entrer comme un étourdi. La pointe d’un soulier perce
sous la robe d’une ample clarté, le pied gauche avancé sur un
petit reposoir qui contient une chaufferette à braises, un lollepot
comme on dit ici.
Il ne fait pourtant pas si froid. Quel est ce feu qui réchauffe
ainsi l’ombre de la robe ? L’enfant résiste un instant, mais des
bribes d’une chanson populaire l’envahissent. Il se sent pris
d’une honte diffuse. Oui, quelles sont ces braises, pourquoi ce
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bel ami ? L’homme en noir, dentelles blanches au col, ce doit être
le médecin. Il est venu visiter maman. Son visage fardé est las, la
tête penchée, mais le regard étrange, on dirait qu’elle esquisse un
sourire. Or elle ne peut voir son fils. Elle tourne aussi le dos au
père et au médecin. Elle ne voit rien, se recueille sur sa destinée…
La chanson des rues, l’air des gamins qui veulent être des
hommes monte dans la gorge de Paul. Il jette encore un regard
sur le lollepot blotti sous les jupes maternelles, braises qui doivent
lui tenir chaud les pieds et les jambes. Oui, en posant ses deux
pieds, sa mère a laissé la robe recouvrir entièrement, ou peu s’en
faut, la vasque de braises. Paul amorce un retrait de la pièce au
moment où se pose en lui la question de la rengaine. Ah ! mon
bel ami qu’entends-tu, que vois-tu ? Qu’éprouves-tu, que sens-tu
lorsque tu te tiens sous les jupes ?
Ach lollepot, ach lollepot
Mijnen goede kameraet
Wat hoort ghij, wat siet ghij
Wat voelt ghij, wat rieckt ghij
Als ghij onder dat rockske staet ?
Paul n’avait pas encore fini la silencieuse ritournelle de son sang,
qu’une voix doctorale mit fin à la question :
— N’en doutez pas cher Monsieur, ce sera un heureux
événement.
La voix sonna le glas de l’enfance insouciante. Paul ne serait plus
le petit dernier. La famille allait s’agrandir, avec l’assentiment
des oreilles inclinées du chat. Les braises du lollepot, à présent
recouvertes par la clarté de la robe maternelle comme par une
neige légère et frémissante, semblaient étouffées. Elles allaient se
ranimer dans la flamme d’un nouveau regard.
Paul s’en alla jouer dans la cour intérieure, visitée d’ordinaire
par une lumière si nette et sereine qu’elle ressemblait à un cloître.
Depuis quelques jours, sa mère trop lasse, malgré le carmin
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fond passé sur les lèvres, ne rangeait plus la maison. Tout se
passait alors comme si le monde s’était arrêté de tourner, les étoiles de
briller, le feu de luire, le vent de souffler, et tari le filet précis, le jet
du lait versé dans le bol matinal. Le tapis précieux qui recouvrait
le coffre gorgé d’ustensiles menaçait de glisser par terre…
La nuit, Paul se réveillait en sursaut, car le grincement des
meubles et des parquets, le chuintement des portes résonnaient
soudain avec maladresse, une teneur vicieuse dans le propos.
Craquements par bribes, précis comme des cliquetis de serrures
essayées, de clapotis de mots, de chuchotements bruts. Les murs
remuaient, bruissaient. Le plafond s’aplatissait, l’ombre lunaire
des souliers laissés en rade, inaccessibles aux pieds, démâtés,
tanguait à chaque tour et détour du corps, incapable de trouver
la quille du réconfort.
La couverture trop courte et ingouvernable, le lit étréci,
abandonnait les chairs à la nuit, ô combien huileuse. La peau fiévreuse,
irritée comme par un air d’orage, mais au ciel nu, et la soif, mon
Dieu, la langue râpeuse, la gorge comme une cloche. Les
battements du cœur de l’enfant frappaient à la porte de son corps à la
manière d’un noir tocsin. Tout son être était sur la corde raide. Il
avait beau se pendre après, tirer, tirer encore, le son de son âme, il
le sentait bien, était désormais fêlé, le râle d’un naufragé perdu sur
une île. L’univers trahi se montrait comme entrebâillé, surveillé
par le désordre et les diables. Tout ne semblait tenir ensemble que
par le silence accru, un recueillement efficace…
Celle qui lui avait appris à marcher, à se rendre auprès des choses
au lieu de les attendre, à modifier le monde, ne voilà-t-il pas
qu’elle semblait incapable de quitter sa chaise ? Ne restaient que
les braises inquiétantes sous la robe, comme une éclipse durable.
La terre semblait abandonnée par le soleil, suscitait le
rafraîchissement de l’intérieur, de chaque pièce de la maison, de la cuisine
et du salon vitreux, évoquant soudain une sacristie et une chapelle
en hiver.
Allait-il encore pouvoir contempler sa mère peler une pomme ?
Le fruit du pommier lui était autrement assez indifférent. Il
préférait d’ailleurs les pommiers en fleurs. Il lui fallait un geste
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ambassadeur qui aiguise l’envie d’y mordre. Sur l’instant, il n’était
même pas question de la croquer, car elle naissait juste sous les
doigts minutieux, ce moment où la pommaison perd sa crudité
et l’indépendance de ses coloris : la plus somptueuse allure du
fruit n’aurait pas été capable de fixer son attention. Il lui fallait la
magie maternelle. Elle l’émerveillait toujours par la précision de
ses gestes, comme si elle était une divinité en personne appelant le
monde à l’existence, alors qu’abandonné à lui-même, il écorchait
le fruit, se tachait avec les couleurs excédantes, étoilait la table
avec le lait.
Il pressentait bien que, sans elle, il ne serait jamais qu’un gueux
et un pouilleux, toujours une déchirure vaillante. Allait-il encore
sentir avec délices les frémissements, les doigts fins surveiller sa
chevelure pour y saisir les poux, les écraser entre ses ongles
soignés ? Elle aimait jouer avec lui à s’en saisir, la tête posée sur ses
genoux ou sur son sein, à les faire éclater comme un rire sous ses
doigts alors qu’il n’y en avait aucun. Allait-il encore apprendre à
mieux lire à ses côtés, respirer son parfum ?
Elle ne lui enseignait pas uniquement les proverbes et les légendes,
l’usage modéré des songes et des maximes, car elle lui apprenait
surtout à lire les gestes de la vie comme des Écritures, sans faire
l’économie du sens littéral, pour passer aussitôt, avec l’étourderie
d’un esprit arrogant, au sens religieux, moral ou politique.
Elle aimait à s’arrêter sur la corde à régler, à serrer au plus
juste, avant de laisser s’enfuir les notes musicales. Chacun
pouvait l’observer jusque dans sa chevelure. Peignée à l’avant de
manière sévère, elle laissait libre cours à un flot châtain dans son
dos mystérieux, elle maniait ainsi constamment la contraction et
la dilatation. Allait-il encore pouvoir la surprendre à sa toilette
face à une fenêtre ouverte, accoudée sur la table de broderie, tête
appuyée sur la main droite, si pensive, tandis que Lise, la belle
servante, lui lissait les cheveux ?
Rebelles. Il les espérait inentamables par un peigne quelconque,
indomptés. Il lui semblait alors qu’elle était tout à lui, et non cette
viole de gambe ténor qu’il voyait là, posée contre une chaise
empaillée et attendant son archet. Sol, do, fa, la ré, sol… Son père
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restait souvent absent, parfois pour de longs voyages, ce qui ne
lui laissait, en son domaine, que le règne et non le gouvernement.
Dès qu’il surprenait son père Jean embrasser sa mère, Paul
éprouvait toujours une forme de joie, de contentement, de
sérénité, et un profond malaise, comme s’il s’agissait d’un inceste. Il
ne pouvait s’imaginer facilement que sa mère et son père pussent
avoir été un jour étranger l’un à l’autre : l’une née à Bois-le-Duc,
et l’autre à Gand. Il avait bien entendu une bribe de conversation
à ce sujet : ils s’étaient connus à Anvers, lors d’une tractation
commerciale avec les grands-parents. Paul éprouvait encore autant de
mal à comprendre ces événements qu’un enfant voyant la mort
des autres, mais incapable d’assimiler un tel savoir pour lui-même
et ses proches. Ses parents étaient comme lui, il l’expérimentait
chaque jour tel un chat, foi d’animal, nécessaires et immortels !
Néanmoins, le présage d’un nouveau visage dans la famille n’était
pas la première fêlure de l’éternité. Le temps s’était déjà invité
plusieurs fois dans l’espace immobile de la maisonnée. Jean, le
frère aîné, n’avait pas voulu aller plus loin que le savoir de sa mère
et du premier maître d’école, refusant d’aller au Collège tenu par
les Jésuites. Il travaillait depuis plusieurs années avec son père
au commerce du vin, et l’accompagnait parfois à Beaune pour
apprendre le métier, négocier des marchés. Manière aussi de voir
et goûter le pays dont la famille était originaire, avant de venir
s’installer aux Pays-Bas, placés alors sous la suzeraineté des Ducs
de Bourgogne. C’est là qu’un aïeul avait pris souche.
À cette époque, il ne s’occupait pas encore du commerce des
vins fins, mais de la fabrication de cordages et du travail du cuir,
comme le laisse entendre son nom ancien. Il sonna d’abord
Courvoisier sous sa forme bisontine, puis Cordonnier, tellement le cuir
travaillé à la manière de Cordoue était devenu aussi fameux que
le linge damassé ou les armes damasquinées. Cela donnait je ne
sais quel air d’Orient jouant dans le nom propre comme un son
de flûte fascinant un serpent à sonnettes.
Une chaise en noyer au dos rigide mais recouvert d’un cuir
armorié, devenu sombre comme le maroquin d’un précieux
infolio, témoignait encore de cette époque transitoire. La
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nation de la corde de chanvre et du cuir cordouan avait sans doute
contribué à la contraction actuelle. Les papiers anciens portaient
parfois Cordier, mais le père Jean aimait qu’on le nomme Cordé,
sans omettre cet accent aigu si hésitant encore en langue française,
et qui interloquait les scribes flamands.
Il mettait beaucoup de fierté et d’espoir dans son fils aîné, dont
l’esprit ingénieux et la détermination faisaient déjà merveille. Il
trouverait un bon parti pour ce premier-né, chargé maintenant de
multiplier leur nom et d’y faire honneur. Vu la demande croissante
des Flamands et des citoyens de la riche province de Hollande,
sans oublier ces Anglais charmés par les vins de Bordeaux, il
multipliait les contacts avec les gens de ce pays, et espérait ainsi
ajouter une corde à son arc.
Jean Cordé avait déjà noué des liens solides avec certains
négociants bordelais, dont Louis Lancquesaing, enrichi par le sucre de
canne et la vente d’esclaves, car il s’orientait à présent vers les vins
du Médoc. Il ne faisait pas mystère du désir de voir ses vaillantes
filles nouer des alliances favorables à l’ouverture de quelques
marchés nordiques. Paul surprenait de temps à autres des bribes
de conversation entre le père et son aîné, charroyant des chiffres
et des prénoms inconnus, des appellations lointaines auxquels ses
rêveries donnaient des empires, des nuances de chevelure et de
regard, la taille généreuse ou des soieries palpitantes, des allusions
qu’il croyait saisir malgré la retenue des voix.
Cette intimité qu’il devinait alors entre son père et son aîné,
portant d’ailleurs le même prénom, suscitait parfois chez Paul
une sensation d’amertume, prête à se transmuer en poison de
la jalousie. Heureusement, les absences fréquentes de l’un et de
l’autre édulcoraient le venin, tout en renforçant le lien étroit noué
avec sa mère et sa sœur, la pétillante Séraphina, de cinq ans son
aînée, longtemps sa compagne de jeu et sa protectrice.
Paul y songeait parfois avec un amusement pincé :
— Séraphina aimait me taquiner en s’aidant de quelques unes
de ses jeunes amies. Un jour, elle me baigna en leur présence. Au
moment de me sécher, elle m’installa tout droit sur une table, mon
sexe à hauteur de leur visage ; elles commencèrent à rire sottement
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en le voyant et se mirent à jouer avec lui en le provoquant au
moyen de fétus de paille.
Ah, le joli petit coq ! Va-t-il redresser sa crête ?
Séraphina ne semblait s’adresser qu’à lui en faisant mine de
m’ignorer, et puis elle se mettait à pouffer de rire comme une
idiote avec ses amies.
Soudain, à force de m’irriter, je sentis confusément qu’il fallait
faire quelque chose pour apaiser et satisfaire ces sottes. Le coq
se dressa légèrement, et je sentis sortir de moi avec plaisir une
ondée régulière qui jaillit en prenant la courbure gracieuse d’une
fontaine publique.
Ce qui m’arracha un rire de satisfaction dès que je vis ma sœur
et ses complices quelque peu effarouchées. Mais elles
s’imaginèrent vite à l’origine du triomphe et, comme des abeilles, vinrent
chacune à leur tour déposer un léger baiser sur ma fleur, tout en
riant d’un rire chargé de les sauvegarder…
Un jour, raconte Paul dans ses souvenirs ébauchés, mais
interrompus par une mort prématurée, une connaissance de ma mère
vint lui rendre visite pour un motif dont j’ai tout oublié. Je n’ai
rien retenu sauf qu’elle m’est apparue décoiffée tout en étant
coiffée, mal habillée, tout en étant convenable, sale, tout en étant
correcte, boiteuse, alors qu’elle marchait comme le commun des
mortels. Contrairement à ma mère, elle n’était pas fardée.
Ce qui me sembla une faute majeure, car je n’avais jamais vu
ma mère en présence de personne étrangère, sans être coiffée
ni maquillée. Elle n’allait jamais offrir le visage cru et incivil à
ses visiteurs. Je fus si étonné, du haut de mes cinq ans, que je
dévisageai la face violente avec une insistance sans doute gênante,
car la dame s’efforçait de me faire cligner les yeux fixes et grands
ouverts par des sourires charmeurs. Ma mère me reprit dès que la
visiteuse se fut retirée en m’avertissant que l’on ne devait jamais
fixer les gens de cette manière.
Néanmoins, je sentis bien, à ce moment, que c’était à nous seul
que notre mère réservait parfois d’apparaître sans fard, et que je
la préférais contre vents et marées avec son maquillage. C’est que
je n’aimais ni le teint hâve, ni les rougeurs, les défectuosités de la
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peau, la face de buvard rose ou la crudité d’une viande fanée à
l’étal. J’exprimais alors mon horreur précoce mais impalpable du
cadavre et du sang, bref de la mort, et ma passion pour la douceur
de la vie civilisée, de l’artifice soutenant une singularité
susceptible d’excéder avec bonheur le naturel et la fatalité. Je préférais
élire une vie qui révélait sa ferveur distincte, son rôle unique ou
sa mission insolite…
À vrai dire, il n’y avait pas que les affaires, les unions
matrimoniales et les tourments de la jalousie qui gouvernaient les lieux. Le
catholicisme était devenu la religion dominante du pays flamand
et exerçait alors, sous sa forme baroque, un pouvoir d’attraction
considérable. Il subjuguait l’œil par sa virtuosité, ses paysages
lumineux et dorés, ses nudités chaudes, puissantes, infidèles au
possible, ses nuages argentés, ses armures luisantes, ses reflets
nacrés, la vitesse des morts. Il signifiait l’énergie ascensionnelle et
tourbillonnaire, la vie diagonale, le déséquilibre réussi, la
profusion de formes remuantes et de coloris excédant les formes.
Voyant que son fils aîné suivait les traces de son père, Jean
Cordé fit savoir qu’il verrait d’un bon œil que Johannes-Luk,
appelé Luc, son deuxième rejeton, embrasse la vie ecclésiastique,
ses formes valorisées et son énigme. Jeanne Cordé, toute charmée
par la splendeur des liturgies, se montra sensible au soin que le
prêtre devait accorder à la connaissance des âmes douloureuses,
aux corps malingres et sans nom, bref, aux affamés et aux
orphelins, accoutumés aux rituels du malheur…
Sans doute, la ville de Gand devint-elle une République
calviniste en 1579, mais cela fut de courte durée, car l’Espagne se la
soumit roidement cinq ans plus tard. Luc Cordé, après
l’enseignement maternel et l’appui d’un précepteur de latin, accéda
directement au Séminaire qui venait d’être instauré sous l’impulsion d’un
homme exceptionnel, l’évêque Triest. Ce dignitaire se conformait
d’ailleurs aux décisions du Concile de Trente, inquiet de la
malformation du clergé, si peu capable de répondre pertinemment
aux critiques de la Réforme comme aux désirs de la bourgeoisie
montante.
Profitant de l’accalmie occasionnée par le Traité de Westphalie,
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lequel croyait définir la limite définitive des Etats européens, en
leur garantissant des frontières sûres et reconnues, il organisa dans
son diocèse une forme efficace de mécénat, et s’efforça d’appeler
au sacerdoce des gens mieux instruits, mais avec la tendance
partisane à suivre un mode de vie qui les séparait du commun des
mortels. Il s’attaqua toutefois aux problèmes de la pauvreté, rendue
particulièrement aiguë, suite aux incessants conflits politiques et
religieux des Pays-Bas, par des distributions gratuites de pain et
des facilités de prêt, introduisant notamment la pratique instituée
du mont-de-piété initiée en Angleterre, avant même l’Italie…
Ces graves événements ne m’arrivaient que par vagues assourdies,
accordait Paul, tout en haussant les épaules. J’aimais surtout,
convenait-il avec crudité, aller dénicher les oiseaux et torturer les
limaces, persécuter plus faible que moi. Je prenais de gros cristaux
de sel et j’en recouvrais les infâmes gastéropodes. Quel plaisir de
les voir se tordre et retordre au milieu des gemmes extraites des
marais salants ! J’ai toujours été fasciné par la souffrance, dès que
je fus en mesure de torturer. Je n’étais pas seulement un escargot
de Bourgogne, malgré mon ascendance familiale. Je ne voulais
pas m’emparer d’une vie pour accroître la mienne. Non, je voulais
voir ce qu’était la vie, l’identifier pour mieux l’apprivoiser, la
cristalliser. J’ai cruel, car la pulsation de la vie m’effrayait. En même
temps, je désirais de toutes mes jeunes forces, la conserver mieux
encore que dans un saloir.
Lorsque maman me racontait la légende de Saint Nicolas et
l’effroyable famine durant laquelle les enfants glaneurs vinrent
frapper à la porte d’un boucher avant que ce dernier ne les
écartèle, ne les mette en morceaux et au saloir, j’éprouvais une étrange
jubilation. Et je ne ressentais guère cette joie préparée de voir le
grand saint de passage, bien des années plus tard, rendre la vie à
ces quartiers ainsi soigneusement préservés de l’existence dans
leur saloir étincelant de givre.
Mais durant tout ce temps où j’étais le bourreau impitoyable
des limaces et où je me livrais tout entier aux frissons de la légende,
mon frère Luc approfondissait sa connaissance du latin
cicéronien, arpentait les Écritures désormais délimitées explicitement,
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apprenait la morale équilibrée dans quelques traités écrits par des
Jésuites, mais laissait passer sur lui comme une feuille vernissée les
concepts philosophiques marqués par Aristote, relus d’ailleurs à
la lumière partiale de Thomas d’Aquin : vigoureuse pensée,
ellemême infléchie par la subordination de la nature à la volonté.
Il me semblait tellement étranger, ce frère Luc si austère ! Moi
j’avais les légendes et lui les formules : son livre de chevet fut le
Grand Catéchisme promulgué après le Concile de Trente. Les
articles de foi et les signes sacramentels y précèdent les lois du
décalogue tout autant que la question du langage à Dieu, de la
prière. La vérité semblait avoir perdu tout lien direct avec la vive
conversation !
Toutefois, il ne s’agissait pas de mettre l’accent sur la vue,
le visible baroque, mais sur l’ouïe, la parole autorisée, le grand
parler magistral : celui qui indique des vérités que la raison seule et
l’intelligence peuvent atteindre dans une certaine mesure. Il était
surtout question des moyens effectifs pour assurer le salut éternel,
l’insomnie des seules personnes capables de choix décisifs.
L’image colorée de chacun, son effigie de plus en plus
personnelle et singulière, rendue si familière en Flandres depuis Roger de
la Pasture et les portraits du quinzième siècle, voilà qui trahissait à
quel point l’homme excède sa généalogie humaine, et combien se
configure ainsi une destinée qui lui fait crever la trame du temps
comme une toile d’araignée. Visage susceptible d’écouter avant de
voir, de crier avant d’être vu, jusqu’à faire trembler les formes et
frissonner les couleurs, d’une manière plus franche que le
bourdonnement des insectes piégés…
Lorsque Luc se rendait seul à l’imposante église Saint-Bavon,
dès l’âge de huit ans, cet âge où parler avec l’invisible est parfois
si aisé, il aimait prendre la posture devant le retable de l’Adoration
de l’Agneau Mystique des frères Van Eyck. Trois volets qui ne
cessent de nous étonner, car malgré le grand nombre de gens qui
entourent la source d’eau vive, personne ne semble y faire
attention, personne ne la regarde les yeux dans les yeux. Sans doute,
est-ce pour qu’une vigilance plus forte naisse dans le profond de
chacun comme une source intérieure. Conversation silencieuse
qui sourd dans chaque veine et veinules de l’esprit, se joue avec
la vie qui se donne et gronde dans la jugulaire comme un torrent
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merveilleux, sans qu’un regard direct et impie n’ose porter l’oeil
sur ce qui ne peut être réduit à un simple objet, aussi sacré soit-il.
Conversation qui se passe avant le regard, et l’oriente vers
l’essentiel. Il s’inscrit pourtant ici dans le cours de la nature, les
lieux élargis et le torrent temporel des hommes. L’or gothique
chargé d’évoquer la force intemporelle et dense, est éliminé
sans façon, mais au grand bonheur d’une plus forte luminosité
ambiante, d’une transparence nouvelle des coloris et d’un éclat
paradisiaque. Le monde entier se révélait un cloître lumineux.
Dans le mélange des rêveries et des sentiments, Luc retrouvait
une lumière argentée, une atmosphère qui n’était pas si étrangère
au climat de la demeure maternelle…
Luc y jouissait d’une solidité merveilleuse, légère. Il y puisa
l’envie de la communiquer à d’autres. Comment l’ouïe est-elle
atteinte avant que l’image ne nous enseigne ? Par la voix forte, la
voix poétique des prophètes, les versets ciselés, les oracles de ces
intercesseurs, et par l’index qui nous a été spécialement destiné
pour nous guérir de la surdité et de l’aveuglement qui menace.
Mais cette voix s’est tue par le supplice ; comment se fait-elle
encore entendre par monts ou par vaux, et non de l’unique
intérieur ? Car la vie des sentiments peut nous figer dans le cristal
incréé, nous séquestrer dans une enfance incertaine, nous laisser
flotter aux rumeurs des doctrines. L’homme exige la vérité à son
égard, refuse qu’on lui mente, même s’il n’arrête pas de mentir
aux autres et à lui-même. À son tour, il lui faut prendre langue
avec la lumière, ranimer la conversation avec l’éclat. Il s’agit alors
d’être instruit soi-même des maladies de la lumière, des macules,
des frivolités dans le regard, des vérités vraies qui ressemblent à
s’y méprendre à la vérité.
La vérité mimétique peut devenir un venin mortel, si elle n’est
pas administrée avec doigté. Il fallait alors devenir connaisseur
des âmes singulières, sonder ces rides, cette paupière gauche,
les cercles charbonneux autour des yeux, ces lèvres rieuses, ces
dents avancées, les visages uniques, leurs modelés, les nuances
qu’ils révèlent. Il fallait que la vérité, tout comme le pardon, soit
recevable par chacun, à sa manière. Sans vraiment s’en rendre
compte, mon frère Luc avait appris cet art très tôt par le
savoirfaire maternel, tout en fréquentant assidûment l’Agneau Mystique,
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où le détail n’annule pas l’atmosphère, où la particularité et l’émoi
intense se conjuguent avec une forme d’indifférence, celle qui
rime avec le recueillement.
C’est ainsi que Luc, assez vite séparé des siens, et sur la défensive
face aux soucis paternels, très tôt inaccessible aux yeux de Paul
qui le tenait pour un savant, et au regard de sa sœur Séraphina
qui le prenait déjà pour une personnage inviolable, c’est ainsi
que le jeune séminariste se prépara plusieurs années durant aux
Ordres majeurs avant les fêtes solennelles de l’Ordination, les
réjouissances familiales, la liesse des fidèles paroissiens, l’exercice
insouciant du vicariat à la paroisse Saint-Michel, avant d’être
nommé en charge principale du soin des âmes dans la modeste
paroisse de Wondelghem qui appartint à la seigneurie gantoise,
celle de l’abbaye Saint-Bavon, avant de relever de l’évêque,
jusqu’au régime français.
Jamais il ne quitta le giron diocésain ni l’orthodoxie du
dernier grand Concile, même s’il hésita face aux prises de position
pontificales sur la question janséniste. Il lisait volontiers des pages
écrites sur Augustin par Cornelius Jansen, et se montrait réservé
sur l’usage fréquent de l’absolution ou de la communion au corps
sacramentel.
Durant ce temps-là, la maison n’avait jamais paru aussi sereine,
livrée désormais aux jeux de Paul et de Séraphina. L’heure des
divertissements avait libre cours dans la maisonnée, mais jamais
l’espace tout entier n’était livré à sa tyrannie, comme dans l’espace
débridé à la Pieter Bruegel, tout grouillant d’enfants possédés par
la folie des distractions. Il est vrai que Séraphina avait délaissé sa
poupée et que Paul ne jouait presque plus au tambour.
Séraphina prenait l’allure d’une jeune demoiselle à laquelle sa
mère confiait des tâches sans cesse plus prenantes. Mais elle avait
encore une manière légère et enjouée de s’acquitter de ses charges
qui trahissait que l’enfance, retirée comme la marée, demeurait
toujours vive dans son sillage, nacrée, précieux coquillage, et
qu’elle palpitait encore sous le sable des joues et des formes
croissantes…
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Paul éprouva bientôt, non sans une sourde inquiétude, à quel
point le lien qui le rendait si proche de sa sœur se modifiait sans se
rompre. Il jouait plus souvent seul, se plaisait à souffler des bulles
de savon. Il réclamait volontiers la permission de sortir du logis
et d’aller pêcher. Il aimait par-dessus tout observer la mouche,
le trouble de l’eau, l’approche de la truite à leurrer, à séduire,
jusqu’au risque de la manquer, et lorsque la bouche faunesque
s’apprêtait à se fermer sur sa proie, alors, plus vif qu’une secousse
électrique, il ferrait sans pitié. Non point, car aussitôt il défaisait
délicatement l’hameçon, et libérait le frétillant animal. Cette manie
exaspérait son père, grand amateur de poissons d’eaux douces ; il
lui reprochait de gaspiller ainsi son temps précieux.
En quelques mois, Paul se saisit maintes fois d’une truite livrée
en bigarrures, au dos vert clair et aux flancs nacrés, taches noires
et points rouges sur la nageoire dorsale, avant de la rendre à sa
rivière, de la reprendre, délivrer et ressaisir encore, exactement au
même endroit rocailleux, persuadé qu’il s’agissait de la même vie,
accrue à chaque prise, offrant à la fin une livrée argentée, embellie
aux flancs de petites taches noires en forme d’étoile.
C’est avec joie qu’il voyait disparaître à ses yeux une telle
métamorphose dès lors qu’elle allait offrir ses clairs de lune à la nuit des
profondeurs. Il se laissait parfois absorber par le fil de l’eau sans
voir l’heure passer, et tout penaud n’espérait plus que l’absence
de son père au foyer. Il devait promettre, avant sa sortie, de
rentrer avant la nuit tombante et, matière plus grave que la pêche
inutile, de ne jamais jouer aux osselets dans les cimetières. Les
gamins raffolaient des vastes pierres tombales, car ils y trouvaient
l’espace lisse plus favorable que les chemins creux, caillouteux ou
détrempés…
Heureusement, l’âge n’avait pas aboli les fêtes, et surtout celle
de saint Nicolas, le six décembre de chaque année, lorsque l’hiver
frappe aux portes et par dessous. Ah ! l’attente du grand évêque
de Myre, venu de si loin avec son âne, d’Asie Mineure, que de
nuits sans sommeil en attendant son arrivée du lointain… Le seul
nom d’Asie résonnait si chargé de mystère qu’il lui suffisait de
l’égrener sur ses lèvres pour s’élever avec un tapis volant. Il
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rait sonder les hauteurs et les abîmes des hautes cheminées par où
le grand saint devait passer pour pénétrer dans chaque logis, et y
déposer ses présents, sans les souiller, comme les parfums de l’été
au cœur de l’hiver. Dans ses songes, Paul confondait volontiers
saint Nicolas avec un Mage apportant les coffrets précieux, la
myrrhe, l’or et l’encens à chaque enfant de la terre.
Enfin, à tous les enfants sages, car si le grand saint entendait
du tapage ou des signes d’inconduites, il passait outre. Non, il
ne punissait pas lui-même. Il laissait cette pénible besogne à son
meneur d’ânon, Hans De Zwart. Ce sinistre personnage déposait
alors une branche morte de bouleau au creux des sabots. Saint
Nicolas, lui, ne s’inquiétait que de laisser des toupies, des poupées
ou des tambours munis de leurs baguettes au pied de l’immense
cheminée, de plus en plus délaissée pour le poêle de faïence
vertical, où un homme de bonne taille pouvait se tenir. La branche
sèche de bouleau s’opposait alors à la baguette vivante et sonore.
Le palais et l’odorat n’étaient pas négligés, car se profilait une
profusion de couques parfumées, de pains d’épice ou de biscuits,
les sacs gonflés de noix ou de noisettes. Non les simples fruits de
saisons, mais des douceurs intemporelles…
Tout cela prodiguait une ivresse aux enfants. Y compris la joie
sardonique de voir l’un ou l’autre privé de jouets et de friandises,
et munis de la baguette morte pour lui fouetter l’âme. Parfois,
la grand-mère tentait d’apaiser le chagrin du fils réprimandé par
les puissances célestes et réclamait des enfants nantis un geste
de miséricorde, oui, une petite bonté à l’égard du malheureux
privé de jeux, de joie et, plus que tout, isolé de la liesse familiale,
naufragé sur l’île de la sanction.
Il arriva, par un de ces matins féériques, que Jeanne, la mère
de Paul, sel mordant sur la mémoire vive, use de sa puissance
d’intercession pour qu’il consente à faire un geste à l’égard de
Séraphina, privée ce matin-là de friandises. Malgré son attirance
pour sa sœur, il fut marqué au fer à l’instant cruel où il fallut céder
l’un des cadeaux offerts par le grand homme de Myre. Sa sœur
était punie, c’était bien fait pour elle !
— Non, il ne faut pas parler comme cela, lui lança sa mère sur
un ton qui ne supportait aucune réplique. Montre que tu n’es pas
sans-cœur et cruel grappilleur.
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Jeanne Cordé redoutait par-dessus tout que l’arc haineux
d’Esaü, le chasseur et que la toison de Jacob, le rusé, s’installent
entre ses enfants. Cette crainte se marqua sur son visage d’une
manière si prononcée qu’elle arqua les lèvres, tira nerveusement
sur sa robe, fit trembler le petit Paul et entraîna de sa part un geste
déchirant : il donna aussitôt à sa sœur — valait mieux ne pas y
réfléchir — une grande couque, la plus belle, celle qui ressemblait
à une poupée !
Jeanne affectionnait le moment furtif du Benedicite, car cette
prière qui en appelle au feu du ciel pour illuminer le repas, lui
faisait songer à l’éclair qui signait les champs de blé en juillet.
Cela donnait du large au morceau de pain, le multipliait. Chacun
pouvait reconnaître qu’il mangeait de l’inconnu, et pas seulement
le quignon quotidien. Le plus souvent, Jeanne était trop affairée
à servir chacun. La grand-mère apprenait alors aux plus petits
à joindre leurs mains. Cela procurait de l’espace vital à chaque
personne, atténuait l’envie animale, civilisait la faim.
Un jour Paul, âgé d’environ sept ans, fut privé de dessert, car il
avait imité le tic tac de l’horloge Huygens qui flamboyait dans un
coin, parasitant ainsi les paroles arrêtées qui lui semblaient
mécaniques, battant assidûment la mesure des grâces et des disgrâces…
Le père Jean, en bout de table, les doigts croisés sur le ventre,
son couvre-chef coincé sur une cuisse, manifestait un certain
recueillement et la fierté de sa progéniture. Il n’avait pas l’air
guindé, pas plus que ses enfants. Les plats en étain découpaient
de sombres astres dans le ciel étalé par la nappe immaculée. Les
haricots blancs formaient des éminences de pépites en leur centre.
Les miches de pain leur répondaient sur la table vivante.
Aux yeux de Paul, c’est là que se forma l’image de la sainte famille,
désormais à la mode. Sa mère lui avait donné une image qui la
représentait. C’est au cours des repas qu’il éprouva à quel point
un morceau de pain ou un verre de vin peuvent être signes d’une
chose différente, d’une force mystérieuse.
Une autre représentation l’intriguait beaucoup ; celle de Jésus
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en enfant tout bouclé, lorsqu’il s’entretenait avec son âme au visage
enfantin, à même la margelle d’un puits. Quant à Séraphina, elle
avait fixé près de son lit une gravure plus énigmatique encore :
celle d’un enfant portant déjà les instruments de la passion, un
marteau et des clous en mains, une croix en réduction sur l’épaule,
comme un jouet. Un enfant hardi, bien vif, avec l’allure d’un
homme déterminé, né pour mourir, et de mort violente…
Paul, de son côté, préférait l’image de Jésus en enfant mutin,
marchant sur les eaux et jouant à produire des bulles de savon,
même si cela pouvait l’éloigner de la solidité du bonheur intime.
Mais il éprouvait la difficulté d’harmoniser l’image de paix
familiale, l’atmosphère recueillie, et celle de l’enfance menacée…
Menace qui ne vint pas seulement des troubles extérieurs,
mais des émois domestiques. La servante Lise, brune charmante
et délurée mit à profit une absence de la maîtresse de maison pour
élargir le champ des sensations du jeune Paul. Elle avait remarqué
chez ce garçon éveillé, certains regards qui la concernaient d’une
manière nouvelle…
Soudain, d’une main impulsive, elle desserra son corsage
brodé et se pencha sur moi au moment de me servir. Les rondeurs
jumelles et parfumées me semblèrent subitement arrondir tous les
angles de l’existence. Une vague de douceur submergea ma vue, le
frémissement de la chair faillit m’engloutir, confia Paul bien plus
tard, non sans gêne et rougeur. Je n’étais pas encore assez fort
pour recevoir ce déferlement de courbes et de frissons, l’étrange
émergence des mamelons. Mais Lise avait inscrit en tout mon être
une soif nouvelle, une altération qui ne demanderait plus qu’à se
désaltérer…
Il est vrai que le trouble ne vint pas seulement de la chair mais
de l’école où mon père m’avait placé. La classe unique accueillait
des élèves entre cinq et quatorze ans, tous âges confondus. Classe
souvent désordonnée, à cause du maître myope et négligent.
C’était une vaste pièce, composée d’un bureau central, ou plus
exactement d’une pièce de bois inclinée et fixée sur un large pied
de telle sorte que l’on songeait à un pupitre destiné à la lecture
publique d’un texte sacré, comme dans un Temple.
Les tables des élèves n’étaient que des tréteaux recouverts de
planches mal ajustées, auxquels étaient adjoints des bancs sans
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confort où plusieurs écoliers pouvaient s’asseoir. Une cloche
rappelait que tout ce qui donnait le timbre du commencement
annonçait aussi la sonorité finale. Une armoire murale, rarement
fermée, gardait un fatras de livres et de papiers en vadrouille. Une
vaste et haute cheminée prodiguait autant le froid que la chaleur.
Des plantes traînaient sur des étagères où il leur fallait survivre :
de maigres lierres indisciplinés résumaient l’humeur générale…
Rien ne paraissait devoir interrompre les conciliabules en
aparté ou les jeux solitaires des écoliers. Certains griffonnaient,
chaussaient des lunettes à une chouette empaillée, d’autres
marchaient sur des livres ouverts, jouaient aux osselets ou avec un
petit chat. Durant tout ce temps, le maître myope taillait sa plume
d’oie.
Mais il arrivait qu’il passe par une crise d’autorité. Surtout
lorsqu’il corrigeait les copies de chacun. En toque noire, une fraise
lui coupant la tête comme à un saint Jean-Baptiste sur le plateau
de Salomé, il frappe avec une cuillère en bois sur la main droite
d’un enfant malchanceux, sa copie déchirée au pied de la table
du maître. Tout le petit monde alentour ricane et se moque de la
victime du jour, tout en larmes. Enfin, presque tous, car certains
plus anxieux redoutaient la venue de leur tour…
J’apprenais tout de même la calligraphie couchée selon le
Schoolorde, le code érasmien des usages européens, aimait à
préciser Paul, lorsqu’on l’interrogeait sur sa formation.
Heureusement, poursuivait-il, sous la conduite de ma mère, j’avais
déjà appris à lire le néerlandais et à l’écrire correctement. Mais
à présent, je m’efforçais à l’élégance selon le principe inculqué :
quotidie una horas litteras formare… elegantiaque. En sus de cela,
j’entendais bien le français grâce à la volonté marquée par mon
père de m’entretenir souvent dans cet idiome qui rayonnait alors
sur l’Europe…
Alors que, pour la plupart de mes condisciples, l’apprentissage
du latin rudimentaire offrait une croix, j’affectionnais
particulièrement cette langue, car c’est maman qui m’avait elle-même appris
des éléments de conversation, dès le plus jeune âge.
— Si je te dis « salvus sit », me demandait ma mère avec ses
yeux rieurs, que me réponds-tu ?
— Et tu salvus sit.
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— Très bien, mon grand. Et si je te rencontre le matin, tu me
salues de quelle manière ?
— Bonum mane.
— D’une autre façon encore.
— Bona dies.
— Mais tu progresses, mon petit chien ! Viens sur mon sein, tu
l’as bien mérité.
Jeanne appuyait alors fortement la tête du petit chien sur son
ventre chaleureux. Paul n’aurait accepté de personne d’autre un
tel écrasement. Au lieu de s’esquiver, sa joue caressait la fibre,
respirait le parfum familier, et la fierté lui montait aux pommettes.
Jeanne, tout attendrie, refermait alors le De pueris ac liberaliter
instituendis d’Erasme. Elle avait gardé cet ouvrage, malgré les
souvenirs parfois cuisants qui restaient tapis dans ses feuillets
jaunis ; elle l’avait reçu jadis de son précepteur, un sombre et
sévère calviniste de Bois-le-Duc, comme disaient alors ceux qui
n’aimaient pas les Réformés…
Sans être une exception dans ces Pays-Bas modernes, attachés
à l’exercice populaire de la lecture, d’une manière unique en
Europe, Jeanne éprouvait une puissante fierté maternelle à former
elle-même ses fils. Elle aimait leur enseigner le vocabulaire latin
en commençant par les objets familiers. Vive d’esprit, elle sentait
bien qu’il fallait aussi dépasser ce cadre trop restreint.
Elle évoquait alors les éléphants d’Afrique, ceux d’Hannibal
le conquérant de l’Italie. Le mot lui-même évoque l’ivoire de ses
défenses. À l’occasion, pour mettre en relief le monstre épique et
le rendre présent, presque palpable, Jeanne montrait à ses enfants
l’ivoire joliment incrusté dans le couvercle d’un coffret
inappréciable, offert par son jeune amoureux, au temps béni de leurs
épousailles ; bois précieux où, désormais, elle gardait ses bijoux.
Elle aimait souligner la différence entre la trompe qui désigne
un instrument de musique en français, et les termes grecs ou latins
qui évoquent ce qui sert à se nourrir, le tentacule, valable d’ailleurs
aussi bien pour l’éléphant que pour la mouche, ou encore la main
qui sert à saisir, manus elephanti, comme on le dit d’une branche :
arboris manus, la main de l’arbre !
Tout ceci n’a l’air de rien, faisait remarquer Paul ; mais ma
chère maman m’a épargné une conscience abîmée, fissurée,
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