Corps et âmes

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Marcelin, un jeune étudiant, retrouve par hasard Octave, un ancien camarade de classe devenu musicien ambulant. Celui-ci l'entraîne dans les arcanes d'un mystérieux cabaret où la haute société s'encanaille sans retenue. Certes l'atmosphère éthérée et troublante du lieu suinte de plaisirs futiles et secrets; mais Marcelin s'en détourne : il vient de faire une rencontre énigmatique ...
Publié le : samedi 1 octobre 2011
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EAN13 : 9782296469549
Nombre de pages : 152
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© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56474-9 EAN : 9782296564749
GUILLAUMELACOTTE
Corpsetâmes
Roman
LHarmattan
DU MÊME AUTEUR:
La Mort du Mustang dargent, et autres nouvelles, LHarmattan, 2010.
I
Longtemps, je nai pas cru aux fantômes. Lorsquenfant, jécoutais les contes que me lisait ma mère à la tombée de la nuit, je ne pouvais rester allongé bien sagement sous les draps de mon lit. Était-ce léclosionngsitnèiluemerprécoce dun esprit cartésien ou bien le sentimentdune lassitude blasée envers tout écart au monde existant, mais à chaque occur-rencedun fait fantastique,à chaque apparition dun être ir-réel,il me fallait lever ma tête de loreiller et balayer dun revers de main ce que je considérais alors comme une folle incohérence : « Mais voyons, Maman,mécriais-je plein daplomb, ça nexiste pas! » Mon intervention laissait un sourire indulgent sur le visage de ma mère qui, sans se décon-tenancer, poursuivait lhistoire jusquà la prochaine interrup-tion et, ainsi de suite, la menait à son terme. Les années passèrent et me confortèrent dans ma première impression, qui rapidement se mua en une parfaite et intan-gible conviction.Et puisEt puis il y eut cette nuit du 9 février 192*.Doù je vous écris aujourdhui, seul avec ma pauvre bougie à la flamme vacillante, jen frémis encore.
II
Ce 9 février 192*,javais invité Margot à dîner à LArlequin, un troquet sans prétention niché dans une petite rue débouchant sur le boulevard Raspail. Margot était la fille que je fréquentais à lépoque. Nous nous étions rencontrés par le plus pur des hasards dans un café près des Halles, peu avant la Noël de lannée précédente. En cet après-midi dachats de cadeaux, je métais accordé une pause pour boire un chocolat chaud. Je cherchais un en-droit pour goûter un peu de calme et échapper, ne fût-ce quune demi-heure, à cette frénésie qui assaille la ville à cette période de lannée; aussi avais-je jeté mon dévolu sur ce modeste café où, à lexception de Margot, personne navait osé entrer.De lintérieur surchauffé se dégageaient quelques odeurs fortes et âcres le cuir brun des banquettes, le bois verni des tables, les vapeurs de larrière-cuisine. Javais dé-passé le guéridon auquel était attablée Margot et métais ins-tallé au fond de la salle. Jobservais avec amusement les af-fiches publicitaires pour Byrrh punaisées au mur lorsque Margot avait engagé la conversation :elle mavait simple-ment demandé une allumette pour sa cigarette (alors que, soit dit en passant, elle aurait pu faire la même requête auprès du patron de comptoir). Son bagou, son franc-parler mavaient plu ; dans les jours qui suivirent, jétais retourné du côté des Halles, espérant ly croiser de nouveau, et, ô surprise,une semaine plus tard, une deuxième rencontre aussi impromptue que la première se produisit dans le même café. Passé le nouvel an, nous avions commencé à nous voir plus
régulièrement; je lavais emmenée au dancing, aux courses hippiques, au cinématographe. Son enthousiasme, son ravis-sement constants menchantaient; en un mot comme en cent, cétait une chic fille, sans manières ni fausse pudeur.Nous étions convenus de nous retrouver directement de-vant le restaurant à vingt heures.Jarrivaiavec quelques mi-nutes de retard : point de Margot, cependant. À vrai dire, je ne minquiétai pasoutre mesure: Margot navait-elle pas la fâcheuse tendance dhonorer ses rendez-vous,tous ren- ses dez-vous, une vingtaine de minutesaprès lheure prévue? Je me réfugiai souslauventpour me protéger du crachin, puis grillai une première cigarette, observant les silhouettes à langle du boulevard ou saluant brièvement, dun mouvement de tête ou dun léger sourire, les quelques clients qui pous-saient la porte du restaurant. Dune chiquenaude, je jetai mon mégot dans le caniveau. Les vingt minutes étaient écoulées ; Margot ne devrait plus tarder, me répétai-je avec insistanceMargot ne devrait plus tarder, maintenant, non, elle ne devrait plus tarder comme pour me rassurer, comme si je pressentais déjà que quelque chose nirait pas. Cette phrase, cette petite ritournelle, em-plissait totalement mon esprit et, sans que je men fusse vraiment rendu compte, rythmait les pas que je faisais machi-nalement sous lauvent, les mainsfourrées dans les poches de mon imperméable. Pour tuer le temps, je mimaginais quels vêtements elle porterait ce soir-là. Une robe avec chapeau cloche et long collier de perles, et des bottines à talon et la-cets décroisés aux pieds ? Probable. Ou alors un costume avec gilet de laine, cravate desserrée et feutre noir ? Oui, cela lamusait, parfois, de shabiller en garçonne.Trente minutes avaient passé. Ne la voyant toujours pas arriver, jhésitai: devais-je continuerà lattendre dehors ou bienà lintérieurpour la seconde solution et poussai? Joptai la porte vitrée du restaurant.Un serveur maccueillit,
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